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(photo : Sultan Mahmud Mukut/SOPA Image/Newscom)

Bulletin du FMI : Un programme de travail pour doper la croissance

le 11 décembre 2014

  • La création d’emplois et la croissance inclusive parmi les principales priorités
  • La gestion de la normalisation de la politique monétaire reste un défi important
  • Les réformes structurelles comme grand vecteur de croissance

Soucieux d’éviter que l’économie mondiale ne s’enlise dans une «nouvelle médiocrité», le FMI a adopté un nouveau programme de travail qui trace les grandes priorités stratégiques pour la période à venir.

Chantier à Allahabad, Inde : le programme de travail du FMI examinera les réformes structurelles, telles que l’augmentation des investissements en infrastructure, comme vecteurs de croissance (photo : Prabhat Kumar Verma/Sipa USA).

Chantier à Allahabad, Inde : le programme de travail du FMI examinera les réformes structurelles, telles que l’augmentation des investissements en infrastructure, comme vecteurs de croissance (photo : Prabhat Kumar Verma/Sipa USA).

PROGRAMME DE TRAVAIL DU FMI

L’un des principaux axes du programme examiné par le Conseil d’administration le 24 novembre dernier est la promotion d’une croissance inclusive et génératrice d’emplois. Le nouveau programme de travail souligne qu’il est nécessaire de gérer la normalisation de la politique monétaire dans les pays avancés, de renforcer la qualité des dépenses publiques, de préserver la stabilité financière et de mener des réformes structurelles pour rehausser la productivité et doper la croissance.

Le débat semestriel sur le programme de travail du FMI permet de décliner le Programme d’action mondial en un plan d’action concret devant guider les activités de l’institution sur 12 mois. La Directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a présenté le Programme d’action mondial à l’Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale en octobre dernier.

Le Bulletin du FMI a interrogé Siddharth Tiwari, Directeur du Département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation (SPR), sur les principaux volets du programme de travail.

Bulletin du FMI : L’Assemblée annuelle de 2014 a rappelé combien il était urgent d’éviter que l’économie mondiale ne s’enlise dans une «nouvelle médiocrité» de croissance faible et pauvre en emplois. En quoi le programme de travail s’attaque-t-il à cette problématique?

M. Tiwari : La conjoncture économique mondiale est effectivement déconcertante : six ans après l’éclatement de la crise financière mondiale, le chômage touche encore environ 200 millions de personnes. À notre avis, il faut mener des politiques budgétaires et monétaires d’accompagnement, de concert avec des réformes structurelles pour pouvoir accélérer la reprise.

 

Durant les mois à venir, le FMI examinera en quoi des réformes structurelles comme l’augmentation des investissements en infrastructure, la réduction des barrières commerciales, l’atténuation des distorsions fiscales et la promotion de l’inclusion et du développement financiers peuvent doper la croissance. Ce travail sera complété par un examen du rôle que peut jouer la politique budgétaire pour relever la croissance à long terme. Il est évident qu’une seule et même démarche ne saurait s’appliquer à tous les pays, aussi notre analyse se centrera-t-elle sur les besoins des différents groupes régionaux.

En outre, la Revue triennale de la surveillance de 2014 a également permis de formuler des recommandations sur le traitement du dossier des réformes structurelles dans la surveillance exercée par le FMI, et nous allons donner suite à ces recommandations durant les mois à venir. Des mesures énergiques s’imposent pour aider à éviter le piège d’une «nouvelle médiocrité» et, comme à l’accoutumée, le FMI sera présent pour venir en aide à ses pays membres.

Bulletin du FMI : Vous avez évoqué le rôle de la politique budgétaire à l’appui de la croissance économique. Quel est le travail programmé dans ce domaine?

M. Tiwari: La prochaine édition du Moniteur des finances publiques traitera du rôle des stabilisateurs automatiques, c’est-à-dire, les particularités des systèmes d’imposition et de transferts qui ont pour effet de compenser les fluctuations de l’activité économique sans intervention directe des pouvoirs publics. Les impôts sur les sociétés et sur les personnes physiques sont des exemples de stabilisateurs automatiques, au même titre que l’assurance-chômage et les prestations sociales.

Par ailleurs, nous examinerons en quoi le civisme fiscal peut contribuer à la croissance en dégageant une marge de manœuvre pour financer des dépenses productives, et nous étudierons les réformes qui peuvent être apportées aux investissements publics pour maximiser leur impact sur la croissance d’une manière qui soit viable pour les finances publiques. Parmi les autres travaux sur la politique budgétaire et la croissance, nous analyserons des questions telles que les liens entre politique budgétaire et productivité et examinerons en quoi la restructuration de la dette et les épisodes de réforme budgétaire agissent sur la croissance.

