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Transcription de la vidéoconférence de
Michel Camdessus
Directeur Général du FMI
Avec des journalistes d'Afrique francophone
(Bénin, Cameroun, Sénégal)
Washington, 7 janvier 2000
Pendant les deux heures qui suivent, nous allons discuter avec vous des questions qui vous tiennent à cœur.

Mon nom est Lucie Mboto Fouda, je suis chargée des relations avec la région Afrique au Fonds monétaire international, et il ne me semble pas devoir sacrifier à l'obligation de présenter le Directeur général du FMI qui vous est un personnage familier. Au cours des 13 dernières années, M. Michel Camdessus a sillonné de part en part l'Afrique, le Continent noir qu'il connaît bien. Il connaît la plupart de nos dirigeants et a certainement eu à travailler déjà avec un certain nombre d'entre vous. Le Directeur général est donc en Afrique, en pays de connaissance.

Monsieur le Directeur général, comme disent nos amis américains, vous avez le plancher.

M. Camdessus :
Écoutez, merci d'être là, je suis très très content d'avoir cette occasion d'échanger avec vous d'autant que, j'espère que ça ne sera pas la seule pendant ce mois de janvier.

Comme vous l'avez certainement appris, nous envisageons grâce à une très heureuse initiative du Président Bongo, de réunir à Libreville, les chefs d'État et les responsables financiers des pays d'Afrique subsaharienne pour faire le point et, partager avec eux la très grande espérance que nous avons en ce moment, pour l'Afrique, compte tenu des décisions qui ont été prises récemment dans le prolongement du Sommet de Cologne pour la réduction de la dette des pays les plus pauvres. Mais compte tenu aussi des progrès qui ont été faits par tous vos pays au cours des dix dernières années et en particulier des cinq dernières, de l'expérience acquise par vous et par nous et, de la confiance que nous avons ici au Fonds monétaire, que toutes ces grandes promesses, tous ces grands engagements qui ont été pris pendant les dix dernières années pour réduire la pauvreté, la malnutrition, pour réduire la mortalité maternelle et infantile, préserver l'environnement, améliorer l'éducation, assurer l'égalité des petits garçons et des petites filles face à l'enseignement—que tout ceci nous semble possible—maintenant que non seulement vos pays entrevoient les stratégies qu'ils devraient mettre en œuvre pour les réaliser mais aussi que nous nous sommes assurés des instruments financiers pour soutenir ces politiques.

Nous avons donc ici, nous partageons avec nos amis de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale une très grande espérance et, nous ne voulons pas perdre une seule minute pour mettre ça en place. Les instruments viennent d'être adoptés, beaucoup de ces grands engagements, en particulier sur celui de réduire l'extrême pauvreté de moitié, sont pour 2015; 2015 c'est très bientôt! Et donc, nous ne voulons pas perdre de temps. Par-dessus le marché en matière de réduction de la dette, vous savez peut-être que 32 pays d'Afrique subsaharienne sont potentiellement éligibles à cette facilité de réduction de la dette. Il y a même une sorte d'accord tacite pour faire en sorte—pourvu que les pays jouent le jeu—de rendre éligible les trois-quarts de ces pays à cette facilité d'ici la fin de l'an 2000; il faut donc démarrer, il faut se jeter à l'eau. Il y a peut-être des hésitations, tout cela impliquera des efforts, tout ça va impliquer des discussions, tout ça va impliquer l'adaptation de programmes, mais de notre côté, nous ne voudrions pas perdre de temps.

Et c'est la raison pour laquelle nous nous rendons avec enthousiasme à cette conférence. Nous avons confiance et je pense qu'une conversation comme celle que nous allons avoir maintenant vous et moi, va peut-être lancer les réflexions préparatoires, préparer l'opinion publique, nous donner une perception plus claire de ce que l'opinion publique dans vos pays perçoit et, ceci est particulièrement important parce que, une des caractéristiques de ces nouveaux instruments que nous avons en place, de ces stratégies de réduction de la pauvreté en particulier, c'est qu'elles devront être adoptées avec une participation intense, précise, sérieuse, documentée à tous les niveaux de la société civile. Au stade de l'élaboration, et ensuite au stade la mise en œuvre. Et donc, il est extrêmement important que des journalistes bien informés comme vous-mêmes, nous donnent leur première réaction, nous posent leurs questions et nous aident à avancer dans ce qui peut être, je crois, un grand et important nouveau départ.

Mme. Fouda:
Monsieur le Directeur général, je vous remercie.
Avec votre permission nous allons partir du côté de Cotonou, au Bénin, où nous allons commencer cet exercice, c'est un exercice auquel nous sommes habitués, nous allons donc demander avec votre permission, aux journalistes qui voudront bien poser les questions au Directeur général, d'avoir l'obligeance de se présenter, donner leur nom, adresse ainsi que le journal pour lequel il travaille. Puis-je également vous demander si nous voulons profiter d'un maximum de temps, de bien vouloir poser des questions brèves, concises et succinctes. Je vous remercie infiniment.

Cotonou vous avez la parole.

Question
Bonjour Monsieur le Directeur général,
Mon nom est Innocent Adjaho, Directeur de publication du journal La Nation, qui est le quotidien gouvernemental; je voudrais savoir quelle est la nouvelle forme que prend la facilité pour la réduction de la pauvreté. Merci.

M. Camdessus:
Et bien, je vais essayer de vous répondre brièvement, bien qu'il faudrait en parler pendant des heures. L'Afrique est le continent de la pauvreté.

L'Afrique est le continent qui pour l'instant s'est le moins intégré dans ce grand courant d'unification économique du monde. C'est le continent qui a le moins bénéficié de ce que des marchés financiers unifiés peuvent apporter à chacun des pays du monde en termes d'épargne disponible et, l'Afrique est un endroit où nous savons que si rien n'est fait, le nombre de pauvres risque d'augmenter dans des proportions dramatiques. Non seulement du fait de la croissance démographique qui n'est pas en soi une mauvaise chose mais, du fait de risques de détérioration de termes de l'échange, d'insuffisante diversification de la production, du fait de pratiques de gouvernance souvent mauvaises.

Il faut donc de nouvelles stratégies. Nous ne partons pas de zéro. Je me souviens très très bien puisque nous sommes à Cotonou, d'être venu vous voir peu de temps après la dévaluation du franc CFA. À ce moment là, le scepticisme le plus épais, le plus intense régnait, personne ne croyait que cette opération financière tellement complexe pourrait se traduire par une amélioration décisive de vos termes de croissance et inverser le processus d'appauvrissement décennal dans lequel les pays d'Afrique de l'Ouest se trouvaient. Il y avait beaucoup de scepticisme, il y avait une sorte de cynisme même à l'égard de ce problème.

L'expérience est là. Nous voyons que les pays d'Afrique ont interrompu leur marche apparemment irrésistible vers la pauvreté mais, ont inversé la tendance, au lieu de s'appauvrir par tête d'habitant, ils ont recommencé—trop lentement—à s'enrichir. Il s'agit de faire plus et mieux. Parce qu'il s'agit de nos frères mais, il s'agit aussi de tenir des engagements que nous avons tous pris ensemble. À Copenhague, la communauté internationale, pays pauvres et pays riches d'une même voix, se sont engagés à réduire l'extrême pauvreté de 50 % au cours des quinze années qui viennent.

Une série d'autres engagements ont été pris, réduire la malnutrition de moitié. Rendre universelle l'éducation primaire, assurer avant 2005 l'égalité des petits garçons et des petites filles pour l'enseignement primaire et secondaire, je passe. Cette série d'engagements, est toujours sur mon cœur dans ce petit carton gris qui est là et que vous allez voir souvent à Libreville, croyez-moi.

Il s'agit de tenir ces engagements. Ça implique des engagements financiers, de la part des pays riches, il faut qu'ils tiennent parole. On a trop oublié l'Afrique. Laissez-moi le dire, parlant en tant qu'ami de l'Afrique : on a trop oublié que ces engagements étaient aussi ceux de vos pays. Et qu'ils engageaient vos gouvernements à regarder leur budget d'une autre manière, non pas en essayant de satisfaire les demandes des forces armées, des amis du pouvoir, que sais-je pour des investissements plus ou moins productifs mais, en ce concentrant sur l'investissement humain.

La définition de stratégies de réduction de la pauvreté c'est ça. C'est regarder ensemble à tous les niveaux mais, avec une participation intense de toutes les forces vives de la société et vous avez déjà commencé à le faire dans plusieurs de vos pays avec la participation des organisations non gouvernementales, des syndicats, des églises, de tous ceux qui ont quelque chose à dire, voire comment faire en sorte que ces beaux engagements se transforment immédiatement et dès les prochains budgets, dès les prochains programmes, en une stratégie effective, bien articulée et crédible et susceptible d'être suivie année après année pour réduire la pauvreté.

