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Bibliographic details
- Authors: JIAXIONG YAO, ROBERT ZYMEK
- Published: December 10, 2024
Contexte
- La Chine est aujourd’hui le plus grand exportateur d’automobiles au monde, avec 60 % des ventes mondiales de véhicules électriques en 2023.
- L’Union européenne (UE) s’est fixé l’objectif suivant : les véhicules électriques devront représenter 100 % des achats de voitures neuves d’ici 2035, contre 15 % aujourd’hui.
- Les véhicules électriques chinois sont vendus environ 20 % moins cher que des modèles français, allemands ou italiens similaires dans l’UE.
- L’UE a imposé de nouveaux droits de douane sur les véhicules électriques chinois, allant jusqu’à 45 % dans certains cas (droits déterminés en octobre).
Scénarios et hypothèses de l’étude
- Scénario de référence : adoption de véhicules électriques en Europe et hausse de la part de marché chinoise par rapport à un monde où ces éléments resteraient fixes à leurs niveaux d’avant 2023.
- Référence historique utilisée pour les scénarios : arrivée du Japon sur le marché automobile américain entre 1970 et 1985, période durant laquelle la proportion de voitures japonaises importées par les États-Unis est passée de proche d’1,7 % à près de 15 %.
- Illustration de puissance potentielle : la Chine pourrait augmenter sa part du marché de l’UE de 15 points de pourcentage en l’absence d’obstacles aux échanges (illustration et non prévision).
- Simulations de droits de douane : droits moyens simulés de 25 % et de 100 % sur les importations d’automobiles chinoises dans l’UE.
Principaux résultats macroéconomiques
- Incidence globale sur le PIB de l’UE : très faible à l’échelle de l’ensemble de l’UE, mais avec de fortes disparités entre États membres.
- Effets sectoriels opposés :
- Bénéfice pour les consommateurs de l’UE grâce à une augmentation de l’offre de véhicules chinois bon marché.
- Diminution de la demande pour les véhicules produits par le secteur automobile européen, secteur caractérisé par une forte rentabilité et une productivité élevée.
- Impact par pays (modélisation sur cinq ans) :
- Hongrie : baisse du PIB réel de 1 % sur cinq ans.
- République tchèque : baisse du PIB réel de 1,5 % sur cinq ans.
- Effet limité sur l’Allemagne, la France et l’Italie en raison de la taille et de la diversification de leurs économies.
Impacts sur l’emploi et réaffectation
- Réaffectation considérable de la main-d’œuvre hors du secteur automobile :
- République slovaque : travailleurs déplacés représentant jusqu’à 2,6 % de la main-d’œuvre.
- Hongrie : travailleurs déplacés représentant jusqu’à 1,7 % de la main-d’œuvre.
- Réorientation prévue principalement vers les services, avec des coûts sociaux, économiques, politiques et psychologiques importants non capturés par les modèles.
Effets des droits de douane
- Résultat général des simulations de droits de douane (25 % et 100 %) : les droits de douane aggravent la situation à court et à long terme.
- Mécanismes d’aggravation :
- Protection de la production automobile nationale et hausse limitée des revenus.
- Augmentation des prix à la consommation et des coûts de production pour les secteurs utilisant des véhicules chinois comme intrants.
- Ces coûts dépassent les bénéfices de la protection tarifaire, appauvrissant tous les pays de l’UE, particulièrement ceux sans un secteur automobile national développé.
- Effet sur la transition climatique :
- Les droits de douane rendraient certains consommateurs plus susceptibles d’acheter des véhicules traditionnels au cours des dix prochaines années, augmentant les émissions.
- Toutefois, si l’UE respecte des politiques permettant d’atteindre l’objectif de 100 % d’adoption de véhicules électriques d’ici 2035, les retombées globales des droits de douane sur les émissions seraient minimes.
- Principal effet des droits de douane dans ce cas : augmenter le coût de la transition, ce qui pourrait cependant créer des tensions susceptibles de retarder les objectifs, avec des conséquences plus graves sur les émissions.
Politiques recommandées et solutions
- Éviter les barrières commerciales comme réponse principale au choc ; les droits de douane sont contre-productifs.
- Favoriser l’investissement direct étranger et la production locale en Europe par les constructeurs chinois (modèle analogue à l’implantation des constructeurs japonais aux États-Unis à partir des années 80). Cela pourrait réduire les effets négatifs si la demande européenne est satisfaite par des entreprises chinoises produisant directement en Europe.
- Encourager les gains de productivité dans le secteur automobile européen :
- Améliorations concrètes de la productivité peuvent grandement atténuer l’incidence macroéconomique du choc sur les pays les plus touchés.
- Suppression des derniers obstacles au commerce et aux mouvements de capitaux à l’intérieur de l’UE pour mieux tirer parti des économies d’échelle et encourager les investissements en recherche et développement.
- Accompagner la transition par des politiques actives de soutien à la réorientation professionnelle et des politiques volontaristes pour encourager investissements et productivité, tout en restant ouvert aux marques BYD, Nio et Xpeng opérant en Europe.
Article tiré du document de travail du FMI 2024/218, “Europe’s Shift to EVs amid Intensifying Global Competition”, de Philippe Wingender, Jiaxiong Yao, Robert Zymek, Benjamin Carton, Diego A. Cerdeiro, et Anke Weber; auteurs de cet article : JIAXIONG YAO et ROBERT ZYMEK.