Bonjour —Sabah Al-Khair.
Mesdames et messieurs les ministres et gouverneurs, je vous remercie de
l’honneur que vous me faites d’intervenir devant un auditoire aussi
distingué.
Je suis très heureuse d’être parmi vous ici à Dubaï à l’occasion de ce
deuxième Forum arabe des finances publiques, après une première édition
couronnée de succès l’an dernier.
Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à Monsieur le Ministre Al-Tayer,
qui nous accueille si généreusement, mais aussi au Fonds monétaire arabe et
à M. Al-Hamidy, qui ont collaboré avec le FMI pour organiser cette
importante rencontre.
Quelques bonnes nouvelles pour commencer. Après de nombreuses années de
croissance poussive, le FMI table désormais sur une reprise de l’activité
économique mondiale cette année et l’année prochaine, tant dans les pays
avancés que dans les pays émergents.
Cependant, cela ne signifie pas que nous soyons au bout de nos peines : les
conflits et la baisse des prix du pétrole continueront de peser sur la
croissance et, partant, sur les recettes publiques. Même si le cours du
baril a récemment rebondi, nous ne pensons pas qu’il renouera avec les
niveaux d’avant 2014. Bien entendu, à cela s’ajoutent les phénomènes
géopolitiques qui touchent de nombreuses régions du monde.
Face à cette incertitude, les pays doivent conforter leur résilience
. Des finances publiques solides font partie des moyens d’instaurer cette
résilience. De fait, les gouvernements de la région et d’ailleurs, doivent
redoubler d’efforts pour s’assurer des flux de recettes plus solides et
plus fiables.
C’est dans ce contexte que je voudrais reprendre le dialogue que nous
avions entamé l’an dernier à propos de la construction des économies du XXI e siècle et d’une plus grande mobilisation de recettes publiques
dans un environnement en rapide mutation.
Un proverbe arabe rappelle très justement que «l’arbre commence par une
graine»
[1]
.
Aujourd’hui, j’aimerais donc poser une question : que peuvent faire
les pays pour accroître leur capacité fiscale et ainsi planter les
graines d’une économie saine et inclusive
, dans l’intérêt de tous les citoyens?
La dynamique en faveur de la mobilisation des recettes et les travaux
engagés dans ce domaine à l’échelle internationale ouvrent de vastes
perspectives pour la région. En créant des systèmes fiscaux de pointe, les
pays peuvent dégager les ressources qui permettront de relever les défis
futurs, et le faire de façon efficiente et équitable.
Pour cela, il faut bien entendu disposer d’une stratégie claire et globale qui fasse le lien entre la
réforme de la politique fiscale et la réforme de l’administration
des recettes. Autrement dit, il faut à la fois définir la matière imposable et les assujettis mais aussi préciser
les modalités de recouvrement de l’impôt.
1. Réforme de la politique fiscale
Examinons d’abord les étapes nécessaires de la conception d’une politique
fiscale globale. Au FMI, nous estimons qu’il convient d’abord de définir
une cible de recettes à l’horizon de cinq à dix ans. Il faut ensuite mettre
en place un plan de réformes global axé sur le renforcement des
institutions à long terme et non sur des palliatifs à court terme. Enfin,
il est vital de recueillir et de diffuser des données pertinentes pour une
prise de décision éclairée.
Objectifs de recettes
Pourquoi définir des objectifs de recettes? Ce sont là les repères
essentiels qui vous aideront à aligner vos recettes sur vos dépenses, aussi
bien à court qu’à long terme.
L’Algérie constitue un bon exemple. Pour la première fois,
la loi de finances de 2017 prévoit un cadre à moyen terme qui fixe des
objectifs de recettes et de dépenses pour les trois exercices à venir.
Priorités fondamentales de la réforme fiscale
Pour faire aboutir les réformes fiscales, et atteindre leurs objectifs, les
dirigeants devront centrer leur politique fiscale sur certaines priorités
fondamentales.
Dans les pays exportateurs de pétrole, cela suppose de
diversifier les sources de recettes pour ne plus dépendre du pétrole ou du
gaz.
Dans un premier temps, les pays mettent en place une TVA et d’autres taxes
sur la consommation, par exemple sur le tabac et sur les boissons sucrées.
