15 DECEMBRE 1998
Le Département des Relations Extérieures du FMI a organisé
à Dakar au Sénégal une vidéoconférence avec une
vingtaine de journalistes africains venus du Gabon, Mali, Burkina Faso, Bénin,
Côte d’Ivoire, Cameroun et Sénégal.
Deux heures durant, les journalistes ont débattu avec Monsieur Alassane D.
Ouattara, Directeur Général Adjoint du Fonds Monétaire International
des perspectives qui s’offrent à l’Afrique à l’aube du
troisème millénaire et à la veille de l’entrée en vigeur de
l’Euro dans un contexte global d’économie mondialisée.
Voici le script de cet important échange de vues.
(Introduction du conférencier par M. Shailendra Anjaria, Directeur du
Département des Relations Extérieures du FMI.)
Mesdames et Messieurs les journalistes, soyez les bienvenus au Fonds monétaire
international à Washington. Je m’appelle Shailendra Anjaria. Je suis le Directeur
des relations extérieures ici au Fonds monétaire, et je suis très heureux de
vous accueillir à cette occasion à cette vidéoconférence de M.
Alassane Ouattara.
M. Ouattara, que la plupart d’entre vous connaissent certainement, est Directeur
général adjoint du Fonds monétaire international depuis le
1er juillet 1994. Une maison qu’il connaît bien puisqu’il a
entre autres occupé l’important poste de Directeur du Département
Afrique de 1984 à 1988.
Mais M. Ouattara est aussi une figure marquante de la scène africaine : Vice-Gouverneur
de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de 1983
à 1988, Gouverneur de la même Banque centrale de 1988 à 1993, Premier
Ministre de son pays, la Côte d’Ivoire, de novembre 1990 à
décembre 1993, pour ne citer que quelques-uns des postes les plus importants
qu’il a occupés. C’est pourquoi c’est un privilège pour nous
que M. Ouattara soit parmi nous aujourd’hui pour discuter avec vous de la situation et des
perspectives économiques de l’Afrique et des défis auxquels les pays
africains font face. Je voudrais m’arrêter là pour céder le terrain
à M. Ouattara.
Propos liminaires de M. Ouattara
Mesdames et Messieurs les journalistes, je dois vous dire combien je suis heureux
personnellement, mais aussi au nom du Fonds monétaire international que des
échanges de vues avec la presse africaine sur les risques et les enjeux que pose la
mondialisation aient lieu. Ce matin, nous allons réserver deux heures pour parler de ce
phénomène par rapport à l’Afrique. Comme l’illustre bien
la vidéoconférence qui nous réunit ce matin, nous sommes
véritablement à l’heure des nouvelles technologies qui ont
transformé le monde en un grand village planétaire, où les
progrès des uns peuvent être partagés par d’autres, mais où
aussi, malheureusement, les crises de toute nature se propagent rapidement au-delà des
frontières nationales.
Ainsi, la crise qui a frappé de plein fouet certains pays asiatiques s’est
propagée rapidement à d’autres pays émergents. Alors, faut-il que
les pays africains, comme certains le prescrivent, se replient sur eux-mêmes,
s’enferment à l’intérieur de leurs frontières et renoncent
aux avantages d’une intégration plus poussée à
l’économie mondiale sous prétexte que le prix est trop cher payé?
Vous comprendrez que je puisse dire tout de suite non!
L’Asie de l’Est a largement démontré, pendant la plus grande partie
des trois dernières décennies, les avantages de l’intégration
à l’économie mondiale et les bienfaits de la libéralisation
économique. Grâce à des politiques budgétaires prudentes,
à des investissements conséquents en capital dans les infrastructures et les
ressources humaines, et aussi à l’ouverture de leurs économies, ces pays
ont enregistré une croissance économique impressionnante et ont
réalisé des avancées significatives dans la lutte contre la
pauvreté.
Ces acquis, la crise actuelle ne les effacera pas! Prenons le cas de la Corée du Sud. En
1999, après deux années de récession, son produit intérieur brut
(PIB) en termes réels sera toujours supérieur de 50 % à ce
qu’il était il y a dix ans. Et la croissance repartira sur une base plus solide.
Cependant, la crise en Asie, en Russie, et ses effets sur d’autres marchés
émergents, ont mis en lumière des défaillances à
l’échelle non seulement des pays, mais aussi du système monétaire
international.
La crise a amplement montré que la stabilité financière et le
développement économique durable requièrent un certain nombre de
conditions : des politiques économiques judicieuses et prévisibles; un grand
degré de transparence et une gestion responsable des affaires publiques et
privées; des informations fiables et disponibles en temps opportun; un système
bancaire robuste, soumis à une réglementation et une surveillance
appropriées; un secteur privé opérant dans des conditions de transparence
et de sécurité économique adéquates; enfin
l’élimination de la corruption et du népotisme.
Avant d’ouvrir le débat, je voudrais rappeler qu’en Afrique ces
dernières années, de sensibles progrès ont été
observés sur le front des performances macroéconomiques avec l’amorce
d’une reprise économique soutenue qui s’est traduite à partir de
1995 par une croissance du revenu par habitant. En 1997, l’Afrique subsaharienne a
enregistré un taux moyen de croissance du PIB de l’ordre de 4 % faisant
suite à une forte croissance de plus de 5,3 % en 1996. Cette croissance aurait pu
progresser davantage en 1998 si la crise financière internationale n’avait
entraîné un ralentissement de la croissance mondiale qui n’a pas
épargné l’Afrique. Il faut se féliciter de ces progrès,
d’autant qu’ils sont avant tout le résultat d’efforts de rigueur dans la
gestion des économies africaines et d’une amélioration des politiques
économiques et financières.
Les récents progrès de l’Afrique sont sans nul doute encourageants, mais
sont-ils suffisants pour faire reculer sensiblement la pauvreté? Bien que louables, ces
résultats demeurent malheureusement insuffisants et restent très
inférieurs aux performances spectaculaires de l’Asie de l’Est avant la crise.
Ainsi, pour rattraper les autres pays en voie de développement et réduire de
manière significative la pauvreté, plusieurs études concluent que
l’Afrique devrait réaliser durablement un rythme de croissance de l’ordre de
7 à 10 %. Cela peut paraître ambitieux, mais plusieurs pays du continent,
comme l’Ouganda, le Mozambique et l’Éthiopie, ont
déjà démontré que cet objectif n’est pas hors
d’atteinte. Le maintien d’un tel taux de croissance sur le long terme exigerait
cependant un niveau d’investissement beaucoup plus élevé, et bien
sûr une plus grande efficacité de ces investissements. L’Afrique doit donc
parvenir à des taux d’épargne intérieure beaucoup plus
élevés, et attirer une part plus importante de l’investissement direct
étranger afin d’accélérer sa croissance économique. Elle ne
peut le faire, nous l’avons vu, qu’en s’intégrant pleinement à
l’économie mondiale et en mettant en place des réformes structurelles de
grande ampleur.
Bien évidemment, le Fonds monétaire international se tient toujours prêt
à apporter son appui financier et technique aux pays qui, en Afrique comme ailleurs,
démontrent une réelle volonté d’adopter des politiques
économiques saines et vigoureuses. J’en veux pour preuve les récentes
décisions sur l’allégement de la dette dans le cadre de l’Initiative en
faveur des pays pauvres très endettés et celle au titre de l’aide
d’urgence aux pays sortant de conflits. De plus, aujourd’hui, 20 pays africains
bénéficient de la facilité d’ajustement structurelle
renforcée, bien connue sous le nom de la FASR.
Par ailleurs, et comme vous le savez sans doute, le FMI réfléchit depuis un
certain temps déjà sur ce que nous appelons la nouvelle architecture du
système monétaire international. Il s’agit en fait de reconstruire ce dernier
sur des bases plus solides et mieux adaptées aux défis actuels. Dans cet esprit, les
gouverneurs du Fonds monétaire international qui sont en général les
ministres des finances des pays membres, ont envisagé, au cours des récentes
assemblées annuelles, des mesures visant à réformer les
méthodes de surveillance et de discipline au niveau national, les relations entre les
banques et les emprunteurs, le comportement des marchés financiers, le fonctionnement
du FMI lui-même et ses relations avec la Banque mondiale et les autres institutions
multilatérales. Ces mesures devraient permettre, entre autres, d’éviter de
nouvelles contagions et d’édifier un système monétaire
international robuste sur lequel l’Afrique puisse compter.
Mais je ne suis pas ici pour vous faire un discours, ce serait ennuyeux pour deux heures de
temps, je voulais faire cette déclaration liminaire, et pouvoir répondre aux
questions que je devine bien sûr, nombreuses, et je vais m’arrêter là
pour vous écouter, et comme l’a indiqué Mme Fouda, je
prendrai quelques minutes vers la fin pour conclure et tirer des leçons de nos
échanges de vues. Je vous remercie et je me tiens à votre disposition.
(Monsieur Michel Dessart, Représentant Résident du FMI à
Dakar
Monsieur le Directeur général bonjour.
La rencontre de ce matin est particulièremant importante parce qu’elle ouvre la
voie à un débat qui va se poursuivre demain. En effet, dans le cadre d’un
séminaire de réflexion avec les journalistes assemblés ici à
Dakar, nous parlerons du Fonds monétaire et discuterons bien sûr de son
organisation, de ses activités. Nous parlerons aussi de l’Initiative en faveur des
pays pauvres et de l’ajustement en général, de l’ajustement
structurel orienté vers la croissance et le développement durable.
Question
Je m’appelle Agapit Napoléon Maforikan, je viens du Bénin, je
travaille au journal "Le Matinal". J’ai deux questions.
M. le Directeur général adjoint, nous sommes à la veille de
l’effectivité de l’Euro. Les pays de la zone franc s’en
inquiètent sérieusement, car ils redoutent une nouvelle dévaluation du
franc CFA. Alors, au niveau du Fonds monétaire international, est-ce que vous jugez que
l’évolution actuelle des finances publiques des pays de la zone franc doive
conduire à une nouvelle dévaluation du franc CFA? Quelle appréciation
faites-vous de cette évolution?
Ensuite, certaines baisses du taux de croissance ont été
annoncées pour l’année 1999. Alors, je dois demander est-ce qu’il y
a des stratégies à mettre en application dans ces pays-là pour
éviter le pire?
Pour votre première question, concernant l’Euro, nous avons eu
déjà au niveau du Fonds monétaire international à nous
prononcer sur la mise en place effective de l’Euro, le 1er janvier 1999. Et
le rattachement donc du franc CFA à la monnaie européenne. D’ailleurs
les instances politiques, aussi bien au niveau des pays de la zone franc qu’au niveau de la
France et de la Communauté européenne, ont confirmé que ceci se fera
tout simplement par glissement de la parité du franc français par rapport au franc
CFA. Ceci nous paraît tout à fait conforme, car les pays de la zone franc ont
procédé à des ajustements très importants ces dernières
années. Aussi bien au plan macroéconomique dans les pays qui sont
représentés ici que dans d’autres pays de la zone franc, mais
également au plan structurel. Comme vous l’avez signalé
vous-même, les déficits budgétaires ont été fortement
réduits, la monnaie est en bonne santé et le taux de couverture est bon, les taux
d’intérêt ont fléchi, mais également les mesures structurelles
ont été importantes, et par rapport à toutes ces réalités, il
n’est pas du tout envisageable de notre point de vue, de mettre en route une quelconque
modification de la parité du franc CFA par rapport au franc français au
1er janvier 1999.