En deux mots, c'est ça que nous avons en tête, nous ne voulons pas le faire et vous ne l'accepteriez pas d'une manière qui soit, disons, préétablie, prédigérée en quelque sorte ici à Washington. Il s'agit, sur la base de vos expériences, mais de celles aussi que nous avons acquises dans tellement de pays du monde de voir comment faire pour aller au moindre coût vers cet objectif. Et c'est de cela que nous voulons parler avec les dirigeants de vos pays à Libreville pour ne pas perdre de temps. Parce que si nous voulons mettre en place immédiatement les programmes de réduction de la dette, il faudra qu'ils s'appuient, qu'ils se basent et qu'ils soient la mise en œuvre des programmes, des stratégies de réduction de la pauvreté. Une des idées essentielles de Cologne, c'est que l'argent que vous économiserez en ne payant pas cette partie de la dette que vous devez, soit alloué à des dépenses de réduction de la pauvreté et de développement humain : santé, éducation, infrastructures rurales mais, pour que ce soit, ça puisse être fait, il faut que la stratégie soit en place. Il faut qu'il y ait un réceptacle pour mettre cet argent, et c'est la raison pour laquelle nous pensons important que très vite, on se mette autour de la table avec l'ensemble de ceux qui ont quelque chose à dire pour définir ces stratégies.

Mme. Fouda:
Cotonou une autre question s'il vous plaît?

Question
Oui, Didier Labey de l'agence «Opportunités», représentant «Succès International» en Afrique côtière. Je voudrais savoir s'il suffit d'obtenir la croissance économique pour s'attendre à une réduction de la pauvreté? Car souvent on parle de croissance économique alors que rien de change dans le quotidien des populations. Les chiffres ne reflétant pas la réalité. Subsidiairement quels sont les autres paramètres?

Deuxième question. La réduction de la pauvreté étant un processus à long terme. Sous quelle échéance ces programmes visent-ils la réduction de la pauvreté? Merci,

M. Camdessus:
Est-ce que la croissance économique est suffisante pour obtenir la réduction de la pauvreté? Non!

C'est une condition nécessaire mais, pas suffisante. Il est bien évident que c'est une condition nécessaire si on n'agrandit pas le gâteau, les parts de chacun dans le gâteau ne pourront pas s'accroître. Et on sait très bien que les gouvernements ne sont pas très très bons à accroître la part des pauvres quand l'ensemble du gâteau ne s'accroît pas. Donc, il faut de la croissance mais, il faut plus que de la croissance. Il faut que cette croissance d'abord soit suffisamment forte, or aujourd'hui la croissance en Afrique n'est pas assez forte pour atteindre l'objectif de réduction de moitié de l'extrême pauvreté, la croissance étant entre 4½ et 5 % pour vos pays. C'est beaucoup mieux qu'autrefois. Mais, il faudrait aller vers 7 et 8 %. Et ceci est réalisable.
Mais ce n'est réalisable que si on poursuit intensément et si on accélère plusieurs efforts.

L'effort d'ajustement structurel pour se débarrasser de tout ce qui bloque la croissance. De toutes les interventions de l'État qui conduisent à des impasses ou à des pertes d'efficacité. Il faut aussi s'assurer que l'effort de l'État s'applique là où il aura le plus grand effet de levier sur le développement humain et sur la réduction de la pauvreté. Il faut donc faire beaucoup d'arbitrages dans la bonne direction. Et faire en sorte que là où il y a le plus grand potentiel de croissance et de gains de productivité, c'est-à-dire chez l'être humain, que ce soit là que se concentrent les investissements additionnels. D'où l'importance de l'éducation égale pour les garçons et pour les filles. D'où l'importance de la santé, d'où l'importance de faire en sorte que toutes les parties enclavées de vos agricultures soient mieux reliées au marché etc.

Donc il faut de la croissance mais, la croissance en elle-même n'est pas suffisante, il faut qu'elle soit dessinée de telle manière que réellement elle aille, qu'elle serve à bénéficier au développement humain, qu'elle aille réellement à la réduction de la pauvreté

Alors vous allez me dire, bon! Il y a un écart formidable entre les chiffres qui s'améliorent et la réalité qui apparemment ne change pas. Alors ça c'est quelque chose dont nous avons une certaine expérience à travers le monde. Il est vrai qu'avant que le changement ne soit perceptible, il faut pas mal de temps parce qu'une grande partie du changement passe par exemple par un effort massif d'éducation. Supposons que vous scolarisez beaucoup d'enfants, que vous fassiez une révolution dans la scolarisation des enfants. Au cours des 3, 4 ou 5 premières années, rien ne sera perceptible. Et pourtant, le capital productif, la force de développement, la force de la capacité à réduire la pauvreté aura changé d'une manière décisive. Il faut donc tenir compte de ça. Mais en même temps, il faut se dire que ce qui n'est pas perceptible dans le très court terme, ce qui n'est pas visible dans la rue, dans le très court terme, au bout de 5, 10 ans, la révolution se fait. Et, vous avez voyagé à travers le monde, vous savez très très bien que ceux qui visitaient Maurice, par exemple, en janvier 1980 et ceux qui s'y promènent maintenant voient un spectacle tout à fait différent. Et vous avez la même chose dans beaucoup d'autres pays du monde y compris en Afrique.

Donc, ne nous laissons pas leurrer par le fait que les choses changent lentement, ce qu'il faut c'est mettre les dynamiques de croissance en route.

Voilà l'essentiel. Il y avait probablement d'autres éléments dans votre question que je n'ai pas perçu mais je vous livre ça pour commencer.

Question
Gouthon de la Gazette du Golfe.

Redéfinir aujourd'hui un nouveau programme, n'est-ce-pas là un constat d'échec du PAS et par-delà l'échec du FMI? Et en même temps l'expression d'une remise en cause, ça c'est d'un, de deux, du point de vue des mesures. Quelle est la différence entre le nouveau programme de réduction de la pauvreté et le PAS? Et spécifiquement la mesure consistant à alléger la masse salariale des gouvernements dans le PAS. Est-ce qu'elle est intégrée dans le nouveau programme de réduction de la pauvreté? Merci.

M. Camdessus:
Décider de faire mieux ne signifie aucunement que l'on a échoué. Ça veut dire tout simplement que le succès peut amener plus de succès. Vous étiez peut-être là en 1996, je crois, lorsque j'étais venu discuter des perspectives du Bénin à ce moment-là. Vous vous souvenez du scepticisme qu'il y avait sur le PAS, sur la possibilité de faire que votre pays croisse de nouveau rapidement et sorte de cette trajectoire d'appauvrissement perpétuel. Ceci a été réalisé par les programmes d'ajustement structurel et les programmes FASR mais, dans la mise en œuvre de ces programmes, dans ce dialogue continu avec votre gouvernement et les autres gouvernements d'Afrique, nous avons appris des choses.

Nous avons vu, nous avons discerné d'autres pertes en ligne, d'autres éléments d'inefficacité.
Nous avons discerné d'autres possibilités pour vos pays pour conquérir des marchés, pour ouvrir d'autres marchés autour d'eux, et de cette manière, s'ouvrir d'autres perceptives de croissance. Et bien, dans cette dynamique de progrès nous cherchons simplement, non pas à confesser des pêchés du passé que nous n'avons pas commis mais, à profiter des occasions que vous vous êtes créées avec nous pour aller plus vite et plus loin.

Alors, quelle différence y-aura-t-il entre ces programmes et les précédents? Je ne peux pas préjuger. Nous venons de parler d'une stratégie de réduction de la pauvreté, décidée en commun avec vos pays. Nous n'allons pas nous substituer à vous. Il faut qu'il y ait une contribution de vos pays, il faut qu'entre vous, vous regardiez un petit peu ce qui cloche. Il y a beaucoup de choses qui clochent. Alors nous avons une petite idée, parce que nous parlons en permanence. Mais, vous en savez beaucoup plus que nous. Et vous savez beaucoup plus que nous, quels sont les domaines où il faut agir d'abord pour libérer les énergies. Et bien on va en discuter ensemble. Et on va voir comment rendre compatibles les ambitions que vous avez avec les moyens qui peuvent être dégagés. Nous sommes en train d'apporter des nouveaux moyens avec la réduction de la dette, avec les nouvelles facilités que nous avons créées et dont le titre et très évocateur. Elle s'appelle non plus une facilité d'ajustement structurel, et je n'ai rien contre l'ajustement structurel, bien au contraire, il va en falloir davantage. Mais, c'est une facilité qui s'appelle, facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance. Et une croissance basée sur le développement humain.

Alors voilà.

C'est vous qui allez nous dire ce qu'il faut mettre dans cette facilité. Nous allons vous aider à établir la cohérence financière de tout cela parce que c'est notre métier. Et la différence se fera.

Alors, qu'est-ce-que cela va entraîner puisque vous vous y intéressez en ce qui concerne la masse salariale de la fonction publique et la contribution du secteur public? Et bien, certainement, la fonction publique qui est, qui par vocation même se consacre au bien public va certainement vouloir apporter sa contribution. Et la contribution de la fonction publique c'est plus d'efficacité de la fonction publique. C'est plus de compétence, c'est plus d'efforts de sa part, c'est une meilleure gouvernance, quitte à ce que les mérites soient mieux rémunérés.

Il faut une fonction publique certainement rendue plus dynamique par le fait que les meilleurs voient leurs perspectives de carrière améliorées, et les autres, soit se contentent de ce qu'ils ont ou reconnaissent que peut-être, ils ont mieux à faire pour leur propre intérêt en dehors de la fonction publique.

Il va y avoir la fonction publique, comme les autres secteurs de l'économie, vont devoir—et je le dis dans 182 pays du monde rassurez-vous, ce n'est pas un problème du Bénin seulement—devoir se remettre en cause et apporter au nom du bien public sa contribution à cet énorme effort dont l'objectif est cette amélioration considérable du bien de tous et en particulier, de la condition des plus pauvres.