À terme, les pouvoirs publics peuvent également envisager de tirer d’autres
recettes de la fiscalité des revenus et des biens fonciers.
Les pays du Golfe, par exemple,
préparent aujourd’hui l’adoption d’une TVA harmonisée pour 2018. Ce
travail, auquel le FMI a apporté son assistance technique, pourrait
permettre de mobiliser des recettes de l’ordre de 1 à 2 % du PIB en partant
de l’hypothèse d’un taux de TVA de 5 %.
Notre expérience dans d’autres régions du monde souligne les effets
positifs de la diversification. Le Mexique, par exemple, a
réussi à accroître ses recettes non pétrolières de plus de 3 % du PIB en
élargissant l’assiette de la TVA et en relevant les impôts sur l’énergie et
sur le revenu des personnes physiques.
Dans les pays importateurs de pétrole, la grande priorité
consiste à dégager des recettes plus importantes en élargissant l’assiette
des impôts existants. Ces réformes sont de nature à
simplifier les systèmes fiscaux et à les rendre plus efficients et plus
équitables.
Cela passe, par exemple, par une rationalisation des taux de TVA multiples
ou d’autres avantages fiscaux. Citons comme mesures particulièrement
porteuses la simplification des barèmes et la suppression d’exonérations,
de trêves fiscales et d’autres niches qui ne profitent qu’à une minorité et
ouvrent la porte aux arbitrages.
L’Égypte, par exemple, a décidé l’an dernier de remplacer
son ancienne taxe générale sur les ventes par une nouvelle taxe sur la
valeur ajoutée. Une fois qu’elle sera pleinement mise en œuvre, cette
nouvelle TVA permettra de mobiliser 1,5 % du PIB de recettes supplémentaires par rapport à l’ancienne taxe.
La Jordanie et le Liban sont deux autres
bons exemples. Une TVA bien conçue et bien administrée a permis d’adopter
d’autres mesures propices à la croissance, dont la réduction des tarifs
douaniers et la diminution des impôts sur le travail et sur le capital.
Dans certains pays, la réforme fiscale signifie également une plus grande
progressivité des régimes fiscaux, en relevant le taux marginal supérieur
d’imposition des revenus des personnes physiques. Enfin, il va de soi que
les lois fiscales existantes doivent être appliquées de manière
systématique et cohérente.
Transparence
De manière plus générale, la transparence des finances publiques et le
partage de données fiables sont essentiels au bien-être de tous
les pays. Pourquoi? Cela permet de renforcer la responsabilisation des
pouvoirs publics mais aussi de doper la résilience de l’économie, ce qui
comprend notamment la réduction des coûts d’emprunt.
Par exemple, une nouvelle étude des services du FMI
[2]
montre qu’une plus grande transparence en matière de données — ce
qu’encouragent les initiatives de normes statistiques du FMI — permet
d’aboutir, au bout de trois de mois, à une réduction de 15 % des écarts de taux des obligations souveraines des
pays émergents.
Bien entendu, un meilleur recueil et un meilleur partage des données aident
les décideurs à concevoir des stratégies de réforme et à les mettre en
œuvre efficacement.
2. Intégration des réformes de la politique et de l’administration fiscales
Ces considérations m’amènent à la deuxième étape requise pour mettre en
place une stratégie de recettes fiscales, à savoir l’intégration des
réformes de la politique fiscale et des réformes de l’administration
fiscale.
Cette démarche coordonnée et simultanée peut aider les pays à éviter
certaines des longues difficultés du passé. La formule classique consistait
à mettre d’abord en place de nouvelles politiques fiscales et à
s’intéresser plus tard aux capacités administratives. En agissant sur ces
deux fronts dès le début, les pays peuvent «brûler les étapes» et passer
directement à un stade de développement plus avancé.
La Mauritanie, par exemple, a adopté une série de mesures
concertées, avec l’appui du FMI, pour simplifier et améliorer son système
fiscal tout en renforçant son administration fiscale. Cette stratégie a
contribué à une augmentation remarquable des recettes totales de l’État :
de 20 % du PIB en 2009 à 28 % en 2014.
