La crise de la COVID-19 menace la stabilité financière
IMF Blog, April 14, 2020
Source details
- Canonical URL
- La crise de la COVID-19 menace la stabilité financière
Other formats
Bibliographic details
- Authors: Tobias Adrian, Fabio Natalucci
- Published: April 14, 2020
Constat général
- La pandémie de COVID-19 a provoqué une crise humaine et sanitaire sans précédent et a entraîné un ralentissement économique dont la gravité et la durée restent très incertaines.
- D’après le dernier Rapport sur la stabilité financière dans le monde, le système financier a déjà subi un impact considérable et une intensification de la crise pourrait porter atteinte à la stabilité financière à l’échelle mondiale.
- Depuis le début de la pandémie, les prix des actifs à risque ont brutalement chuté : au paroxysme du récent désengagement, les actifs à risque ont subi des pertes au moins équivalentes à la moitié des pertes essuyées en 2008 et 2009.
- Un grand nombre de marchés boursiers ont enregistré des baisses de 30 % ou plus dans le creux de la chute.
Marchés sous pression
- La volatilité a fortement augmenté, atteignant parfois des niveaux enregistrés pour la dernière fois durant la crise financière mondiale, ce qui a détérioré la liquidité des marchés, y compris sur des marchés généralement très actifs comme le marché du Trésor américain.
- Les écarts de taux se sont envolés, en particulier pour les sociétés moins bien notées.
- Des tensions sont apparues sur les principaux marchés de financement à court terme, y compris sur le marché mondial du dollar.
- Les marchés du crédit risquent de se bloquer subitement, surtout dans les segments risqués : obligations à haut rendement, prêts à effet de levier et dette privée.
- Ces marchés risqués se sont développés rapidement depuis la crise financière mondiale, pour atteindre 9 000 milliards à l'échelle mondiale, tandis que la qualité de crédit des emprunteurs, les normes de souscription et les protections des investisseurs se sont affaiblies.
- Depuis début mars, les écarts de taux sur les obligations à haut rendement sont montés en flèche malgré des baisses récentes, surtout dans les secteurs du voyage aérien et de l'énergie.
- Les prix des prêts à effet de levier ont diminué brutalement (environ la moitié de la baisse observée à un moment donné pendant la crise financière mondiale).
- Les agences de notation ont révisé à la hausse leurs prévisions de défaillance pour les obligations à risque en les portant à des niveaux correspondant à une récession; les défaillances dérivées des informations des marchés ont augmenté nettement.
Réponses des banques centrales
- Les banques centrales ont été la première ligne de défense pour préserver la stabilité du système financier et soutenir l’économie.
- Elles ont sensiblement assoupli leur politique monétaire en abaissant leurs taux directeurs (dans les pays avancés, à un niveau historiquement bas). Dans la moitié des pays émergents et des pays à faible revenu, les banques centrales ont fait de même.
- Les baisses de taux seront amplifiées par les cadrages prospectifs et l'élargissement des programmes d’achats d’actifs des banques centrales.
- Actions supplémentaires entreprises :
- apport de liquidités supplémentaires au système financier, y compris au moyen d’opérations d'open market;
- accroissement de l'apport de liquidités en dollars au moyen d'accords de swap;
- rétablissement de dispositifs utilisés pendant la crise financière mondiale et lancement de nouveaux programmes globaux, dont l’achat d’actifs plus risqués tels que des obligations d’entreprises.
- Les banques centrales ont annoncé leur intention d’accroître leur apport de liquidités, y compris sous forme de crédits et d’achat d’actifs, d’au moins 6 000 milliards de dollars et se disent prêtes à en faire davantage si les conditions l'exigent.
- Ces mesures ont partiellement rassuré les investisseurs : tensions relâchées sur certains marchés et remontée partielle des prix des actifs risqués, mais la reprise de confiance demeure précaire et les conditions financières mondiales restent beaucoup plus restrictives qu’en début d’année.
Risques et canaux d'amplification
- Le net durcissement des conditions financières mondiales et la forte dégradation des perspectives économiques ont déplacé la distribution à un an de la croissance mondiale vers la gauche, augmentant sensiblement les risques pour la croissance et la stabilité financière.
- La probabilité que l'économie mondiale se contracte de 7,4 % est maintenant de 5 % (ce qui arrive une fois tous les vingt ans). À des fins de comparaison, ce seuil était supérieur à 2,6 % en octobre 2019.
- Les pays émergents ont connu la plus forte inversion de flux d'investissements de portefeuille jamais enregistrée (environ 100 milliards de dollars, soit 0,4 % de leur PIB), ce qui cause de grandes difficultés aux pays les plus vulnérables.
- Des mesures d’endiguement plus strictes et de plus longue durée pourraient entraîner un nouveau durcissement des conditions financières mondiales et mettre au jour des vulnérabilités accumulées sur fond de taux d’intérêt extrêmement bas.
- Mécanismes d'amplification identifiés :
- gestionnaires d'actifs forcés de vendre des actifs sur des marchés en baisse en cas de sorties massives de capitaux;
- appels de marge pour investisseurs endettés contraignant à solder des portefeuilles (effet de levier inversé);
- blocage soudain des marchés du crédit si les entreprises connaissent des difficultés et que les taux de défaillance augmentent.
Résilience bancaire et limites
- Les banques disposent aujourd’hui de plus de fonds propres et de liquidités qu’au début de la crise financière mondiale et ont été soumises à des tests de résistance et à un contrôle plus strict ces dernières années.
- Les apports de liquidités par les banques centrales, à grande échelle et coordonnés, devraient atténuer les tensions éventuelles sur les liquidités.
- Néanmoins, la résilience des banques pourrait être mise à l'épreuve par un ralentissement prononcé de l’activité économique qui serait plus sérieux et plus long que prévu.
- Les fortes baisses des cours des actions bancaires depuis la mi-janvier suggèrent que les investisseurs s’inquiètent de la rentabilité et des perspectives du secteur bancaire.
- Les mesures de capitalisation des banques fondées sur les prix du marché sont maintenant pires que pendant la crise financière mondiale de 2008 dans de nombreux pays.
- Risque que les banques et autres intermédiaires financiers fassent office d’amplificateurs si la crise s’aggravait.
Rôle de la politique budgétaire et coordination
- La crise actuelle est en partie une crise de solvabilité, pas seulement une crise de liquidités, car de larges segments de l’économie mondiale sont à l’arrêt.
- La politique budgétaire a un rôle vital à jouer pour soutenir solvabilité des ménages et des entreprises.
- Les politiques budgétaires, monétaires et financières doivent être coordonnées pour :
- atténuer les répercussions du choc de la COVID-19;
- garantir une reprise stable et durable une fois la pandémie maîtrisée.
- Une coordination internationale étroite et continue sera essentielle pour aider les pays vulnérables, rétablir la confiance des marchés et limiter les risques pour la stabilité financière.
- Le FMI se dit prêt à faire pleinement usage de ses ressources : tout d’abord, pour protéger les pays les plus vulnérables et, à long terme, pour affermir la reprise.
Auteurs et responsabilités
- Tobias Adrian : conseiller financier et directeur du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI; dirige les travaux du FMI sur la surveillance du secteur financier, les politiques monétaires et macroprudentielles, la réglementation financière, la gestion de la dette et les marchés de capitaux; supervise les activités de renforcement des capacités.
- Fabio M. Natalucci : l’un des directeurs adjoints du département des marchés monétaires et de capitaux; chargé du Rapport sur la stabilité financière dans le monde, qui présente l’évaluation par le FMI des risques pesant sur la stabilité du système financier mondial.
Article publié sur le site du FMI