Une nouvelle boussole pour l’économie
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- Authors: KATE RAWORTH
- Published: March 26, 2024
Thèse centrale
- Le renouveau économique doit avoir pour point de départ l’objectif de l’épanouissement de l’être humain sur une planète vivante et prospère.
- L’adoption d’une nouvelle boussole et d’une nouvelle carte est nécessaire pour éloigner les sociétés humaines des crises endémiques et les conduire vers un avenir résilient et prospère.
- Auteur : KATE RAWORTH. Mars 2024.
Critiques du PIB et du paradigme de croissance
- Au siècle dernier, après l’adoption par la pensée économique d’après-guerre de la croissance comme objectif de fait, le PIB est devenu la boussole de l’économiste.
- Le PIB a représenté le progrès comme une courbe exponentielle, mesurée uniquement à l’aune de la valeur monétaire dans une quête d’augmentation sans fin.
- L’impact du maintien de la priorité accordée par les pays riches à la croissance du PIB au détriment de la lutte contre les inégalités et de la protection du monde vivant est qualifié de « trop manifeste » aujourd’hui.
- Aucun pays n’a répondu aux besoins de l’ensemble de sa population dans les limites des moyens de la planète vivante (le Costa Rica en est le plus proche).
Proposition : l’anneau comme nouvelle boussole
- Une boussole en forme d’anneau donne la priorité aux besoins et aux droits essentiels de chaque personne (alimentation, eau, santé, travail décent, égalité entre les sexes).
- L’anneau reconnaît que la santé de toute vie dépend de la protection des systèmes vitaux de la Terre : un climat stable, des sols fertiles, des océans sains et une couche d’ozone protectrice.
- Principe résumé : favoriser l’épanouissement de l’humanité entre une base sociale et un plafond écologique — la satisfaction des besoins de tous dans les limites des moyens de la planète vivante.
- Conséquence méthodologique : remplacer la mesure unique du PIB par un tableau de bord de paramètres sociaux et écologiques diversifiés.
Implications pour la macroéconomie et la modélisation
- Référence historique : John Maynard Keynes, 1938 — « l’économie est une science qui pense en termes de modèles, associée à l’art de choisir entre ces modèles… ».
- Paul Samuelson, dans les années 40, a dessiné l’emblématique diagramme circulaire définissant le modèle de la macroéconomie du XXe siècle (flux monétaires entre ménages, entreprises, banques et administrations publiques).
- John Sterman : « les suppositions les plus importantes d’un modèle se trouvent non pas dans les équations, mais dans ce qui n’y figure pas… » — critique des « espaces vides » du modèle de flux circulaire de Samuelson.
- Une carte du XXIe siècle doit reconnaître que l’économie est intégrée dans le monde vivant et dépendante de celui-ci, et doit servir de point de départ biocentrique pour la modélisation.
Ressources, énergie et limites planétaires
- L’économie doit être décrite comme un sous-système de la biosphère terrestre : système ouvert caractérisé par d’importants flux entrants et sortants d’énergie et de matière.
- Assertion centrale : l’énergie, et non l’argent, est la monnaie fondamentale de la vie, sur laquelle reposent tous les systèmes humains, écologiques et industriels.
- La dépendance énergétique est au cœur de la conception de l’économiste.
- Les preuves empiriques montrent que la quête d’une croissance sans fin se heurte aux limites planétaires ; la dissociation des émissions de carbone et de l’utilisation de matières premières de la croissance du PIB dans les économies à haut revenu n’avance pas à la vitesse et à l’échelle requises pour éviter des points de basculement critiques.
- Il convient d’étudier les possibilités économiques de l’après-croissance, en particulier dans les économies riches.
Économie intégrée : ménages et biens communs
- Le courant principal de la pensée économique a mis en débat le rôle du marché et celui de l’État, mais a « perdu de vue » deux autres sources cruciales : les ménages et les biens communs.
- Les ménages et les biens communs produisent une valeur non prise en compte dans le PIB mais essentielle au bien-être.
- Exemples cités :
- Les soins non rémunérés prodigués surtout par les femmes à domicile, essentiels au bien-être et subventionnant le travail rémunéré.
- Les biens communs (logiciels libres, Wikipédia, gestion des bassins hydrographiques transnationaux) fournissant des biens et services dont la valeur n’est pas prise en compte dans les échanges monétaires.
- Implication : repenser la comptabilité économique et les politiques pour intégrer ces sources de valeur dans l’évaluation du succès économique.
Recommandations politiques et conceptuelles
- Redéfinir le succès économique en termes d’épanouissement en équilibre entre les frontières sociales et écologiques, plutôt que de croissance infinie.
- Adopter des modèles macroéconomiques qui reconnaissent que l’économie est un sous-système du monde vivant.
- Repenser la finance pour la mettre au service de l’économie réelle et au service de la vie — qualifié de révolution conceptuelle et essentiel pour réaliser l’épanouissement humain sur une planète vivante et prospère.
Source: FINANCES & DÉVELOPPEMENT — KATE RAWORTH, Mars 2024.
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