L’essor rapide du marché du crédit privé, qui pèse 2 000 milliards de dollars, exige une plus étroite supervision
IMF Blog, April 10, 2024
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- Authors: Charles Cohen, Caio Ferreira, Fabio Natalucci, Nobuyasu Sugimoto
- Published: April 10, 2024
Contexte et portée du marché
- Le marché du crédit privé a atteint l’an dernier les 2 100 milliards de dollars d’actifs et de capitaux engagés.
- Le titre met en avant une estimation de l’ordre de 2 000 milliards de dollars et précise que les États-Unis concentrent environ les trois quarts de ce volume.
- Ce marché a émergé il y a une trentaine d’années pour financer des entreprises trop grandes ou risquées pour les banques commerciales, et trop petites pour lever des fonds sur les marchés obligataires.
- Investisseurs institutionnels tels que des fonds de pension et des compagnies d’assurance ont investi massivement dans des fonds illiquides offrant des rendements supérieurs et une volatilité moindre.
Principales vulnérabilités identifiées
- Profil des emprunteurs
- Les sociétés emprunteuses sur le marché du crédit privé sont généralement plus petites et plus endettées que leurs homologues sur les marchés obligataires ou des prêts à effet de levier.
- Avec le récent relèvement des taux d’intérêt de référence, plus d’un tiers des emprunteurs présentent aujourd’hui des charges d’intérêt supérieures à leurs bénéfices actuels.
- Qualité des valorisations et transparence
- Les contrats de prêt sont rarement échangés et ne peuvent pas être valorisés à l’aide des prix du marché.
- Les valorisations sont souvent établies sur une base trimestrielle à l’aide de modèles de risques, ce qui peut conduire à des valorisations dépassées et subjectives.
- L’analyse compare le crédit privé et les prêts à effet de levier et montre que malgré une qualité de crédit inférieure, les actifs du crédit privé tendent à subir des dépréciations moins importantes en périodes de tension.
- Effets de levier et superposition des risques
- L’effet de levier apparent des fonds de crédit privé semble faible, mais la possibilité que de multiples effets de levier soient dissimulés dans l’écosystème est préoccupante, en raison de l’insuffisance des données.
- L’effet de levier est également utilisé par les investisseurs dans ces fonds et par les emprunteurs eux-mêmes, compliquant l’évaluation des vulnérabilités systémiques.
- Interconnexion entre acteurs
- L’écosystème présente un degré d’interconnexion élevé entre fonds de crédit privé, sociétés de capital-investissement, banques commerciales et investisseurs institutionnels.
- La Réserve fédérale a estimé que les emprunts sur le marché du crédit privé américain s’élèvent à moins de 200 milliards de dollars, soit moins de 1 % du total des actifs bancaires du pays, bien que certaines banques puissent avoir des expositions concentrées.
- Plusieurs fonds de pension et compagnies d’assurance augmentent considérablement la part d’actifs moins liquides dans leurs portefeuilles, y compris des compagnies d’assurance sous le contrôle de sociétés de capital‑investissement.
- Risques de liquidité et fonds de détail
- Les fonds de crédit privé bloquent des capitaux sur de longues durées et restreignent les remboursements pour aligner l’horizon de placement sur des actifs illiquides.
- L’émergence de nouveaux fonds destinés à des investisseurs individuels pourrait présenter des risques de rachat plus élevés.
- Les dispositifs de gestion de la liquidité (seuils et périodes de rachat prédéterminées) n’ont pas été mis à l’épreuve d’un scénario de sorties massives.
Scénarios d’impact et transmission au système financier réel
- À court terme, les risques paraissent limités pour la stabilité financière au sens large, mais :
- Un ralentissement marqué pourrait détériorer brutalement la qualité du crédit, provoquant des défauts de paiement et des pertes considérables.
- L’opacité du marché compliquerait l’évaluation des pertes.
- Les banques pourraient réduire leur volume de prêts en faveur des fonds de crédit privé.
- Les fonds de détail pourraient être confrontés à des remboursements massifs.
- Les fonds de crédit privé et leurs investisseurs institutionnels pourraient subir des tensions sur la liquidité.
- Les liens élevés entre acteurs pourraient conduire à des ventes d’actifs plus liquides par des compagnies d’assurance et des fonds de pension, affectant les marchés obligataires et réduisant le crédit aux sociétés.
Conclusions principales
- Les vulnérabilités recensées ne constituent pas aujourd’hui un risque systémique généralisé, mais elles pourraient s’amplifier et entraîner des retombées économiques significatives si la croissance rapide du secteur persiste sans supervision renforcée.
- D’importantes lacunes en matière de données compliquent la supervision et retarderaient une évaluation correcte des risques par les décideurs et les investisseurs.
Recommandations politiques et actions proposées
- Renforcer la réglementation et la supervision du crédit privé, en portant une attention particulière à :
- le suivi et la gestion des risques;
- les effets de levier;
- l’interconnexion des acteurs;
- la concentration des expositions.
- Renforcer la coopération transfrontalière et intersectorielle pour combler les lacunes en matière de données et harmoniser les évaluations des risques au sein des secteurs financiers.
- Améliorer les normes d’information et le recueil des données pour assurer un meilleur suivi de la croissance du crédit privé et de ses implications pour la stabilité financière.
- Les autorités de régulation des valeurs mobilières devraient surveiller de près les risques de liquidité et de conduite dans les fonds de crédit privé, notamment les fonds de détail, et appliquer les recommandations du Conseil de stabilité financière et de l’Organisation internationale des commissions de valeurs concernant la conception des produits et la gestion de la liquidité.
— Ce blog est basé sur le chapitre 2 de l’édition d’avril 2024 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde : « L’essor du crédit privé et les risques associés ».