Les guerres entraînent des coûts économiques persistants, tandis que la hausse des dépenses de défense impose des arbitrages difficiles
IMF Blog, April 6, 2026
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- Authors: Hippolyte Balima, Andresa Lagerborg, Evgenia Weaver
- Published: April 6, 2026
Contexte et message central
- Après plusieurs décennies de calme relatif, le nombre de conflits actifs a récemment bondi et atteint un niveau inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
- La montée des tensions géopolitiques pousse de nombreux pays à revoir leurs priorités et à augmenter leurs dépenses de défense.
- Les guerres entraînent des coûts humains et des coûts économiques considérables et persistants; la hausse des dépenses de défense impose des arbitrages budgétaires difficiles même en l’absence de combats sur le territoire national.
Pertes économiques directes et contagion
- Impact immédiat sur la production des pays en guerre :
- La production diminue d’environ 3 % dès le début des hostilités.
- Les pertes cumulées atteignent ainsi environ 7 % au bout de cinq ans.
- Les séquelles économiques restent visibles dix ans plus tard.
- Effets de contagion :
- États voisins et principaux partenaires commerciaux enregistrent souvent une légère baisse de leur production au cours des premières années du conflit.
- Conflits majeurs :
- Définition retenue : au moins 1 000 morts au combat.
- Réorientation des dépenses vers la défense, augmentation de la dette, détérioration des budgets publics, effondrement de la production et des recettes fiscales.
- Déséquilibres extérieurs et pression financière :
- Recul marqué des importations accompagné d’un déclin encore plus important des exportations => creusement temporaire du déficit commercial.
- Sorties de capitaux, baisse des Investissements Directs Étrangers et des flux de portefeuille.
- Dépendance accrue à l’aide internationale et aux envois de fonds.
- Conséquences : dépréciation persistante du taux de change, érosion des réserves, hausse de l’inflation, incitation à relever les taux d’intérêt.
Compromis liés à la hausse des dépenses de défense
- Épisode historique analysé :
- Revue d’épisodes de fort accroissement des dépenses de défense dans 164 pays depuis la Seconde Guerre mondiale.
- Ces poussées durent généralement près de trois ans.
- Hausse moyenne : 2,7 points de pourcentage du produit intérieur brut (PIB).
- Cette hausse correspond globalement au niveau requis pour atteindre l’objectif OTAN de 5 % du PIB consacré aux dépenses de défense d’ici 2035.
- Effets macroéconomiques à court terme :
- Choc positif sur la demande, stimulation de la consommation et de l’investissement privés, en particulier dans les secteurs liés à la défense.
- Hausse possible de la production et des prix, nécessitant coordination avec la politique monétaire pour modérer les pressions inflationnistes.
- Effets globaux limités et hétérogènes :
- L’augmentation se traduit presque intégralement par une augmentation de la production plutôt que par un multiplicateur large.
- Variations selon : mode et sources de financement, répartition des dépenses, volume des importations d’équipement.
- Si la relance finance des importations d’armes, gains de production plus faibles et détérioration des soldes extérieurs.
- Accent sur investissements publics locaux, harmonisation des normes et passation de marchés coordonnée => possibilité d’élargir les marchés, favoriser économies d’échelle, renforcer capacités industrielles, limiter les fuites par importations et soutenir la croissance à long terme.
- Choix de financement et conséquences :
- À court terme, la hausse est principalement financée par un déficit.
- Les déficits se creusent d’environ 2,6 % du PIB dans les trois ans qui suivent l’envolée des dépenses.
- La dette publique augmente d’environ 7 points de pourcentage dans les trois ans (14 points de pourcentage en temps de guerre).
- Le financement par déficit peut stimuler l’économie à court terme mais fragilise la viabilité budgétaire à moyen terme et peut évincer l’investissement privé.
- L’accroissement des recettes comme mode de financement durable réduit la vulnérabilité budgétaire mais s’accompagne d’une baisse de la consommation et d’un ralentissement de la reprise; la redéfinition des priorités budgétaires se fait souvent au détriment de la protection sociale, de la santé et de l’éducation.
Mesures et conditions favorables à la reprise post‑conflit
- Caractéristiques générales de la reprise :
- Reconstructions lentes et inégales; dépendent essentiellement d’une paix durable.
- Lorsque la paix s’installe, la production rebondit mais reste souvent modeste par rapport aux pertes subies en temps de guerre.
- Dans les pays fragiles où les conflits reprennent, la reprise s’enlise.
- Redressements tirés principalement par la main‑d’œuvre (réaffectation des travailleurs, retour progressif des réfugiés); stock de capital et productivité restent souvent atones.
- Actions indispensables pour la reprise :
- Stabilisation macroéconomique rapide.
- Restructuration résolue des dettes.
- Soutien international : aide et développement des capacités.
- Réformes nationales : reconstruire les institutions et capacités de l’État, promouvoir inclusion et sécurité, remédier aux conséquences humaines durables (retards scolaires, détérioration de la santé, réduction des perspectives économiques).
- Approche coordonnée recommandée :
- Trains de mesures globaux et bien coordonnés surpassent une approche fragmentaire.
- Politiques visant à réduire l’incertitude et reconstituer le stock de capital renforcent les anticipations, favorisent les entrées de capitaux et facilitent le retour des personnes déplacées.
- Un redressement réussi établit les bases de la stabilité, ravive l’espoir et améliore les conditions de vie des populations touchées.
Hippolyte Balima, Andresa Lagerborg, Evgenia Weaver, le 6 avril 2026.