Remise en marche de l’économie mondiale : promouvoir une reprise plus inclusive
IMF Blog, June 11, 2020
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- Authors: Kristalina Georgieva
- Published: June 11, 2020
Impact distributif et risques pour le développement
- La crise de la COVID-19 frappe le plus durement les plus vulnérables et pourrait entraîner une augmentation considérable des inégalités de revenu.
- Jusqu'à 100 millions de personnes dans le monde pourraient se retrouver dans une situation d'extrême pauvreté, anéantissant les avancées des trois dernières années dans la lutte contre la pauvreté.
- Plus d'un demi-milliard d'enfants dans le monde n’ont plus accès à l'éducation en raison du confinement lié aux coronavirus; nombre d'entre eux, en particulier les filles, ne retourneront pas en classe après la pandémie.
- Les ménages à faible revenu sont plus exposés aux risques sanitaires, au chômage record, et ont moins de chances de bénéficier de l'enseignement à distance; la nutrition des enfants peut pâtir de l'interruption des repas fournis à l'école.
- Les grandes épidémies exacerbent souvent les inégalités de revenus préexistantes (constat confirmé par une analyse récente du FMI).
Riposte des pouvoirs publics : ampleur et limites
- À l'échelle mondiale, les mesures budgétaires représentent à ce jour environ 10 000 milliards de dollars.
- Le FMI et la Banque mondiale ont prôné une suspension du service de la dette comme action rapide pour les pays sans ressources financières suffisantes.
- Le G20 a accepté de suspendre le remboursement des crédits bilatéraux officiels pour les pays les plus pauvres, du 1er mai à la fin de l'année 2020.
- La dette publique des pays émergents a atteint des niveaux jamais vus depuis 50 ans.
- Priorité: éviter des séquelles durables sous forme de pertes d'emplois et d'un creusement des inégalités.
Priorités politiques proposées
- Utiliser la relance budgétaire à bon escient
- Prendre des mesures de relance budgétaire ambitieuses pendant la phase de reprise pour stimuler la croissance et l'emploi.
- Accroître l’investissement public dans la santé pour protéger les plus vulnérables et réduire les risques de futures épidémies.
- Renforcer les dispositifs de protection sociale, améliorer l'accès à un enseignement de qualité, à l'eau potable et à l'assainissement, et investir dans des infrastructures respectueuses de l'environnement.
- Élargir l'accès à des services de garde d'enfants pour favoriser la participation des femmes au marché du travail.
- À moyen terme, accroître l'efficience des dépenses et des recettes publiques; réformes fiscales possibles:
- Augmentation des taux d'imposition sur le revenu des personnes physiques de la tranche la plus élevée dans certains pays avancés et pays émergents.
- Veiller à ce que l'imposition des sociétés retienne une part appropriée des profits inhabituels des « gagnants » de la crise, y compris peut-être ceux provenant des activités numériques.
- Lutter contre les flux illicites et éliminer les niches fiscales, au niveau national et international.
- Donner à la prochaine génération les moyens d’agir grâce à l’enseignement
- Risque accru de « pauvreté des apprentissages » (incapacité de lire et de comprendre un texte simple à l'âge de 10 ans) en raison de la perturbation de l'enseignement.
- Une augmentation de 10 points du coefficient de Gini est associée à une baisse du niveau d'instruction d'environ six mois.
- Investir davantage dans l’éducation: augmenter les dépenses scolaires, les capacités d'enseignement à distance, améliorer la qualité de l'enseignement et l'accès à l’apprentissage continu et au recyclage professionnel.
- Simulation: réduire d'un quart l’écart entre le niveau d'instruction effectif et la moyenne de l'OCDE (modèle basé sur une économie comparable à celle du Brésil) pourrait faire augmenter la production économique de plus de 14 %.
- Tirer parti des atouts des technologies financières (fintech)
- La migration vers le numérique n’avantage pas tout le monde; la fracture numérique peut devenir une séquelle de la crise.
- Améliorer l'accès des ménages à faible revenu et des petites entreprises aux produits financiers pour lisser la consommation et soutenir les investissements productifs.
- Exemple de ciblage massif: au Pakistan et au Pérou, de nouveaux programmes de soutien visent un tiers de la population.
- Dans les pays en développement, près de 70 % des emplois relèvent de l'économie informelle.
- Environ deux tiers de tous les adultes ne disposant pas de compte bancaire (1,1 milliard de personnes) ont un téléphone portable; un quart d'entre eux ont accès à Internet.
- Si les pouvoirs publics transféraient leurs paiements au comptant ordinaires sur des comptes, le nombre d'adultes dépourvus de compte bancaire dans le monde pourrait être réduit de 100 millions.
- Effets estimés: un différentiel de croissance du PIB à long terme de deux à trois points de pourcentage entre pays inclusifs en matière financière et pays moins inclusifs.
- Réformes nécessaires: promouvoir la concurrence, renforcer la protection des consommateurs et lutter contre le blanchiment des capitaux; trouver l'équilibre entre réduction des inégalités et promotion de la croissance.
Rôle du FMI et des partenaires
- Le FMI collabore avec la Banque mondiale et de nombreux partenaires pour aider les pays par une assistance technique, des conseils et des programmes de prêt.
- Accent sur les dépenses sociales: dispositifs de protection sociale, santé, éducation.
- Appel aux gouvernements: créer progressivement les conditions d'une reprise plus inclusive via des politiques appropriées en matière de relance budgétaire, d'éducation et de fintech, et promouvoir la solidarité et l'échange d'idées.
Kristalina Georgieva, IMFBlog