Mme. Fouda:
Pour Cotonou je vais prendre la dernière question de ce premier tour. Nous irons ensuite à Dakar.

Cotonou vous avez donc la parole pour votre dernière question.

Question
Ramanou Kouféridi, directeur général de Radio Afrique Espoir FM.

Monsieur le Directeur général, vous n'êtes pas sans savoir que l'Afrique à l'étape où nous sommes se trouve dans un processus démocratique et que la bonne gouvernance constitue un élément essentiel. Quelle place a la bonne gouvernance dans le nouveau programme que vous voulez adopter pour l'Afrique? Et deuxièmement dans un processus démocratique il y a une réalité aussi, c'est qu'il y a des divergences politiques alors, ne voyez-vous pas qu'il y a un risque pour trouver un consensus autour du document à élaborer?
Merci.

M. Camdessus:
Monsieur le directeur général ce sont des questions essentielles. L'économie ne se développe pas dans un vase clos, aseptique, étranger au monde politique. C'est au service et dans une société organisée que le progrès économique prend place ou stagne.

Et donc, le fait que la plupart des pays d'Afrique soient dans un processus de transition vers des formes plus avancées ou différentes de démocratie est à la fois une difficulté, mais aussi une grande chance. Je crois personnellement—et je parle au nom d'une expérience que j'ai acquise pendant 13 ans avec 182 pays dans le monde—je crois que la démocratie et le développement économique font bon ménage.

On vous dira que dans le court terme les dictatures peuvent être efficaces. Peut-être! Mais dans la continuité de l'histoire, le régime politique gagnant c'est une démocratie participative, une démocratie où les hommes et les femmes sont associés, quel que soit leur niveau de culture, quelle que soit leur fonction, sont associés à la définition de leur destin. C'est un régime où l'homme et la femme ont droit à la parole et peuvent expliquer comment réduire la pauvreté et pourquoi et quels sont les obstacles. Alors tout ça ne va pas sans heurts, tout ça ne va pas sans palabres, tout ça ne va pas sans difficultés. Mais, si les gouvernements ont le courage et la sagesse d'organiser ce débat, de prendre leur décision non pas dans le secret de leur cabinet mais, après une longue discussion, une longue écoute de leur peuple et, de ceux qui se sont organisés pour analyser et pour connaître les données réelles du problème de la pauvreté, alors, les programmes auront une chance de durer.

Nous avons fait cette expérience au cours des cinquante dernières années, de voir des programmes bien établis, bien définis, être lancés par des gouvernements, au nom de leur propre autorité, et sans consultation préalable de leur opinion publique. Ça marche, ça marche quelques temps, mais les chances de durer de ces programmes et donc leurs chances de produire des effets profonds, durables et s'auto-multipliant, n'existent que s'il y a suffisamment de participation démocratique pour que le peuple prenne en main ce programme, accepte, endosse ces stratégies et, leur donne donc toutes leurs chances dans la durée et donc, je me dis que les efforts auxquels j'assiste, que je vois et que nous encourageons, dans beaucoup de pays d'Afrique, pour aller vers une démocratie plus participative, pour remettre en cause de mauvaises méthodes de gouvernance, des pratiques de corruption dont on connaît le côté ravageur quelles ont, et bien, ces efforts sont des éléments essentiels de cette stratégie de réduction de la pauvreté que nous aimerions voir mettre en œuvre et à laquelle nous voulons participer et je vous dis en toute franchise que, la communauté internationale et donc nous-mêmes, ne s'engagera véritablement et avec toutes ses forces, en soutien de ces stratégies de réduction de la pauvreté, que si on voit vos gouvernements se livrer à un effort continu dans ce sens de l'amélioration de gouvernance, de la lutte contre la corruption.

On sait très très bien, que ça ne se fera pas du jour au lendemain et, qu'alors que vous serez en train de faire de très grand progrès, de temps en temps, on entendra de nouveau dire qu'il y a ici ou là des choses qu'on n'aimerait pas voir. Mais, il faut qu'une tendance très nette à l'amélioration des méthodes de gouvernement et de lutte contre la corruption se mette en place sinon, c'est prouvé que ça ne marchera pas.

Mme. Fouda:
Nous allons aller du côté de Dakar.

Question
Monsieur le Directeur général, dans le droit fil de la question à laquelle vous venez de répondre, je voudrais recueillir votre appréhension du problème ivoirien. En particulier parce que vous connaissez l'un des protagonistes, mais aussi parce que la junte vient de décider de suspendre le paiement de la dette.

M. Camdessus:
Je vais répondre tout de suite à cette question qui ne me semble pas au cœur de notre sujet mais, néanmoins que je veux avoir un débat tout à fait ouvert avec tous et, j'y réponds bien volontiers.

D'abord mon cher ami, je ne connais pas un des protagonistes. Je connais presque tous les protagonistes. Vous faites certainement allusion à M. Ouattara qui a été ici mon bras droit. Mais, vous pourriez aussi faire allusion à M. Bédié que j'ai aussi connu depuis très longtemps et avec qui j'ai toujours eu des relations cordiales, et combien d'autres.

Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est un drame. C'est un drame. Chaque fois qu'un changement s'opère à partir des casernes. Disons ça comme cela. C'est un drame.

C'est de quelque manière un échec de la démocratie. Et c'est une situation qui va conduire tout le monde à réfléchir et que personne ne peut interpréter à la légère. Je me garderais de quelques jugements de caractère politique que ce soit.

Je me ferais seulement l'interprète du monde entier. Et vous êtes des observateurs, vous lisez les agences de presse, vous voyez les commentaires qui sont arrivés de partout, quelles que soient les préférences des uns ou des autres, tout le monde souhaite, demande, conseille à la Côte d'Ivoire de remettre, le plus rapidement en place, un pouvoir élu. Qui ait la confiance de son peuple, après des élections démocratiques, transparentes et, si possible, contrôlées par la communauté internationale.

La Côte d'Ivoire est potentiellement en tout cas un des phares de l'Afrique. Vous tous, en Afrique de l'Ouest, vous avez les yeux rivés sur la Côte d'Ivoire. Parce que vous en connaissez le potentiel. Et la qualité des hommes, des ressources, des infrastructures et donc, il est d'intérêt international que la Côte d'Ivoire rapidement, retourne, reprenne le chemin des urnes et qu'un pouvoir démocratiquement élu conduise ce pays vers la croissance, vers la prospérité et surtout, vers la concorde.

Je pense que cela est indispensable. Nous savons que la situation des finances publiques est critique. Malgré toutes les recommandations que nous avons faites, on a laissé se développer là-bas des pratiques de mauvaise gestion, dont le pays découvre maintenant l'ampleur et les ravages.

Ceci est grave, ceci peut être corrigé rapidement compte tenu de ce que sont les ressources de la Côte d'Ivoire, j'ai grande confiance! Dans le fait que la remise en ordre peut s'opérer très très vite. La Côte d'Ivoire n'a pas parlé de dénoncer sa dette ou de je ne sais quelle méthode unilatérale. Elle dit qu'elle est dans une situation de trésorerie extrêmement difficile qui risque de l'amener pendant quelque temps à interrompre certains de ses paiements. Elle doit prendre contact aussi rapidement que possible avec ses créanciers pour mettre carte sur table, leur dire où elle se trouve, quels sont ses moyens, leur affirmer l'intention dont elle ne s'est jamais écartée dans l'histoire de maintenir des relations de confiance avec ses créanciers, de rétablir aussi rapidement que possible le flux des paiements sur cette base et avec une perceptive prompte de retour au libre fonctionnement des institutions démocratiques, je suis persuadé que la communauté internationale fera preuve de compréhension.

Question
Bonjour Monsieur le Président. J'ai constaté que les programmes d'ajustement structurel se poursuivent ne se ressemblent pas et pourtant en dépit de ça l'Afrique continue de crouler sur le fardeau de la dette. Alors, est-ce que c'est le Fonds monétaire international qui ne devrait donc pas sa formule «d'aide et de coopération» ou c'est les gouvernements africains qui devraient changer. Ou alors, vous avez parlé de potentiel humain. L'Afrique a énormément de potentialité humaine et pourtant en dépit de ça, elle n'arrive pas à s'en sortir. Et si la tendance continue, on peut croire qu'elle ne s'en sortira jamais. Qu'en pensez-vous?

M. Camdessus:
Écoutez, les programmes d'ajustement structurel se suivent, ne se ressemblent pas, le fait qu'ils ne ressemblent pas n'est pas un vice, c'est une vertu. Ça prouve que chacun d'entre eux cherche à s'adapter à une réalité locale différente. À un stade plus ou moins avancé de progrès économique. Ce qui est grave, c'est qu'en dépit de cette poursuite continue de l'effort d'ajustement structurel, continue, j'exagère un petit peu. Parce qu'il y a eu des discontinuités, n'est-ce-pas et, combien de fois a-t-il fallu remettre le travail sur le métier, comme vous le savez. Vous savez qu'il y a des dérapages et, que par conséquent, les programmes d'ajustement structurel n'ont pas pu produire tout leur potentiel.

