Briser le supercycle de la dette
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- Authors: ATIF MIAN
- Published: March 26, 2024
Résumé diagnostique
- Dépendre du crédit pour stimuler la demande met en péril l’économie mondiale et il faut corriger les déséquilibres sous-jacents.
- Le supercycle d’endettement est le résultat d’une accumulation implacable d’emprunts par les consommateurs et les gouvernements.
- Exemple chiffré : le total de la dette représentait environ 140 % du PIB entre 1960 et 1980 aux États‑Unis, mais il a plus que doublé depuis, pour atteindre 300 % du PIB.
- Même la Grande Récession n’a pas arrêté la montée en flèche de la dette, car celle‑ci découle de déséquilibres structurels persistants, pas seulement d’erreurs de politique ponctuelles.
Origines des déséquilibres
- Deux forces principales expliquent l’accumulation d’excédents financiers ayant alimenté le supercycle de la dette :
- L’excès d’épargne des très riches lié au creusement des inégalités : la part du revenu disponible revenant aux très riches (1 % de la population) n’a cessé d’augmenter depuis 1980, et les très riches épargnent une proportion beaucoup plus élevée de leur revenu disponible.
- L’excès d’épargne dans le monde provenant d’un groupe de pays (notamment la Chine) qui captent une part plus élevée du revenu mondial et épargnent à un taux nettement supérieur via des institutions gouvernementales (banques centrales, fonds souverains).
- La conséquence conjointe est une hausse des excédents financiers qui ont financé la dette mondiale croissante.
Rôle du secteur financier et nature des prêts
- Le secteur financier a intermédié ces excédents financiers en prêtant à divers segments de l’économie.
- Lorsqu’il finance des investissements productifs (infrastructures, technologies), la dette est viable ; or, le supercycle s’est caractérisé par une incapacité notable à financer des investissements productifs.
- Malgré que le total de la dette ait plus que doublé en pourcentage du PIB, l’investissement réel en pourcentage du PIB a stagné, voire chuté, au cours des quarante dernières années.
- Le crédit a principalement financé la consommation improductive des ménages et des gouvernements — la « demande endettée » — qui réduit ultérieurement la demande globale lorsque les emprunteurs remboursent leur dette.
Effet sur les taux d’intérêt et les valorisations d’actifs
- La demande endettée exerce une pression à la baisse sur la demande globale ; l’économie compense en faisant reculer les taux d’intérêt.
- Illustration : le taux d’intérêt réel à 10 ans aux États‑Unis est passé d’environ 7 % au début des années 80 à des valeurs nulles, voire négatives, ces dernières années.
- La baisse persistante des taux d’intérêt à long terme tend à accroître les valorisations des actifs, aggravant encore les inégalités de richesse.
- Paradoxalement, l’abondance d’excédents financiers et les taux très bas n’ont pas stimulé l’investissement réel.
Facteurs de vulnérabilité et risques
- Une économie reposant sur un flux constant de nouvelles dettes pour générer la demande est vulnérable aux perturbations des marchés financiers, susceptibles de provoquer de graves ralentissements (comme en 2008).
- Depuis 2008, la dépendance s’est accrue envers la dette publique pour soutenir la demande ; les gouvernements des pays avancés peuvent souvent emprunter à un taux inférieur à leur taux de croissance, rendant le soutien par l’emprunt plus aisé, mais cette stratégie dépend de la stabilité des marchés financiers.
- Les récentes hausses de taux montrent que la capacité des marchés financiers à soutenir indéfiniment cet équilibre n’est pas garantie.
Recommandations de politique et rééquilibrage structurel
- L’économie doit se rééquilibrer et inverser le supercycle d’endettement par des changements structurels visant une croissance plus équitable, réduisant ainsi les déséquilibres à l’origine du cycle.
- Rôle de la politique fiscale :
- Un impôt sur la fortune s’appliquant au‑delà d’un certain seuil peut encourager les très riches à dépenser davantage, réduisant l’excès d’épargne des riches qui finance le cycle improductif de la dette.
- Réformes du côté de l’offre :
- Suppression des restrictions sur les nouvelles constructions.
- Promotion de la concurrence.
- Augmentation des investissements publics.
- Ces mesures élargiraient les possibilités d’investissement pour que la dette finance des investissements productifs plutôt qu’une demande endettée improductive.
- Limites des outils macroéconomiques traditionnels :
- Les outils budgétaires et monétaires sont conçus pour traiter des problèmes cycliques temporaires, pas des déséquilibres structurels de long terme.
- Par exemple, un assouplissement de la politique monétaire peut stimuler la demande à court terme mais risque de perpétuer une demande endettée qui reproduira ultérieurement les mêmes pressions négatives.
Fonds monétaire international — FINANCES & DÉVELOPPEMENT, ATIF MIAN, Mars 2024
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