L’Euro est un événement important pour l’Europe mais
également pour le monde et je pense qu’il est heureux que les pays de la Zone
Franc y soient impliqués. J’espère par ailleurs que d’autres pays
africains prendront appui sur cette nouvelle possibilité d’ouverture et
d’ancrage.
Nous reparlerons certainement de la crise asiatique. Ce qu’elle nous a
démontré, c’est que, de temps en temps, il n’est pas mauvais
d’avoir des mouvements de fluctuation, mais également il est bon d’avoir
des points d’ancrage solides quand il y a des tempêtes.
Tout dépendra, bien entendu, de l’évolution de l’Euro dans les mois
et les années qui viennent mais, une chose est certaine, c’est que la mise en place
de l’Euro contribuera à faciliter les relations de change entre les pays
européens, mais également les relations de commerce entre l’Afrique et
l’Europe.
Donc de notre point de vue au Fonds monétaire international, je répète,
nous ne voyons pas de nécessité ou de probabilité d’une
dévaluation. Nous n’en voyons pas la justification et nous souhaitons que les pays
de la Zone Franc continuent avec la politique macroéconomique
équilibrée qu’ils ont poursuivie ces dernières années.
En deuxième point, la question de la baisse du taux de croissance en Afrique. Cette
situation n’est pas propre à l’Afrique, elle touche malheureusement le
monde entier. Les taux de croissance ont baissé quasiment de moitié.
D’ailleurs quand on regarde les chiffres de 1998, l’Afrique s’en sort un peu
mieux que les autres pays. Ce n’est pas un soulagement puisque c’est le continent le
plus pauvre. Où, disons, où la pauvreté est au niveau le plus
élevé. C’est le continent où les infrastructures sont les plus
endommagées et les moins développées, etc.
Nous avons donc besoin d’un taux de croissance plus élevé que dans les
autres régions du monde, et les efforts dans le sens d’une consolidation de la
croissance doivent se poursuivre. Pas sur une année ou deux ou trois ou quatre mais, sur
une très longue période pour pouvoir enrayer la pauvreté. Alors vous
avez dit quelle stratégie adopter? La stratégie pour nous est très claire, il
s’agit de faire ce que tous les pays du monde ont fait depuis pratiquement un
demi-siècle. Depuis la fin de la guerre, c’est-à-dire la mise en place de
politiques macroéconomiques saines accompagnées de souplesse, mais
également accompagnées de mesures structurelles et de transparence dans la
gestion qui seules permettent aux pays de connaître un développement
soutenu.
L’Asie est un exemple frappant. Malgré les difficultés des 18 derniers
mois, tout le monde reconnaît que l’Asie a une performance spectaculaire, les taux
de croissance ont été élevés pendant pratiquement un quart de
siècle. Le taux de pauvreté a été réduit en moyenne de
plus de 70 % à moins de 15 % dans la plupart des pays et, malgré
cette crise, les leçons sont là. Donc une bonne politique économique et
une ouverture sur l’extérieur sont nécessaires parce qu’il faut
pouvoir vendre aux plus grands marchés. Les économies africaines étant
particulièrement étroites, il faut s’ouvrir pour avoir plus de
compétitivité l’intérieur. Mais s’assurer également
que les investissements vont dans les secteurs sociaux, notamment dans la santé et
l’éducation.
Évidemment, je ne vais pas développer ici une stratégie africaine. Chaque
pays a ses caractéristiques et il appartient à chaque gouvernement et à
chaque société de voir quels sont les meilleurs équilibres possibles pour
accélérer le taux de croissance. Nous, nous avons confiance en voyant ce qui se
passe ces dernières années dans la plupart des pays africains, et nous souhaitons
que cette évolution et ces politiques puissent être renforcées.
Question
Je m’appelle Honorat Dé Yedagne, je travaille pour le quotidien
"Fraternité Matin" à Abidjan.
M. le Directeur général adjoint, on aimerait bien savoir si le Fonds
monétaire international est comptable devant ces chefs d’État lorsqu’ils
instituent de mauvaises politiques. Sur quels critères vous basez-vous pour donner des
conseils aux chefs d’État africains ?
Autre interrogation. Aujourd’hui, le discours culminant au niveau des pays ouest
africains, c’est qu’on puisse avoir une monnaie unique dans le cadre de la
CEDEAO. Est-ce que vous pensez qu’une possibilité existe de voir engager une
réflexion dans ce sens et espérer que la CEDEAO sera dotée d’une
monnaie unique dans les cinq ou dix années à venir?
Merci Honorat. Effectivement, la première question était importante. Comment
est-ce qu’une institution internationale, disons purement technocratique, si je peux
m’exprimer ainsi, puisse être comptable devant des gouvernements, et devant les
conseils qu’elle pourrait donner? Ceci ne s’applique pas d’ailleurs
seulement au Fonds monétaire mais également, à toutes les institutions
internationales.
En ce qui concerne le Fonds, il faut dire que ses structures relèvent en
réalité des ministres des finances et, par conséquent, des élus des
États.
Le Conseil d’administration, comme vous le savez, comprend vingt-quatre
administrateurs, représentant des pays ou des groupes de pays et ces administrateurs
eux-mêmes sont désignés par leur pays ou le pays constituant le groupe
auquel ils appartiennent. Tous les dossiers et toutes les négociations qui sont faites au
nom de la direction générale et du Fonds monétaire international doivent
être passés devant le Conseil d’administration qui peut les accepter ou les
refuser. Une fois que ces programmes sont adoptés par le Conseil
d’Administration, ils acquièrent le soutien du Fonds monétaire, et par
conséquent, de la totalité des membres de cette institution.
Que se passerait-il si les conseils avisés ou les possibilités de
négociations sont bloqués? À ce moment-là, le Conseil est
également informé. Tous les mois, nous avons une session spéciale du
Conseil d’administration où nous faisons le point sur les négociations en
cours avec les pays membres pour que le Conseil suive en même temps que le personnel
qui négocie avec les pays l’évolution des programmes et de la situation
économique.
Bien entendu, les programmes économiques sont d’abord les programmes
économiques des pays; le Fonds monétaire, pour apporter sa contribution et sa
caution exige une certaine cohérence et demande que celle-ci puisse être
acceptable à la totalité des pays membres du Fonds par
l’intermédiaire de son Conseil d’administration. Vous remarquerez que tout
dernièrement, plusieurs des grands pays membres du Groupe des Sept a proposé
la mise en place d’un Conseil monétaire politique, ce qui irait dans le sens de ce
que vous indiquez, c’est-à-dire la nécessité pour
l’institution d’avoir un organe politique qui puisse non seulement donner
l’orientation, mais également se prononcer sur les décisions
importantes.
Cette évolution serait à mon sens personnel une très bonne chose, mais
elle n’a pas encore le soutien de l’ensemble des pays membres du Fonds; ce sont
des débats en cours et, je crois que les questions que vous posez pourront contribuer
à renforcer ces débats et aller vers des réflexions plus poussées et
des solutions.
Quant à votre deuxième question concernant la CEDEAO et la monnaie
commune, effectivement, depuis un certain nombre d’années, les banques
centrales des pays membres de la CEDEAO ont souhaité qu’il y ait une
évolution, une convergence vers des monnaies communes et je pense que c’est ce
qui est en train de se passer. D’abord si vous regardez la plupart des 16 pays membres de
la CEDEAO, vous remarquerez que, depuis quelque temps, quasiment tous ces pays sauf ceux
qui ont été en conflit récemment, ont éliminé toutes les
restrictions sur les comptes courants extérieurs. Donc tous les mouvements
d’exportation, d’importation et autres ne sont plus assujettis à des
restrictions. Et ceci est une bonne évolution.
Pour les pays membres de l’Union économique et monétaire ouest
africaine il y a en plus une évolution d’harmonisation du tarif extérieur
commun. Ce qui contribue également à créer un espace unique en
matière de commerce international.
La fixation de la parité du franc CFA par rapport à l’Euro est
également à mon sens, une évolution importante pour les pays membres
de la CEDEAO parce que l’Euro deviendra un des piliers du système
monétaire international et l’une des grandes monnaies du monde. Il n’est
d’ailleurs pas exclu que plusieurs pays africains ou autres puissent également fixer
leur parité sur l’Euro. Ceci provoquerait une convergence tout à fait
naturelle entre le franc CFA et les monnaies d’autres pays de la région Afrique,
que ce soit le cedi ghanéen, le naira du Nigéria et ainsi de suite....
J’ai donc bon espoir mais je pense que le critère le plus important pour aller vers
la monnaie commune ce sont de bonnes politiques économiques qui soient convergentes
et soutenues sur une longue période, qui produisent une bonne croissance, et qui
réduisent l’inflation. Parce que les pays auraient moins, disons, de
difficultés et surtout les populations seraient elles-mêmes plus aptes à
accepter une union économique sachant qu’en réalité le
mouvement des capitaux et les mouvements commerciaux ne porteraient pas atteinte à
tel ou tel avantage dans tel ou tel pays.
Question
Alexis Kalambri du Mali, du journal "Les échos au Mali". J’aurai
deux questions pour commencer.
La première c’est qu’avec la crise asiatique nous avons vu que le FMI
a engagé des fonds de niveau jamais égalé en Afrique. Alors on se
demande pourquoi deux poids deux mesures.
La seconde question est que les rapports du FMI étaient brandis par nos
autorités comme la preuve que des économistes de grande renommée ont
travaillé sur nos économies. Alors on se demande comment se fait-il que le FMI
n’ait pas pu prévoir la crise asiatique?
Les montants engagés en Asie depuis la crise asiatique.... Effectivement ce sont des
interrogations que nous avons reçues dans plusieurs conférences où
beaucoup d’interlocuteurs nous demandent comment il se fait que des sommes aussi
importantes aient pu être engagées en Asie, et que des miettes, puisque vous avez
été suffisamment courtois pour ne pas utiliser ce terme, que des miettes soient
jetées à l’Afrique.
Ce n’est pas le cas. En réalité, il faudrait préciser que les
ressources allouées à la plupart des pays africains en dehors de quelques-uns (
l’Afrique du Sud etc...), tous les pays africains qui reçoivent le concours du Fonds,
reçoivent des ressources concessionnelles. Des ressources dont le taux
d’intérêt est très faible, 0,5 %, et la période de
remboursement étalée sur une dizaine d’années. Ce sont des
ressources exceptionnelles qui doivent être obtenues en partie d’un certain nombre
de pays créditeurs. Donc l’effort du Fonds est limitée par les ressources
disponibles.