Mais, néanmoins, malgré l'ajustement structurel, il est vrai que la dette est restée pour en tout cas 32 pays d'Afrique, une charge insurmontable et un obstacle insurmontable au développement. Et bien, elle l'est devenue d'autant plus que dans le cadre de cet ajustement structurel, bien souvent, l'endettement a continué à s'accroître au lieu de se réduire parce que les déficits du secteur public se sont accrus. Nous en sommes donc venus en liaison avec chacun de vos pays à dire que, il fallait réduire cette dette. Qu'on ne pouvait pas espérer croître suffisamment vite, suffisamment fort, s'il fallait simultanément rembourser autant de charge de la dette. Et c'est la raison pour laquelle Madame, vous avez raison de faire le lien entre les deux choses, nous avons avec nos collègues de la Banque mondiale, et c'est ici que notre couple fonctionne dans l'harmonie. Nous avons décidé d'aller dire aux grands pays créanciers, c'est terminé, il faut maintenant non seulement, rééchelonner la dette mais, il faut la réduire. Et nous sommes prêts, nous, institutions, à donner l'exemple et à être les premiers à mettre des billes sur la table.

Et nous au Fonds monétaire international—je suis fier de le dire—nous avons fait ce que personne d'autre n'a fait. Nous avons décidé de prendre nos bijoux de famille, l'or qui nous avait été donné en dotation quand on a été créé et de dire, une partie de cet or, nous allons la risquer, nous allons l'investir, pour générer des ressources qui nous permettent de réduire la dette.

Entre nous soit dit, je suggère à tous les grands pays où autres, qui se demandent comment faire pour aider, de faire la même chose. Pas trop vite parce qu'il ne faut pas encombrer le marché et puis, il faut le faire d'une manière intelligente mais, il faut que chacun fasse des choses auxquelles nous n'avons pas pensées jusqu'à présent.

Le Fonds monétaire l'a fait. La Banque mondiale de son côté fait la même chose, la Banque africaine fait la même chose, donc il y a un moment de chance, il y a un moment où les choses peuvent changer. Et le but de la conférence de Libreville est précisément d'ouvrir les yeux de vos dirigeants, de leur dire voilà, quelque chose est en train de se passer. On a ouvert une brèche dans le mur, le mur de la dette qui s'opposait à la croissance. Il faut s'engouffrer là dedans. Ça va faire du mal, ça va être difficile, ça va être un combat mais, allons-y, il y a une chance et, mais, évidemment, il n'y a pas que nous qui devrons changer. Il n'y a pas que nous qui devrons contribuer. Il faut aussi que les gouvernements contribuent.

Et alors la première des choses qu'ils doivent faire évidemment, c'est d'améliorer leur gouvernance. Nous en parlions il y a un instant avec votre collègue. Et c'est à cette condition là si on fait sauter tous les obstacles, toutes les rigidités qui, empêchent ces potentialités que Madame signalait de se développer, de fleurir, si on arrive à faire cela, grâce à notre soutien, grâce à l'ouverture des marchés, de la communauté internationale et grâce à votre propre effort, et bien l'Afrique s'en sortira.

Et les engagements que nous avons tous pris ensemble, de réduire de moitié l'extrême pauvreté, d'assurer l'égalité des petits garçons et des petites filles pour l'éducation primaire, assurer l'universalité de l'éducation primaire, de réduire de moitié la malnutrition, enfin tous ces engagements là pourront être tenus.

Mme. Fouda:
Dakar une autre question s'il vous plaît?

M. Camdessus:
C'est une très intéressante question.

Excusez-moi, il y a un peu de friture.

Il est vrai que nous avons, vous et nous, le trésor de vingt ans d'expérience. Nous avons vu ce qui marchait, ce qui ne marchait pas. Et surtout l'ajustement structurel a déjà franchi quelques étapes, ça dépend des pays. Mais, il y a une sorte de première génération de réformes qui a été réalisée, dans le sens d'un meilleur équilibre du budget, la réduction de l'inflation, l'ouverture au commerce international, les premières privatisations, ceci est un acquis important. C'est grâce à cela qu'en ce moment l'Afrique au lieu d'être en décroissance par tête d'habitant, a inversé la tendance et, commence à croître, non plus à 1 ou 2 % mais, à 4, 5, 6 % mais, il faut aller au-delà. Et comme vous le dites, il faut pour cela mettre en place quelque chose que vous pourriez appeler le post-ajustement structurel ou que nous avons tendance à appeler la seconde ou la troisième génération de réformes. Dans cette phase là, ce que nous avons dit il y a un moment au sujet de l'amélioration de la gouvernance est tout à fait essentiel.

La mise en place d'institutions publiques, qui assurent le règne du droit pour tous, qui créent pour les investisseurs nationaux ou étrangers d'un cadre dans lequel ils aient confiance où ils se sentent, j'emploie les mots de Mao Zé-dong, comme des poissons dans l'eau. Une réforme de la justice, qui fasse qu'en Afrique pour encourager les Africains à investir chez eux, à prendre des risques industriels productifs, le tout accompagné d'une amélioration aussi grande que possible des systèmes de protection sociale pour les adapter à la réalité réelle du pays. À chercher à voir où sont les véritables pauvres, pour les aider efficacement avec les moyens de vos pays, au lieu d'avoir un système d'application générale qui consiste à arroser tout le jardin parce qu'il y a une rose qui a besoin de plus d'eau que le lilas. C'est de cela qu'il s'agit dans ce post-ajustement structurel, pour prendre votre langage, ou dans cette seconde génération d'ajustement structurel, ceci sera central dans ces stratégies de réduction de la pauvreté. Mais, ce qui sera également central, c'est la participation, c'est le dialogue avec toutes les forces vives de la nation j'y reviens, vos syndicats, vos organisations non gouvernementales, les églises, les universités, tous ceux qui ont quelque chose à dire pour l'amélioration du développement humain dans vos pays.

Question
Monsieur Michel Camdessus, est-ce que vous pensez que l'organisation d'une conférence des chefs d'État à Libreville peut être une solution à la réduction de la pauvreté si l'on sait qu'en Afrique les populations qui sont les plus touchées par la pauvreté ne bénéficient pas des retombées de cette réduction? Merci.

M. Camdessus:
Une conférence des chefs d'État ou de fonctionnaires n'est jamais une solution en soi Madame. Je partage l'avis implicite que vous formulez en posant votre question. Néanmoins, il y a des moments où il faut s'asseoir. Nous autres du Fonds monétaire international, nous ne sommes pas connus pour nos grandes manifestations et, nos grands tralalas si vous voulez. Mais, Libreville ne sera pas du grand tralala. Ce qu'il s'agit de faire, c'est de partager avec vos chefs d'État, avec vos gouvernements une grande espérance en voyant ensemble ce qui se passe et ce qui s'est produit et en percevant ensemble une chance de changer les choses.

Alors vous savez d'ores et déjà ce que j'ai en tête, d'abord, se rendre compte que beaucoup de choses se sont améliorées en Afrique, et que maintenant la base de départ pour des stratégies de réduction de la pauvreté est très différente et meilleure que ce qu'elle était il y a simplement dix ans.

Meilleures en Afrique, meilleures parce que l'environnement international s'est sensiblement amélioré. Il faut savoir que nous commençons ce nouveau siècle sur d'excellentes bases d'environnement international grâce, je le dis au passage et sans modestie, à la manière avec laquelle le Fonds monétaire international a aidé l'Asie, a aidé l'Amérique latine à sortir de la crise économique la plus sévère de ce siècle.

Bien. Donc, il y a un environnement nouveau et qui est favorable, il y a un bilan favorable mais insuffisant de ce qui a été fait jusqu'ici et il y a juste maintenant, cette année, cette possibilité d'utiliser cette stratégie de réduction de la dette qui intéresse 32 de vos pays. C'est une stratégie compliquée avec des instruments difficiles à mettre en place, à comprendre. Personne jusqu'à ce jour n'a vraiment expliqué en détail tout ceci à vos chefs d'État et à vos gouvernements. Nous autres, nous avons mis tout ça en place, avec notre mentalité de technicien etc. mais nous avons besoin de cette confrontation avec vos gouvernements pour qu'eux se rendent compte que là, il y a une chance et que nous, nous voyons en les écoutant, quelle est la meilleure manière d'exploiter ces instruments.

Alors, voilà, et puis je vais au passage leur rappeler, «Messieurs les chefs d'État et de gouvernement, vous avez souscrit, vous aussi ces engagements pour réduire la pauvreté, c'est votre engagement, c'est celui des grands pays, c'est aussi celui de nos institutions. Regardons ensemble comment, quel type de stratégie, il faudrait mettre dans chacun de vos pays pour que parole soit tenue».

Mme. Fouda:
Merci Dakar je reviens à vous dans un instant. Nous allons du côté de Yaoundé.

Question
Merci et bonne journée à vous qui êtes là-bas à Washington.

Ma question comporte trois volets. Comment va se manifester la complémentarité entre les programmes actuels pour ce qui est du cas du Cameroun. Nous sommes à la dernière année, en fait au dernier semestre de la dernière année du programme et, l'agenda qui sera arrêté à Libreville; ensuite les États ont déjà tant de difficultés à mettre en place les programmes, ces difficultés ne vont-elles pas se poursuivre lorsqu'on ajoute cet agenda? Ensuite, la réunion de Libreville n'est-elle pas une fuite en avant pour le Fonds monétaire international. Je vous remercie.

