Le dividende de longévité
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- Le dividende de longévité
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- Authors: ANDREW SCOTT, PETER PIOT
- Published: June 23, 2025
Synthèse
- Le vieillissement de la population présente non seulement des coûts potentiels pour les systèmes de retraite et de santé, mais aussi une opportunité — le « dividende de longévité » — à condition de réorienter les politiques publiques et les investissements vers l’adaptation à une espérance de vie plus longue.
- Il est essentiel de recadrer le débat : cesser de considérer le vieillissement exclusivement comme un problème et cesser de compter uniquement sur des changements de comportement individuel pour préserver les systèmes actuels.
Constats clés et statistiques
- Une personne sur dix dans le monde a aujourd’hui plus de 65 ans; cette proportion devrait doubler d’ici 50 ans.
- Dans les 10 dernières années, le nombre de travailleurs en Europe a augmenté de 17 millions; 90 % de ces travailleurs additionnels sont âgés de plus de 50 ans selon l’OCDE.
- Les maladies chroniques non transmissibles représentent maintenant 60 % de la charge des maladies à travers le monde et 81 % dans l’Union européenne.
- L’espérance de vie mondiale dépasse 70 ans, voire 80, dans un nombre croissant de pays.
- L’augmentation de l’espérance de vie moyenne entraîne un accroissement du nombre de personnes âgées de 60 à 90 ans.
- Près de 90 % des Européens en fin de quarantaine font partie de la main-d’œuvre active; le taux de participation chute à moins de la moitié de la population au début de la soixantaine.
- Une personne diagnostiquée d’une maladie cardiovasculaire à 50 ans est 11 fois plus susceptible de quitter son emploi au Royaume-Uni.
- Selon des données du Royaume-Uni (Schindler et Scott, à paraître), une réduction de 20 % de l’incidence des six principales maladies chroniques suffirait à majorer le PIB de 1 % en 5 ans et de 1,5 % en 10 ans, principalement par l’augmentation de la participation à la main-d’œuvre active des 50–64 ans.
Santé : expansion de la morbidité et implications
- Les gains d’espérance de vie ont provoqué une transition épidémiologique : les maladies chroniques non transmissibles dominent désormais le fardeau de la santé.
- L’espérance de vie en bonne santé n’a pas crû aussi rapidement que l’espérance de vie globale, d’où une expansion de la morbidité — risque que le système nous maintienne en vie mais pas en bonne santé, augmentant les coûts.
- Trois facteurs rendent la prévention et la gestion de la santé plus faisables :
- une longévité accrue augmente la probabilité d’atteinte par une maladie chronique pour la plupart des individus;
- accessibilité croissante des données sur les risques structurels et génétiques permettant des interventions ciblées;
- progrès de la biologie (exemples cités : médicaments GLP-1 tels que Ozempic et Wegovy) et développement de la biologie du vieillissement promettant de nouveaux médicaments.
- Investissement attendu dans les sciences de la vie et les produits biopharmaceutiques pour développer des traitements et des modes de prévention plus efficaces et rentables, y compris l’amélioration des vaccins pour les personnes âgées.
Approche axée sur le parcours de vie et financement
- Pour maintenir les gens en vie et en bonne santé jusqu’à 90 ans, la prise en charge doit commencer dès l’enfance ou au plus tard au milieu de la vie.
- Il faut mesurer l’espérance de vie en bonne santé comme indicateur clé pour guider les dépenses en santé, plutôt que de se focaliser sur traitements et interventions réalisées.
- Le financement de la prévention exigera des dépenses additionnelles; les États devront s’endetter davantage ou recourir à des mécanismes de financement novateurs, comme des obligations à impact social, pour convertir des gains futurs en financement actuel.
- Le progrès requis pour des gains substantiels en espérance de vie en bonne santé nécessite autant de créativité qu’au XXe siècle dans les soins de santé, la santé publique et le secteur pharmaceutique.
- Solutions technologiques citées : robotique pour certains soins (exemple : Japon), innovations numériques et intelligence artificielle pour une médecine personnalisée, nécessitant des investissements dans la formation numérique de tous les groupes d’âge et couches sociales.
Marché du travail et politiques d’emploi
- Stimuler l’emploi des 50 ans et plus nécessite un éventail large de politiques ciblant la santé, les compétences et la création d’emplois adaptés à l’âge.
- Il ne suffit pas d’augmenter l’âge légal de la retraite; il faut aider les individus à travailler plus longtemps en adaptant les emplois :
- régimes de travail plus souples;
- tâches moins exigeantes physiquement;
- plus d’autonomie;
- politiques favorisant le recyclage professionnel et la transition entre métiers;
- lois contre la discrimination fondée sur l’âge.
- Les emplois adaptés aux personnes âgées réduisent la concurrence entre jeunes et âgés et limitent les effets négatifs sur les carrières des plus jeunes.
- Certaines professions (ex. construction) se prêtent mal à l’adaptation — nécessité de politiques publiques pour faciliter la reconversion.
Recommandations de politique publique
- Recentrer les systèmes sur l’adaptation à une longévité accrue plutôt que sur des politiques visant uniquement à modifier la structure démographique (augmentation de la natalité, immigration, âge de la retraite).
- Investir massivement dans la prévention des maladies chroniques et la gestion de la santé, en s’appuyant sur :
- développement pharmaceutique et biologie du vieillissement;
- amélioration des vaccins pour les personnes âgées;
- utilisation des données génétiques et de risque pour des interventions ciblées;
- politiques intersectorielles mobilisant entreprises, administrations publiques, communautés et secteurs de l’alimentation et de l’habitation.
- Mettre en œuvre une approche fondée sur le parcours de vie : interventions dès l’enfance ou au milieu de la vie, et mesure de l’espérance de vie en bonne santé pour orienter les dépenses.
- Explorer des mécanismes de financement innovants (par ex. obligations à impact social) pour couvrir le coût initial de la prévention.
- Promouvoir la formation numérique, la robotique et l’intelligence artificielle pour pallier les pénuries de personnel et améliorer la prévention et les soins.
- Adopter des politiques d’emploi actives : adaptation des emplois, formation continue, lois anti-discrimination et soutien à la reconversion professionnelle.
Conclusion
- La démographie n’est pas une destinée inéluctable : une combinaison de gestes individuels et de politiques publiques peut transformer le vieillissement en un dividende triple — une vie plus longue, en meilleure santé et plus productive.
- Prioriser l’adaptation à une espérance de vie plus longue est présenté comme la stratégie viable pour saisir les opportunités économiques et sociales offertes par le vieillissement des populations.
Le dividende de longévité — Andrew Scott, Peter Piot — Juin 2025.
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