L’Europe doit se réformer sous tension
IMF Blog, April 17, 2026
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- Authors: Alfred Kammer
- Published: April 17, 2026
Constat et prévisions
- Un nouveau choc énergétique, moins violent que celui de 2022 et lié à la guerre au Moyen-Orient, pèse sur la croissance et relance l’inflation.
- Sans la guerre, les prévisions auraient été revues à la hausse; désormais la croissance devrait ralentir.
- Prévisions officielles mentionnées :
- Croissance dans la zone euro : 1,1 % en 2026.
- Croissance dans l’Union européenne (UE) : 1,3 % en 2026.
- Scénario pessimiste décrit dans les Perspectives de l’économie mondiale :
- Choc sur l’offre de longue durée aggravé par un resserrement des conditions financières.
- L’UE pourrait frôler la récession et enregistrer une inflation proche de 5 %.
- Premiers signaux : baisse de l’investissement privé et de la consommation.
- Tous les pays européens sont affectés; prévisions assorties d’un degré élevé d’incertitude.
Politiques budgétaire et monétaire
- Objectif : mettre en place une politique macroéconomique adaptée à un monde de chocs imprévisibles et récurrents.
- Politique monétaire :
- Les banques centrales doivent maintenir l’ancrage des anticipations d’inflation.
- Dans la zone euro, où l’inflation est proche de l’objectif et les anticipations d’inflation à moyen terme globalement bien ancrées, la Banque centrale européenne peut attendre pour observer l’évolution du choc avant d’agir.
- Attente d’une augmentation cumulée de 50 points de base du taux directeur d’ici la fin de l’année.
- Une hausse de l’inflation sous-jacente ou un relèvement des anticipations à moyen terme justifieraient une orientation plus restrictive.
- Au Royaume-Uni : maintien d’une orientation restrictive en raison de risques élevés liés à l’inflation.
- Dans certains pays d’Europe centrale, de l’Est et du Sud-Est : arguments renforcés en faveur d’une orientation plus restrictive (inflation au‑dessus de l’objectif, croissance vigoureuse des salaires).
- Stabilité financière :
- Grande vigilance requise face au risque de propagation rapide de tensions sur les marchés du crédit dans un scénario pessimiste.
- Surveillance des vulnérabilités dans les secteurs bancaires comme non bancaires.
- Préparation au déploiement de volants de capital en cas de risques systémiques et à fournir un soutien à la liquidité aux établissements admissibles.
- Politique budgétaire :
- Doit contribuer dans les limites de l’espace budgétaire disponible.
- Les pays fortement endettés sans marge ne peuvent pas creuser leurs déficits : toutes les mesures liées à l’énergie doivent être intégralement compensées.
- Certains pays disposent d’une marge (exemples cités : Danemark, Suède) ; la France et l’Italie n’en disposent pas.
- La trajectoire budgétaire influe sur la confiance des investisseurs : rendement des obligations souveraines déjà en hausse sur plusieurs marchés.
- Les pays fortement endettés doivent respecter leurs plans d’assainissement pour contenir les coûts d’emprunt et préserver leur capacité de riposte.
Un soutien ciblé et limité dans le temps
- Risque des mesures généralisées :
- Tendance politique à plafonner les prix, appliquer des réductions généralisées ou réduire les taxes sur les carburants — jugées malavisées.
- Soutien non ciblé bénéficie de manière disproportionnée aux ménages les plus aisés.
- Chiffres et constatations précises :
- En 2022, les pouvoirs publics européens ont dépensé en moyenne 2,5 % du produit intérieur brut (PIB) pour des dispositifs de soutien à l’énergie — dont plus de deux tiers n’étaient pas ciblés.
- Indemniser les 40 % des ménages les moins aisés pour la totalité de la hausse des prix de l’énergie n’aurait nécessité que 0,9 % du PIB.
- Coût économique et effets d’incitation :
- Un soutien général élimine le signal-prix qui incite à réduire la consommation, améliorer l’efficacité énergétique et investir dans d’autres solutions.
- L’atténuation du signal-prix ralentit l’ajustement nécessaire pour résorber un choc sur l’offre.
- Mesures maintenues au-delà de l’urgence sans gains significatifs d’efficacité énergétique.
- Exemple positif : l’approche de l’Allemagne — amortir le choc sans éliminer le signal-prix — a donné de meilleurs résultats.
- Recommandations opérationnelles :
- Éviter les mesures d’aide généralisées et sans limites de temps.
- Annoncer des dates de fin contraignantes pour permettre des mesures ciblées sans gaspiller les ressources budgétaires ni évincer les investissements nécessaires pour renforcer le système énergétique.
Renforcer la résilience
- Nécessité évidente de renforcer la résilience face aux chocs énergétiques.
- Situation actuelle et défis :
- Les prix de l’énergie à usage industriel dans l’UE sont maintenant environ deux fois supérieurs à leurs niveaux d’avant 2022.
- Ces prix sont nettement plus élevés que ceux observés aux États‑Unis, conséquence de la dépendance aux importations de pétrole et de gaz et de la fragmentation des marchés de l’énergie.
- Progrès et leviers politiques :
- Dans l’UE, plus de 50 % de l’électricité est maintenant produite à partir de sources à faible intensité de carbone.
- Objectifs concrets : achever le marché unique de l’énergie, maintenir le système européen d’échange de quotas d’émission, accélérer l’interconnexion transfrontalière du réseau.
- Ces actions mèneront vers un coût de l’énergie structurellement plus bas et plus stable.
- Gains potentiels des réformes structurelles (analyses du FMI) :
- Comblement intégral des lacunes des politiques structurelles et intégration des marchés du travail et des produits jusqu’aux niveaux observés aux États‑Unis pourrait :
- Accroître la productivité européenne de 20 %.
- Mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros d’investissements privés supplémentaires sur dix ans.
- En résulter une hausse de 35 points de pourcentage de la production par personne.
- Ces réformes approfondiraient l’intégration financière et renforceraient la capacité de l’Europe à absorber les chocs.
Les réformes ne sauraient attendre
- Repousser les réformes en période de crise augmente le risque d’une croissance plus lente, d’une dette plus lourde et d’une capacité réduite à réagir au prochain choc.
- Contexte de chocs de plus en plus fréquents et qui se chevauchent : perturbations géopolitiques, phénomènes climatiques, instabilité financière.
- La capacité de riposte est un atout stratégique fondé sur :
- Gestion macroéconomique avisée.
- Politique budgétaire rigoureuse.
- Réformes structurelles réduisant les facteurs de vulnérabilité, en particulier face aux chocs sur les prix de l’énergie.
- Priorités politiques urgentes :
- Poursuivre la transformation du secteur de l’énergie.
- Accroître la part des énergies renouvelables.
- Poursuivre l’intégration du secteur énergétique sur tout le continent.
- Conclusion normative : le choc actuel n’est pas une raison de remettre les réformes à plus tard; il renforce au contraire l’urgence de faire avancer le programme de réforme.
Alfred Kammer, le 17 avril 2026