M. Camdessus:
Merci beaucoup. D'abord laissez-moi remercier M. Matungulu comme son collègue du Sénégal et nos amis du Bénin pour les vœux qu'ils viennent de formuler pour ma personne et pour mes collègues du Fonds monétaire. J'y suis tout à fait sensible et vous avez déjà discerné en m'écoutant les vœux que je forme pour vous-mêmes et pour chacun de vos pays.

Et je dois dire c'est parce que nous avons des vœux très vifs que nous nous sommes lancés avec le Président Bongo dans cette conférence de Libreville. Parce que nous voulons que les vœux ne restent lettre morte, parole verbale mais, qu'ils deviennent réalité.

Je trouve très intéressante la question de notre ami de la radio camerounaise. Il n'y aura pas de discontinuité, je suis très heureux de voir la transformation qui, après de longs efforts et des années d'incertitude est en train de se mettre en place au Cameroun. Le programme de trois ans qui en est, je pense, à son cinquième semestre maintenant, est en train de produire ses effets. Ce n'est pas parfait, il y a des choses qui ne vont pas tout à fait bien, mais il y en a beaucoup qui vont bien, et même mieux que ceux à quoi on aurait pu s'attendre. Et bien, nous allons continuer avec ce programme.

Et pendant qu'il se développe, pendant qu'il se poursuit, nous allons commencer à réfléchir, vous le Cameroun, la société civile camerounaise, la Banque mondiale, et nous-mêmes et tous ceux qui ont quelque chose à dire là dessus. Nous allons réfléchir à la manière de faire un bond à l'avant, avec réalisme, avec continuité mais, en construisant sur l'acquis.

Vous vous souvenez au Cameroun pendant plusieurs années et en particulier pendant les premières années de la dernière décennie, ça n'allait pas du tout. Le Cameroun ne croissait pas, vous aviez eu une crise financière épouvantable, les entreprises publiques étaient en capilotade, on avait l'impression que l'économie stagnait et ne trouverait pas un dynamisme pour se remettre debout. Et bien ceci a été changé, de grands efforts ont été accomplis, le Cameroun croît maintenant entre 4 et 5 %, c'est un des pays dont nous pensons qu'il peut croître beaucoup plus. S'il poursuit sérieusement l'effort déjà entrepris, d'amélioration de la gouvernance, d'accroissement de la compatibilité de ses entreprises, d'amélioration de la transparence, en particulier dans le domaine pétrolier, et dans pas mal d'autres domaines, c'est dans cette continuité qu'il va y avoir un passage de relais en quelque sorte, entre les programmes d'ajustement structurel dits renforcés sur lesquels nous vivons et, les programmes de facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance de haute qualité que nous cherchons à mettre en œuvre. Et le Cameroun est un des pays qui, compte tenu de ses ressources humaines et naturelles, de ses capacités de diversification dans ses bases productives, a beaucoup de chances de réussir.

Je voudrais répondre à cette question sur, est-ce-que le Fonds monétaire fait une fuite en avant? Honnêtement, je ne crois pas. Nous n'avons pas besoin de fuite en avant. Au Fonds monétaire, nous faisons notre devoir, avec chacun de nos pays membres, là où il se trouve.

Quand il s'agissait d'empêcher la banqueroute de l'Asie, et que nous prenions des mesures totalement sans précédent, faisions-nous une fuite en avant? Beaucoup ont pu le dire! Vous avez vu que ça a donné!

On a pu dans des temps records sortir l'Asie d'une catastrophe. Et bien en Afrique qu'est-ce-que nous faisons! Nous prenons acte d'un progrès réalisé, nous exprimons avec vous notre impatience de voir que ce progrès n'est pas suffisant. Nous analysons avec vous les chances s qu'il y a de faire mieux et, avec vous main dans la main, nous essayons de faire—Mao Zé-dong aurait dit, un grand bon en avant—vous avez tendance à dire une fuite en avant. Non! Une marche ordonnée vers une Afrique plus prospère et plus juste.

Question
Merci Monsieur le Directeur général du Fonds monétaire international. Vous êtes français et de par la fonction que vous avez occupée, vous connaissez bien le Cameroun. Et je sais que vous savez que le Cameroun n'est pas pauvre. Alors c'est paradoxal de parler de pauvreté dans un pays comme celui-là, à tout point de vue du nord au sud, qui n'est pas du tout pauvre. Est-ce que la première stratégie de lutte contre la pauvreté, comme elle est juste nouvelle parce qu'elle a été créée, ne consisterait-elle pas à demander à ceux qui gèrent l'argent public de rapatrier les importantes sommes d'argent qu'ils ont déposé dans les banques occidentales et qui créent la richesse dans ces pays là alors qu'ils n'en ont pas besoin. Ne pourriez-vous pas à Libreville demander aux chefs d'États africains de ramener cet argent en Afrique et de mettre en place des programmes de bonne gouvernance avec votre surveillance pour lutter efficacement contre la pauvreté. Parce qu'à chaque fois qu'il y a coup d'état, on s'empresse de suspendre la coopération et pendant qu'on distrait systématiquement l'argent public qu'on détient.

M. Camdessus:
Merci Monsieur, et laissez-moi vous dire combien je suis content d'avoir cette discussion avec vous. Qui montre que la parole est libre. Et que l'on peut poser des questions qui, ailleurs pourraient sembler inorthodoxes. Donc, je vais y répondre avec le plus grand plaisir. En effet, je m'honore de bien connaître le Cameroun et de m'y être rendu souvent dans mes différentes fonctions antérieures de Directeur du Trésor, de Gouverneur de la Banque de France et, ici au Fonds monétaire.

Je sais comme vous, moins bien que vous, mais je sais quand même que le Cameroun n'est pas pauvre. Et qu'il a des potentialités formidables. Et qu'une grande partie du retard, si l'on peut dire, du retard relatif, du Cameroun comme beaucoup de votre pays, tient au fait, du fait de l'histoire que les Camerounais ont eu tendance parfois à investir à l'étranger au lieu d'investir chez eux. Ils ne sont pas les seuls à blâmer pour ça. Il y a un ensemble complexe de raisons qui explique le fait que les nationaux d'un pays ont plutôt plus confiance dans le pays voisin qu'en eux-mêmes. Mais, il s'agit de renverser cela.

Je peux vous dire, puis d'ailleurs vous serez à Libreville et, vous vous en rendrez compte vous-mêmes, que je vais évidemment, dans le cadre de cette promotion de la seconde génération de réformes, je vais évidemment discuter avec les chefs d'État et de gouvernement là-bas de leurs intentions d'améliorer la gouvernance de leur pays. Leurs intentions de combattre la corruption. Leurs intentions—et ici on touche le point qui vous préoccupe le plus—leurs intentions de créer dans leur pays un cadre législatif, réglementaire, judiciaire, un cadre de sécurité, qui fasse en sorte que les détenteurs d'épargne, les investisseurs potentiels, ceux qui ont de l'argent, se rendent compte que l'argent peut rapporter plus au Cameroun qu'ailleurs, ou au moins autant. C'est ça qui fera que l'argent restera au Cameroun. C'est le fait que les investisseurs se disent ah! ah! C'est ici que l'argent va rapporter. C'est ici que l'investissement peut être au moins aussi productif qu'ailleurs. S'il n'est pas surtaxé, s'il n'y a pas de tracasseries administratives, s'il n'y a pas trente six formes d'obstacles à l'activité productive et à l'investissement.

Et pour ça, il y a beaucoup de changements à faire, alors on pourrait dire, vous chefs d'État et vous M. les Ministres, donnez le bon exemple, rapatriez votre argent! J'espère qu'ils vont le faire. Mais à long terme, si vous regardez ce qui est nécessaire pour l'Afrique et ce qui fera la différence, ça ne sera pas le fait que généreusement à un moment donné Monsieur X ou Y auront ramené quelques centaines de millions de l'étranger. C'est le fait qu'ils auront changé le régime de la propriété, le régime des investissements étrangers, le régime fiscal, le régime judiciaire. De telle manière que ce soit une bonne affaire, en termes purement capitalistes; je ne suis pas un adorateur du capitalisme mais, il faut qu'il ce soit une bonne affaire d'investir au Cameroun. Et vous savez comme moi que le Cameroun est une terre d'avenir, est un endroit où, en effet, tout le monde, non seulement le peuple camerounais mais, les investisseurs étrangers et les investisseurs camerounais, peuvent prospérer. C'est ça qu'il faut faire mais, évidemment, j'encourage du fonds du cœur, tous les Camerounais, tous les Ivoiriens, tous les Sénégalais et bien d'autres à faire confiance de leur pays, à rapatrier leurs épargnes sur l'épargne à l'étranger et à se rendre compte, et la conférence de Libreville peut être une occasion pour cela, qu'il y a maintenant un moment d'opportunité pour vos pays.

Question
Alphonse Akipa Anoa, du journal «Mutation». Monsieur le Directeur général, le Cameroun, notre pays, est engagé dans une facilité d'ajustement structurel renforcée depuis bientôt trois ans. Dans six mois exactement ce programme va arriver à terme, au moment même où vous êtes en train de changer d'option, donc d'abandonner les programmes FASR au profit d'un programme beaucoup plus ancré sur la lutte contre la pauvreté. Alors est-ce que vous pouvez nous dire à six mois de la fin de ce programme, comme un peu par anticipation, quels sont les scenari envisageables pour faire suivre, pour faire suite à ce programme? Qu'il soit concluant ou non concluant. Merci.

