(Aerial view of Tashkent in Uzbekistan / photo: iStock)

Centre commercial à Varsovie, en Pologne : les pays émergents ont réussi à ramener l'inflation à un niveau faible. (Photo : Caro/Bastian/Newscom)

Bulletin du FMI : Les fonds d’investissement ordinaires peuvent poser des risques

le 8 avril 2015

  • Les sociétés de gestion d’actifs jouent un rôle grandissant dans le système financier
  • Ce rôle présente des avantages mais il pose aussi des risques pour la stabilité financière
  • Un contrôle plus direct est nécessaire, ainsi que des données et une surveillance de meilleure qualité

Même les fonds d’investissement ordinaires comme les fonds communs de placement peuvent poser des risques pour la stabilité financière. Aussi, selon une étude récente du Fonds monétaire international, les autorités de réglementation doivent-elles chercher à mieux s’informer à leur sujet au moyen de contrôles directs et d’une amélioration des données et de la surveillance.

Un investisseur à Séoul : même un investissement simple comme un fonds commun de placement peut présenter des risques pour la stabilité financière (photo: Reuters/Jo Yong-Hak)

Un investisseur à Séoul : même un investissement simple comme un fonds commun de placement peut présenter des risques pour la stabilité financière (photo: Reuters/Jo Yong-Hak)

RAPPORT SUR LA STABILITÉ FINANCIÈRE DANS LE MONDE

Les sociétés de gestion d’actifs aident les investisseurs à diversifier facilement leur patrimoine. Ce secteur peut aussi servir de «roue de secours» pour financer l’économie réelle même lorsque les banques connaissent des difficultés. Comparés aux banques, les fonds d’investissement offerts par les gestionnaires d’actifs présentent moins de risques de défaillance parce que ce sont les investisseurs qui en assument les pertes et les gains.

Dans la dernière étude réalisée pour le Rapport sur la stabilité financière dans le monde, le FMI indique que le débat sur les risques liés aux sociétés de gestion d’actifs s’est intensifié. Les risques afférents à certains segments de ce secteur — fonds d’investissements spéculatifs à effet de levier et fonds communs de placement monétaire — sont déjà bien connus. Le débat actuel concerne les risques que présentent des produits d’investissement ordinaires à effet de levier moindre, tels que les simples fonds indiciels cotés qui investissent en obligations et en actions.

«Le regain d’attention que suscitent les risques liés à la gestion d’actifs s’explique par la croissance du secteur, par la plus grande place qu’il donne aux obligations moins liquides et par le constat inquiétant que, dans certains pays avancés, un grand nombre de fonds achètent de plus en plus les mêmes actifs, tandis que les banques se retirent des activités de tenue de marché», déclare Gaston Gelos, Chef au FMI de la division Analyse de la stabilité financière dans le monde.

Taille et portée

Selon le FMI, le secteur gère plus de 75.000 milliards de dollars d’actifs dans le monde, soit plus de 100 % du PIB mondial. En particulier, les fonds d’obligations se sont considérablement développés en investissant dans des actifs moins liquides tels que les obligations de pays émergents et des obligations d’entreprises à haut rendement. Cela a accentué l’asymétrie de liquidité entre les actifs et les passifs de ces fonds parce qu’un grand nombre d’entre eux autorisent les rachats chaque jour.

Un gros volume de rachats — qui peuvent être provoqués par un événement extérieur, tel qu’une hausse plus rapide que prévu des taux d’intérêt aux États-Unis — peut avoir des effets sur l’ensemble du marché, surtout si les banques ne peuvent pas ou ne veulent pas intervenir pour fournir de la liquidité en pareil cas.

Dans la dernière édition de son Rapport sur la stabilité financière dans le monde, le FMI présente une analyse détaillée des diverses caractéristiques du secteur à l’origine de risques potentiels et propose des moyens d’améliorer la surveillance dans ce domaine.

