Rendre les économies plus résistantes aux récessions
IMF Blog, May 18, 2020
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- Rendre les économies plus résistantes aux récessions
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Bibliographic details
- Authors: John Bluedorn, Wenjie Chen
- Published: May 18, 2020
Contexte
- La pandémie de COVID-19 et le Grand confinement ont plongé de nombreux pays dans une profonde récession, plus grave que celle consécutive à la crise financière mondiale de 2008-09.
- Gouvernements et banques centrales ont pris de fortes mesures discrétionnaires (ponctuelles et spécifiques) sur le plan budgétaire et monétaire pour atténuer les répercussions économiques.
- Les stabilisateurs automatiques en place (impôts sur le revenu, indemnités de chômage, allocations familiales, etc.), qui diffèrent d'un pays à l'autre, ont en règle générale fonctionné librement, offrant une protection supplémentaire.
- Question centrale : compte tenu des niveaux exceptionnellement bas des taux d'intérêt et des sommets historiques de la dette publique dans de nombreux pays, comment les pays avancés peuvent-ils se préparer et réagir au mieux à de futures récessions ?
Rôle accru de la politique budgétaire
- Les taux d'intérêt sont nuls ou proches de zéro dans les pays avancés, limitant la possibilité de nouvelles réductions conventionnelles des taux.
- Les banques centrales peuvent recourir de manière plus intensive à des instruments non conventionnels (par exemple, achats d'actifs à grande échelle), mais s'appuyer uniquement sur la politique monétaire peut être insuffisant et poser des questions sur :
- les effets secondaires sur la future stabilité financière, et
- les menaces pour l'indépendance des banques centrales.
- Si l'on se préoccupe de la viabilité de la dette à long terme, il faut accorder un rôle plus important à la politique budgétaire.
- La mise en place de mesures budgétaires plus automatiques dans les pays avancés pourrait les rendre plus résilients à de futurs chocs.
- Si les règles relatives à la relance budgétaire sont bien communiquées et établies avant que les chocs ne se produisent, elles peuvent influer sur les attentes et réduire l'incertitude, ce qui atténuera la baisse de l'activité lorsqu'un choc se concrétisera.
Arguments en faveur d’une relance budgétaire plus automatique
- Mesures de relance budgétaire fondées sur des règles (par exemple, déclenchement de transferts monétaires temporaires et ciblés en faveur des ménages à faible revenu en manque de liquidités lorsque le taux de chômage dépasse un certain seuil) :
- peuvent contrer de manière très efficace une récession causée par une insuffisance classique de la demande;
- sont distinctes des stabilisateurs automatiques traditionnels, qui sont plutôt liés à la situation individuelle (ex. assurance chômage, impôt progressif).
- Ces mesures sont particulièrement efficaces lorsque :
- les taux d'intérêt se situent à leur plancher effectif (lorsque les taux ne peuvent être réduits davantage),
- les délais de mise en œuvre des mesures budgétaires discrétionnaires sont longs,
- l'économie dispose de ressources inutilisées et que la politique monétaire est accommodante.
- Résultats de l'analyse :
- Si la demande chute soudainement, la baisse de la production et l'augmentation des ratios d'endettement sont moindres lorsque les autorités prennent des mesures de relance budgétaire fondées sur des règles.
- Des mesures de ce type permettent de faire face aux ralentissements économiques de manière presque aussi efficace qu’une utilisation de la politique monétaire à plein régime.
- Limitations et remarques spécifiques au choc actuel (pandémie) :
- Le choc touche à la fois l'offre et la demande.
- La rapidité et l'ampleur inégalées du choc ont compliqué la conception et l’application en temps voulu de mesures discrétionnaires de soutien budgétaire.
- Si les travailleurs et les entreprises ne peuvent exercer leurs activités tant que la pandémie perdure, le multiplicateur de la relance budgétaire est faible.
- Néanmoins, une relance budgétaire fondée sur des règles et mise en œuvre en amont aurait pu être utile, notamment sous la forme de transferts ciblés offrant une assurance de revenu supplémentaire et renforçant la protection sociale pour les personnes vulnérables.
- Recommandation générale : les dirigeants devraient envisager de rendre plus automatique la réaction de la politique budgétaire face à un choc pour accroître la résilience de leur économie.
- Parallèlement, même si les taux d'intérêt ne peuvent être réduits davantage, la politique monétaire peut appuyer la relance budgétaire pendant une récession en maintenant une orientation accommodante, notamment en assouplissant les conditions sur les marchés financiers.
Conception, adoption et complémentarité des instruments
- La conception et l'adoption de nouveaux outils budgétaires (tels que des mesures de relance fondées sur des règles) et l'amélioration des stabilisateurs automatiques prendront du temps et exigeront un accord politique.
- L'application de mesures automatiques réduit les risques de voir des obstacles politiques retarder la riposte en cas de détérioration de la situation économique.
- Lorsque la politique monétaire est sous contrainte, la mise en place de mesures de relance budgétaire fondées sur des règles peut réduire considérablement la probabilité d'une récession due à la demande.
- Les mesures discrétionnaires de politique budgétaire demeurent nécessaires : adaptées aux conditions spécifiques et à la nature du choc (comme celui dû à la pandémie), elles sont indispensables pour apporter un soutien anticyclique puissant, à condition d'être adoptées et mises en œuvre en temps voulu.
Conclusion : une riposte plus souple aux futures récessions
- Les retards passés dans la mise en œuvre des mesures discrétionnaires et les effets positifs d'une règle d'action préétablie renforcent les arguments en faveur d'une riposte budgétaire plus automatique.
- L'adoption de mesures de relance budgétaire fondées sur des règles peut être particulièrement efficace et opportune lorsque :
- les taux d'intérêt des banques centrales se situent à leur plancher effectif ou en sont proches, et
- la politique monétaire est entravée.
Basé sur le chapitre 2 des Perspectives de l'économie mondiale « Faire face aux futures récessions dans les pays avancés : des politiques cycliques sur fond de taux d’intérêt bas et d’endettement élevé », Michal Andrle, Philip Barrett, John Bluedorn (co-auteur principal), Francesca Caselli et Wenjie Chen (co-auteure principale). John Bluedorn et Wenjie Chen sont cités dans le texte.
Source: https://www.imf.org/fr/blogs/articles/2020/05/18/blog-weo-ch2-making-economies-more-resilient-to-downturns