M. Camdessus:
Monsieur, je pense, j'espère, je crois, que le programme en cours qui en est à ces derniers semestres, va être concluant. Et va avoir produit sinon tous, du moins une bonne partie, des promesses qu'il comportait. Et donc, ce programme constitue une bonne base de départ et, il faut donc articuler ce programme avec le suivant, sans discontinuité mais, en profitant de tout ce que ce programme a déjà fait pour aller plus loin. Et pour faire en sorte que la croissance de Cameroun progressivement soit portée à des taux plus élevés, permettant de réduire plus vite la pauvreté.

Alors, que sont les scenari envisagés? Et bien, très très vite, je crois pouvoir vous dire que dès le mois de février, vous allez voir les équipes de votre gouvernement, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire et avec la contribution de vos grands amis des pays industriels, travailler pratiquement pour voir comment mettre en place cette stratégie de réduction de la pauvreté et de croissance. Quels sont les éléments qu'il faut ajouter, quels sont ceux qu'il faut soustraire pour redynamiser tout ça.

Une partie importante de scénario sera le fait que nous demanderons au gouvernement, et qui en est certainement tout à fait préparé, d'associer la société civile à cette réflexion. Il faut qu'il écoute les voix de la population pour donner plus de chances s à ces programmes de réussir. Il en est tout à fait d'accord. Il s'agit de trouver les bonnes modalités parce que ça ne peut pas se faire dans le désordre. Ça ne peut pas être une palabre interminable. Il y a un moment où il faut qu'on tire les conclusions et, qu'en particulier les assemblées élues, la structure de gouvernement du pays assume cette stratégie.

En parallèle, nous travaillerons avec votre gouvernement et avec les autres organisations internationales, à ce que nous appelons les analyses de soutenabilité de la dette. C'est-à-dire qu'on verra, on tâchera de voir, de combien il faut réduire la charge de la dette pour que ce soit compatible avec ces programmes de croissance plus rapide de votre pays.

Et nous verrons comment l'économie que vous pourrez faire, du côté de la réduction de la dette pourra être transférée, appliquée à des investissements supplémentaires de développement social et de développement humain. Et tout pris ensemble, sera la base du prochain programme triennal, et servira de base pour la réduction de la dette que nous espérons faire décider dans le courant de cette année.

Question (Cotonou)
Annick Balley, de la chaîne de télévision nationale. On est un peu surpris aujourd'hui, sans s'en plaindre évidemment, que le Fonds monétaire international parle de pauvreté n'est-ce-pas une tâche à priori difficile pour cette institution et, surtout pour ces hommes qui, pendant beaucoup d'années n'ont été préoccupés que par les grands équilibres macroéconomiques. Deuxième question, Monsieur Camdessus, votre départ du FMI a été officiellement annoncé, peut-on espérer que d'où vous serez, vous allez continuer à soutenir les efforts du Continent africain dans ces réformes et particulièrement dans la lutte contre la pauvreté. Si oui, comment?
Merci.

M. Camdessus:
Eh bien Madame, je réponds à votre seconde question qui me va droit au cœur. Je quitte le Fonds monétaire international à ma quatorzième année ici. Je le quitte parce que je ne, il me semble que je ne devais pas devenir un facteur de rigidité dans cette institution.

Qu'on vous le dise ou non, que vous le perceviez ou non, quand vous restez trop longtemps au même endroit, vous risquez d'être un facteur de rigidité. Et je ne le voulais pas. Et donc, j'ai profité de ce moment, disons calme, et propice dans la conjoncture mondiale, pour annoncer mon départ. Mais, quand pendant tellement d'années d'une vie on a eu une obsession quotidienne qui a été le développement de l'Afrique, cette obsession ne vous quitte pas et donc, là où je serai, simple homme de la rue, je serai toujours à la disposition de qui voudra m'entendre pour donner des avis, donner un coup de main, et tous vos pays doivent savoir que si un beau jour de quelque manière que ce soit, quelque geste de ma part peut être utile, ils pourront toujours me le demander. Mais vous savez, je n'ai pas d'illusion, les peuples ont heureusement la mémoire courte et d'ici quelques semaines on m'aura oublié. Mais ça c'est une autre histoire!

Je reviens à votre première question Madame. Et là je ne suis pas d'accord. Vous dites quelle surprise! Vous vous réveillez enfin et vous découvrez qu'il y a de la pauvreté et que la pauvreté ça existe et qu'il n'y a pas seulement les grands équilibres. Madame! Et vous le savez bien. Notre combat pour les grands équilibres était un combat et reste un combat essentiel pour l'homme. Il n'y a pas de réduction efficace de la pauvreté sans grands équilibres. Quiconque le prétend ment. Et je pourrais vous en donnez des exemples infinis.

Mais laissez-moi vous en donnez deux : 1) notre obsession de l'inflation, pourquoi? Parce que l'inflation est l'impôt le plus cynique qui soit. Parce que c'est un impôt sur les pauvres. Seuls les pauvres ne peuvent pas se protéger contre l'inflation. L'inflation transfère de la richesse des pauvres vers des riches. En combattant à travers une politique macroéconomique l'inflation, nous combattions déjà la pauvreté et je vous donne un exemple; le pays qui a été capable le plus rapidement de réduire l'inflation chez lui, le Brésil au moment de l'adoption du plan Réal, en réduisant l'inflation des sommets où elle culminait à près de zéro, a, en deux ans fait passer 10 % de sa population au-dessus de la ligne de pauvreté absolue. Voyez l'impact immédiat de ce qu'une bonne politique de lutte contre l'inflation peut faire en matière de lutte de la pauvreté. Deuxièmement, équilibre des budgets et une discipline dans les budgets. Qu'est-ce-que c'est? Si ce n'est amener les gouvernements à se poser des vraies questions, à se demander est-ce-que cet investissement est utile, productif ou pas? Est-ce-que cette dépense militaire est utile, productive ou pas? Est-ce-que je ne peux pas faire des économies là, pour réduire la pauvreté et investir davantage l'éducation et la santé.

C'est ça, ce sont ça les grands équilibres! Rien d'autre!

Donc, ce que nous devons faire c'est difficile mais, ce que nous devons faire, c'est tout en maintenant une main ferme sur les grands équilibres, faire en sorte que les richesses dégagées de cette manière contribuent à la lutte contre la pauvreté.

Je vais vous dire une chose, s'il y a une chose que j'ai découvert pendant treize ans dans cette institution ici, c'est la suivante : nous avons cru très longtemps qu'il y avait une relation linéaire entre les grands équilibres, la lutte contre l'inflation, contre les déficits budgétaires, la croissance et la réduction de la pauvreté et des inégalités donc, c'était une ligne, bon! Et donc, quand nous travaillions aux grands équilibres, nous avions l'impression et nous avions bonne conscience, parce que nous nous disions, bien sûr, ça va servir à réduire la pauvreté, et c'était vrai!

Ce que nous avons découvert, c'est que la ligne est un cercle. Et que, quand à travers les bonnes politiques macroéconomiques, vous provoquez de la réduction de la pauvreté et des inégalités, là vous créez les conditions sociologiques et politiques pour un effort encore plus grand dans le sens de l'amélioration des grands équilibres et vous déclenchez un cercle vertueux vers plus de progrès humains. C'est cette circularité là des relations macroéconomiques et sociales que nous percevons avec une plus grande lucidité maintenant et nous aimerions faire partager ça au plus de pays du monde. Parce qu'il y a un des clés de la réduction de la pauvreté dans le futur.

Question
Je m'appelle Sylvestre Massongbo, je suis le directeur de publication du quotidien «Liberté», un journal indépendant.

Monsieur le Directeur général, le concept de stratégie de réduction de la pauvreté arrive comme est arrivé le programme d'ajustement structurel. Et dans ces conditions, je voudrais demander si le document stratégique de réduction de la pauvreté, serait un document préparé par les institutions pour les gouvernements? La question se pose parce qu'il s'agit de processus continu alors que les gouvernements ne durent qu'un laps de temps; ça c'est la première question.

Ma deuxième question est celle-ci, qu'est-ce qui se passerait si un gouvernement venait à remettre en cause des engagements pris par un gouvernement précédent au nom du document stratégie de réduction de la pauvreté. Merci.

M. Camdessus:
Merci de votre question. Vous avez tout à fait raison de marquer que le développement économique et la lutte contre la pauvreté sont une affaire de continuité dans le moyen est long terme. Après tout, les objectifs que se sont donnés vos pays et la communauté internationale sont des objectifs pour 2005 ou 2015. Pendant ce temps là, comme vous le dites très très bien, il va y avoir de l'alternance.

Des gouvernements vont partir, d'autres arriver, et tous dans le cadre de la campagne électorale vont chercher à se différencier de leurs prédécesseurs et, c'est de bonne guerre, c'est la démocratie. Et donc, votre crainte, alors, il va falloir toujours recommencer et, est-ce-que la communauté internationale voyant qu'on change, ne va pas se décourager et interrompre ses concours! Je ne serai pas aussi pessimiste, la communauté internationale sait très très bien ce qu'est la démocratie. Et nous savons très très bien que nous ne pouvons pas, avec réalisme, définir aujourd'hui toute la trajectoire du progrès économique jusqu'à 2015.

Nous avons un objectif pour 2015 mais, nous allons devoir faire comme pour les fusées. Périodiquement des corrections de trajectoire pour tenir mieux compte des changements dans l'environnement économique résultant de la mise en œuvre même de ces programmes. C'est donc un processus complexe et qui implique une continuité stratégique, un objectif stratégique.