Comprendre les risques

L’analyse du FMI souligne qu’il importe de faire une distinction conceptuelle entre les risques découlant de l’existence des fonds et les risques qui seraient présents même si ces fonds n’existaient pas, autrement dit si les investisseurs achetaient leurs titres directement. Les principales conclusions du FMI sont les suivantes :

Premièrement, les investissements des fonds communs de placement influent sur les prix des actifs, au moins sur les marchés moins liquides, tels que les marchés d’obligations des pays émergents. Les flux émanant des fonds communs de placement influent sur l’évolution des prix sur ces marchés. Les prix des actifs qui sont détenus de façon concentrée par les fonds chutent plus brutalement en période de nervosité des marchés.

Deuxièmement, les facilités de rachat offertes par les fonds peuvent amplifier le risque que les investisseurs retirent tous en même temps leur argent par rapport à une situation où ils détiendraient directement leurs actifs. Certains fonds ont mis en place des pratiques de valorisation des actifs et de fixation des prix des parts qui procurent un avantage aux investisseurs qui agissent les premiers; autrement dit, ceux qui procèdent à un rachat avant les autres peuvent récupérer davantage d’argent. Dans une certaine mesure, ce risque est atténué par le fait que les fonds qui prennent «le plus de risques» — ceux qui investissent dans des actifs non liquides et qui sont plus vulnérables aux retraits massifs — se protègent en détenant davantage d’avoirs liquides et en appliquant des commissions de rachat plus élevées. Or, il est avéré que les commissions de rachat sont effectivement un moyen efficace d’atténuer la pression des rachats pendant les périodes de tension.

Troisièmement, la délégation de la gestion au jour le jour des portefeuilles introduit des problèmes d’incitation entre les investisseurs finals et les gestionnaires de portefeuille. Les gestionnaires d’actifs peuvent ainsi adopter un comportement grégaire, en négociant dans le même sens que leurs pairs. On a constaté une progression des comportements grégaires ces dernières années, peut-être parce que la recherche généralisée de rendements élevés dans un environnement de taux d’intérêt bas a poussé ces fonds à investir dans les mêmes actifs.

Quatrièmement, à la différence des banques, les fonds de grande envergure et les fonds appartenant à de grandes sociétés de gestion d’actifs n’accentuent pas nécessairement le risque systémique. En effet, la nature des actifs dans lesquels ils investissent semble jouer un rôle relativement plus grand que leur volume. C’est là un élément important à prendre en compte pour trouver le meilleur moyen d’identifier les produits ou les gestionnaires d’actifs de nature à influer sur le risque systémique; c’est aussi une question qui fait l’objet d’un débat animé entre les instances de réglementation du monde entier.

Une surveillance plus ample

Tout cela incite à prôner une meilleure surveillance des risques institutionnels. Actuellement, la surveillance du secteur est centrée sur la protection des investisseurs et la communication d’informations, et dans la plupart des pays les instances de réglementation n’effectuent guère de contrôles. Le FMI estime qu’elles devraient s’orienter davantage vers des contrôles directs fondés sur une amélioration des données, des indicateurs de risque et un travail d’analyse, notamment des tests de résistance. Il est essentiel d’établir des normes mondiales en matière de contrôle et de surveillance du secteur.

Les pouvoirs publics et les instances de réglementation devraient adopter une approche macroprudentielle pour évaluer les effets du secteur dans son ensemble sur la stabilité du système financier. Dans ce contexte, les instances de surveillance et de réglementation doivent réévaluer le rôle et l’adéquation des outils existants de gestion des risques.

«En particulier, les instances de réglementation devraient trouver des moyens de réduire l’incitation qu’ont les investisseurs à retirer leur argent lorsqu’ils voient d’autres investisseurs le faire, explique M. Gelos. Elles pourraient y arriver, par exemple, au moyen de commissions de rachat bien conçues qui ne pénalisent pas l’ensemble des investisseurs, par exemple en faisant en sorte que les recettes accroissent la valeur nette des actifs du fonds. En outre, les prix des parts de fonds devraient être fixés de manière à ce que les investisseurs qui sortent du fonds ne passent pas le coût de liquidité à ceux qui y restent».

Le FMI publiera le 15 avril d’autres travaux se rapportant au Rapport sur la stabilité financière dans le monde.