Je dirais que la situation est légèrement différente quand il s’agit
des ressources ordinaires du Fonds, qui sont basées essentiellement sur la
trésorerie du Fonds, sur le niveau des quotes-parts. La crise asiatique nous a
amenés à débourser des sommes considérables mais,
malheureusement, je crois que dans les chiffres qui ont été indiqués, il y a
eu amalgame, on a parlé non seulement du concours du Fonds monétaire
lui-même, mais l’on a parlé également souvent des ressources
additionnelles données de manière bilatérale par tel ou tel pays et par des
institutions telles que la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement et ainsi
de suite. C’est quand on prend tout ce paquet qu’on a le sentiment qu’il y a
des dizaines de milliards de prêts qui sont faits en Asie et que, malheureusement
l’Afrique ne reçoit que des dizaines de millions.
Bien entendu, les proportions des décaissements dépendent également de
la quote-part de chacun des pays. Si vous prenez une économie comme la Corée,
l’Indonésie ou la Thaïlande, ce sont des pays qui ont des quote-parts 20, 30
fois plus élevées que les quote-parts d’un pays africain moyen. Donc
également, ce rapport est important dans le calcul des ressources.
Ce qui importe en définitive, c’est de savoir quel est le besoin réel de
financement de tel ou tel programme. Quand il s’agit d’un pays pauvre
surendetté, la chose la plus importante c’est de faire en sorte que nous ayons des
ressources qui ne compliquent pas le profil de la dette de ce pays. Quand il s’agit
d’un pays émergent qui a déjà accès aux marchés
de capitaux, la réalité, c’est de créer la confiance dans le
système, et la crédibilité pour que ce pays puisse retourner sur les
marchés des capitaux.
Pas plus tard qu’hier, j’ai présidé un Conseil
d’administration sur la Corée, et le gouvernement coréen vient de prendre
l’engagement de rembourser au Fonds monétaire déjà près
de 3 à 4 milliards de dollars qu’ils ont empruntés il y a à peine 1
an. C’est donc dire que ce pays est déjà retourné sur les
marchés de capitaux, qu’il peut emprunter à des taux
élevés qui ne sont pas des taux concessionnels, et par conséquent est en
mesure de ne pas faire recours, de ne pas utiliser les ressources du Fonds.
Mais pour les pays africains, c’est un engagement de longue haleine, et je crois que nous
devons veiller à ce que ce soit d’abord des ressources concessionnelles,
qu’il y ait un effort important sur l’allégement de la dette et que surtout ces
pays utilisent de manière rationnelle et de manière productive les ressources
reçues de ces diverses sources.
Quant à la deuxième question, je dirais que ceci n’est pas vrai. Maintenant
que l’heure des bilans a sonné, nous pouvons vous dire que pour plusieurs pays
asiatiques que je ne nommerai pas individuellement, au moins un an avant le
déclenchement de la crise, nous avions informé les autorités que nous
étions préoccupés par la situation économique de leur pays. Nous
estimions que les déficits en compte courant étaient élevés et
donc ces pays vivaient des capitaux étrangers, et que ces capitaux étrangers pour
la plupart étaient des capitaux à court terme, et que malheureusement, il pouvait
y avoir un bouleversement de situation. Et parce que ces capitaux étaient rentrés
très vite par rapport à ce que tout le monde a appelé le miracle asiatique,
ils pouvaient ressortir aussi rapidement. Et qu’il y avait lieu de prendre des mesures
adéquates pour réduire le déficit en conséquence et, donner la
crédibilité nécessaire à la situation monétaire et
financière. Malheureusement, ces pays qui, pendant disons des décennies ont
connu un succès considérable, ont estimé que ces conseils du Fonds
monétaire, peut-être, étaient des conseils dont on pouvait se passer, et je
dirais que, malheureusement nous avons eu raison.
Mais il faut signaler que dès que la crise a été déclenchée,
ces pays ont réagi avec une rapidité admirable. Je disais tout à
l’heure que la Corée a rétabli ses déséquilibres
macroéconomiques, le compte courant maintenant est en excédent, les
réserves de change sont au-delà de 45 milliards de dollars, les exportations sont
au-delà de 130 milliards de dollars, etc. Évidemment les souffrances sont
là. Les populations ont vu le taux de chômage doubler en moins de 18 mois; et ces
pays, dont les populations connaissent des souffrances atroces du fait qu’aucun dispositif
social n’a été mis en place par le passé. Ces pays qui ne
connaissaient pas le chômage n’avaient pas d’ institutions de protection et
d’assurance sociale.
Tout ceci se met en place doucement et j’ai indiqué dans un premier temps le
problème du déficit important du compte courant. L’autre
élément qui nous a préoccupés en son temps c’était
la situation du système bancaire et du système financier dans les pays asiatiques.
Nous avons mentionné à plusieurs occasions à ces pays et à ces
gouvernements que nous n’avions pas suffisamment d’éléments
d’appréciation sur la situation du système financier et que nous
considérions, compte tenu des éléments dont nous disposions, que
malheureusement les normes internationales ne semblaient pas être respectées et
qu’il fallait procéder à un assainissement du secteur financier.
Ceci est en cours, et ceci se fait à un coût considérable aussi bien financier
qu’en matière de personnes mises en chômage. Si vous prenez la
Corée, le système financier a été un élément
important du déclenchement de la crise du fait que toute la société avait
des comptabilités très diffuses et très compliquées et qu’ il
y avait un mélange complexe entre les différentes parties de la
société.
Voilà, en bref, le rôle du Fonds monétaire est de donner des conseils aux
gouvernements et de les encourager à continuer dans la bonne voie.
Mon compatriote, Honorat, demandait tout à l’heure comment nous pouvions
être comptable des conseils que nous donnons ?
Quand nous donnons des conseils qui ne sont pas suivis, que pouvons-nous faire? Nous ne
sommes qu’une institution. Nous ne sommes pas un supergouvernement. Et par
conséquent, il est important que dans toute réforme du système
monétaire international, en dehors des conseils, il y ait une plus grande transparence dans
la lecture des chiffres pour permettre à chacun de connaître la situation de
l’autre et d’éviter le genre de situation dont vous parlez.
Mais en résumé je dirais que le Fonds monétaire a fait son travail; nous
avons fait notre devoir, nous l’avons fait dans la discrétion et cela a toujours
été notre manière de fonctionner.
Question
Je m’appelle Gistelain Ndémézo, je viens du Gabon, je travaille pour
un journal gouvernemental, l’Union. J’aimerais revenir sur la crise asiatique. Un
récent rapport de la Banque mondiale remet en cause la façon dont le FMI a
traité initialement cette crise. J’aimerais d’abord avoir votre commentaire
sur ce rapport de la Banque mondiale, ensuite savoir si le FMI et la Banque mondiale travaillent
de concert sur ce genre de dossier ou ce sont, comme certains le pensent, deux institutions
rivales?
Effectivement, j’ai lu avec intérêt mais également avec tristesse les
rapports de la presse concernant certaines vues de certains agents de la Banque mondiale sur la
manière dont la crise asiatique a été gérée par le Fonds.
D’abord je dois dire que nous étions surpris par de telles déclarations.
Parce que la coopération entre la Banque mondiale et le Fonds monétaire a
été étroite et, deuxièmement, comme je l’ai dit, cette crise
était également une crise du secteur financier dans laquelle la Banque mondiale et
le Fonds monétaire ont travaillé la main dans la main; le Fonds monétaire
ayant traité les questions d’urgence, et la Banque Mondiale l’aspect
structurel.
Nous avons par la suite, et la presse le sait d’ailleurs, reçu du Président de
la Banque mondiale un élément d’explication où il se dit
lui-même surpris par de telles divergences entre les deux institutions alors que nous avons
travaillé de manière étroite. Alors, par rapport à ce que j’ai
lu dans la presse, je pense que le problème essentiel a été la politique des
taux d’intérêt et surtout le fait que ces politiques aient été
aussi restrictives dès le départ. Mais je reviens encore à l’exemple
de la Corée que nous avons passé en revue hier au Conseil
d’administration, où les taux d’intérêt aujourd’hui, 18
mois après le déclenchement de la crise, sont inférieurs aux taux
d’intérêt d’avant la crise. Je disais que les réserves de change
sont reconstituées au-delà de 45 milliards alors qu’au moment du
déclenchement de la crise, elles étaient de moins de 10 milliards et que la
croissance doit reprendre, selon les Coréens eux-mêmes, dès
l’année prochaine etc. Alors, que fallait-il faire par rapport à une crise
aussi grave quand elle s’est déclenchée? Il y avait plusieurs solutions
possibles pour les pays asiatiques. On pouvait laisser les taux d’intérêt en
l’état et tout simplement laisser la monnaie chuter. Chuter jusqu’à
ce qu’elle n’ait plus aucune valeur et ceci aurait porté atteinte non
seulement à l’économie monétaire et financière, donc aux
banques, aux systèmes financiers et à la confiance de la population, mais
également à l’économie réelle. Donc cela aurait
été anéantissant pour ces pays de laisser tomber leur monnaie au plus bas
et de manière inconsidérée.
L’autre solution, c’était d’appuyer sur les taux
d’intérêt de manière spectaculaire pour bien montrer la
détermination des gouvernements et des banques centrales à préserver en
partie la valeur de la monnaie, et à assurer que le système tiendrait.
Donc nous étions dans une situation où il fallait donner la
crédibilité nécessaire au système. Et c’est un peu le
mélange des deux qui a été fait. Que ce soit en Corée, en
Thaïlande ou même aux Philippines, il y a eu effectivement une
dépréciation de la monnaie qui a été très forte, mais en
même temps, les taux d’intérêt ont été relevés
dans un temps assez court pour essayer d’arrêter l’hémorragie.
Nous considérons que cette politique a eu des conséquences utiles et très
positives dans chacun de ces pays. Aujourd’hui le taux de dépréciation du
Won coréen depuis la crise, (juin 1997) est de moins de 30 %, donc moins que la
dévaluation du franc CFA en janvier 1994. C’est la même chose aux
Philippines où le taux de dépréciation est de 32 % et ainsi de suite.
La Thaïlande également est à peu près 30 %. Il n’y a
que l’Indonésie où nous sommes encore à un taux de
dépréciation situé entre 65 e t 70 %. Les taux
d’intérêt surtout sont revenus à des niveaux inférieurs
d’avant la crise.
Par conséquent, la croissance ne sera pas gênée et la leçon à
retenir de cette crise, c’est qu’il faut s’atteler sur les secteurs sensibles et
sociaux. De faire en sorte que le fonctionnement budgétaire puisse transférer un
certain nombre de ressources vers le secteur social. Et ceci a été fait comme vous
verrez dans la plupart de ces programmes. Les déficits ont été en
élargissement pour permettre aux gouvernements d’entreprendre des financements
sociaux, pour atténuer les effets de la crise.
Pour me résumer, je dirais que j’ai vu ces critiques et qu’elles
m’attristent personnellement, parce qu’en réalité c’est une
tempête dans un verre d’eau alors que la coopération sur la totalité,
sinon la majorité des pays est excellente, et que ce soit entre le Président
Wolfensohn et Michel Camdessus et nous tous au niveau de la Direction
générale, la coopération avec nos collègues de la Banque
mondiale est très bonne.
