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République du Congo - Déclaration de la mission du FMI à l’issue des consultations de 2012 au titre de l’article IV
le 23 mai 2012
Describes the preliminary findings of IMF staff at the conclusion of certain missions (official staff visits, in most cases to member countries). Missions are undertaken as part of regular (usually annual) consultations under Article IV of the IMF's Articles of Agreement, in the context of a request to use IMF resources (borrow from the IMF), as part of discussions of staff monitored programs, and as part of other staff reviews of economic developments.
Des progrès sensibles ont été enregistrés dans le cadre de la mise en œuvre du programme triennal au titre de la FEC mais des mesures plus énergiques sont nécessaires pour l’avenir. La stabilité macroéconomique est en place, un code des marchés publics a été adopté et l’endettement extérieur net est résorbé. Toutefois, pour que les retombées du développement atteignent les populations, des réformes en profondeur s’imposent non seulement pour impulser le processus d’industrialisation mais aussi pour assurer une croissance solidaire. Le moment est venu de consolider les progrès accomplis et de susciter l’appropriation de réformes qui font échec aux intérêts particuliers et renforcent la gouvernance grâce à une mise en œuvre rigoureuse des divers plans d’action adoptés. En particulier, des mesures s’imposent pour renforcer les structures décisionnelles, améliorer la qualité des dépenses publiques et affermir le climat des affaires. Par ailleurs, des efforts doivent être faits pour atténuer les risques inhérents à la loi de finances rectificative.
I. Perspectives et risques
1. Les perspectives sont bien orientées, pour autant que les intentions de politique générale affichées soient effectivement suivies d’effet. Hormis un choc massif et permanent affectant les cours du pétrole, la problématique de fonds ne sera pas tant le financement du développement mais l’utilisation judicieuse des ressources pétrolières pour accompagner une croissance solidaire. Les perspectives d’un décollage de la croissance hors pétrole reposent sur deux piliers : l’édification d’un fondement d’infrastructures de base et l’application intégrale des réformes structurelles, y compris le plan d’action visant à améliorer le climat des affaires. L’investissement public, les ressources naturelles (minières et forestières), les télécommunications, et la montée en puissance de l’industrie agro-alimentaire, des transports et des services seront les moteurs de la croissance. Les perspectives de découverte de nouvelles réserves pétrolières et de lancement de nouvelles activités minières sont prometteuses, ce qui offre des possibilités non négligeables d’amélioration de la situation.
2. Les risques exogènes sont essentiellement conjoncturels et paraissent gérables, tandis que les risques endogènes sont à plus long terme. Comme toujours, la volatilité des prix du pétrole appelle une grande prudence.
II. Politiques à court terme : atténuer les risques liés à la loi de finances rectificative
3. À première vue, la rallonge budgétaire ajoute près de 25 % du PIB hors pétrole à une enveloppe de dépenses déjà importante prévue au budget initial, et double le déficit primaire non pétrolier par rapport à 2010. Même si le solde global reste excédentaire, l’enveloppe budgétaire est trop importante pour être dépensée de manière efficace au cours des mois de l’année qui restent étant donné la faible capacité d’absorption et les obstacles à la mise en œuvre, ainsi que les délais requis avant de pouvoir utiliser les procédures de contrôle de qualité, telles que le code de passation des marchés publics. La hausse des importations effacera pratiquement l’important excédent global du compte des transactions courantes pour l’amener quasiment en situation d’équilibre. En outre, une partie des dépenses exercera des pressions inflationnistes, compte tenu du fait que la réaction de l’offre est limitée par les nouvelles tensions qui risquent de peser sur la capacité de transport.
4. Nous prenons pleinement la mesure de la nécessité de remédier aux conséquences de la catastrophe du 4 mars dernier. Nous comprenons aussi que la loi de finances rectificative a été mise en place dans l’urgence pour débloquer rapidement des ressources budgétaires. Mais à présent que les premiers paiements ont été effectués en faveur des sinistrés, il convient de bien penser les actions à mener et de les planifier pour veiller à ce que les dépenses atteignent bien l’objectif visé sans déperdition. Nous saluons les travaux menés à l’heure actuelle par le Haut comité chargé de la reconstruction pour identifier les projets prioritaires et chiffrer le coût à moyen terme des mesures prises par le gouvernement; à cet égard, nous formulons les recommandations suivantes :
III. Ancrage de la politique budgétaire
5. Si le Congo est dans une situation privilégiée du fait de l’ampleur de ses richesses naturelles, il est confronté à un défi majeur, celui de l’ancrage de la politique budgétaire tant à court qu’à moyen terme. La stabilité macroéconomique est l’une des conditions préalables à une croissance solidaire. L’hyper-volatilité des cours du pétrole impose de créer un volant de sécurité pour stabiliser les recettes et éviter de devoir corriger ou retarder des projets lorsque les cours du pétrole baissent (politique pro-cyclique guère souhaitable), tandis que les capacités d’absorption et d’exécution limitent l’efficacité des dépenses chaque année. Même s’il est souhaitable d’intensifier l’investissement, un ancrage budgétaire peut être utile pour guider le gouvernement dans sa réponse à la question suivante : combien dépenser et combien épargner chaque année.
