L'Asie doit jouer un rôle de premier plan dans la reconfiguration de l'économie mondiale après la crise, déclare Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI

Communiqué de presse n° 09/403(F)
Le 13 novembre 2009

Dans une allocution prononcée lors d’une conférence organisée par l’Autorité monétaire de Singapour, le Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a appelé l’Asie à jouer un rôle de premier plan dans le passage de l’économie mondiale à un modèle de croissance à la fois inédit et plus soutenable. «Non seulement cela est dans l’ordre des choses compte tenu du poids économique de l’Asie, a-t-il observé, mais c’est aussi nécessaire, puisque toute solution suppose une contribution importante de l’Asie.»

Grâce à leur dynamisme, les économies d’Asie ont bien résisté à la crise financière mondiale et la région est à la tête de la reprise économique dans le monde. D’après les prévisions du FMI, la croissance du PIB asiatique atteindra 5 % l’année prochaine, soit presque deux fois plus que la croissance de l’économie mondiale, qui devrait être de 3 %. «Grâce à des fondamentaux solides et à la réaction rapide et énergique des autorités face à la crise, l’Asie a obtenu des résultats économiques considérablement meilleurs que les autres régions du monde, ce qui fait d’elle un acteur important dans la reprise de l’économie mondiale, a ajouté M. Strauss-Kahn.»

Pour prospérer à long terme, l’Asie devra s’adapter aux nouveaux défis qui caractérisent l’économie au lendemain de la crise. «En particulier, a déclaré le Directeur général, le rythme de croissance des exportations étant limité, il faudra que la demande intérieure et régionale contribue de plus en plus à alimenter la croissance de l’Asie.» Rappelant le rôle croissant de l’Asie dans les instances internationales, notamment le G-20 et le FMI, M. Strauss-Kahn a estimé que «le moment est venu pour l’Asie d’user de son influence accrue en participant aux efforts déployés à l’échelle mondiale pour redessiner les contours du paysage économique et financier».

S’agissant du contexte mondial, M. Strauss-Kahn a dit espérer que le pire était passé pour l’économie mondiale, mais que la reprise demeurait «fragile». Il a donc engagé les décideurs à maintenir les mesures de soutien jusqu’à ce que la reprise soit fermement enclenchée et, en particulier, jusqu’à ce que les conditions soient en place pour faire reculer le chômage. Il a noté que «dans certains pays émergents, dont quelques-uns en Asie, la reprise est plus avancée qu’ailleurs et que, par conséquent, les mesures de soutien prises pendant la crise pourraient être retirées plus tôt». Mais dans les autres pays, il convient de maintenir les mesures de relance. M. Strauss-Kahn a fait observer que l’afflux renouvelé de capitaux vers plusieurs pays d’Asie était certes dû aux perspectives favorables de la région, mais qu’il pourrait avoir des effets négatifs sur les pays bénéficiaires. Les décideurs disposent de toute une gamme d’instruments pour atténuer ces effets, a-t-il rappelé. Il a aussi noté la nécessité de contenir la menace protectionniste face à la montée du chômage dans les pays avancés.

Les priorités de la reconfiguration du monde au lendemain de la crise et le rôle de l’Asie

1. Rééquilibrage de la demande mondiale. Dans les pays qui connaissent d’importants déficits des transactions courantes, l’épargne nationale doit augmenter; dans un grand nombre d’entre eux (les États-Unis, par exemple), un rééquilibrage budgétaire est indispensable. Inversement, dans les pays dont les transactions courantes sont fortement excédentaires (la Chine, par exemple), c’est la demande intérieure qui doit s’accroître. Des mesures tendant à encourager l’investissement à forte rentabilité aideraient à réduire l’épargne excédentaire de l’Asie et à stimuler la demande intérieure, a aussi déclaré M. Strauss-Kahn. L’investissement de l’Asie dans les infrastructures, l’éducation et les technologies «vertes» offre un potentiel considérable. «Pour que les efforts de rééquilibrage mondial aboutissent, il faut que les taux de change puissent refléter les fondamentaux à moyen terme de l’économie», a-t-il ajouté.

2. Renforcement du système monétaire international. Selon M. Strauss-Kahn, la crise a clairement montré que des formes supplémentaires d’«assurance financière mondiale» étaient nécessaires et que le FMI avait les qualités requises pour fournir ce type d’assurance de façon efficace et fiable. Cependant, bien que ses moyens aient été accrus pendant la crise, le FMI aura besoin d’une augmentation considérable de ses ressources pour être un «prêteur de dernier ressort sur lequel les pays puissent vraiment compter». Pour ce qui est du rôle de l’Asie, a déclaré M. Strauss-Kahn, les réserves engagées dans le cadre de l’Initiative de Chiang Mai apportent un complément important aux financements du FMI. «Nous devrions réfléchir aux moyens de combiner ces ressources régionales, ainsi que celles d’autres régions, à la Facilité de crédit modulable du FMI de manière à rendre cet instrument encore plus efficace», a-t-il déclaré.

3. Création d’un système financier plus sûr et plus stable. Grâce essentiellement aux changements importants qui ont été opérés au lendemain de la crise de 1997-98, le besoin de réforme est infiniment moins aigu pour les institutions et les systèmes financiers asiatiques que pour ceux qui étaient à l’épicentre de la crise, a dit M. Strauss-Kahn. Il a toutefois avertit que «l’Asie ne devait pas baisser la garde», car de nouveaux risques pourraient se faire jour, et il a engagé les décideurs à continuer d’être extrêmement vigilants. En même temps, l’Asie ne doit pas tirer la mauvaise leçon de la crise; autrement dit, elle ne doit pas en conclure que le développement financier comporte des risques et que, par conséquent, il ne faut pas y accorder trop d’importance. «Le développement des marchés financiers de l’Asie, en particulier de ses marchés de capitaux, doit absolument se poursuivre afin de tirer parti au maximum de l’épargne considérable de la région pour soutenir la demande intérieure.»

L’Asie et le nouveau cadre de gouvernance mondiale

M. Strauss Kahn a déclaré que la forte représentation de l’Asie au G-20 offrait à la région un moyen de contribuer utilement au remodelage de l’architecture financière mondiale. Lorsque la Corée accueillera le G-20 l’année prochaine, «tous les regards seront braqués sur l’Asie, et nombreux sont ceux qui attendront de la région qu’elle ouvre la voie à une nouvelle période de croissance forte et soutenue pour l’économie mondiale». Les réformes tendant à améliorer la gouvernance au FMI, qui se traduiront par une augmentation sensible de la quote-part globale de l’Asie, constituent un élément important à cet égard.

M. Strauss-Kahn a souligné que le FMI cherchait de nouveaux moyens d’approfondir son dialogue avec les pays d’Asie. L’un de ces moyens consiste à renforcer les canaux de communication pour rester à l’écoute des points de vue asiatiques, notamment par l’intermédiaire d’un nouveau groupe consultatif composé de personnalités éminentes (qui a tenu sa première réunion lors de la visite du Directeur général à Singapour). Le FMI s’efforce aussi de resserrer ses liens avec l’ASEAN et d’autres groupes régionaux. Enfin, M. Strauss-Kahn a rappelé que le FMI adaptait son action aux besoins des différents pays membres, en apportant des modifications importantes à ses instruments de prêt et à ses analyses internationales.

Pour l’Asie, a-t-il déclaré en conclusion, le changement apporte «des possibilités extraordinaires de contribuer à la reconfiguration de l’économie mondiale au lendemain de la crise». Quant au FMI, le changement «lui permettra d’accroître sa légitimité aux yeux des pays membres, et donc d’être plus efficace».



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