De la fragmentation à la coopération : stimuler la concurrence et favoriser une prospérité partagée
IMF News, December 6, 2021
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- Published: December 6, 2021
Introduction
- Allocution d’ouverture de la directrice générale, Kristalina Georgieva, au Forum mondial sur la concurrence de l’OCDE, le 6 décembre 2021.
- Thèse centrale : la concurrence saine stimule l’innovation, l’emploi, la croissance de la productivité et rehausse les niveaux de vie ; la fragmentation mondiale menace ces bénéfices.
- Constat principal : des tendances mondiales atténuent la concurrence alors qu’il est crucial de renforcer le dynamisme économique et la résilience post-pandémie.
Répercussions macroéconomiques d’un pouvoir de marché excessif
- Observations empiriques :
- Au cours des vingt dernières années, progression du pouvoir de marché ayant nui à l’investissement et à la production.
- Effets défavorables sur les travailleurs via une influence démesurée des grandes entreprises sur les marchés de l’emploi et des bénéfices exceptionnels pour ces entreprises.
- Le FMI estime que la progression du pouvoir de marché explique pour 10 % au moins la baisse de la part des revenus revenant aux travailleurs dans les pays avancés.
- Impact sur la politique macroéconomique :
- Un affaiblissement de la concurrence peut réduire l’efficacité des politiques monétaires et budgétaires.
- Raison : les entreprises disposant d’un pouvoir de marché excessif détiennent souvent d’énormes réserves de liquidités et sont moins réactives aux taux des marchés et aux mesures de relance budgétaire.
- Effets de la pandémie :
- Intensification des tendances anticoncurrentielles et hausse de la concentration des marchés.
- Risque de frein à l’investissement en capital et à l’innovation.
- Estimation d’implication macro : diminution de 1 % du niveau du PIB dans les pays avancés à moyen terme, aggravant un contexte de faible croissance projetée à moyen terme.
Mesures et bonnes pratiques pour freiner le pouvoir de marché
- Exemples de réformes nationaux et d’actions concrètes :
- Allemagne et Autriche : renforcement du contrôle des fusions en examinant les acquisitions de petits acteurs en fonction du prix de la transaction.
- Australie et Royaume-Uni : enquêtes sur les marchés pour repérer et remédier rapidement aux problèmes.
- Amélioration de la compétitivité des marchés du travail : empêcher les accords de « non-débauchage », mettre un terme aux clauses de non-concurrence pour les travailleurs moins qualifiés (ex. commerce de détail, restauration rapide).
- Renforcement des règles de portabilité et d’interopérabilité des données pour dynamiser l’économie numérique (analogie : portabilité des numéros de téléphone dans l’Union européenne et aux États-Unis).
- Initiatives législatives en discussion : propositions de l’Union européenne sur les marchés numériques ; American Innovation and Choice Online Act aux États-Unis.
- Nécessité de budgets adéquats pour élaborer et appliquer des mesures.
Trois tendances mondiales qui portent atteinte à la concurrence — risques et réponses
- Aperçu : ces tendances exigent une action conjointe des responsables de la concurrence et des décideurs macroéconomiques.
- 1) Découplage technologique
- Description des risques :
- Émergence d’un « mur de Berlin numérique » fondé sur des restrictions à l’importation/exportation et une diminution de la coopération scientifique.
- Rétrécissement de la concurrence entre entreprises et consolidation accrue des acteurs dominants, moins d’incitation à innover.
- Rupture potentielle des normes technologiques mondiales, réduction de l’interopérabilité et des échanges de données.
- Pays à faible revenu et à revenu intermédiaire contraints de « choisir leur camp », exposés à hausses de prix, détérioration des services et perspectives de développement réduites.
- Scénario chiffré : selon le scénario, le découplage pourrait entraîner pour le PIB mondial un manque à gagner compris entre 3 et 6 % au cours des dix prochaines années environ.
- Propositions de remédiation :
- Collaboration étroite entre organismes nationaux de sécurité et de cybersécurité.
- Coordination entre décideurs en matière de droits de propriété intellectuelle et confidentialité des données.
- Rôle des enceintes multilatérales (OCDE et autres) pour diffuser les meilleures pratiques et renforcer la coordination internationale.
- 2) Restrictions commerciales
- Effets observés :
- Réduction de la concurrence étrangère entraînant des chaînes d’approvisionnement plus tendues, des prix plus élevés, moins d’innovation et une croissance potentielle réduite.
- Donnée historique : en 2019, le FMI a calculé que les tarifs douaniers créés ou augmentés au cours des deux années précédentes avaient réduit le PIB mondial de 0,4 %.
- Situation pendant la pandémie :
- Globalement, la pandémie n’a pas entraîné un protectionnisme généralisé pour les produits alimentaires, pharmaceutiques et fournitures médicales, bien que certaines mesures aient posé problème au départ.
- Certaines restrictions ont contribué à l’immense injustice vaccinale ; la reprise inégale accroît le risque de nouveaux variants (ex. variant « omicron »).
- Recommandations :
- Assouplir les restrictions instaurées durant la pandémie et relancer le système commercial global.
- Appuyer le rôle moteur de l’OMC pour traiter subventions faussant les échanges, droits de douane industriels, services échangeables, investissement et commerce électronique.
- Encourager de nouveaux accords multilatéraux (référence à l’Initiative conjointe sur la réglementation intérieure dans le domaine des services).
- 3) Changement climatique
- Risques pour la concurrence :
- Mesures climatiques asymétriques ou non coordonnées peuvent fausser la concurrence (ex. différences considérables des prix du carbone entre marchés).
- Risque de « fuites de carbone » dissuadant l’augmentation des prix du carbone.
- Difficultés pratiques et risques de représailles commerciales liés aux ajustements du carbone aux frontières s’ils ne sont pas soigneusement conçus et coordonnés.
- Solutions proposées :
- Adopter des mesures envoyant les bons signaux-prix sur le coût des changements climatiques sans nuire à la concurrence, au commerce et à l’investissement.
- Travailler avec l’OCDE et d’autres acteurs sur l’équivalence des différentes approches en matière de tarification du carbone.
- Proposition du FMI : établissement d’un prix plancher international du carbone pour les gros émetteurs — présenté comme efficace, pratique et flexible, permettant une tarification explicite et une différenciation des pays selon leurs niveaux de développement ; objectif : réductions d’émissions satisfaisantes, équité et concurrence plus loyale.
Conclusion et appel à la coopération
- Message central : l’équité et la concurrence loyale sont essentielles au niveau mondial et national pour favoriser l’innovation, l’emploi et une prospérité largement partagée.
- Rôle du FMI : utiliser sa vision d’ensemble de l’économie mondiale et sa connaissance détaillée des 190 pays membres pour analyser les interactions entre mesures nationales et internationales.
- Appel final :
- Nécessité d’une coopération beaucoup plus forte à l’intérieur des pays et à l’échelle mondiale.
- Collaboration entre le FMI, l’OCDE, les pays et les agences nationales de réglementation de la concurrence, ainsi qu’avec les responsables des politiques macroéconomiques, pour préserver et renforcer la concurrence.
- Message résumé : améliorer les politiques de la concurrence est indispensable pour soutenir l’innovation, l’emploi et une prospérité partagée.
Allocution d’ouverture de la directrice générale, Kristalina Georgieva, au Forum mondial sur la concurrence de l’OCDE, le 6 décembre 2021.