Pourquoi devons-nous empêcher la fragmentation géoéconomique et comment y parvenir ?
IMF Blog, May 22, 2022
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- Authors: Kristalina Georgieva, Gita Gopinath, Ceyla Pazarbasioglu
- Published: May 22, 2022
Contexte et risques immédiats
- L’invasion russe de l’Ukraine exacerbe les conséquences de la pandémie de COVID-19, ralentit la croissance et pousse l’inflation à la hausse.
- Hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie pèse lourdement sur les ménages à l’échelle mondiale.
- Durcissement des conditions financières accentue les pressions sur pays, entreprises et familles très endettés.
- Perturbations chroniques entraînent une reconfiguration des chaînes d’approvisionnement et une montée de la volatilité des marchés financiers, sur fond de menace persistante des changements climatiques.
- Le risque de fragmentation géoéconomique s’est brusquement aggravé depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Causes historiques et effets de la fragmentation
- Trois décennies d’intégration (flux de capitaux, biens, services et personnes) ont triplé la taille de l’économie mondiale et sorti 1,3 milliard de personnes de l’extrême pauvreté.
- L’intégration a aussi creusé les inégalités de revenu, de patrimoine et des chances au sein et entre pays.
- Les incertitudes liées aux politiques commerciales ont comprimé le produit intérieur brut mondial de près de 1 % en 2019 (travaux du FMI).
- Depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine, une trentaine de pays ont mis en place des restrictions commerciales sur les denrées alimentaires, l’énergie et d’autres produits de base essentiels.
- Le coût d’une désintégration plus poussée serait colossal pour tous les groupes de revenus et pourrait provoquer de nouveaux mouvements migratoires dangereux.
- La fragmentation technologique pourrait entraîner à elle seule une perte de 5 % du PIB dans nombreux pays.
- La mise en place de systèmes de paiement indépendants et parallèles entraînerait de nouveaux coûts de transaction pour individus et entreprises.
Quatre priorités pour rétablir la confiance dans le système mondial
- Principe général : se concentrer d’abord sur les enjeux urgents où les avancées bénéficieront indiscutablement à tous, afin d’insuffler la confiance nécessaire pour coopérer sur d’autres sujets.
1) Renforcer les échanges pour accroître la résilience
- Réduire les obstacles aux échanges pour atténuer les pénuries et faire baisser les prix des denrées alimentaires et d’autres produits.
- Diversifier les importations pour disposer de chaînes d’approvisionnement fiables tout en conservant les avantages de l’intégration mondiale.
- Travaux récents du FMI : la diversification pourrait diviser par deux la perte de PIB potentiel en cas de perturbations de l’offre.
- Exemple sectoriel : les constructeurs automobiles pourraient réduire leurs pertes de 80 % en concevant des produits reposant sur des pièces substituables ou plus faciles à se procurer.
- Diversification des exportations par actions publiques : développer les infrastructures, généraliser l’accès à l’Internet haut débit, améliorer le climat des affaires.
- Rôle de l’OMC : promouvoir des politiques commerciales plus prévisibles et plus transparentes.
2) Intensifier les efforts conjoints visant à maîtriser la dette
- Environ 60 % des pays à faible revenu présentent d’importantes vulnérabilités liées à la dette; certains devront procéder à une restructuration.
- Sans coopération résolue visant à alléger ce fardeau, débiteurs et créanciers verront leur situation se dégrader.
- Améliorer sans délai le cadre commun du G20 pour le traitement de la dette : mettre en place des procédures et des calendriers précis pour débiteurs et créanciers, et étendre le cadre à d’autres pays vulnérables lourdement endettés.
- Restauration de la viabilité de la dette : attirerait de nouveaux investissements et favoriserait une croissance inclusive.
3) Moderniser les systèmes de paiements internationaux
- Le coût moyen d’un transfert international est de 6,3 %.
- Chaque année, quelque 45 milliards de dollars finissent dans les poches d’intermédiaires au lieu d’aller aux ménages à faible revenu destinataires.
- Proposition : élaborer une plateforme numérique publique internationale, avec règles précises, permettant des envois de fonds à coût minimal, rapidité et sécurité maximales.
- La plateforme pourrait relier différentes formes de monnaie, y compris les monnaies numériques des banques centrales.
4) S’attaquer aux changements climatiques
- Lors de la COP26, 130 pays représentant près de 80 % des émissions mondiales se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici le milieu du siècle.
- Besoin urgent d’actions à la hauteur des ambitions : combiner tarification du carbone et investissement dans les énergies renouvelables, tout en indemnisant les populations les plus durement touchées.
- Approche du FMI : une stratégie globale alliant tarification et investissement pour accélérer la transition verte.
Progrès récents et rôle des institutions multilatérales
- Coopérations efficaces constatées :
- Mesures monétaires et budgétaires coordonnées lors de la pandémie pour éviter une nouvelle Grande Dépression.
- Coopération internationale déterminante pour le développement rapide de vaccins.
- 137 pays ont convenu de réformes fiscales visant à ce que les multinationales versent leur juste contribution où qu’elles exercent leurs activités.
- Allocation de DTS : l’an dernier, les membres du FMI ont approuvé une allocation de DTS à hauteur de 650 milliards de dollars, la plus élevée de l’histoire, pour consolider les réserves des pays.
- Création d’un fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité : financements à long terme abordables pour aider les membres les plus fragiles à lutter contre les changements climatiques et de futures pandémies.
- Les institutions multilatérales doivent renforcer leur gouvernance pour refléter l’évolution de la dynamique économique mondiale (examen du capital et des droits de vote du FMI mentionné comme opportunité).
- Le FMI peut mobiliser ses instruments financiers, sa surveillance bilatérale et mondiale et son approche impartiale entre membres.
Recommandations politiques centrées sur les populations
- Principe directeur : les politiques publiques doivent être au service des populations — « au lieu de mondialiser les profits, nous devrions ancrer localement les avantages d’un monde connecté ».
- Mesures ciblées :
- Investir dans la santé et l’éducation des segments de population qui ont été laissés pour compte.
- Aider les travailleurs à acquérir des compétences recherchées et se reconvertir dans des secteurs en expansion.
- Notion observée : le salaire moyen est plus élevé dans les entreprises tournées vers l’exportation ainsi que dans les emplois verts.
- Implication des entreprises : jouer un rôle actif dans le renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement par des choix de conception et d’approvisionnement plus robustes.
Conclusion synthétique
- Il n’existe pas de remède miracle contre les formes les plus destructrices de la fragmentation.
- En travaillant avec toutes les parties prenantes sur les enjeux urgents transfrontaliers — échanges, dette, paiements, climat — il est possible de réduire la fragmentation et de tisser une économie mondiale plus forte et plus inclusive.
- L’action collective et la priorité donnée aux populations sont essentielles pour préserver les bénéfices de l’intégration mondiale et répondre aux défis convergents.
Kristalina Georgieva, Gita Gopinath, Ceyla Pazarbasioglu — le 22 mai 2022