L’essor des établissements non bancaires fait apparaître de nouveaux risques pour la stabilité financière
IMF Blog, October 14, 2025
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- Authors: Tobias Adrian
- Published: October 14, 2025
Contexte et vulnérabilités
- Date et auteur : Tobias Adrian, le 14 octobre 2025.
- Les valorisations tendues des actifs et les pressions sur les marchés des principales obligations souveraines maintiennent un niveau de risque élevé pour la stabilité financière dans un contexte d’incertitude économique accrue.
- Les établissements non bancaires (compagnies d’assurances, fonds de pension, autres fonds de placement) ne prennent pas de dépôts mais gagnent en importance dans la tenue de marché, la fourniture de liquidités et l’intermédiation sur les marchés du crédit privé, de l’immobilier et des cryptomonnaies.
- Traitement réglementaire hétérogène : cadres spécifiques pour les compagnies d’assurances, surveillance prudentielle moins poussée pour de nombreuses autres entités.
- Transparence limitée : nombreux établissements non bancaires publient peu d’informations sur leurs actifs, leur levier et leur liquidité, ce qui rend les vulnérabilités et les interdépendances plus difficiles à déceler.
- Échelle et rôle :
- Les établissements non bancaires détiennent aujourd’hui environ la moitié des actifs financiers mondiaux.
- Dans de nombreux cas aux États-Unis et dans la zone euro, les expositions des banques aux établissements non bancaires dépassent leurs fonds propres de première catégorie (CET1).
- Les établissements non bancaires représentent actuellement la moitié du volume quotidien des opérations sur le marché des changes, soit plus du double de leur part il y a 25 ans.
Résultats des tests de résistance et scénarios
- Test de résistance principal : modélisation d’un choc de stagflation combinant récession, hausse de l’inflation et augmentation des rendements sur la dette souveraine.
- Environ 18 % des banques (en pourcentage du volume des actifs mondiaux) verraient leurs ratios de fonds propres CET1 passer au-dessous de 7 %.
- Ces résultats représentent une amélioration par rapport à des évaluations antérieures, tout en révélant un sous-ensemble de banques fragiles.
- Nouveau niveau d’analyse : test des risques de contagion entre établissements non bancaires et banques.
- Scénario où les établissements non bancaires deviennent plus risqués et tirent sur la totalité de leurs lignes de crédit auprès des banques :
- Environ 10 % des banques américaines (pourcentage exprimé en volumes d’actifs) verraient leurs ratios de fonds propres réglementaires chuter de plus de 100 points de base.
- Environ 30 % des banques européennes (pourcentage exprimé en volumes d’actifs) verraient leurs ratios de fonds propres réglementaires chuter de plus de 100 points de base.
- Conclusion : les pertes et l’érosion de fonds propres des banques s’accentuent fortement lorsque les difficultés des établissements non bancaires augmentent, montrant une propagation rapide des vulnérabilités au cœur du système bancaire.
Canaux de transmission et risques de marché
- Principaux canaux de transmission identifiés : crédit privé, immobilier, cryptoactifs, et marchés des principales obligations (titres à revenu fixe de haute qualité de la catégorie investissement).
- Risque d’asymétries de liquidité dans les fonds communs de placement : investisseurs peuvent vendre rapidement des parts alors que les actifs sous-jacents mettent plus de temps à être vendus.
- Scénario fondé sur des tendances de sorties de capitaux similaires à celles de mars 2020 et une augmentation de 80 points de base des taux d’intérêt :
- Les ventes forcées d’obligations pourraient s’élever à près de 200 milliards de dollars, dont les trois quarts seraient des titres du Trésor.
- Dans des cas extrêmes, les ventes pourraient dépasser la capacité d’intermédiation des prestataires de services d’investissement, désorganiser le fonctionnement du marché et avoir des retombées sur les marchés de financement.
- Implication : nécessité d’outils de gestion de la liquidité adéquats pour les fonds communs de placement afin de réduire le risque de ventes forcées.
Effets pour les pays émergents
- Participation accrue des établissements non bancaires dans les marchés des obligations souveraines a des effets positifs :
- Les pays émergents aux fondamentaux plus solides ont accru leurs emprunts en monnaie locale auprès d’établissements non bancaires intérieurs (fonds de pension, compagnies d’assurances).
- La part croissante d’obligations détenues par des établissements non bancaires dans les pays émergents a été associée à une amélioration de la liquidité lors de chocs mondiaux et a probablement réduit la dépendance des États à l’égard des emprunts auprès des banques.
- Distinction à faire entre établissements non bancaires nationaux et étrangers :
- Les établissements étrangers demeurent de grands investisseurs en actifs des pays émergents.
- Ces investissements pourraient être retirés en période de turbulence, resserrant les conditions financières pour les pays émergents.
- Nécessité d’une compréhension plus fine des incidences transfrontalières des établissements non bancaires.
Priorités et recommandations de politique
- Renforcer la résilience macrofinancière :
- Politiques budgétaires et monétaires prudentes.
- Plafonds applicables aux déséquilibres extérieurs (déficits des transactions courantes et dette extérieure).
- Dispositifs efficaces de prêteur de dernier ressort et de fourniture de liquidités d’urgence.
- Renforcer la solidité du cœur du système financier :
- Étoffer davantage les fonds propres et la liquidité en mettant en œuvre des normes internationalement reconnues, en particulier Bâle III.
- Avancer dans la mise au point de cadres de redressement et de résolution.
- Améliorer la fourniture de liquidité d’urgence par les banques centrales.
- Renforcer la supervision et l’information sur les établissements non bancaires :
- Recueillir des données plus complètes.
- Améliorer les analyses prospectives (avec des examens de la liquidité dans l’ensemble du système).
- Améliorer la coordination entre les organes de supervision nationaux et transfrontaliers.
- Innover sur le plan réglementaire pour suivre l’évolution rapide de l’intermédiation financière.
- Accent particulier sur le crédit privé et les fonds de crédit privé :
- Le crédit privé nécessite une attention accrue en raison de la croissance rapide, de la moindre transparence et d’un encadrement moins rigoureux.
- Outils de gestion de la liquidité pour les fonds communs de placement :
- Améliorer et élargir la disponibilité et la facilité d’utilisation des outils de gestion de la liquidité pour traiter les pressions sur la liquidité et les ventes d’obligations forcées.
Basé sur le chapitre 1 de l’édition d’octobre 2025 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde, « Un terrain mouvant sous le calme apparent : la stabilité mise en difficulté par les mutations sur les marchés financiers ».