Une économie mondiale résiliente qui progresse tant bien que mal, en suivant des trajectoires divergentes
IMF Blog, October 10, 2023
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- Une économie mondiale résiliente qui progresse tant bien que mal, en suivant des trajectoires divergentes
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- Authors: Pierre-Olivier Gourinchas
- Published: October 10, 2023
Constat central et perspectives macroéconomiques
- Croissance mondiale prévue :
- 3,5 % en 2022.
- 3 % en 2023.
- 2,9 % en 2024 (révision à la baisse de 0,1 point de pourcentage pour 2024 depuis juillet).
- Inflation globale (en glissement annuel) :
- 9,2 % en 2022.
- 5,9 % en 2023.
- 4,8 % en 2024.
- Inflation hors énergie et alimentation attendue à 4,5 % en 2024.
- Principal scénario : atterrissage en douceur — inflation qui diminue sans repli majeur de l’activité.
- Marché du travail aux États-Unis : hausse du taux de chômage prévue, de 3,6 % à 3,9 %, d’ici à 2025.
- Remarque : la plupart des pays ont peu de chances de ramener l’inflation à son niveau cible avant 2025.
Hétérogénéité régionale et sectorielle
- Ralentissement plus prononcé dans les pays avancés que dans les pays émergents et en développement.
- États-Unis : prévisions de croissance révisées à la hausse grâce à la résilience de la consommation et de l’investissement.
- Zone euro : activité révisée à la baisse.
- Chine : exception notable parmi les émergents, affectée par la crise de l’immobilier et l’affaiblissement de la confiance.
- Services : reprise quasiment achevée, forte demande tertiarisée en train de fléchir.
- Marchés immobiliers et investissement : affectés par le resserrement des conditions de crédit, surtout dans les pays à forte part de prêts hypothécaires à taux variable.
Mécanismes et forces en jeu
- Trois forces principales :
- Fin de l’élan de reprise dans le secteur des services.
- Resserrement des conditions de crédit affectant immobilier, investissement et activité.
- Choc des prix des produits de base ayant marqué l’inflation et l’activité.
- Effets différenciés du choc énergétique :
- Les pays très tributaires des importations énergétiques de Russie ont subi une plus forte hausse des prix énergétiques et un ralentissement plus prononcé.
- Dans la zone euro, la hausse des prix de l’énergie a davantage alimenté l’inflation hors énergie et alimentation qu’aux États-Unis, où les pressions sous-jacentes tiennent plutôt à une pénurie de main-d’œuvre.
- Marchés du travail : malgré un fléchissement, restent dynamiques dans les pays avancés ; taux de chômage historiquement bas soutiennent l’activité.
- Salaires : rattrapage des salaires réels observé, sans signe net d’une spirale prix–salaires ; compression de l’échelle des rémunérations dans de nombreux pays.
Principaux risques
- Risque immobilier en Chine :
- Intensification possible de la crise immobilière, nécessitant restructuration rapide des promoteurs, préservation de la stabilité financière et réduction des pressions sur les finances publiques locales.
- Scénarios opposés : baisse trop rapide des prix immobiliers détériorerait bilans bancaires et ménagers ; soutien artificiel prolongerait la protection des bilans mais évincerait d’autres investissements et réduirait les recettes locales.
- Instabilité des prix des produits de base :
- Entre juin et fin septembre, les cours du pétrole ont augmenté de 25 % environ, puis ont baissé de 11 % environ.
- Prix alimentaires restés élevés ; risque d’aggravation en cas d’escalade du conflit en Ukraine.
- Fragmentation géoéconomique a fortement accru la dispersion des prix des produits de base, y compris les minerais essentiels.
- Inflation et anticipations :
- Inflation sous-jacente et inflation globale ont baissé mais demeurent excessivement élevées.
- Anticipations d’inflation à court terme ont largement dépassé le niveau cible, bien qu’elles semblent aujourd’hui avoir changé de cap.
- Contraintes budgétaires et vulnérabilités :
- Marge de manœuvre budgétaire érodée dans nombre de pays : endettement élevé, coûts de financement en hausse, ralentissement de la croissance.
- Risque d’une forte réévaluation des risques : renforcement du dollar, sorties de capitaux, hausse des coûts d’emprunt et accentuation du surendettement, en particulier pour les pays émergents.
Priorités de la politique publique et recommandations
- Politique monétaire :
- Maintenir une politique monétaire restrictive jusqu’à ce que la désinflation soit fermement établie et que les anticipations d’inflation à court terme diminuent.
- Une fois l’inflation proche de la cible et les anticipations stabilisées, réduire progressivement les taux directeurs tout en restant attaché à la stabilité des prix.
- Politique budgétaire :
- Reconstituer les marges de manœuvre budgétaires, y compris en supprimant les subventions énergétiques, tout en protégeant les groupes vulnérables.
- Éviter une politique budgétaire procyclique ; le creusement sensible du déficit budgétaire aux États-Unis est particulièrement préoccupant.
- Réformes structurelles :
- Renforcer la croissance à long terme en échelonnant les réformes, en commençant par la gouvernance, la réglementation des entreprises et le secteur extérieur.
- Ces réformes de première génération faciliteront les réformes ultérieures (marchés du crédit, transition écologique).
- Coopération multilatérale et commerce :
- Éviter des mesures contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce et préservant la circulation des minerais essentiels et des produits agricoles.
- Créer des « corridors écologiques » pour réduire l’instabilité et accélérer la transition vers une économie verte.
- Gouvernance internationale :
- Prévenir la fragmentation géoéconomique ; rétablir la confiance dans des dispositifs multilatéraux fondés sur des règles, renforçant la transparence et la lisibilité de l’action publique.
- Maintenir un dispositif solide de protection financière mondiale, avec un FMI doté de ressources suffisantes en position centrale.
Source : Article « Une économie mondiale résiliente qui progresse tant bien que mal, en suivant des trajectoires divergentes », Pierre-Olivier Gourinchas, le 10 octobre 2023.