Comment y parvenir? En renforçant l’administration fiscale dès les
premières phases du processus de réforme. Cela est essentiel pour
l’efficience et la conformité. En nous appuyant sur l’expérience des autres
pays, nous voyons deux grandes priorités.
La première concerne la simplification des codes et des règlements
. Cela concerne non seulement les lois sur les taux d’imposition, mais
aussi le droit procédural qui fixe les attributions du fisc et les droits
des contribuables.
La deuxième consiste à améliorer les compétences des agents et les
moyens techniques
pour assurer un plus grand civisme fiscal et proposer un meilleur service
aux contribuables. C’est ici que vos pays peuvent tirer parti des
innovations technologiques pour «plonger» directement dans l’ère
numérique.
La modernisation des infrastructures informatiques, comme on le voit en
Arabie Saoudite et ailleurs, permet de simplifier les déclarations et le
paiement de l’impôt, y compris grâce à la technologie mobile. Elle augmente
également les moyens de contrôle du respect des obligations, en recourant
aux données émanant de tierces parties.
Nous trouvons un autre bon exemple dans l’union douanière du CCG, qui a
fait appel à la technologie pour collecter et gérer les droits de douane
communs.
J’en profite pour préciser que le prochainForum des finances publiques qui aura lieu à Washington sera placé sous le thème des Révolutions numériques dans les finances publiques. J’espère que
vous pourrez tous vous y rendre et participer aux débats durant les
Réunions de printemps du FMI.
3. Tirer parti de l’expérience du FMI comme partenaire des réformes
Je souhaiterais maintenant expliquer en quoi le FMI peut aider à définir et
mettre en œuvre des réformes fiscales et à améliorer l’administration des
recettes. Le renforcement des capacités dans les différents pays est à mon
sens l’une des missions quotidiennes les plus importantes du FMI.
Permettez-moi de vous donner quelques exemples des activités menées durant
ces 12 derniers mois :
-
En Algérie, nous avons fourni des conseils sur les
moyens de renforcer le civisme fiscal et la qualité des services
aux contribuables.
-
En Égypte, nous avons aidé l’administration
fiscale à se préparer à la mise en place de la TVA.
-
En Iraq, nous avons dressé un bilan diagnostique
des administrations fiscale et douanière.
-
En Jordanie, nous avons aidé à améliorer
l’exactitude des données sur les contribuables, ce qui peut
renforcer le civisme fiscal et réduire les arriérés fiscaux.
-
Au Liban, nous avons fourni des conseils pour
combattre la fraude sur le remboursement de TVA et avons aidé à
renforcer les procédures de gestion des risques.
Autrement dit, nous ne ménageons aucun effort dans ces pays et dans
beaucoup d’autres pour répondre à une demande croissante
d’assistance technique et de formation.
C’est une immense fierté pour nous d’être à votre service, vous,
nos pays membres. Et nous nous efforçons de faire de notre mieux, par le
biais de nos équipes à Washington ou de nos structures locales, telles que
le Centre d’assistance technique du Moyen-Orient à Beyrouth ou le Centre
économique et financier au Koweït qui offre régulièrement des cours sur les
thèmes dont nous traitons aujourd’hui.
Conclusion
Je voudrais conclure en revenant à mon point de départ, à savoir la
nécessité de planter les graines d’une économie plus viable et plus
inclusive. Les efforts que vous déployez pour renforcer les capacités
fiscales sont d’une importance vitale pour atteindre cet objectif. Vos
économies et vos sociétés récolteront les fruits des réformes.
Cela passe avant tout par la mise au point d’une stratégie globale qui
fasse le lien entre la réforme de la politique fiscale et la réforme de
l’administration fiscale, pour produire un niveau de recettes plus élevé et
plus fiable.
Cela permettra d’améliorer la résilience des finances publiques et de bâtir
des économies au service de tous les citoyens, ici, dans cette
région, mais aussi dans le monde entier.
Shukran!
[1]
أول الشجرة بذرة
[2]
Sangyup Choi et Yuko Hashimoto. Document de travail du FMI : «The Effects of Data
Transparency Policy Reforms on Emerging Market Sovereign Bond
Spreads», (à paraître : 2017).