Bien entendu la Banque mondiale et le Fonds monétaire, comme le Fonds
monétaire et votre pays ou un autre pays ne peuvent pas être d’accord sur
tout. Il est tout à fait normal qu’il y ait des divergences de temps en temps. Mais
ces divergences doivent être réglées dans un cadre et dans une
procédure adaptés. Et je pense que les uns et les autres s’efforceront
à ce qu’il en soit ainsi pour l’avenir.
Question
Je suis Mamadou Alfa Barry, journaliste au "Journal du soir" à
Ouagadougou, au Burkina Faso.
Je voudrais revenir sur la première question de mon confrère du Mali. M. le
Directeur général adjoint, vous avez montré les limites techniques
à accorder beaucoup plus d’argent aux pays africains qui sont certainement ceux
qui sont le plus dans le besoin par rapport aux autres,
Est-ce qu’effectivement, s’il y a un besoin de sortir le continent de la
pauvreté, il ne faut pas allouer beaucoup plus de fonds, d’autant plus que les
réformes engagées dans certains États montrent souvent quelques limites
à faire démarrer la croissance. Le Mali, le Burkina et d’autres sont souvent
cités comme des bons exemples mais, sur le plan économique, ces pays montrent
leurs limites à relancer leurs économies. Que faudrait-il faire Monsieur le
Directeur Général, surtout que les investisseurs ne se bousculent pas aux portes
de l’Afrique....
La deuxième question, est dans la logique de cette première. Est-ce que les
pays dont on dit qu’ils constituent des exemples d’application des réformes
économiques ne doivent pas bénéficier de quelque bonus,
c’est-à-dire d’allocations spécifiques de ressources pour leur
permettre d’évoluer un peu plus rapidement au lieu de mettre tout le monde sous
les mêmes critères d’allocations? .
Pour votre première question, est-ce qu’il ne faudrait pas allouer plus de
ressources pour la réduction de la pauvreté? Je dirais oui. Mais je ferais deux
observations. La première, c’est de voir comment est-ce que par le passé,
les ressources disponibles ont été utilisées. Il faut peut-être
également que nous puissions faire nous-mêmes une autocritique en tant
qu’Africains. Comment est-ce qu’après 40 ans
d’indépendance et des possibilités de financement, nous avons encore des
taux d’alphabétisation aussi bas, des taux de pauvreté aussi
élevés et j’ai cité tout à l’heure la Corée
à titre d’exemple qui, en 1930, avait la même taille économique que
le Ghana ou la Côte d’Ivoire et qui, aujourd’hui, a des exportations de 130
à 150 milliards de dollars par an alors que les deux pays que je viens de citer ont
à peine, ensemble, 10 milliards de dollars d’exportation.
C’est-à-dire qu’il y a un problème de fond par rapport aux
politiques économiques qui ont été appliquées sur notre
continent. Je crois qu’il faut surtout en tirer des leçons. Il faut faire en sorte que le
maximum de ressources puissent être attribuées aux secteurs sociaux, et
notamment à l’éducation. Ceci se dit dans beaucoup de discours et
peut-être qu’à force de le dire, ça se banalise. Mais, cela a
été l’atout principal du miracle asiatique. En Asie en effet,
l’investissement dans l’éducation a été quelque chose de
spectaculaire. Donc nous devons en Afrique en tenir compte et faire en sorte que nos ressources
propres puissent aller vers le secteur social et notamment l’éducation et la
santé.
La deuxième observation concerne le niveau des ressources. Et là vous avez
raison, parce qu’il y a à peine 7 ou 8 ans, les ressources publiques étaient
largement supérieures aux ressources privées. Les capitaux publics
représentaient 80 % des ressources totales et aujourd’hui nous avons
l’inverse, les capitaux privés représentent 80 % des ressources
totales disponibles et, quelquefois même 90 %.
Il y a donc un réel problème de disproportion, de baisse et, en tout état de
cause, de maintien d’un niveau statique des ressources publiques. Les pays africains
doivent en tirer des conséquences. C’est-à-dire que les pays
industrialisés considèrent qu’ils ont fait des efforts sur une longue
période et que ces efforts doivent être insérés dans leur propre
politique macroéconomique et dans leur propre capacité à
générer des ressources et à maintenir une certaine
générosité. Cette générosité a des limites et le
montant de l’aide publique au développement semble à peu près
stationnaire. Là encore, nous devons tirer les leçons qui s’imposent.
Supposons que pour le cas du Burkina, le prix du coton augmente de manière
spectaculaire ou qu’en Côte d’Ivoire les prix du café et du cacao
soient en très forte hausse. Ou encore qu’au Gabon les prix du pétrole
connaissent un accroissement remarquable. Ces pays pourraient disposer ainsi de ressources
additionnelles importantes. Ils doivent alors consacrer ce bonus à financer des projets
sociaux. Je crois que c’est la leçon que nous devons tirer désormais de la
mise en oeuvre de notre stratégie de développement. Il faut par
conséquent faire en sorte que ces secteurs bénéficient du maximum de
ressources quand il y en a beaucoup, mais même quand il y en a peu, il faut que les
réductions de dépenses soient sur d’autres chapitres et non pas dans les
secteurs sociaux. Je crois que les dépenses sociales doivent être un peu comme
quelque chose de sacré dans tout budget africain pour éviter
d’accroître la pauvreté.
Alors est-ce qu’il ne faut pas avoir un système de bonus pour les pays
performants? En réalité ceci existe avec la situation de ce mécanisme
d’allégement de la dette pour les pays pauvres très endettés. Vous
avez cité le cas du Mali et du Burkina. Ces deux pays bénéficient de
l’Initiative sur la dette. Peut-être que ceci n’est pas automatique, n’est
pas immédiat, mais dans deux ans ce sera chose faite pour l’un comme pour
l’autre pays, et je trouve que ceci est une excellente chose. C’est donc une forme de
bonus pour la bonne gestion économique dans ces pays.
Évidemment, il y a d’autres pays qui font des efforts, où la gestion
économique est bonne et où malheureusement, en raison du niveau faible de la
dette ou bien des rééchelonnements obtenus par le passé, il n’y a
pas d’allégement de la dette. C’est le cas du Bénin, c’est le
cas du Sénégal, et quand nous rencontrons les autorités de ces pays, ils
disent ne pas comprendre que d’autres pays de la sous-région, la Côte
d’Ivoire, peut-être le Cameroun et d’autres, puissent avoir accès
à ce mécanisme et pas eux.
Mais toute chose doit être faite en fonction des critères et des objectifs reconnus
par tous avant l’application d’un système. D’abord parce que la part
du service de la dette dans le budget est plus faible pour un certain nombre de pays, mais aussi
parce que les ressources sont limitées. Et les ressources étant limitées, il
faut aller vers les pays qui ont le plus besoin de ce bonus dont vous parlez.
Question
Je m’appelle Abdoulaye Sangaré du Quotidien Indépendant "Le
Jour" à Abidjan, Côte d’Ivoire.
M. le Directeur général adjoint, permettez-moi de revenir sur la crise
asiatique. Vous avez dit tantôt que les pays victimes de cette crise ont refusé
d’appliquer les consignes de prévention préconisées par le Fonds
monétaire international. Néanmoins vous avez joué le rôle des
pompiers en injectant des dizaines de milliards de dollars dans les économies de ces
pays-là dans ce qui est apparu comme une véritable opération de
sauvetage. Par rapport à la nouvelle architecture du système financier
international qui doit être mise en place, est-ce que le Fonds monétaire
international et les autres institutions de financement internationales pensent se donner les
moyens de contraindre à l’avenir les pays récalcitrants par rapport aux
mesures de prévention qui sont préconisées par vos services. Vous avez
parlé de la réforme des méthodes de surveillance. Est-ce-que cette
réforme va vous amener à dépasser votre principe qui consiste à
vous en tenir à la régulation macroéconomique et aller plus en
profondeur quand on sait que la crise d’Asie du Sud-Est a été beaucoup
plus causée par un laxisme de la gestion du système financier, je dirais
même une connivence entre les affaires et les banques ? C’est connu
aujourd’hui, il y avait un système de corruption pernicieux camouflé.
Aujourd’hui est-ce-que ce genre de comportement va être
sévèrement réprimandé?
La seconde question qui est un peu liée à celle-ci porte sur les concepts qui
sont véhiculés aujourd’hui par les bailleurs de fonds multilatéraux
et bilatéraux; il s’agit de la transparence et de la bonne gouvernance.
Aujourd’hui quel contenu concret le Fonds monétaire international donne t-il
à ces deux concepts? Est-ce que, au-delà de ce contenu technique, on peut oser
dire que la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires publiques induisent
des expressions politiques.
Je vous remercie M. Sangaré. Pour la crise asiatique, effectivement vous avez bien
indiqué les causes de cette crise et, bien sûr on dit que les mêmes causes
produisent les mêmes effets; il faut donc s’atteler à trouver des
remèdes à ces causes.
En réalité quand nous nous sommes aperçus de ces difficultés
dans un certain nombre de pays asiatiques, nous aurions pu tirer sur la sonnette d’alarme
et tout simplement dire à la communauté internationale, écoutez, tel pays
a une situation dangereuse de notre point de vue et il est important que vous le sachiez. Quelle
aurait été la conséquence? Je pense qu’ à priori, elle aurait
été pire, parce que toutes les banques, tous les investisseurs seraient sortis
pratiquement en même temps et ces pays se seraient totalement effondrés. Donc il
y a un problème de sensibilité et un problème
d’opportunité. Quand un pays ne se soumet pas à un certain nombre de
disciplines, intérieures comme extérieures, que faut-il faire? Est-ce qu’il
faut dénoncer ce pays ou pas ?
C’est un débat que nous avons eu nous-mêmes ici au sein du Fonds
monétaire international au niveau du Conseil de savoir la manière la plus apte
à aider ces pays et à aider le système lui-même. Alors, c’est
ce qui conduit à tous ces éléments de transparence dont j’ai
parlé au début. Car, en réalité, il ne faut pas seulement limiter
cette situation aux pays asiatiques. La crise mexicaine il y a quelques années, les gens
l’oublient, a été une crise à peu près du même
genre.
Si ces pays mettaient à la disposition du public, sur Internet ou par d’autres
moyens, des statistiques appropriées sur leur situation économique et leur
situation financière, le niveau des réserves, les taux
d’intérêt, le déficit budgétaire ou le niveau des recettes, des
dépenses, etc. peut-être que les investisseurs et le secteur privé comme les
particuliers, auraient une meilleure connaissance de la situation économique de ces pays
et on éviterait le genre d’engouement qui a conduit à s’engouffrer,
je dirais, dans des situations qui n’étaient pas tout à fait saines.
