La reprise économique mondiale se poursuit, mais la route est cahoteuse
IMF Blog, April 11, 2023
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- Authors: Pierre-Olivier Gourinchas
- Published: April 11, 2023
Résumé des perspectives
- Croissance mondiale prévue à 2,8 % cette année, avant un redressement léger à 3 %, soit 0,1 point de pourcentage de moins par rapport aux projections de janvier.
- Inflation mondiale : 8,7 % en 2022, 7 % cette année, puis 4,9 % en 2024.
- Inflation sous-jacente (en glissement annuel) prévue à 5,1 % cette année, révision à la hausse de 0,6 point de pourcentage par rapport à la mise à jour de janvier.
- Resserrement massif et simultané des politiques monétaires des banques centrales commence à porter ses fruits sur l’inflation.
- Réouverture de l’économie en Chine se traduit par un fort rebond; chaînes d’approvisionnement en voie de normalisation; tensions sur les marchés de l’énergie et des produits alimentaires s’atténuent progressivement.
Croissance par groupes de pays
- Pays avancés : ralentissement concentré, en particulier :
- Zone euro : contraction prévue de 0,8 % cette année, redressement à 1,4 %.
- Royaume-Uni : contraction prévue de –0,3 % cette année, redressement à 1 %.
- Pays émergents et pays en développement : croissance accélérée malgré une révision à la baisse de 0,5 point de pourcentage, passant de 2,8 % en 2022 à 4,5 % en 2023.
Risques financiers et macroéconomiques
- Turbulences récentes du secteur bancaire montrent la fragilité persistante du système financier.
- Inflation plus tenace que prévu ; l’inflation sous-jacente n’a pas atteint son pic dans de nombreux pays.
- Marchés du travail résilients dans la plupart des pays avancés ; salaires nominaux croissent moins vite que les prix, impliquant une baisse des salaires réels à court terme mais une hausse future possible des salaires réels.
- Marges des entreprises ont bondi, aidant à absorber une partie de l’augmentation des coûts de main-d’œuvre.
- Resserrement des politiques monétaires a provoqué des pertes sur actifs à revenu fixe long terme et une augmentation des coûts de financement.
- Exemples récents : période d’instabilité sur le marché des gilts britanniques et turbulences bancaires aux États-Unis; interventions rapides des autorités ont aidé à contenir l’instabilité.
Scénarios et probabilités
- Scénario crédit-bancaire : si les banques octroient encore moins de prêts en raison de l’augmentation des coûts du crédit et de la nécessité d’agir plus prudemment, cela entraînerait une réduction supplémentaire de 0,3 % de la production cette année.
- Scénario pessimiste de choc d’aversion pour le risque :
- Effets : sorties de capitaux massives, hausse subite des primes de risque, appréciation du dollar, déclins marqués de l’activité mondiale.
- Croissance mondiale dans ce scénario : chute à 1 % cette année, synonyme d’une quasi-stagnation du revenu par habitant.
- Probabilité estimée d’un tel scénario : environ 15 %.
- Institutions particulièrement vulnérables : celles exposées excessivement à l’effet de levier, au risque de crédit, au risque de taux d’intérêt, dépendant fortement de financements à court terme, ou situées dans des pays à espace budgétaire limité.
Mesures recommandées pour les décideurs
- Autorités monétaires :
- Une fois l’instabilité financière maîtrisée, maintenir le cap sur la réduction de l’inflation.
- Rester prêtes à réagir rapidement à l’évolution de la situation financière.
- Reconnaître que les perturbations du secteur bancaire contribueront à freiner l’activité globale, réduisant en partie la nécessité de nouveaux resserrements monétaires.
- Éviter de céder à des attentes de relâchement prématuré de la lutte contre l’inflation, ce qui compliquerait la tâche des banques centrales.
- Politique budgétaire :
- Le resserrement budgétaire peut épauler la politique monétaire en refroidissant l’activité et en aidant à ramener plus rapidement les taux d’intérêt réels vers un niveau naturellement bas.
- Des mesures de rééquilibrage des finances publiques, correctement conçues, contribueront à reconstituer des amortisseurs budgétaires et à renforcer la stabilité financière.
- Progrès nécessaires pour regagner de l’espace budgétaire si la politique budgétaire est moins expansionniste cette année dans de nombreux pays.
- Régulation et surveillance financière :
- Renforcer la surveillance et maîtriser activement les tensions sur les marchés pour éviter que des points de fragilité ne dégénèrent en crise.
- Garantir aux pays émergents et pays en développement un accès adéquat au dispositif mondial de sécurité financière, notamment :
- accords de précaution du FMI,
- mécanisme de rachat de la Réserve fédérale pour les autorités monétaires et étrangères internationales,
- lignes de crédit réciproques entre banques centrales, si nécessaire.
- Laisser les taux de change s’ajuster autant que possible, sauf si cela menace la stabilité financière ou la stabilité des prix, conformément au cadre stratégique intégré du FMI.
Tendances à moyen terme et risques structurels
- Projections de croissance à cinq ans : baisse progressive de 4,6 % en 2011 à 3 % en 2023.
- Facteurs expliquant la révision à la baisse :
- Ralentissement de pays auparavant à forte croissance (ex. Chine, Corée) lié à la convergence.
- Séquelles de la pandémie.
- Essoufflement des réformes structurelles.
- Menace de fragmentation géoéconomique qui exacerbe les tensions commerciales, réduit les investissements directs, et freine l’innovation et l’adoption des technologies au sein de « blocs » fragmentés.
- Avertissement : un monde morcelé compromettra la capacité à relever des défis mondiaux comme le changement climatique ou la préparation aux pandémies.
— Ce billet est basé sur le chapitre 1 des Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2023 : « Une reprise cahoteuse »