6. Du fait que les méthodes traditionnelles d’ancrage budgétaire (modèles du revenu permanent, analyse de viabilité de la dette) sont mal adaptées aux pays riches en ressources naturelles confrontés à des besoins de développement, nous recommandons l’ancrage budgétaire suivant :
IV. renforcement de la politique budgétaire : pressions sur les dépenses et qualité des dépenses
7. L’un des outils essentiels pour enrayer les pressions croissantes sur les dépenses courantes et les dépenses d’investissements consiste à améliorer la qualité des dépenses. L’adoption par les ministères d’une structure de gestion axée sur les résultats, l’affectation dans chaque ministère de contrôleurs du budget, le recrutement d’un responsable des achats dédié à chaque ministère et un travail de classification fonctionnelle des dépenses sont autant de mesures qui vont dans la bonne direction. À cet égard, déléguer la mise en œuvre des projets d’investissement public jusqu’à 1 milliard de francs CFA aux ministères dépensiers devrait permettre de renforcer la responsabilisation et donner de meilleurs résultats de dépenses, quoique avec un certain décalage. Nous sommes conscients des difficultés auxquelles se heurte le gouvernement pour réaliser des contrôles sur place ainsi que des comportements omniprésents de recherche de rentes de la part des agents de l’État, et reconnaissons la nécessité de recourir au maximum à toutes les mesures de contrôle possibles dans tous les ministères. Tout en encourageant les efforts consentis par le gouvernement, nous émettons les recommandations suivantes :
8. Des efforts doivent aussi être faits pour améliorer le recouvrement des recettes non pétrolières, notamment par les services des douanes et pour rationnaliser les dépenses de fonctionnement. Les dépenses courantes hors salaires augmentent rapidement et devraient subir de fortes pressions à la hausse à l’avenir, lorsque les coûts d’exploitation et d’entretien entreront en jeu. Dans le même temps, les résultats des dépenses sociales ont été médiocres, avec une hausse de la mortalité maternelle, une diminution de l’accès aux services de santé et une piètre qualité de l’enseignement.
V. Réformes visant à réaliser une croissance solidaire
Par sa nature même, le secteur pétrolier n’est pas solidaire : sa croissance est souvent volatile, la production nécessite beaucoup de capitaux et les rentes ne sont pas largement réparties2. Pour que la croissance soit plus solidaire, l’État doit non seulement transformer efficacement les recettes pétrolières en dépenses sociales et en dépenses d’investissement davantage propices à la croissance, mais il doit aussi mettre en œuvre des politiques destinées à améliorer le climat des affaires, à développer le secteur financier et à renforcer le marché du travail. Il doit accompagner cet effort par un renforcement des institutions et une amélioration de la gouvernance et de la transparence.
Climat des affaires, secteur financier et marché du travail
9. Pour rendre la croissance plus solidaire, il faut une démarche multidimensionnelle. Améliorer le climat des affaires sans lever les obstacles à l’obtention de crédits ni résoudre l’inadéquation entre les qualifications et le marché du travail serait vain. Au-delà du contexte réel des affaires, il y a le difficile défi d’améliorer la gouvernance et l’état de droit, éléments essentiels pour consolider le climat des affaires au sens large. Compte tenu de la nature très étendue des réformes, il est crucial que les ministères instaurent une réelle collaboration entre eux pour mener collégialement à bien l’action gouvernementale.
10. Les progrès réalisés pour étendre les retombées de la croissance ont été inégaux. Les investissements publics et les réformes du cadre légal progressent, mais les questions liées aux PME et au développement du secteur financier marquent le pas. La baisse annoncée du chômage a donné lieu en contrepartie à la hausse du sous-emploi et à une participation accrue au secteur informel. Outre le manque d’infrastructures, l’un des principaux obstacles à la résolution de la question d’une croissance sans emplois est la gouvernance. L’absence de droits de propriété, l’incertitude quant au respect des accords contractuels, la faible protection des investisseurs et les difficultés pour démarrer une activité freinent le développement du secteur privé. En outre, la faible demande sur le marché formel de l’emploi ne suffit pas à enrayer le chômage endémique des jeunes, surtout au regard de la forte inadéquation entre les qualifications et le marché du travail. Nos principales recommandations sont les suivantes :
1 Préparée par la mission du FMI et présentée aux autorités congolaises à l’issue de la mission de consultations au titre de l’article IV qui s’est déroulée à Brazzaville du 15 au 25 mai 2012. La mission remercie les autorités congolaises pour leur chaleureux accueil et leur constante collaboration.
2 Une croissance solidaire se caractérise notamment par une croissance forte et durable, généralisée à tous les secteurs, qui englobe une grande partie de la population active et favorise l’égalité d’accès aux marchés et aux ressources.
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