Voilà la conclusion que nous en tirons. Maintenant, quelle modalité de
pénalité, si je peux m’exprimer ainsi, trouver, pour corriger les
récalcitrants? Ceci doit être aux mains des instances du Fonds monétaire
international, mais la transparence déjà conduira à une meilleure
connaissance de la situation économique de ces pays. Au-delà, le Conseil
d’administration pourra de temps en temps s’exprimer de manière publique
sur la situation de tel ou tel pays. Mais ce sont des débats en cours, le Conseil
n’étant pas unanime sur la nécessité de donner toutes les
informations par rapport aux délibérations du Fonds monétaire
international.
Comme vous le savez, le Congrès américain, par exemple, l’a
demandé à l’occasion de la contribution des États-Unis à
l’augmentation des quotes-parts. Mais d’autres pays, notamment les pays en voie de
développement, considèrent qu’ un certain nombre d’informations
peuvent être sensibles et ne doivent pas être mises sur la place publique du fait
qu’elles peuvent elles-mêmes déclencher des situations de crise. Mais nous
avons bon espoir qu’en réalité avec toutes les dispositions qui seront prises
en matière de statistiques, en matière de transparence, en matière de
diffusion de données, en matière donc de réforme du système
financier et du système bancaire, nous aurons une situation beaucoup plus saine qui
éviterait ce genre de crise à l’avenir.
La deuxième chose, la transparence et la bonne gouvernance. Ce sont des notions qui ont
été surtout introduites dans nos opérations depuis
l’été 1996 où, après un certain nombre
d’études, le Fonds monétaire, comme la Banque mondiale et
d’autres structures, s’est rendu compte qu’il n’y a pas meilleur
élément pour soutenir une bonne croissance économique qu’une
bonne allocation des ressources et une meilleure utilisation des ressources. C’est un
problème de productivité du capital. Or la bonne gouvernance conduit à
une allocation optimale des ressources permettant d’aller vers des investissements
importants dans les secteurs sociaux. Dans ses opérations et dans ses conseils, le Fonds
monétaire préconise la libéralisation qui seule permet de traiter tous les
citoyens et toutes les entreprises de façon équitable, tandis qu’un
système de quotas ou un système de restrictions met les opérateurs
économiques et surtout les entreprises à la merci d’un certain nombre de
personnes. La libéralisation est donc un facteur de transparence et de bonne gouvernance
et toute la politique de libéralisation préconisée, que ce soit dans le
domaine budgétaire ou dans le domaine sectoriel, permet d’obtenir de bons
résultats en matière de gouvernance.
Alors que faut-il faire ? Le Fonds monétaire peut-il aller au-delà de ce
qu’il fait déjà ? Disons que la gouvernance politique, ce n’est pas
notre mandat. Je sais que les Statuts de la Banque européenne d’investissement et
de la Banque Africaine de Développement par exemple ont explicitement retenu que
l’aspect politique doit être pris en compte dans l’octroi des crédits de
ces institutions, mais ce n’est ni le cas du Fonds monétaire, ni le cas de la Banque
mondiale. Nous ne sommes pas chargés de la gouvernance politique.
Mais nous regardons de très près la gouvernance économique, et
d’ailleurs les deux choses sont liées. Quand il y a mauvaise gouvernance ou mal
gouvernance économique, en général, c’est parce qu’il y a
mal gouvernance politique. Et par conséquent, en réglant l’un des
problèmes on arrive à entamer en partie l’autre. Mais chaque institution
doit rester dans son mandat et il est impératif que, dans les négociations avec les
pays, notre mandat soit clarifié et ceci a toujours été le cas.
Je dois signaler que ces questions de gouvernance ne doivent pas être vues comme
étant le lot des programmes africains. Je peux vous dire que nous avons suspendu des
programmes ailleurs, en Asie, dans certains pays de l’ex-Union soviétique, en
Amérique latine, parce que les conditions d’application de ces programmes dans le
contexte des réformes de la libéralisation et de la mise en place des politiques
transparentes en matière de gestion budgétaire ou autres n’étaient
pas satisfaisantes.
Question
Mon nom est Roger Bétala, je travaille à la Cameroon Radio and Television.
Ma question concerne le Cameroun justement où le Fonds monétaire
international appuie un programme d’ajustement structurel, la Facilité
d’ajustement structurel renforcée. C’est la deuxième année
de ce programme, et la crise asiatique a eu des conséquences sur
l’économie camerounaise en ce sens qu’elle a perturbé le niveau
d’exportation particulièrement du bois et du coton. Est-ce que le Fonds
monétaire international dans l’examen de ses critères de
réalisation, comme les recettes budgétaires non pétrolières va
tenir compte de la crise asiatique dans cette évaluation-là, et je peux amplifier
cette question au niveau des autres pays africains qui ont connu les mêmes perturbations
du fait de la crise asiatique.
C’est une question importante. Parce qu’effectivement, quand je voyage en
Afrique, mes interlocuteurs relèvent que depuis la crise asiatique, d’importants
fonds ont été débloqués dans cette région du monde pour
aider les pays à sortir de la crise. Or cette crise n’a pas épargné les
pays africains et ce que vous relevez est tout à fait juste. Ces interlocuteurs en arrivent
à demander ce qui est fait pour l’Afrique dans ce cadre-là.
Dans votre cas, que fait-on pour le Cameroun ? Le Département Afrique a entrepris
depuis de nombreux mois une analyse systématique des effets de la crise sur les pays
africains, et pour chaque programme avec un pays africain, c’est un chapitre que la
mission examine de manière attentive pour voir quelles sont les implications de la crise
asiatique sur ce pays? Évidemment si les effets sont importants, le Fonds
monétaire doit apporter sa contribution, le pays aussi, comme les pays asiatiques le font,
et si les effets sont négligeables, bien entendu, on essaie de s’assurer que les effets
néfastes ne vont pas faire boule de neige.
Dans le cas du Cameroun, le pays est frappé à double titre, pour les exportations
de pétrole comme de bois, vous l’avez signalé. Ce sont des effets qui ont
un impact budgétaire et qui peuvent aussi avoir un impact sur la balance des paiements.
Une mission vient de rentrer du Cameroun et j’attends son rapport pour voir quelles seront
ses recommandations.
Ce qu’il faut noter pour la plupart des pays africains, c’est tout de même le
paradoxe que, certainement, la crise asiatique a un impact négatif d’abord, je
dirais, sur l’investissement privé parce qu’il y a une certaine
hésitation par rapport à certains marchés émergents et donc aux
marchés des pays en développement en Afrique. Les investisseurs ont un
phénomène de repli. Ayant été dans ces pays où les
bourses ont chuté, ou les taux de change ont chuté, il y a un repli naturel sur les
grandes monnaies, sur les grandes places boursières car tout le monde se dit qu’on
ne sait pas très bien comment tout cela va évoluer.
L’investissement privé tarde donc à venir en Afrique, comme vous
l’avez signalé. Mais il y a aussi l’impact sur un certain nombre de produits
tels que le coton. Les pays asiatiques sont gros consommateurs, gros importateurs de coton et
pour un certain nombre de pays effectivement, il y a un fléchissement des prix et ceci
peut créer des difficultés.
Ces deux phénomènes conjugués peuvent causer des difficultés
aux pays africains. Mais en dehors de cela, il y a un autre aspect de la crise asiatique qui est
néfaste pour le monde, et pour les pays concernés, c’est le
problème du pétrole. Le pétrole il y a un an était entre 22 et 24
dollars le baril. Si ma mémoire est bonne le baril aujourd’hui il est à
moins de 10 dollars. Donc, pour les pays producteurs c’est une grave difficulté,
pour certains, je dirais même, c’est une catastrophe, mais pour les pays africains qui
sont pour la plupart importateurs de pétrole, ceci n’est pas une trop mauvaise
nouvelle.
Ceci corrige un tout petit peu la situation des pays africains. C’est d’ailleurs pour
cela que lorsqu’on regarde nos projections de l’économie mondiale, nous
voyons qu’en 1998, les pays africains demeurent avec le taux de croissance le plus
élevé parmi toutes les autres régions du monde bien que ce taux de
croissance soit en diminution de 1½ point au lieu de 5 %, nous sommes à
peu près à 3½. Mais malheureusement ce chiffre est encore largement en
deçà de ce qui est nécessaire.
Pour me résumer, le Cameroun subira donc certainement des effets de la crise asiatique
sur son budget, et sur sa balance des paiements, ceci portera essentiellement sur le bois et sur le
pétrole, et nous allons en évaluer les conséquences pour pouvoir y faire
face éventuellement.
Question
Je m’appelle Bocar Niang, je suis journaliste à Sud Quotidien, un quotidien
sénégalais.
Monsieur le Directeur général, je voudrais savoir, s’il vous arrive, au
niveau du Fonds monétaire international, d’avoir de mauvaises surprises à
propos de la transparence des statistiques, que vous livrent les directions nationales? Je pense que
cela pose les problèmes de la transparence d’une manière
générale des statistiques que vous utilisez sur le taux de croissance et les taux
d’inflation. Qu’est-ce-que vous faites pour régler ce
problème?
Par ailleurs, l’idée d’une fusion entre la Banque mondiale et le FMI est
de plus en plus posée par certains observateurs qui pensent qu’il y a
nécessité aujourd’hui de mettre en place une sorte de supergouvernement
qui s’occuperait un petit peu des missions dévolues à chacune de ces deux
institutions de Bretton Woods. M. le Directeur général adjoint, qu’est- ce
que vous pensez de cette idée de fusionner le FMI et la Banque mondiale ?
Je dois dire que pour la première interrogation, je me posais moi-même la question
de savoir s’il nous est arrivé d’avoir des cas de données qui ne
soient pas conformes à la réalité dans nos relations avec les pays ?
À priori je n’en ai pas connaissance. Parce que les missions qui vont dans les pays
africains comme dans d’autres pays, y compris les pays comme la Russie, le Brésil
collectent les données mises à leur disposition par les gouvernements. Nous
travaillons donc avec les statistiques qui nous sont données par les gouvernements. Bien
entendu, nous avons de très grands statisticiens dans cette institution qui vérifient
la cohérence de ces chiffres qui peuvent, j’imagine, interroger les autorités
de manière approfondie pour s’assurer de la conformité de telles ou telles
statistiques.
Et quand il s’agit des statistiques budgétaires ou monétaires, il y a tout de
même des structures, normalement pour les vérifier et pour les auditer. Ayant
été moi-même dans le système de l’UMEOA, je dois dire
que les statistiques des banques commerciales sont contrôlées par la banque
centrale. Il y a tout de même des audits de leur maison mère et de la commission
bancaire pour s’assurer que ces chiffres sont conformes au bilan des banques et
également à la comptabilité bancaire acceptée dans les pays en
question. Quand il s’agit de statistiques budgétaires, normalement, ces chiffres
sont, dans la plupart des cas, approuvés par les parlements. Il y a donc des organes de
régulation pour contrôler la plupart des chiffres. Les statistiques où je
verrais peut-être des difficultés sont les statistiques liées à
l’économie, les statistiques de PIB, d’exportation, d’importation,
mais là également, les choses sont vérifiables. Même si elles ne
sont pas totalement précises, du fait que les appareils statistiques dans nos pays
demandent encore à être affinés, je crois qu’elles traduisent les
grandes tendances et à priori je dirais qu’il est difficile de tricher avec les chiffres.
