L’économie mondiale surmonte le choc tarifaire et profite de la vague technologique
IMF Blog, January 19, 2026
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- Authors: Tobias Adrian, Pierre-Olivier Gourinchas
- Published: January 19, 2026
Résumé principal
- La croissance économique mondiale se maintiendra à 3,3 % cette année, soit une révision à la hausse de 0,2 point de pourcentage par rapport aux estimations d’octobre.
- La vigueur tient à l’apaisement des tensions commerciales, des mesures de relance budgétaire plus importantes que prévu, des conditions financières accommodantes, l’agilité du secteur privé et l’amélioration des cadres d’action, en particulier dans les pays émergents.
- L’essor des investissements dans les technologies de l’information (TI), notamment dans l’intelligence artificielle (IA), est un facteur central de la résilience mondiale.
Facteurs de résilience et caractéristiques de l’essor technologique
- Investissement dans les TI en pourcentage de la production économique des États-Unis atteint son plus haut niveau depuis 2001.
- Impact global :
- Effet direct fort sur l’activité et l’investissement des entreprises.
- Retombées positives sur les exportations technologiques asiatiques.
- Depuis fin 2022, apparition des premiers outils d’IA générative grand public ayant contribué à une forte hausse des cours des actions.
- Comparaison avec la bulle Internet (1995–2000) :
- Part des investissements dans les TI dans le PIB globalement proche de celle de la période 1995–2000.
- Hausse récente plus progressive et accélération notable l’an dernier.
- Surévaluation potentielle de l’indice boursier large aux États-Unis estimée à environ la moitié de celle observée lors de la bulle Internet.
- Ratio capitalisation boursière / production : 132 % en 2001 à 226 % aujourd’hui pour les États-Unis.
Risques, scénarios et impacts potentiels
- Risques identifiés :
- Concentration des investissements dans les technologies.
- Effets négatifs cumulatifs des perturbations des échanges.
- Hausse de l’effet de levier des entreprises avec l’accélération de l’expansion.
- Sensibilité de la rentabilité aux hypothèses d’amortissement des processeurs avancés.
- Nombreuses entreprises essentielles liées à l’IA non cotées en bourse, leurs emprunts pouvant engendrer des conséquences inédites.
- Scénarios chiffrés :
- Scénario optimiste : l’IA pourrait augmenter l’activité aux États-Unis et dans le monde de 0,3 % cette année par rapport au scénario de référence.
- Scénario pessimist e (référence Octobre 2025) : une légère correction des valorisations des actions dans le domaine de l’IA, conjuguée à un resserrement des conditions financières, pourrait réduire la croissance mondiale de 0,4 % par rapport au scénario de référence.
- Conséquences d’une correction plus marquée :
- Réaffectation coûteuse du capital et de la main-d’œuvre.
- Pertes de production accrues, particulièrement aux États-Unis et en Asie.
- Pertes de richesse considérables à l’étranger en raison de la hausse de la part des investisseurs étrangers dans les actions américaines.
- Propagation du ralentissement via la baisse de la consommation mondiale et la hausse des coûts des emprunts extérieurs, affectant aussi les pays très endettés et à faible revenu.
Incidences sur les conditions financières et vulnérabilités
- Conditions financières favorables et résultats solides ont soutenu la hausse des cours et financé de nouvelles dépenses en capital.
- Risques associés à l’endettement accru :
- Levier plus élevé pouvant amplifier les chocs si les rendements escomptés ne se matérialisent pas ou si les conditions financières se resserrent.
- Mises à niveau fréquentes de l’équipement réduisant les marges et nécessitant davantage de recours à l’endettement.
- Importance du suivi de l’accumulation de dette et du risque qu’elle accentue les vulnérabilités.
Recommandations de politique économique et financière
- Surveillance prudentielle rigoureuse pour préserver la stabilité financière :
- Supervision et réglementation garantissant des normes de souscription solides pour les établissements bancaires et non bancaires exposés au secteur technologique.
- Respect des normes internationales en matière de fonds propres et de liquidités bancaires.
- Préparation de plans d’urgence adaptés à divers risques.
- Politique monétaire :
- Exigence d’un diagnostic et d’un calibrage appropriés agissant dans le cadre du mandat des banques centrales.
- Indépendance de la banque centrale demeurant fondamentale pour la stabilité monétaire et financière et la croissance économique.
- Si l’essor technologique faisait monter les taux d’intérêt naturels, un resserrement de la politique monétaire pourrait être nécessaire.
- Si le scénario pessimiste se matérialisait, un abaissement immédiat des taux directeurs pourrait être requis.
- Politique budgétaire :
- Efforts pour réduire la dette publique et reconstituer la marge de manœuvre budgétaire là où c’est nécessaire.
- Politiques du marché du travail et inclusion :
- Baisser les barrières à l’entrée, aider les travailleurs à acquérir les compétences nécessaires, favoriser la mobilité professionnelle au moyen de programmes ciblés.
- Préserver la compétitivité des marchés pour faciliter l’entrée de nouveaux acteurs et assurer un partage large des bénéfices de l’innovation.
Conclusion : un équilibre à trouver
- La croissance mondiale a montré une résilience remarquable malgré les perturbations des échanges, mais des fragilités subsistent liées à la concentration des investissements technologiques.
- Les investissements axés sur l’IA offrent des opportunités transformantes tout en comportant des risques financiers et structurels importants.
- L’enjeu principal pour responsables politiques et investisseurs est de trouver un équilibre entre optimisme et prudence afin d’assurer que la vague technologique débouche sur une croissance durable et inclusive, et non sur une nouvelle alternance d’expansion et de récession, d’autant plus difficile à gérer dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.
Tobias Adrian, Pierre-Olivier Gourinchas, le 19 janvier 2026