Réouverture de l’économie en Asie : quelles mesures pour favoriser la reprise ?
IMF Blog, June 30, 2020
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- Authors: Chang Yong Rhee
- Published: June 30, 2020
Perspectives de croissance et projections
- Les prévisions du mois d’avril, qui tablaient sur une croissance nulle, ont été revues à la baisse : l’activité économique en Asie devrait se contracter d’1,6 %, ce qu’aucun de nos contemporains n’a jamais observé jusqu’ici.
- En l'absence d’une deuxième vague d’infections et grâce à des mesures de relance économiques sans précédent, la croissance en Asie devrait fortement rebondir pour atteindre 6,6 % en 2021.
- Malgré ce redémarrage, la production économique de l’Asie en 2022 sera inférieure d’environ 5 % au niveau prévu avant la crise ; cet écart se creuse encore davantage si l’on ne tient pas compte de la Chine.
- Dans certains pays, la croissance au premier trimestre 2020 a dépassé les prévisions d’avril en raison d’une stabilisation précoce de l’épidémie, mais pour la plupart des pays de la région les prévisions pour 2020 ont été revues à la baisse en raison de la dégradation de la situation mondiale et des mesures d’endiguement prolongées.
Principaux obstacles et risques pour la reprise
- Ralentissement du commerce :
- L’Asie dépend largement des chaînes d’approvisionnement mondiales et pâtira du fléchissement de la demande extérieure.
- Le total des échanges commerciaux (exportations plus importations) devrait diminuer d’environ 20 % en 2020 au Japon, en Inde et aux Philippines.
- La réorientation vers la demande intérieure est en cours, mais prendra du temps.
- Effets persistants des confinements et changements de comportement :
- Une étude récente indique qu’un confinement peut entraîner une contraction de l’activité économique (mesurée par la production industrielle) d’environ 12 % par mois.
- Le retrait total des mesures de confinement ne peut augmenter l’activité que d’environ 7 %.
- Les secteurs reposant sur les contacts interpersonnels (tourisme, envois de fonds, services) mettront plus de temps à se redresser, en particulier dans les pays insulaires du Pacifique.
- Creusement des inégalités :
- Les inégalités en Asie augmentaient déjà avant la crise.
- Les pandémies ont historiquement creusé les inégalités de revenus et détérioré les perspectives d’emploi des personnes les moins instruites.
- Une grande part de la main-d’œuvre travaille dans l’économie informelle, ralentissant la reprise.
- Fragilité financière et tensions géopolitiques :
- La dégradation de la situation financière des ménages et des entreprises peut nuire au moral des investisseurs.
- Un durcissement brutal des conditions financières pourrait renchérir les coûts d’emprunt pour de nombreux pays pré-émergents et pays à faible revenu d’Asie, notamment les pays insulaires du Pacifique.
Facteurs positifs récents
- Nombreux pays asiatiques ont mis en place des mesures de politique monétaire et budgétaire pour soutenir l’économie, souvent sous forme de garanties et de prêts aux ménages et aux entreprises.
- La baisse des cours du pétrole, le regain d’optimisme sur les marchés et l’amélioration des conditions financières sont favorables au redressement.
- Mise en garde : ces facteurs pourraient ne pas perdurer et une inversion des conditions financières reste un risque.
Politiques recommandées pour favoriser la reprise
- Étroite coordination entre politique monétaire et budgétaire :
- Maintenir le flux de crédit aux ménages et aux entreprises.
- Les pays contraints budgétairement pourraient recourir au bilan de la banque centrale de manière plus souple, plus décisive et plus transparente, pour encourager les banques à prêter aux petites entreprises.
- Des mesures temporaires concernant les mouvements de capitaux pourraient s’avérer nécessaires au vu des sorties de capitaux, des asymétries de bilans et de l’étroite marge de manœuvre macroéconomique.
- Réaffectation des ressources :
- Mettre un terme à la phase de soutien initial et orienter les politiques vers l’amélioration de la solvabilité des entreprises et une judicieuse réaffectation des ressources.
- Lisser la courbe des faillites en rationalisant les régimes d’insolvabilité et de restructuration.
- Veiller à ce que les banques soient bien capitalisées.
- Faciliter les apports de fonds propres aux entreprises viables et de capital-risque aux nouvelles entreprises.
- Remédier aux inégalités :
- Élargir l’accès à la santé, aux services de base, à la finance et à l’économie numérique.
- Étendre les dispositifs de protection sociale pour inclure les travailleurs de l’économie informelle dans l’indemnisation du chômage.
- Mener une réforme de grande envergure du marché du travail et du marché des biens pour améliorer le climat des affaires.
- Éliminer les entraves juridiques et réglementaires coûteuses pour les entreprises (surtout les start-ups) et réformer les régimes fiscaux.
Assistance du FMI et instruments recommandés
- Depuis le début de la pandémie, le FMI propose conseils, assistance financière et autres services (dispositifs d’aide à distance pour développer les compétences et renforcer les capacités des fonctionnaires).
- Le FMI a apporté une aide d’urgence à sept pays de la région Asie-Pacifique ; d’autres ont manifesté leur intérêt pour les instruments de financement d’urgence.
- Les pays dont les fondamentaux sont solides pourraient envisager d’utiliser les lignes de crédit de précaution du FMI, comme la ligne de crédit modulable et la facilité de décaissement à court terme, pour se prémunir contre un brusque assèchement des liquidités extérieures.
- Les agences de notation S&P Global et Fitch ont indiqué que le recours à des mécanismes tels que les lignes de crédit de précaution du FMI permettrait aux pays de protéger leur économie et de conforter leur notation de crédit.
Article de Chang Yong Rhee, directeur du département Asie et Pacifique du FMI.