Peut-être que j’ai tort, mais ce sera ma conclusion essentielle sur ce premier
point.
Alors si nous avions connaissance de statistiques falsifiées, si les statistiques en question
relèvent par exemple des critères de performance, les règles du Fonds
nous demanderaient immédiatement d’avoir à exiger de ces pays de
rembourser les décaissements déjà effectués dans un certain
délai. Donc, la punition est très grave et je crois que les pays et les
gouvernements le savent. Il m’étonnerait que malgré cette
pénalité et cette épée de Damoclès que les uns et les
autres puissent songer à tricher avec les statistiques qui sont communiquées au
Fonds monétaire ou à la Banque mondiale ou à d’autres
institutions.
Votre deuxième question, la fusion Banque mondiale-Fonds monétaire
international. La Banque mondiale a, je crois, un peu plus de 9.000 agents, le Fonds
monétaire a un peu moins de 3.000 agents. Ici au Fonds monétaire, dans mes
responsabilités, j’ai en charge en plus d’un certain nombre de pays, la
surveillance des départements chargés du personnel et du budget. Je peux vous
dire que je n’aimerais pas avoir ce personnel multiplié par 3.
Ceci étant bien entendu, vous avez aujourd’hui dans les banques commerciales des
fusions de très grande envergure, où le nombre d’employés va
jusqu’à 400.000, où le capital représente plusieurs fois le PIB du
continent africain et ainsi de suite. Ce qui différencie, je dirais, ces institutions
internationales du secteur privé stricto sensu, c’est le fait qu’il est
difficile de tout mettre dans le même moule. Autrement on dirait pourquoi ne pas tout
simplement mettre dans le même sac tout ce qui a trait à l’économie
ou au social? D’ailleurs ce genre de réflexion ne doit pas seulement
s’arrêter au Fonds monétaire ou la Banque mondiale mais,
l’Organisation mondiale du commerce, l’UNESCO, l’Organisation
mondiale du travail et ainsi de suite.
Le FMI et la Banque Mondiale fonctionnent depuis un demi-siècle et à mon
sens, les deux institutions ont fait correctement leur travail. Vous avez cité tout à
l’heure quelques divergences. Mais les divergences en soit ne sont pas une mauvaise
chose. Il ne faut tout de même pas qu’il y ait un monologue sortant de ces
institutions. Il ne faut pas faire la langue de bois. Je pense qu’il faut tout simplement une
meilleure coordination et cette coordination est en place. Elle évolue très bien
à mon sens, mais chacun a son avis et peut-être que certains estiment qu’il y
aurait une plus grande efficacité s’il y avait fusion des deux institutions. Ce
n’est pas mon avis personnel.
Question
Abdoulaye Sangaré.
Il s’est passé justement un cas lié à cette polémique
sur les statistiques en Côte d’Ivoire il y a quelques mois. Quand une mission de la
Banque mondiale à propos des recettes d’exportation du cacao a publié
des chiffres qui étaient contraires à ceux publiés par la direction de la
caisse de stabilisation. Il a fallu plusieurs séances, plusieurs confrontations, pour
rapprocher les statistiques. Et les premières statistiques données par
l’administration publique, l’administration de la caisse de stabilisation ont
été plus ou moins infirmées par la suite. Alors dans ce cas précis,
qu’est-ce qui se passe?
Vous vous doutez bien que je suis de près l’évolution en Côte
d’Ivoire, mais malheureusement pas à ce point. Je n’ai pas eu connaissance
de cette divergence de statistiques. Ce n’est pas que je ne veuille pas répondre
à cette question, mais je n’ai pas connaissance des divergences de statistiques
entre les différents services de l’État ivoirien. Je me souviens par contre
d’un cas de fraude sur des exportations de café-cacao, par rapport à la
qualité des produits exportés, qui ont donné lieu à des
décotes et à des possibilités de fraude de recettes douanières.
Mais je n’ai pas connaissance de falsification de statistiques en Côte d’Ivoire.
Mais comme je l’ai dit, si nous avons la preuve que les statistiques qui nous sont
communiquées et qui font l’objet de critères de performance ne
correspondent pas à la réalité, il y aurait des pénalités
très lourdes, j’insiste là-dessus. Ce n’est pas le nombre
d’écoles ou le nombre de dispensaires à faire qui intéresse dans ce
cas-ci. Nos critères portent essentiellement sur les statistiques monétaires, sur la
balance des paiements, sur les réserves etc. Mais si nous avions juridiquement des
éléments précis de déclaration de fausses statistiques par rapport
à des éléments contenus dans le programme, il y aurait une obligation de
rembourser les décaissements faits au titre de ce programme. Je n’ai pas
souvenance que nous ayons eu l’application d’une telle mesure ces derniers temps.
Question
Je m’appelle Thérèse Isseki de l’Agence Bénin
Presse du Bénin.
Avec l’allègement des effectifs dans les fonctions publiques
suggéré par les différents programmes d’ajustement structurel, on
remarque que de plus en plus, les secteurs prioritaires de l’État, à savoir la
santé et l’éducation, se vident cruellement de leur personnel. Cet
état de chose ne précipitera t-il pas à la longue, les États
concernés dans le gouffre?
La deuxième question, les programmes d’ajustement structurel
relèvent d’une thérapeutique suggérée aux États
par la Banque mondiale et le FMI. Mais on remarque sur le terrain une plus grande
activité de la Banque mondiale en ce qui concerne ces programmes, alors, Monsieur le
Directeur général adjoint, pourquoi l’institution que vous dirigez se
veut-elle plus discrète en ce qui concerne ces programmes?.
Pour reprendre votre deuxième question, pourquoi nous nous voulons discrets? Je pense
que d’abord si vous remarquez dans la plupart des pays, le Fonds monétaire a au
mieux un représentant, donc une personne, et les bureaux de la Banque mondiale ont
plusieurs personnes. Donc je crois que, dans la nature des choses, la Banque mondiale, comme je
l’ai dit, disposant d’un effectif plus important sur le terrain est peut-être plus
visible. C’est ce que je peux faire remarquer.
J’ai indiqué tout à l’heure que la Banque mondiale avait le triple
des effectifs du Fonds monétaire international ici et sur le terrain à Cotonou, je
ne sais pas combien d’agents de la Banque mondiale vous avez, mais je suis sûr
qu’il y a en plus que 2 ou 3. Et à Abidjan je sais qu’il y a un bureau
régional de la Banque Mondiale qui a des dizaines d’employés.
En deuxième lieu, il s’agit de la nature des interventions de chacune des
institutions. Le Fonds monétaire traite surtout des questions macroéconomiques
mais également s’intéresse aux questions structurelles. Mais quand il
s’agit d’aller dans le suivi des mesures structurelles, nous rentrons dans le domaine
de la Banque mondiale. Par exemple la réforme de la fonction publique, c’est la
Banque mondiale qui la fait. Nous avons les aspects généraux sur la masse
salariale et les effectifs. Mais dans le détail de la réforme elle-même,
c’est la Banque Mondiale l’interlocuteur. C’est donc elle qui sera sur le
terrain pour ces questions-là.
Il en va de même des questions de privatisation. Ceci peut expliquer pourquoi vous avez le
sentiment que la Banque mondiale soit plus présente que le Fonds monétaire
international, mais ceci ne veut pas dire que nous nous désintéressons des pays,
bien au contraire ! Et d’ailleurs la Banque mondiale et nous travaillons
étroitement, comme je l’ai déjà indiqué, et nous recevons
de manière régulière des agents de la Banque mondiale les rapports qui
sont faits sur la situation des pays.
Le problème des effectifs de la fonction publique est un dossier difficile. Nous avons
tous conscience du fait que dans nos pays nous avons tout de même dans beaucoup de
secteurs, plus de fonctionnaires qu’il n’en faut. Je crois que ceux d’entre
vous qui sont mes compatriotes, et qui ont vu comment nous avions géré les
choses en Côte d’Ivoire, vous vous souvenez que nous avions entrepris un
programme de réduction systématique des effectifs de la fonction publique. Mais
assurément, il s’agit de décisions à prendre par rapport à
des normes qui sauvegardent la croissance et surtout, je dirais, le tissu réel de
l’évolution économique.
J’ai beaucoup insisté sur le social tout à l’heure. Je suis allé
jusqu’à dire que l’éducation et la santé doivent être
considérées comme des secteurs sacrés; par conséquent, il est
important que dans ces réductions d’effectifs, on ne touche pas à
l’éducation et à la santé. C’est important d’avoir des
instituteurs, des professeurs, des infirmiers, des docteurs, etc. Ça me paraît
tellement évident comme condition à remplir pour réduire la
pauvreté dans nos pays. Pour moi, le problème est simple : il faut réduire
tout ce qui n’est pas productif et vous vous souviendrez que quand j’ai
été nommé Premier Ministre, j’ai réduit le nombre de
ministres de 40 à 20 tout de même en Côte d’Ivoire. Donc
c’est possible de le faire! Et dans beaucoup de pays, les membres du gouvernement ne
sont pas au-delà de 20 à 25. Donc il faut qu’on y arrive de plus en plus,
qu’en réalité les structures soient faites pour gérer et non pas pour
représenter. Pour représenter on a des ambassadeurs, vous savez. Donc à
l’intérieur des pays, il s’agit de travailler, il s’agit de gérer.
Et donc le social doit être préservé. La santé doit être
préservée, et les infrastructures doivent être améliorées.
Question
Sarah Tanou du quotidien burkinabé "Sidwaya".
Monsieur le Directeur général adjoint, votre présence en
Afrique peut se résumer à peu près à une dizaine
d’années dans certains pays, est-ce qu’on peut connaître
l’auto-évaluation que vous pouvez faire de cette présence en Afrique.
Êtes-vous satisfait? Et quelle critique vous pouvez formuler à nos pays?
Mais vous savez, ça c’est une question difficile. Je pense que ma modeste
contribution est une goutte d’eau dans la mer. Mais je réfléchis beaucoup
à nos problèmes africains aussi bien au plan international, comme vous
l’avez dit, par mes fonctions au Fonds monétaire international, qu’au plan
régional avec la banque centrale et au plan national, pour dire que certainement nous
devons faire beaucoup mieux que nous n’avons fait ces 40 dernières
années, depuis l’indépendance.
Les statistiques sont là qui montrent que les progrès ne sont pas à la
mesure des attentes des uns et des autres. Je suis sûr que vous-mêmes et moi, ainsi
que d’autres Africains dans votre salle comme dans celle-ci, devons essayer de tirer
leçon de ce qui se fait et de ce qui s’est fait ailleurs. Depuis
l’indépendance, nous avons déjà malheureusement entamé
la troisième génération des jeunes Africains et il faut que cette nouvelle
génération mette à profit les 20 années à venir pour que
l’Afrique sorte véritablement de la pauvreté. Ceci demande un certain
nombre de sacrifices.