Et la contribution successive de gouvernements mais, un des facteurs de la continuité c'est la participation de la société civile. La société civile ne va pas décider mais, elle va être dans ce dialogue. Et plus elle participera, plus elle mettra l'accent sur ces éléments, je pense, sans trop, de l'investissement humain, de la lutte contre la pauvreté, des cheminements les plus efficaces pour obtenir ces résultats. Et quelles que soient les péripéties de l'alternance démocratique, les gouvernements devront être attentifs à ces messages de la société civile et tout nouveau gouvernement, quelle que soit sa nouvelle sensibilité devra se référer à cela et, bâtir sur ce qu'auront réussi à mettre en place leurs prédécesseurs. Donc, je pense qu'en effet, les choses changeront, que le cheminement sera altéré au cours de cette longue progression mais, l'essentiel c'est d'atteindre le but, avec la participation de tous.

Question (Dakar)
Monsieur le Directeur général. Toute l'année dernière l'Afrique s'est penchée sur la question d'une réforme des institutions de Bretton Woods dont le FMI. Les chercheurs africains notamment avaient préparé une déclaration à Ouagadougou pour faire des propositions dans le sens de cette réforme qui, consistaient en gros à une meilleure prise en compte des problèmes spécifiques de l'Afrique, comme la pauvreté et la dette, dans les décisions et stratégies du FMI. Est-ce-que vous avez eu écho de toutes ces résolutions qui ont été prises par les chercheurs africains? Et est-ce-que aussi cette conférence des chefs d'État et l'agenda pour l'Afrique s'inscrivent un peu dans le cadre de cette réflexion.

M. Camdessus:
Et bien, écoutez, la réponse est le message reçu 5/5. Comme on disait dans l'armée, dans mon jeune temps. Vous avez en Afrique—mais d'autres continents aussi se sont livrés à la même réflexion—participé à cette grande réflexion mondiale sur la réforme des institutions de Bretton Woods. Et bien légitimement vous avez mis le doigt sur la nécessité pour nous de nous centrer encore plus, plus directement sur la réduction de la pauvreté et pour ça, de faire une différence en ce qui concerne le traitement de la dette.

Et bien, nous avons reçu le message. Et sans délai, et je suis fier de pouvoir dire que c'est le Fonds monétaire qui a été le premier à avoir fait tout le travail, sans délai, nous avons repris notre facilité d'ajustement structurel renforcée, pour en faire une facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance, et, nous avons fait ce que je vous disais il y a un instant, tout ce que nous pouvions faire pour participer pleinement à une véritable stratégie de réduction de la pauvreté. Nous avons été cherché les bijoux de famille et nous avons été prêts à les vendre pour ça. Quatre-vingts-onze pays—rendez-vous compte—il n'y a pas seulement nous et notre or, il y a 91 pays de cette institution sur ses 182 qui ont accepté de renoncer à des ressources ou à des dépôts qu'ils avaient au Fonds monétaire, pour qu'ils soient utilisés pour la réduction de la pauvreté. Nous avons donc mis en place et nous avons toute la marge de manœuvre financière nécessaire pour cette stratégie de réduction de la pauvreté à condition que celle-ci, que son produit soit affecté au développement humain.

Nous avons ça en main, d'où notre impatience, nous voulons maintenant que nous avons ça, le dire aux chefs d'État africains et mobiliser tout le monde; il n'y a pas une minute à perdre! Il ne faut pas qu'on perde un mois, chaque mois qu'on perd, c'est un mois de perdu pour le développement humain ou pour une amélioration du développement humain. Et donc, c'est avec ça dans la tête, ayant reçu l'écho de vos angoisses, de vos souhaits que nous voulons aller à Libreville et dire : Message reçu, on est prêt, allons-y maintenant pour la prochaine étape qui est la définition par vos pays eux-mêmes de leur stratégie de réduction de la pauvreté, avec notre contribution technique; ça ne sera pas nos programmes mais, ça sera les vôtres. Nous serons là simplement pour vous dire attention là, compte tenu de ce que nous avons vu ici ou ailleurs, ça ne peut pas marcher si c'est comme ça et vous verrez mieux de ne pas faire comme ça, et il y aura et dialogue et on ira de l'avant.

Question
Malick Diallo du quotidien Le Soleil.
Monsieur le Directeur général peut-on avoir une idée du volume financier qui pourra être mis à la disposition des pays éligibles à ces programmes ? Deuxièmement peut-on avoir une idée de la stratégie que vous comptez mettre en œuvre? En d'autres termes reviendra-t-il au FMI de dégager les voies et moyens, de trouver les ressources financières et à la Banque mondiale de trouver la stratégie à appliquer pour réduire la pauvreté en Afrique? Je vous en remercie.

M. Camdessus:
Merci beaucoup. Je réponds d'abord à votre seconde question puis j'en viens à la première.
Il faut trouver les ressources financières additionnelles pour la réduction de la dette et pour le financement continu de la facilité pour la réduction de la dette et la croissance au cours de toute cette période de temps qui nous sépare de 2015. Ce travail, j'en reviens à ce que j'ai dit à votre collègue, a été fait. J'irai à Libreville en disant que les ressources sont là pour la réduction de la dette, du moins au Fonds monétaire international. Et la Banque mondiale de son côté s'acharne à obtenir le même résultat pour ce qui la concerne et elle a les ressources pour les toutes prochaines années. Elle a besoin d'obtenir des financements supplémentaires pour couvrir toute la période, vous pouvez faire confiance à mon collègue M. Wolfensohn pour y mettre toute son énergie.

Donc, les moyens financiers et les facilités ont été mis en place, les facilités redessinées, adaptées pour que cette stratégie puisse décoller.

Maintenant ce qui est important, c'est que vos pays nous disent comment ils vont s'organiser pour augmenter leur croissance, pour que les engagements qu'ils ont pris pour la réduction de la pauvreté puissent être exactement tenus. Et là, ça va être toute cette réflexion sur la définition des stratégies de réduction de la pauvreté. Ce n'est que lorsque nous aurons ces stratégies et la manière dont année après année elles seront mises en œuvre, que nous saurons combien il faudra mettre année après année sur la table.

Et ça aujourd'hui je n'en ai pas une idée précise. Ce que je sais, c'est que les procédures sont en place et que pour ce qui est de la réduction de la dette, les moyens de financement sont en place. Les pays qui démarreront le plus vite seront servis les premiers, mais il y aura de l'argent pour tout le monde, pourvu que les stratégies soient crédibles et mises en œuvre avec continuité et sans dérapage.

Question (Yaoundé)
Tilly Tonga Nkac, RFI, AFP.
Est-ce qu'il n'y a pas lieu pour le Fonds monétaire international d'entreprendre une action en direction des pays occidentaux qui, comme on le sait, ont une grande influence sur les dirigeants africains, notamment une action de type politique de manière à convaincre ces derniers, de convaincre à leur tour les dirigeants africains de mener des actions de bonne gouvernance ....(inaudible). Vous constatez, vous le savez mieux que nous, la bonne gouvernance semble être le maillon manquant entre la croissance économique et la réduction de la pauvreté.

M. Camdessus:
Importante question. Nous travaillons, je peux vous le dire, la main dans la main avec les grands pays industriels, non seulement les États-Unis d'Amérique mais, les pays de la communauté européenne en particulier, dont le mien, et j'en suis fier, dans cet effort de soutien de vos propres efforts pour améliorer la croissance et réduire la pauvreté. Nous travaillons vraiment dans un dialogue constant, auquel d'ailleurs vos pays participent. Parce qu'on a aucune raison de discuter dans le dos de vos pays avec les pays donateurs, n'est-ce-pas, tout ça se fait ensemble.

Et je crois que vos pays amis, partagent entièrement votre souci et le mien, de voir les pays d'Afrique améliorer leur gouvernance. Je le crois profondément. Et j'en ai une preuve si vous le voulez, dans le fait que les travaux que nous suivons de près à Bruxelles de renouvellement de la Convention de Lomé, va mettre désormais l'accent, vous l'avez peut-être vu, d'une façon très précise sur cette nécessité de progrès en parallèle, entre les méthodes de gouvernance et les progrès dans la mobilisation des fonds pour le développement.

Vous trouverez dans les priorités définies à Bruxelles le même type de langage que celui que nous employons nous-mêmes dans cette promotion de la bonne gouvernance qui n'est pas notre langage, mais qui est finalement aussi le langage que vos propres gouvernements veulent tenir. Ils se rendent bien compte qu'il ne peut pas y avoir de développement économique rapide et fort sans cette amélioration de leurs propres méthodes de gouvernement, ils en sont aussi convaincus que nous. Bien sûr, c'est plus difficile pour eux que pour nous mais, je pense que là, il y a une synergie entre les pays, les donneurs bilatéraux, comme on avait l'habitude de dire, le soutien régional que vous recevez de la communauté européenne et notre propre attention.

Je pense que, évidemment, chemin faisant, il faudra que tout ceci s'intensifie, mais je ne doute pas qu'il y aura une action en commun de l'Europe, de vos grands pays amis, et de nos institutions et de nos institutions en soutien de cette amélioration de la gouvernance.