Bulletin du FMI : La politique monétaire est également un axe de travail important pour le FMI. Comment cela se traduit-il dans le programme de travail?

M. Tiwari : Durant les 12 mois à venir, nous examinerons les nouveaux dossiers de politique monétaire issus de la crise financière mondiale, dont l’interaction entre politique monétaire et stabilité financière. D’autres travaux couvriront le rôle des interventions sur les taux de change et une évaluation du niveau de réserves adéquat pour les pays connaissant des situations différentes.

Le FMI continuera en outre à aider les pays en développement à faible revenu à renforcer leurs dispositifs de politique monétaire, afin de les rendre plus crédibles, anticycliques et prospectifs. Bien entendu, nous continuerons de fournir des conseils de politique générale adaptés à chaque pays, et d’étudier l’impact et les effets de contagion de la normalisation attendue de la politique monétaire dans certains des principaux pays avancés.

Je tiens également à souligner notre travail sur les politiques macroprudentielles, c’est-à-dire les politiques destinées à éviter les bulles des prix des actifs et la croissance excessive du crédit. Ces politiques étant importantes pour maîtriser le risque systémique, nous allons publier une note d’orientation exhaustive à l’intention des services du FMI sur cette question et nous la rendrons opérationnelle dans notre travail de surveillance.

Bulletin du FMI : comment le FMI entend-t-il mettre à profit le travail réalisé pour corriger les vulnérabilités du secteur financier et promouvoir le développement des circuits financiers?

M. Tiwari : Dans l’ensemble du FMI, nous nous employons énergiquement à mieux intégrer la problématique du secteur financier à nos analyses macroéconomiques habituelles dans le suivi de l’état de santé des pays membres. À cet égard, nous avons entrepris de définir des questions analytiques pertinentes qui seront examinées à titre pilote dans le cadre des consultations au titre de l’article IV avec plusieurs pays dans chaque région. Parmi nos autres activités, nous allons renforcer l’analyse des bilans dans la surveillance, évaluer les problèmes soulevés par les liens interbancaires transfrontaliers, et approfondir nos analyses afin de contribuer au développement des circuits financiers dans les pays émergents et de promouvoir l’inclusion financière.

 

Bulletin du FMI : Le FMI est également en train de revoir son travail auprès des pays à faible revenu. Que peut-on attendre de cette réflexion?

M. Tiwari : Le FMI est d’ores et déjà très actif auprès des pays à faible revenu et nous entendons renforcer davantage cette présence. L’année 2015 est l’échéance retenue pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, et la communauté internationale travaille sur un nouvel ensemble d’objectifs, les Objectifs de développement durable (ODD), afin de promouvoir le développement humain. Le FMI contribuera de manière active à ce travail dans le domaine du financement du développement, en partageant son savoir-faire dans l’analyse des modalités optimales de mobilisation, de déploiement et de gestion des ressources pour contribuer à atteindre les nouveaux ODD.

Nous sommes en train d’apporter la dernière main aux principes régissant les limites d’endettement dans les programmes appuyés par le FMI, l’objectif étant de rendre le système plus adaptable aux particularités de chaque pays tout en préservant les considérations de viabilité. Enfin, et surtout, je me dois de mentionner notre riposte rapide à la flambée d’Ébola. Nous sommes actuellement en train d’élaborer des mesures pour intensifier notre assistance auprès des pays touchés.

Bulletin du FMI : Dans le long terme, quels sont les défis mondiaux sur lesquels se penche le FMI?

M. Tiwari : Institution multilatérale de portée quasi universelle, le FMI doit s’intéresser aux défis d’envergure mondiale qui pourraient se répercuter de manière sensible sur la situation économique et financière des pays membres, aussi bien aujourd’hui que demain. Les travaux sur les inégalités, le changement climatique et les questions de genre sont donc appelés à faire partie intégrante des analyses des services du FMI et des entretiens de politique générale avec les autorités des pays membres où ces questions influent sur la santé macroéconomique.

Bulletin du FMI : Quelle est la part de la réforme des quotes-parts et de la gouvernance dans le programme de travail?

M. Tiwari : L’entrée en vigueur des réformes de 2010 sur les quotes-parts et la gouvernance continue de présenter la plus grande importance pour préserver la nature du FMI comme institution basée sur les quotes-parts et pour renforcer sa légitimité, son efficacité et sa pertinence. Si ces réformes n’entrent pas en vigueur à la fin 2014, le Conseil d’administration du FMI examinera les options de rechange pour rééquilibrer les quotes-parts et veiller à ce que l’institution continue de disposer de ressources financières suffisantes.