Bien sûr l’environnement économique international n’a pas toujours
été favorable, mais nous n’avons pas toujours tiré le meilleur profit
des moments favorables et tout ça doit être mis ensemble pour que l’avenir
soit meilleur pour nos populations. Mais le premier objectif que nous devons avoir, c’est
d’investir dans l’éducation et la santé. Je me répète,
mais j’insiste là-dessus.
Question
Ismaïla Dieng, "Le Journal de l’Economie", Dakar,
Sénégal.
J’avais deux questions, la première c’est que beaucoup
d’économistes africains aujourd’hui pensent que le rattachement du franc
CFA à l’Euro avec une parité fixe est un non-sens économique.
Dans la mesure où les pays africains se privent ainsi d’un instrument de politique
économique certain, je voulais savoir votre position sur cette question.
Et la deuxième, c’est que la crise asiatique est liée au
dysfonctionnement des systèmes financiers. Peut-on savoir votre appréciation sur
la qualité du système financier en Afrique de l’Ouest au sein de
l’UMEOA, d’autant plus que dans un pays comme la Côte d’Ivoire, on
n ous annonce qu’ il y a énormément de créances compromises
dans la filière café-cacao.
Vous savez, j’ai terminé hier soir la lecture du livre de Pierre Mesmer : Les
blancs s’en vont. Il y a dans ce livre un chapitre sur l’Euro et le rattachement du
franc CFA à l’Euro. Ce ne sont donc pas seulement les Africains qui
s’interrogent sur la nécessité d’un rattachement ou d’une
autre formule de gestion du franc CFA avec la mise en place de l’Euro.
Ce qui est à noter, c’est qu’à travers le monde, il y a toute sorte de
systèmes. Il y a des systèmes où les monnaies sont fixes par rapport
à une seule monnaie (beaucoup de monnaies asiatiques étaient dans ce cas); des
systèmes où la parité est fixée par rapport à un panier de
monnaies. On en a vu en Afrique anglophone. Par le passé en effet, des pays comme le
Kenya et la Tanzanie avaient un système où les monnaies étaient
fixées par rapport à deux grandes monnaies et beaucoup de pays en Europe de
l’Est avaient pris cette formule de se rattacher un peu à une moyenne
pondérée entre le mark et le dollar. Ensuite il ya des pays où les
monnaies flottent. Et même dans le flottement des monnaies, il y a plusieurs genres de
flottement. Il y a les flottements tout simples sans intervention. Dans ce cas en
réalité la monnaie trouve son cours en fonction de la demande et de l’offre.
Il y a aussi les cas où, au travers des banques commerciales, la banque centrale intervient
par rapport à une certaine ligne de conduite de l’évolution
monétaire. Où même ce qu’on appelle des corridors de temps en
temps, comme le cas de la Pologne et d’autres pays où les gens essaient
d’avoir une marge de fluctuation de part et d’autre de la parité.
C’est dire qu’en réalité, on peut choisir le système que
l’on veut dans l’intérêt de son pays et en fonction de ses
particularités ou de sa zone. La fixité de la parité, j’imagine, a bien
servi les pays de la zone de la franc au cours des quarante dernières années, et la
réalité est que nous entrons dans une nouvelle phase où la fixation sur
l’Euro est en réalité une diversification de ce lien.
Au lieu que le franc CFA soit fixé sur une seule monnaie, il le sera maintenant sur un
panier de onze monnaies. Alors, pour ceux qui voulaient une diversification des relations du
CFA par rapport au franc français, c’est une évolution positive. Puisque
l’on passe d’une monnaie à onze monnaies que représente
l’Euro. Alors maintenant est-ce que ces pays doivent rester en parité fixe par
rapport à un panier de monnaies ou pas? Là, c’est une question qui doit
être étudiée en réalité par rapport à la situation
économique de la zone. J’ai indiqué à l’ouverture de cette
conférence que cette zone avait des agrégats macroéconomiques qui
étaient satisfaisants, qu’elle avait une marge de compétitivité qui
était suffisante et qu’elle avait des réserves de change qui étaient
abondantes. Et par rapport à ces trois critères, bien entendu, je considère
qu’il n’y a pas à avoir une fixité par rapport à
l’Euro.
La valeur d’une monnaie dépend de la qualité des politiques
économiques. La dévaluation de janvier 1994 a sanctionné une certaine
mauvaise politique économique des années antérieures. Alors, pour
éviter une nouvelle dévaluation, il faut que les politiques économiques
soient équilibrées, soient appropriées, non pas seulement sur un an, deux
ans ou trois, quatre ans, mais sur le long terme.
Par conséquent, j’imagine qu’il appartient à vous les journalistes et
à chaque citoyen de s’assurer que les gouvernements continueront d’avoir
de bonnes politiques économiques et de dénoncer les mauvaises politiques
économiques pour qu’elles ne nous amènent pas une nouvelle
dévaluation. Ce n’est donc pas le système de change flottant ou fixe qui
est important, mais c’est la qualité des politiques économiques. Faire en
sorte que l’inflation demeure basse, surtout que les taux de croissance soient
élevés dans nos pays est essentiel et que tout ceci demande un certain nombre de
politiques nécessaires à la sécurité des biens des personnes,
à l’attraction des investissements privés. Iil y a un menu de politiques
économiques, comme je le disais précédemment, qui a marché
ailleurs, et qui peut marcher en Afrique. Mais nous ne pouvons pas dire nous continuons de faire
des choses qui n’ont pas marché depuis 40 ans, et nous rejetons ce qui a
marché par ailleurs, et nous sommes surpris que ça ne marche pas. Ce n’est
pas un discours cohérent.
Il faut que nous soyons tout à fait cohérents et que nous nous rappelions que ce
qui est important, c’est la qualité des politiques économiques; ceux qui
disent que le rattachement est un non-sens économique, je dirais ne sont pas des
économistes. Parce que les économistes seraient beaucoup plus nuancés
dans leur jugement. Ils diraient, dans telle circonstance, telle chose convient. Mais il ne faut pas
être attaché à une monnaie et avoir des politiques économiques qui
sont contraires.
C’est ce qui s’est passé en Asie. La Corée, la Thaïlande,
l’Indonésie et autres, avaient des parités fixes par rapport au dollar. Le
dollar s’appréciait, ils avaient des déficits en compte courant importants et
les politiques économiques ne corrigeaient pas ces déficits. D’où
la brutalité de la crise. Donc je pourrais continuer sur ce point mais, de grâce, que
l’on regarde d’abord la qualité des politiques économiques.
Et c’est poiur cela que votre deuxième question est aussi importante, la
qualité du système financier et du système bancaire. Effectivement, si le
système financier est en mauvais état, c’est comme si vous aviez une
coquille vide. Que constitue le portefeuille d’une banque? Ce sont tout de même les
créances sur les entreprises, et sur les particuliers. Et dans les pays africains, nous savons
que les particuliers sont surtout des dépositaires dans les banques. Ils ont leur salaire, ils
ont leurs petites économies dans les banques, mais malheureusement, ils n’ont
pratiquement jamais de crédits des banques. Donc les individus, les particuliers ne sont
jamais un danger pour les banques en Afrique.
Le problème, c’est l’État qui a la capacité de
s’endetter auprès de la banque centrale et des banques ou les entreprises et
notamment les grosses entreprises. Il faut donc les surveiller. Il faut s’assurer que ces deux
grands acteurs du système bancaire et du système financier ne viennent pas
spolier le système bancaire. Et votre question est pertinente. Il faut faire en sorte
qu’il y ait une surveillance continue de l’État, et les programmes avec le
Fonds monétaire et la Banque mondiale et autres permettent d’avoir tout de
même une lecture assez rapprochée de la situation financière de tel ou tel
État. Et deuxièmement, pour la situation des entreprises, la banque centrale et les
banques commerciales doivent veiller à ce que les crédits à telle ou telle
entreprise soient faits dans des conditions qui soient totalement compatibles avec les
règles prudentielles normales et surtout avec la sévérité
nécessaire pour éviter de financer des entreprises qui ont des bilans
déséquilibrés ou qui n’ont pas de contrepartie dans leurs
opérations.
Question
M. Ousmane Tanou Diallo, Radio Nationale sénégalaise.
Monsieur le Directeur général, vous dites que l’éducation et
la santé doivent être soutenues aujourd’hui par les institutions
internationales. Or, il se trouve que dans nos pays ce sont des secteurs qui ont connu des
problèmes justement à cause des conditionnalités de la Banque mondiale
et du FMI. Il s’y ajoute que certains observateurs pensent que ces institutions ont une part
importante dans l’acuité de la pauvreté aujourd’hui dans nos pays.
Est-ce que vous partagez cette opinion?
Par ailleurs, quelle place occupe l’industrialisation et l’agriculture dans les
stratégies de développement que vous développez aujourd’hui en
relation avec les réformes que vous envisagez?
La détermination des dépenses publiques et des budgets des États
relève de la souveraineté nationale. Quand il s’agit de faire des
réductions, les domaines de réduction relèvent également des
États, et je suis bien placé pour le savoir. Donc ceci n’est pas vrai. Nous
devons tout simplement corriger les erreurs du passé, éviter de faire des
dépenses non productives et mettre l’accent, mettre le cap sur
l’éducation et la santé. Et je crois que les gouvernements qui le feront
n’auront aucune difficulté avec le Fonds monétaire et la Banque mondiale
et auront plutôt l’appui de la communauté internationale pour
développer ces secteurs et y mettre beaucoup plus d’argent.
L’industrialisation et l’agriculture, ce sont des stratégies de
développement, mais je pense que la chose la plus importante c’est que
l’économie soit véritablement compétitive.
Deuxièmement, qu’elle attire des investissements privés et qu’elle
laisse à ces investisseurs privés le soin de trouver les secteurs où ils
estiment que la rentabilité est la plus forte et, par conséquent, la contribution
à l’économie est la meilleure.
Question
Je suis Alphonse Ateba Noah , je travaille dans un journal privé camerounais qui,
s’appelle "Mutations".
Les multiples conditionnalités imposées par le FMI à certains pays
sous ajustement structurel ont amené les dirigeants de ces pays à prendre un
certain nombre de mesures drastiques, qui donnent l’impression aujourd’hui aux
populations de ne pas être pas protégées par ces politiques.
C’est-à-dire que l’ajustement tel qu’il est mené semble
s’inscrire en faux contre les objectifs déclarés par le FMI. Je pense au
souci de lutter contre la pauvreté. Pour illustrer mon propos je vais prendre quelques
exemples dans mon pays, le Cameroun. La restructuration bancaire a mis beaucoup de gens en
chômage et a compromis de manière presque définitive certains
dépôts des clients dans les banques. Le revenu des agents de l’État a
été de l’ordre de plus de 50 % pour ne citer que ces exemples. Dans
la plupart des cas, les populations semblent laissées pour compte.
Alors je voudrais savoir s’il s’agit-là d’une conséquence
des politiques prescrites par le FMI ou si c’est une dérive au niveau de
l’application par les dirigeants chargés de mener ces politiques. En tout
état de cause, est-ce que l’ajustement structurel tel qu’il est mené
aujourd’hui dans la plupart des pays (africains notamment) n’arrange pas seulement
les mécanismes de globalisation mis en route par les puissances occidentales au
détriment des populations.