Question
Volontiers, je suis Nicolas Amah Yénant, du quotidien «Cameroun-Tribune». Monsieur le Directeur général du FMI, vous venez de faire une déclaration qui met effectivement du baume au cœur des Camerounais. Le programme triennal sera concluant. et les Camerounais ont effectivement consenti beaucoup de sacrifices pour la réussite de ce programme et, la croissance ou bien les fruits de la croissance dans nos pays sont allés jusqu'ici dans le remboursement de la dette extérieure. Alors, cela constitue un véritable problème pour les populations qui expriment ne pas voir leurs sacrifices récompensés jusqu'ici. Quelles sont, Monsieur le Directeur général, les conditions d'éligibilité des pays à la réduction de la dette? Je vous remercie.

M. Camdessus:
Quelles sont les conditions d'éligibilité à la réduction de la dette? Et bien, écoutez, rien d'extraordinaire, la première condition d'éligibilité c'est évidemment que vous le vouliez. Et que vous démontriez que vous êtes prêts, vous aussi, laissez-moi parler en toute simplicité, à mettre le paquet, au moment où nous-mêmes, nous mettons le paquet.

Alors cela veut dire que, la condition première c'est que, au programme actuel de l'ajustement structurel, vienne se substituer, vienne s'ajouter, un nouveau programme pour les trois prochaines années qui approfondira tous les progrès que vous aurez réalisés sur la base de cette concertation avec la société civile et tous ceux qui ont quelque chose à dire, à apporter pour la définition de ces stratégies, c'est ça la première condition, il faut que votre gouvernement définisse sa propre stratégie de réduction de la pauvreté et de la croissance.

Sur la base de ce programme, que nous discuterons avec vous, il s'agira de définir deux choses. D'abord quelle est la réduction de la dette nécessaire et deuxièmement, que faire de l'argent? Réduction de la dette nécessaire, alors là, on va regarder pour vous comme pour les autres, les paramètres clés, l'argent que le remboursement coûte à vos budgets, l'argent que ça coûte à votre balance des paiements, les perspectives, le profil de cette dette au cours des prochaines années, ce que l'on peut attendre du Club de Paris, de vos autres créanciers et, sur la base de ce calcul, on définira avec vous, quelle est la réduction de la dette qui doit vous être consentie.

Et sur la base ce calcul évidemment, on déclarera le Cameroun éligible à cette réduction de la dette. Ceci doit se passer normalement dans le courant de cette année. Et les travaux devraient commencer dès février prochain dans les deux directions, définition du prochain programme à moyen terme, définition de l'éligibilité à la réduction de la dette et de son montant. Nous sommes prêts à le faire, la Banque mondiale est prête à se joindre à nous pour venir commencer à discuter de tout cela à Yaoundé et, j'ai bon espoir qu'on y arrivera.

Question
M. Camdessus. Allez-vous intervenir directement auprès des gouvernements africains? ..... (inaudible), adopté par le FMI. Ne valait-il pas mieux adopter un plan Marshall pour l'Afrique? Afin de sortir le continent de l'ornière comme ça a été le cas avec l'Europe. Merci.

M. Camdessus:
Je ne suis pas très sûr d'avoir compris exactement votre question mais, j'ai entendu le mot plan Marshall. Le plan Marshall a été une réponse admirable, de portée historique des États-Unis d'Amérique au problème d'une Europe détruite. Cela a été fait à l'époque et avec les conséquences prodigieuses que l'on sait—et pour l'Europe et pour l'Amérique—car c'est toujours une bonne affaire d'aider intelligemment les pays en situation de besoin.

Je ne veux pas mettre le nom de plan Marshall sur cette affaire. Sur ce que nous sommes en train de faire. Mais, ce que je voudrais, c'est convaincre la communauté internationale et convaincre l'Afrique d'apporter au problème de l'Afrique en ce début du XXIe siècle, une réponse aussi efficace; aussi efficace par la qualité des programmes qui seront mis en œuvre et, rappelez-vous que le plan Marshall c'était des financements mais c'était aussi des programmes avec une conditionnalité et l'OCDE avait été créée à l'époque pour précisément assurer la conditionnalité de ces programmes, pour que l'argent ne serve pas boucher des déficits budgétaires mais, soit appliqué là où il le faudrait.

Et donc, nous sommes en train d'essayer de faire quelque chose d'équivalent. Des programmes et des moyens financiers dans un univers complètement différent. Où il n'est pas seulement question de mettre en place de l'argent public, comme au moment du plan Marshall mais, où il est question à la fois d'apporter de l'argent public, le nôtre et celui des donneurs bilatéraux, d'apporter de la réduction de la dette et surtout dans un monde où les financements privés sont maintenant tellement prédominants, créer les conditions à travers la seconde génération de réforme d'un afflux ordonné de l'argent privé pour financer de l'investissement, pour financer de la croissance, la croissance permettant la réduction de la pauvreté.

Alors vous pouvez appeler cela un nouveau plan Marshall pour l'Afrique, vous pouvez parler d'une nouvelle espérance pour l'Afrique, moi ce que je souhaiterais c'est que—votre journal s'appelle le Renouveau—, eh bien que l'ensemble des chefs d'État d'Afrique se mobilisent avec nous la semaine prochaine à Libreville [Yaoundé] pour ce renouveau de l'Afrique.

Mme Fouda:
Chers amis de Yaoundé, je vous remercie. Dakar, Cotonou je vous remercie.
Merci d'avoir accepté de répondre à notre invitation mais, avant de nous séparer, je pense que le Directeur général voudrait bien conclure cette vidéoconférence et, peut-être nous donner et vous donner rendez-vous dans deux semaines à Libreville au Gabon.

M. Camdessus:
Merci Lucie.
Je voudrais simplement vous dire trois choses. D'abord vous remercier d'être venus à cette vidéoconférence dans vos trois capitales, parce que le dialogue que nous venons d'avoir c'est exactement ce qu'il faut faire, il me semble. C'est parler sans diplomatie, en mettant les cartes sur table, en s'écoutant les uns les autres, en réfléchissant ensemble sans a priori, nous devons multiplier ça.

Le Fonds monétaire—croyez-moi, mon successeur se l'entendra dire, lorsque je connaîtrais mon successeur—devra multiplier ces occasions de dialogue. Vous les journalistes, vous les hommes de radio et de télévision, particulièrement en Afrique, vous avez une responsabilité majeure. Vous êtes les seuls en position de faire parvenir le message. Les seuls à en faire parvenir, à faire discerner qu'il y a un espoir, qu'il y a quelque chose qui change, qu'il y a une porte qui s'entrouvre qu'il faut enfoncer. Vous avez un rôle central dans la mise en œuvre de ces stratégies, vous devez avoir un rôle critique, vous ne devez pas vous laisser raconter d'histoires. D'ailleurs je vous connais bien, ce n'est pas votre genre. Vous devez poser des bonnes questions et nous aider à aller plus loin. Et nous comptons sur vous pour ça.

Et donc, je vous remercie de l'avoir fait et en vous remerciant, je vous dis, continuons.

Continuons c'était mon second message.

Le troisième, j'ai observé qu'il y a un mot qui n'a pas été prononcé. Ni donc par moi, ni par vous. Et ça s'est symptomatique, nous n'avons pas prononcé le mot intégration régionale. Or, l'Afrique souffre entre autres de sa balkanisation.

La colonisation vous a laissé des frontières très bien. Ne touchons pas les frontières politiques. C'est trop compliqué et, il y a sur ce point là au moins un consensus important de la communauté internationale. Mais, de grâce, faisons tomber les frontières économiques. Créer le grand espace dans vos entreprises en besoin. Ne vous laissez pas enfermer dans des protections misérables de petits intérêts acquis qui bloquent l'intégration économique.

Donnez-vous les grands espaces, donnez-vous cette chance qu'ont les pays de grande taille. Traitez les sujets ensemble, chaque fois que vous mettez des choses en commun, vous avez un plus. Je crois qu'il faut réveiller l'intégration régionale en Afrique.

Vous vous êtes engagés dans cette direction—et Dieu sait que j'étais moi-même au Conseil de la BCEAO et la BEAC autrefois et je connais tout ça très bien et, je connais la qualité des hommes qui y travaillent—mais il y a maintenant mieux à faire. Dans un monde qui s'unifie, qui s'intègre, l'intégration régionale est un des grands paramètres de l'avenir, je vous suggère de réveiller la réflexion là-dessus. De réouvrir le débat et vous verrez qu'on peut faire des miracles.

Qui aurait cru au miracle de l'euro en Europe simplement il y a trente ans. Qui aurait cru! Et bien je ne vous dis pas de faire une monnaie de l'Afrique. Mais, mille autres choses à faire, peut être plus urgentes mais, ne perdons pas un jour non plus pour l'intégration régionale.
Merci à tous. Je souhaite d'une manière ou de l'autre à partir de Libreville, à partir du dimanche 16 janvier, multiplier les occasions de dialogue avec vous et avec tous nos amis là-bas, je crois qu'il y a là une grande occasion.

À bientôt.

Mme Fouda:
Monsieur le Directeur général, je vous remercie au nom de tous mes confrères à Dakar au Sénégal, à Cotonou au Bénin et à Yaoundé au Cameroun. Et nous allons vous prendre au mot, nous espérons multiplier véritablement ce genre de contact dans les semaines qui viennent, une fois encore merci.

Merci chers amis d'avoir été des nôtres, à bientôt je l'espère.


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