Les perturbations de l’approvisionnement alimentent la hausse de l’inflation et entravent la reprise en Europe
IMF Blog, February 18, 2022
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- Authors: Kristalina Georgieva, Oya Celasun, Alfred Kammer
- Published: February 18, 2022
Principales constatations sur l’impact des perturbations d’approvisionnement
- Sans les difficultés d’approvisionnement, la production manufacturière de la zone euro à l’automne 2021 aurait été supérieure d’environ 6 percent.
- Sur la base de la corrélation historique entre production manufacturière et production globale, le PIB aurait été plus élevé de 2 percent, soit l’équivalent d’environ une année de croissance en période normale d’avant-pandémie dans de nombreux pays européens.
- Dans les pays où les entreprises manufacturières exercent leurs activités en aval des chaînes de valeur mondiales et dépendent d’intrants intermédiaires très spécifiques (p. ex. pays au secteur automobile fort), la production manufacturière aurait normalement été plus élevée de 14 percent.
- À l’échelle mondiale, 40 percent des difficultés d’approvisionnement dans l’industrie manufacturière trouvent leur origine dans des fermetures temporaires.
- Les pénuries de main-d’œuvre expliquent jusqu’à 10 percent des difficultés d’approvisionnement de l’industrie manufacturière à l’échelle mondiale.
Contribution des perturbations à l’inflation
- Au cours des trois premiers trimestres de 2021, la composante de l’industrie manufacturière dans l’inflation des prix à la production a dépassé d’environ 10 points de pourcentage son niveau d’avant-pandémie.
- La hausse des prix des produits manufacturés est attribuable, pour moitié environ, aux chocs sur l’approvisionnement, l’autre moitié tenant principalement à l’augmentation de la demande.
- Les perturbations d’approvisionnement ont entraîné l’indicateur de l’inflation hors alimentation et énergie d’un demi-point de pourcentage au-dessus de ce qui aurait été son niveau normal au cours de la même période.
- Les prix des services, qui comptent pour plus de la moitié du panier de consommation, sont moins sensibles aux chocs sur l’approvisionnement dans l’industrie manufacturière que les prix des biens.
Durée possible des perturbations et risques
- Des experts du secteur estimaient fin 2021 que les pénuries d’approvisionnement de l’industrie automobile se dissiperaient en grande partie à la mi-2022 et que les goulets d’étranglement s’élargiraient d’ici à la fin de l’année, position exprimée avant la vague Omicron.
- Les difficultés d’approvisionnement pourraient durer plus longtemps, peut-être jusqu’à 2023.
- Les interruptions temporaires (fermetures, accidents météorologiques et industriels) devraient avoir des répercussions plus transitoires sur l’inflation; en revanche, des facteurs comme les pénuries de main-d’œuvre et le vieillissement des infrastructures logistiques pourraient exercer des effets plus durables sur l’approvisionnement et l’inflation.
Priorités et recommandations de politique publique
- Interventions réglementaires ciblées pour alléger les goulets d’étranglement :
- accélérer l’octroi de permis et certificats aux travailleurs du transport et de la logistique;
- assouplir temporairement les restrictions sur les horaires de fonctionnement des zones portuaires;
- alléger les règles d’immigration afin de réduire les pénuries de main-d’œuvre;
- rendre obligatoires des pratiques permettant de limiter la propagation du virus et de protéger la santé du personnel.
- Mesures budgétaires actives et ciblées pour desserrer les goulets d’étranglement et éviter une détérioration permanente du potentiel de production :
- éviter un soutien généralisé à la demande globale qui pourrait aggraver les goulets d’étranglement et faire augmenter l’inflation avec des effets limités sur la production et l’emploi;
- préserver les emplois viables une fois les goulets d’étranglement desserrés, notamment les postes de l’industrie manufacturière à forte intensité de compétences affectés par des pénuries d’intrants intermédiaires;
- accompagner la relance du marché du travail en supprimant les obstacles à l’emploi (développement de services fiables de garde d’enfants et d’aide aux personnes âgées) et participer à la formation de travailleurs aux nouvelles compétences demandées.
Implications pour la politique monétaire
- Les autorités monétaires doivent :
- soutenir une reprise encore incomplète et faire en sorte que la production retrouve sa trajectoire d’avant-pandémie, tout en empêchant une envolée des salaires et des prix;
- stabiliser les anticipations d’inflation à moyen terme malgré les poussées inflationnistes temporaires générées par les perturbations d’approvisionnement et la flambée des prix de l’énergie;
- continuer à communiquer sur la façon dont elles réagiront aux chiffres de l’inflation et à d’autres indicateurs économiques, dont la variation des anticipations d’inflation, et montrer qu’elles se tiennent prêtes à réagir rapidement à tout changement notable dans les perspectives d’inflation à moyen terme.
- Observation sur la zone euro : malgré le rapide resserrement des marchés du travail, les données récentes et rétrospectives semblent indiquer que les salaires n’augmenteront que modérément.
- Prévision indiquée : les auteurs s’attendent à voir l’inflation tomber légèrement au-dessous de la cible de la Banque centrale européenne (BCE) une fois que la pandémie perdra de son intensité.
- Position sur la BCE : la BCE a décidé de maintenir une politique monétaire accommodante tant que la cible d’inflation à moyen terme n’est pas atteinte, tout en se réservant la possibilité de corriger le tir si le niveau élevé de l’inflation sous-jacente se révèle plus persistant que prévu.
Article de Kristalina Georgieva, Oya Celasun et Alfred Kammer, le 18 février 2022.