Je crois que j’aimerais bien vous rencontrer à l’occasion de ma prochaine
visite au Cameroun pour que nous puissions avoir un débat plus approfondi parce que
c’est précisément le rôle de cette émission. C’est de
pouvoir vous dire ce que le Fonds monétaire essaie de faire. Quelle est sa
responsabilité et quels sont ses instruments.
Mais le Fonds monétaire ne peut pas tout faire et ne veut pas être responsable de
tout. Je crois que c’est important à noter. Nous devons essayer de
développer encore plus ce message pour dire que, quand un pays demande le concours du
Fonds monétaire international, malheureusement dans la plupart des cas, c’est
dans une situation de crise, que ce soit en Afrique, en Asie, en Russie et ailleurs.
Deuxièmement, dans cette situation de crise, il y a des choses qui ne marchent pas,
qu’il faut régler.
Si un système, si une banque est au bord de la faillite, vous ne pouvez pas continuer de
faire fonctionner la banque sachant bien que ça ne fait qu’alourdir le passif pour la
communauté nationale. Une banque qui est en faillite, c’est vous en tant que
contribuables qui allez payer la restructuration de cette banque. Donc le plus tôt on
s’en débarrasse, le mieux c’est, même si 200 ou 300 personnes
devaient aller au chômage. Peut-être qu’ils trouveront des emplois ailleurs,
mais ceci est mieux pour la communauté nationale que de maintenir en survie une
banque qui est quasiment au bord de la faillite.
S’agissant du rabattement des salaires, si un gouvernement ne prend pas les mesures
qu’il faut et préfère s’orienter ailleurs, c’est sa
décision. Alors à écouter Monsieur, j’ai le sentiment que ce que
vous souhaitez, c’est que le Fonds monétaire devienne le gouvernement des
États. Mais ce n’est pas son rôle.
Le Fonds monétaire ne peut pas être responsable du budget, de dire combien il faut
que chaque secteur ait dans son budget, combien de fonctionnaires doivent le mettre en oeuvre,
surveiller la mise en oeuvre, comme certains d’entre vous l’ont dit, pour que les
statistiques soient correctes, s’assurer qu’au bout du compte, si on dit qu’on
va construire 1.000 classes, que l’on constate qu’il y en ait 1.000 et ainsi de suite.
À vous écoutez les uns et les autres, on a le sentiment qu’il y a une
méfiance terrible à l’égard des gouvernements et des institutions
en place. Et ce fait m’inquiète. Parce que la réalité d’un
programme doit être sa conception par les autorités du pays, son application
relève des autorités du pays, et le Fonds monétaire ne peut avoir
qu’un rôle de surveillance et de conseil.
Question
Marie Sala, Télévision nationale sénégalaise.
Je voulais juste savoir si en tant qu’Africain, Directeur adjoint du FMI, il vous est
arrivé de peser de quelque poids sur les politiques de votre institution avec les pays
africains? Et aussi est-ce qu’en tant Africain il vous est arrivé de donner des
conseils formels ou informels à des pays africains, comme vous connaissez bien les
rouages de votre institution pour leur permettre d’entrer dans les grâces du FMI et
de bien s’en sortir?
Je vous remercie Madame. Je peux vous dire c’est ce que j’ai fait au quotidien. Je
suis en contact avec la plupart des chefs d’État, téléphoniquement,
et chaque fois que je peux, je leur rends visite, surtout en Afrique. J’ai recentré
mes activités depuis deux ans sur l’Afrique parce que j’estimais que
c’est là où ma contribution pouvait être la plus importante. Bien
sûr j’ai d’autres pays sous ma responsabilité en Asie, en
Amérique latine, en Europe et ailleurs, mais mon intérêt pour le Continent
est croissant.
Question
Je m’appelle Baye Dame Wade, je suis journaliste au Journal Nouvel Horizon,
Sénégal.
Ma question est relative au marché régional financier africain qui est de la
sous-région et qui est entré en vigueur depuis presque trois mois. Quelle est
l’appréciation du Fonds et de son Directeur général adjoint?
Je pense que trois mois c’est très peu de temps pour pouvoir apporter un
jugement, mais le principe est que les pays africains doivent s’intégrer, doivent
s’unir parce que tout de même nous sommes des pays à dimension
limitée. Et des économies d’échelle peuvent être
trouvées dans toutes les unions que nous ferions. Que ce soit dans le domaine
économique, dans le domaine financier, comme vous venez de le mentionner avec la
bourse régionale, comme d’ailleurs dans le domaine politique.
Il faudrait donc que de plus en plus, cette intégration devienne quelque chose
d’essentiel dans toute politique économique nationale. Je suis confiant que la
bourse régionale avec tous les mécanismes qui sont mis en place, toute la
surveillance nécessaire et l’ouverture des marchés, et surtout la mise en
place de l’Euro qui va donc élargir les interlocuteurs de la zone, contribueront
à faire de cela un succès et je travaille personnellement avec mes amis et mes
collègues du Département Afrique sur ce dossier; nous sommes certains que sous
le contrôle de la banque centrale, les choses devront connaître un bon
succès.
Madame Fouda, je vous remercie et je voudrais remercier nos soeurs et nos frères
journalistes qui ont bien voulu passer deux heures de temps avec nous ce matin. Et certains
d’entre vous avaient accepté de vous déplacer de vos pays respectifs pour
être à Dakar pour cet échange de vues. Je dois dire que j’ai
trouvé notre débat particulièrement intéressant.
Et surtout je voudrais vous encourager à poursuivre ce débat parce que notre
rôle est d’expliquer plus en détail ce que nous essayons de faire dans cette
institution, quelle peut être notre contribution et les limites aussi de notre action. Parce que
nous ne pouvons pas tout faire, mais le Fonds monétaire mettra en oeuvre les moyens de
communication moderne pour faire ce travail de communication et de sensibilisation.
Vous savez déjà qu’une mine d’informations est disponible sur
l’Internet, à l’adresse que je vais répéter
http://www.imf.org; donc vous pouvez trouver ces informations sur l’Internet. Et vous
trouverez plusieurs analyses ainsi que des réponses aux questions auxquelles je
n’ai pas pu répondre comme je l’aurais souhaité pour ne pas trop
prendre de votre temps.
Je voudrais tout simplement faire quelques remarques en guise de conclusion et dire que depuis
le début des années 90, de nombreux pays d’Afrique ont engagé
des politiques macroéconomiques et des réformes structurelles judicieuses. En
dépit des avancées qui ont été réalisées, comme
vous l’avez signalé et j’étais d’accord avec vous sur le fond,
la pauvreté reste endémique, l’investissement privé est peu
élevé et la plupart des pays sont fortement tributaires de l’aide
extérieure dont le niveau nous interpelle. De surcroît les
déséquilibres macroéconomiques demeurent importants et la plupart des
pays restent encore trop à la merci des aléas de la conjoncture extérieure.
Il existe aujourd’hui un très large consensus sur la nécessité
d’intensifier les efforts en cours pour accélérer la croissance en
encourageant l’investissement et l’initiative privée, et ceci passe par une
grande ouverture des marchés et des échanges commerciaux, en mettant en place
un environnement économique plus sûr et plus prévisible.
Ces réformes que nous appelons ici selon le terme de Michel Camdessus, les
réformes de la deuxième génération, doivent être
ambitieuses, mais elles doivent être aussi réalistes, et elles incluent une bonne
gestion des affaires publiques, la bonne gouvernance, comme l’ont signalé certains
d’entre vous, un cadre juridique transparent, prévisible et impartial, le respect du
droit de propriété, un système bancaire sain, une politique
budgétaire adéquate et une fonction publique efficiente. Il faut ajouter à
cela, le processus de privatisation des entreprises publiques que nous n’avons pas,
malheureusement, évoqué assez à mon sens et enfin, une
intégration régionale plus poussée et plus efficace.
Toutes ces réformes devraient être épaulées par une politique
macroéconomique adéquate qui tient compte des effets sur les plus
démunis. Ceci dit, je voudrais vous donner un avis personnel, un avis personnel sur ce
que je crois aujourd’hui être notre dilemme à la fin du IIe
millénaire et à l’aube du IIIe millénaire.
Parce qu’en réalité l’Afrique se trouve à la croisée
des chemins. Elle doit se décider très vite. Et nous n’avons pas le droit
à l’erreur. Ceci est important.
Est-ce que nous souhaitons prendre résolument en main notre propre destin? Ou
l’Afrique laissera-t-elle son devenir se décider au gré des
événements, des conflits ethniques ou des intérêts de
quelques-uns? Si tel est le cas, l’histoire se répétera avec son
cortège de souffrances et laissera notre vieux continent à la merci de toutes les
corruptions. L’Afrique sera marginalisée et elle sera tout simplement
laissée pour compte dans un monde en pleine marche dans cette mondialisation dont
vous avez fait état. Mais je suis un optimiste, et je crois que rien n’empêche
l’Afrique d’opter pour une autre voie.Rien n’empêche que nous
disions non à la marginalisation et que nous puissions devenir membres à part
entière de ce village planétaire que forme les cinq continents à
l’heure de l’Internet. L’Afrique peut décider de s’unir avec ce
monde en marche pour offrir à sa jeunesse les moyens de bâtir un avenir plein
d’espoir.
Pour cela, l’Afrique doit faire en sorte que chaque Africaine et chaque Africain participe
pleinement au développement de son pays. L’Afrique doit instaurer la
transparence dans la gestion publique et donner à tous la possibilité de partager le
destin commun. C’est sur ces bases que l’Afrique bâtira un environnement
stable et prévisible.
J’ai été frappé de voir à l’occasion des
dernières émissions le nombre de conflits qui existent sur notre continent. Il faut
le dire, la lutte contre les conflits ethniques et la pauvreté ne peut trouver de solution
permanente que dans un État de droit. Il faut un système fondé sur la
primauté du droit pour que tous les citoyens soient égaux devant la loi et
c’est là le fondement de la paix et de la stabilité à long terme.
L’initiative d’investissement et l’épargne ne peuvent
s’épanouir que dans le cadre sécurisant d’un État de droit.
Et il est nécessaire d’établir un nouveau partenariat pour appuyer une
croissance et un développement durables en Afrique.
Le soutien de la communauté internationale et donc du Fonds monétaire
international doit être ciblé sur les pays africains qui démontrent une
réelle volonté de progrès et qui sont prêts à mettre en
oeuvre de vastes réformes économiques et politiques. C’est
d’ailleurs le message que j’ai retenu de certaines de vos interventions.
Il est dans l’intérêt de la communauté internationale de voir les
démocraties et les économies de marché s’épanouir sur
notre continent. Je voudrais terminer en vous disant que nous faisons un travail qui nous
paraît utile dans cette institution et que ce n’est pas un travail facile. Nous savons
pouvoir compter sur vous pour que les explications soient données de manière
franche et honnête.
Je pense que l’Afrique a besoin d’être informée et que la
démocratisation et c’est également l’accès à
l’information juste.
Je vous remercie.