Régler la dette climatique
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- Authors: BENEDICT CLEMENTS, SANJEEV GUPTA, JIANHONG LIU
- Published: September 29, 2023
- DOI: https://doi.org/10.5547/2160-5890.12.1.bcle
Résumé
- La « dette climatique » correspond à la somme des dommages provoqués par les émissions de dioxyde de carbone, mesurés à partir des émissions historiques et projetées et du coût social du carbone.
- Estimation réalisée pour 131 pays à partir des émissions de carbone historiques et projetées (Clements, Gupta et Liu, 2023).
- La dette climatique sert à évaluer la juste contribution de chaque pays à la réduction des émissions et à examiner les modalités d’indemnisation des pays en développement.
Calcul de la dette climatique — niveaux et répartition
- Dette climatique mondiale pour 1959–2018 : environ 59 000 milliards de dollars.
- Accumulation prévue entre 2019 et 2035 : 80 000 milliards de dollars.
- Contribution par pays en 2018 :
- États‑Unis : 14 000 milliards de dollars.
- Chine : 10 000 milliards de dollars.
- Russie : 5 000 milliards de dollars.
- Éléments déterminants du montant par pays : taille de l’économie, intensité d’utilisation des combustibles fossiles, ventilation de la consommation d’énergie (ex. utilisation intensive du charbon).
- Projection 2019–2035 : part plus importante des pays en développement en raison d’une croissance économique plus vigoureuse.
- Dette climatique par habitant (période 1959–2018) :
- États‑Unis : niveau le plus élevé, environ 6 fois supérieur à celui de la Chine et 25 fois supérieur à celui de l’Inde.
- Rapport à la dette publique et aux besoins budgétaires :
- Dette climatique dans les pays du G20 : environ 81 percent du PIB.
- Dette moyenne des administrations publiques en 2020 : 88 percent du PIB.
- Dépenses publiques (valeur actualisée nette) pour la santé et les retraites attendues entre 2020 et 2035 : 25 percent du PIB en moyenne dans les pays du G20.
Scénarios analysés et impacts sur la dette climatique
- Scénario 1 — Mise en œuvre complète des CDN (contributions déterminées au niveau national) :
- Hypothèse : émissions nationales diminuent progressivement pour atteindre les objectifs de 2030.
- Effet : réduction de l’accumulation de la dette climatique de 9 600 milliards de dollars (24 percent).
- Limite : malgré cette baisse, l’accumulation prévue pour 2019–35 reste substantielle.
- Pays toujours en tête de l’accumulation : Chine et États‑Unis (mentionnés comme responsables principaux; chiffres cités : 12,9 et 5,4 milliards de dollars, respectivement).
- Scénario 2 — Réductions supplémentaires nécessaires pour atteindre 1,5 degré :
- Proposition : faire participer davantage les pays présentant une lourde dette climatique, au-delà des CDN.
- Simulation : si tous les pays du G20 s’engageaient à des réductions complémentaires en plus de leurs CDN, la dette climatique chuterait de 6 400 milliards de dollars supplémentaires.
- Problème d’équité : même après réductions additionnelles, la dette climatique des pays avancés resterait largement supérieure à celle des pays en développement.
- Conclusion : il pourrait être impossible d’atteindre d’ici 2030 une réduction des émissions perçue comme équitable; alternatives : prolonger les délais de réduction pour les pays avancés ou indemniser fortement les pays en développement.
Rôle de la politique budgétaire et fiscale
- Les politiques fiscales et de dépenses publiques sont des outils essentiels pour réduire l’accroissement de la dette climatique.
- Contraintes actuelles : conséquences économiques de la pandémie et augmentation brutale de la dette publique limitent l’action climatique, surtout dans les pays en développement.
- Mesures déjà adoptées : États‑Unis et Europe ont subventionné les énergies propres pour réduire la dette climatique.
- Recommandations fiscales :
- Mettre l’accent sur les recettes, en particulier l’augmentation de la fiscalité appliquée à l’énergie.
- Taxes carbone : instrument clé pour diminuer la dette climatique tout en finançant d’autres dépenses.
- Accompagnement budgétaire obligatoire : compenser les effets négatifs à court terme des taxes carbone sur les ménages à faible revenu.
- Considérations d’équité intergénérationnelle :
- La génération actuelle a consommé d’importantes quantités d’énergie à des prix n’internalisant pas le coût social réel.
- Pour les pays en développement, l’ajustement peut être progressif, car leur capacité de paiement augmentera avec le revenu par habitant.
Implications, priorités et recommandations politiques
- La dette climatique est considérable et inégalement répartie entre pays, ce qui pose des défis pour une répartition juste du fardeau de la réduction des émissions et de l’aide aux pays en développement.
- La dette climatique par habitant restera beaucoup plus élevée dans les pays avancés que dans les pays en développement, même avec la mise en œuvre complète des CDN des pays du G20.
- Approche pragmatique recommandée :
- Les pays avancés devraient intensifier l’aide aux pays en développement pour compenser les écarts — financement consacré à l’atténuation et à l’adaptation.
- Formes d’aide privilégiées : dons et prêts concessionnels.
- Observation sur les financements mondiaux :
- Les financements climatiques actuels n’ont pas encore atteint l’objectif de 100 milliards de dollars par an et sont clairement insuffisants par rapport à l’ampleur de la dette climatique des pays avancés.
- Rôle du FMI :
- Nouvelle facilité pour la résilience et la durabilité : octroi de financements concessionnels aux pays en développement pour la transition climatique et la préparation aux pandémies.
Source : FINANCES & DÉVELOPPEMENT — “Régler la dette climatique”, Benedict Clements, Sanjeev Gupta, Jianhong Liu, Septembre 2023.
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