Les pays ont besoin de politiques budgétaires souples face à la flambée des prix des combustibles et des denrées alimentaires
IMF Blog, April 20, 2022
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- Les pays ont besoin de politiques budgétaires souples face à la flambée des prix des combustibles et des denrées alimentaires
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- Authors: Jean-Marc Fournier, Vitor Gaspar, Paulo Medas, Roberto Accioly Perrelli
- Published: April 20, 2022
Contexte et points saillants
- L’invasion de l’Ukraine par la Russie a perturbé la reprise économique mondiale et accéléré la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires.
- Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, les prix mondiaux des denrées alimentaires ont bondi de 33,6 % en mars par rapport à l’année précédente.
- La dernière édition du Moniteur des finances publiques traite des réponses optimales des pays à leurs besoins prioritaires alors qu’ils font face à une dette record et à une hausse des coûts d’emprunt.
Perspectives budgétaires et risques
- Les mesures budgétaires extraordinaires liées à la pandémie ont entraîné une augmentation des déficits et de la dette publique en 2020.
- Après avoir atteint des niveaux record, déficits et dette sont en baisse à l’échelle mondiale, mais les risques entourant les perspectives restent exceptionnellement élevés et les vulnérabilités augmentent.
- La dette publique mondiale devrait baisser en 2022 avant de se stabiliser à environ 95 % du produit intérieur brut à moyen terme, soit 11 points de pourcentage de plus qu’avant la pandémie.
- Les surprises d’inflation en 2020–21 ont contribué à réduire les ratios d’endettement; toutefois, le resserrement de la politique monétaire devrait augmenter les coûts de l’emprunt souverain et réduire la marge de manœuvre des dépenses publiques.
- Les perspectives diffèrent selon les groupes de pays :
- Pays avancés : déficits devraient diminuer; politiques évoluent vers des transformations structurelles plutôt que des mesures de soutien liées à la pandémie.
- Pays émergents : déficits en diminution en moyenne, mais fortes disparités nationales.
- Pays à faible revenu : marge de manœuvre budgétaire très limitée; affectés durement par les retombées de la guerre.
Effets des mesures de soutien face à la flambée des prix des produits de base
- De nombreux gouvernements ont annoncé des mesures pour limiter la hausse des prix intérieurs afin d’alléger la charge des ménages, assurer la sécurité alimentaire et prévenir les tensions sociales.
- Risques associés à ces mesures :
- Coûts budgétaires importants.
- Exacerbation des déséquilibres entre l’offre et la demande à l’échelle mondiale.
- Pression supplémentaire sur les prix internationaux et risque de pénuries d’énergie ou de denrées alimentaires.
- Impact particulièrement négatif sur les pays à faible revenu dépendant des importations d’énergie et de denrées alimentaires.
Impact sur la pauvreté et l’épargne des ménages
- La crise liée à la COVID-19 a fait basculer 70 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté en 2021 (tendance mesurée par rapport aux tendances mondiales enregistrées avant la pandémie).
- Dans de nombreux pays avancés, les ménages ont été protégés par des aides publiques directes ou des dispositifs de maintien de l’emploi; ces ménages ont épargné davantage pendant la pandémie, créant un surplus d’épargne qui pourrait, s’il est dépensé rapidement, contribuer à dynamiser l’inflation.
- La hausse de l’inflation pourrait aggraver la pauvreté dans les pays comptant un grand nombre de pauvres et exacerber la crise alimentaire.
Recommandations de politique budgétaire (stratégies souples et ciblées)
- Adopter des stratégies budgétaires souples adaptées à la situation de chaque pays.
- Dans les pays les plus durement touchés par la guerre et les sanctions :
- La politique budgétaire doit répondre à la crise humanitaire et aux perturbations économiques.
- Compte tenu de la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, les mesures de soutien doivent cibler les postes prioritaires et les secteurs les plus touchés.
- Dans les pays où la croissance est plus forte et où les pressions inflationnistes restent élevées :
- Continuer d’abandonner progressivement les mesures de soutien pour revenir à la normale.
- Dans de nombreux pays émergents et pays à faible revenu confrontés à des conditions de financement restrictives ou au risque de surendettement :
- Hiérarchiser les dépenses et augmenter les recettes pour réduire les vulnérabilités.
- Pour les pays exportateurs de produits de base bénéficiant de la hausse des prix :
- Profiter de l’occasion pour reconstituer des réserves.
- Priorité des interventions face à la flambée des prix internationaux des produits de base :
- Favoriser la protection des plus vulnérables afin d’éviter une crise alimentaire et préserver la cohésion sociale.
- Pays avec dispositifs de protection sociale bien développés : autoriser des transferts monétaires ciblés et temporaires tout en laissant les prix intérieurs s’ajuster.
- Autres pays : laisser les prix intérieurs s’ajuster plus progressivement et utiliser les outils existants pour aider les plus vulnérables, tout en renforçant les dispositifs de protection.
- Mesures incitatives pour augmenter l’offre : investissement dans les énergies renouvelables et autres mesures augmentant l’offre domestique.
Transition énergétique et enjeux climatiques
- La hausse des prix des combustibles fossiles renforce l’urgence de la transition vers des énergies propres et renouvelables.
- L’accélération de la transition renforcerait la sécurité énergétique et aiderait à mettre en œuvre les mesures d’urgence du programme d’action en faveur du climat.
- Le texte note qu’un retard considérable a été accumulé pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius.
Vulnérabilités des pays à faible revenu et rôle de la coopération internationale
- Environ 60 % des pays à faible revenu sont surendettés ou risquent fortement de le devenir.
- Ces pays souffrent des séquelles persistantes de la COVID-19 et sont particulièrement vulnérables à la hausse des prix des denrées alimentaires en raison de la part importante de ces dépenses dans le budget des ménages.
- Ces pays ont besoin du soutien de la communauté internationale.
- Une action collective et la coopération à l’échelle mondiale sont indispensables pour traiter simultanément : crise énergétique, crise alimentaire, pandémies actuelles et futures, dette, développement et changement climatique.
Jean-Marc Fournier, Vitor Gaspar, Paulo Medas et Roberto Accioly Perrelli — le 20 avril 2022