Euro 2.0 : passé, présent et avenir de l’intégration de la zone euro
IMF News, June 25, 2018
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- Published: June 25, 2018
Introduction
- Allocution d’ouverture de Christine Lagarde, directrice générale du FMI, conférence « The Euro at 20 » — Dublin, Irlande, le 25 juin 2018.
- Contexte politique et économique : montée des mouvements populistes, Brexit, récentes élections italiennes — nécessité de décisions difficiles sur l’avenir de l’intégration européenne.
- Objectif de l’intervention : tirer les leçons des 20 premières années de l’euro et proposer des pistes pour un « euro 2.0 ».
1. Retour en arrière : 20 années d’euro
- Processus d’intégration antérieur à l’euro : la monnaie unique couronne 50 années d’efforts pour éliminer les frontières économiques.
- Taille et portée de la zone :
- 19 des 28 pays membres de l’Union européenne font partie de la zone euro.
- L’euro est devenu la deuxième monnaie de réserve du monde.
- Résultats macroéconomiques et distribution :
- Dans l’Union européenne, le PIB réel par habitant a augmenté de 40 % depuis la moitié des années 90.
- Avant l’adoption de l’euro en 1999, forte convergence des niveaux de revenus réels et convergence des taux d’intérêt; ces évolutions ont parfois alimenté un endettement excessif et une croissance non soutenable, contribuant à la crise de la zone euro.
- Plusieurs pays touchés par la crise ont vu la croissance de leurs revenus stagner derrière celle d’autres États membres; de nombreux pays ne retrouvent que maintenant les niveaux d’avant la crise.
- Cas irlandais (exemple instructif) :
- Adhésion à la communauté européenne en 1973; membre fondateur du mécanisme de taux de change européen en 1979; signature du traité de Maastricht en 1992.
- Boom économique (« tigre celtique ») : le revenu moyen par habitant en termes réels a plus que doublé depuis la signature du traité de Maastricht.
- Intégration financière et expansion rapide du crédit ont alimenté des bulles immobilières (Irlande, Espagne); le retournement a provoqué de graves difficultés bancaires et inscrit l’Irlande au cœur de la crise de la dette souveraine.
- Reprise après des choix difficiles et l’aide des partenaires européens et du FMI.
2. Bilan du moment actuel : l’euro a 20 ans
- Réponses institutionnelles et financières après la crise :
- Avec le concours du FMI, le mécanisme européen de stabilité et les instruments antérieurs ont prêté plus de 250 milliards d’euros aux cinq pays les plus durement touchés par la crise.
- La zone euro dispose désormais de ressources crédibles pour faire face aux crises.
- La Banque centrale européenne, en 2012, a affirmé sa volonté de prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver l’union monétaire, dans les limites de son mandat.
- Réformes institutionnelles entreprises :
- Création de l’union bancaire avec le mécanisme de surveillance unique et le mécanisme de résolution unique, visant à un secteur bancaire plus unifié.
- Le nouveau régime de sauvetage et de résolution bancaires vise à limiter le recours des contribuables pour couvrir le coût des crises bancaires.
- Limites et nécessité d’aller plus loin :
- Les réformes déjà mises en place sont utiles mais insuffisantes; il demeure des vulnérabilités systémiques et des lacunes structurelles à traiter.
3. Demain, l’euro 2.0 — priorités pour renforcer la résilience
- Trois domaines prioritaires identifiés :
- Compléter l’union bancaire :
- Mettre en place un mécanisme de garantie approprié pour un fonds de résolution unique.
- Instaurer un système commun de garantie des dépôts.
- Objectif économique : assurer le risque de crédit à l’échelle des États membres (sous réserve de garde‑fous) pour atténuer le cercle vicieux entre banques et finances publiques.
- Intégrer davantage les marchés financiers et de capitaux :
- Faciliter le financement transfrontalier des entreprises et stimuler l’investissement.
- Court terme : préparer capacités réglementaires et de contrôle pour absorber les entreprises financières déplacées vers l’Europe continentale et l’Irlande à la suite du Brexit.
- Moyen terme : harmoniser davantage les réglementations et régimes nationaux en matière d’insolvabilité et de valeurs mobilières.
- Progrès existants : adoption du règlement sur les fonds de capital‑risque européens.
- Partage des risques budgétaires et prévention :
- Partager davantage les risques budgétaires tout en réduisant ces risques structurels.
- Réduire la dépendance excessive à la politique monétaire observée lors de la dernière crise.
- Proposition du FMI : création d’une capacité budgétaire centralisée qualifiée de « fonds pour les mauvais jours ».
- Insistance sur le respect par chaque pays des règles budgétaires communes et la réduction de la dette publique lorsqu’elle est trop élevée.
- Réformes structurelles nationales :
- L’achèvement de l’union bancaire et des marchés de capitaux, et un renforcement de l’intégration budgétaire, ne suffisent pas sans réformes structurelles visant à accroître la résilience et la productivité nationales.
- Calendrier et opportunité :
- Période actuelle décrite comme moment propice : croissance vigoureuse, chômage en baisse — « le meilleur moment pour réparer la toiture, c’est quand le soleil brille ».
Conclusion
- Pour assurer l’avenir de la zone euro au cours des 20 prochaines années, il faudra :
- Patience, créativité et coopération renforcée entre pays.
- Chaque pays doit assumer ses responsabilités pour que le projet collectif fonctionne dans l’adversité comme en période calme.
- Appel à l’action collective :
- Confiance du FMI dans son rôle de partenaire pour identifier les problèmes et proposer des solutions.
Source : Allocution préparée pour l’intervention de Christine Lagarde, directrice générale du FMI, « Euro 2.0 : passé, présent et avenir de l’intégration de la zone euro », conférence « The Euro at 20 », Dublin, Irlande, le 25 juin 2018.