Le FMI a complété récemment sa revue annuelle de l’économie ivoirienne. La
reprise issue de la normalisation politique et de la bonne mise en œuvre
des réformes a contribué à une très bonne tenue de l’économie du pays
depuis 2012. La mise en œuvre de réformes structurelles innovatrices sera
nécessaire au maintien du développement au même rythme que dans le passé
récent et au partage plus universel des bienfaits de la croissance.
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Le défi principal de la politique économique est de maintenir le rythme
vigoureux de la croissance, assurer le partage équitable de ses
bienfaits, et confirmer le rôle de locomotive du secteur privé, tout en
rationalisant les finances publiques.
La tenue vigoureuse de l’économie depuis 2012 reflète la reprise issue de
la normalisation politique, l’amélioration de l’environnement des affaires,
le programme de réformes et la politique fiscale accommodante. Toutefois,
ces facteurs pourraient s’estomper à moyen terme, du fait de la
rationalisation des finances publiques et d’autres
facteurs, en l’absence de réformes structurelles innovantes visant à
favoriser le secteur privé comme moteur de la croissance.
Même si la croissance fut impressionnante, en moyenne annuelle de 9 %, la
réduction du taux de pauvreté fut modeste et le sous-emploi demeure élevé.
Le gouvernement voudrait s’attaquer à cette question en améliorant
l’infrastructure publique, bonifier davantage le climat des affaires,
affiner le ciblage pour les filets sociaux et étendre leur couverture.

- L’action du gouvernement pour améliorer le climat des affaires, y
compris dans le domaine agricole, prend de l’élan.
La Côte d’Ivoire a réalisé des progrès significatifs dans la réduction des
délais d’attribution des permis de construction, et mis sur pied un système
électronique de paiement des impôts ainsi qu’un bureau de crédit. Le pays
pourrait rattraper son retard vis-à-vis des pays pré-émergents d’Afrique
sub-saharienne notamment en renforçant les droits des créanciers et des
emprunteurs et en approfondissant la fourniture d’informations sur ceux-ci.
L’agriculture emploie la moitié des travailleurs ivoiriens. Environ 60 %
des familles des employés agricoles sont pauvres. Les femmes représentent
40 % des travailleurs agricoles, et plus de la moitié de ceux-ci n’ont pas
été scolarisés. L’appui au renforcement de la croissance inclusive passe
par l’amélioration de l’environnement des affaires et du cadre
réglementaire de l’agriculture, un secteur porteur d’un quart de la
croissance en 2017.
Le gouvernement vise à raffermir l’accès aux marchés pour les produits
agricoles en améliorant l’infrastructure des transports, étendre l’offre
d’électricité, et développer des stratégies d’accroissement de la valeur
ajoutée du cacao et de l’anacarde.
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Le statut de pays pré-émergent de la Côte d’Ivoire et les conditions
favorables des marchés de capitaux internationaux, ont élargi les
options de financement. Cependant, il est indispensable de fermement
ancrer la dette sur une trajectoire viable.
Les politiques saines du gouvernement et sa détermination à mettre en œuvre
son programme de réformes ont suscité des conditions de financement
favorables sur les euro-obligations émises par la Côte d’Ivoire en 2017 et
2018. La dette publique extérieure devrait s’établir à près de 30 percent
du PIB en 2018, ce qui est présentement considéré comme viable à moyen
terme.
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Le gouvernement ivoirien s’est engagé à réduire le déficit
budgétaire au plafond de 3 % établi par l’Union Économique et Monétaire
Ouest Africaine (UEMOA) en 2019.
La rationalisation des finances publiques de la Côte d’Ivoire, représentant
une des économies principales de l’UEMOA, est d’une importance critique
pour la stabilité macroéconomique et monétaire de la région, qui est
essentielle pour favoriser une croissance soutenue dans un contexte
susceptible d’être frappé par divers chocs.
La création de marges budgétaires adéquates pour faciliter l’exécution des
dépenses prioritaires d’infrastructure et sociales dépend de la
mobilisation de recettes supplémentaires et de la priorisation des dépenses
publiques. Le gouvernement a mis sur pied un comité incluant le secteur
privé pour collaborer aux réformes des finances publiques.
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En s’appuyant sur les acquis des réformes budgétaires structurelles, le
gouvernement améliore l’administration fiscale et la gestion des
finances publiques.
Les autorités ivoiriennes affinent les protocoles d’échanges de
renseignements entre les agences de perception de recettes, instituent le
paiement électronique des impôts, améliorent le suivi des importations, et
progressent dans la gestion des ressources humaines et l’analyse du risque.
Elles améliorent l’efficacité des dépenses publiques par le biais de la
restructuration des entreprises publiques; elles modernisent les procédures
d’appels d’offre pour la passation des marchés publics; elles améliorent la
gestion du risque budgétaire; et modernisent la gestion de la trésorerie et
les opérations du Trésor.
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Même si de nouvelles règles prudentielles renforcent la stabilité du
secteur bancaire, les poches de vulnérabilité restantes devraient être
résolues.
L’instauration par la Côte d’Ivoire de nouvelles règles prudentielles
conformes aux principes de Bâle II et III à compter de
2018 devraient améliorer la surveillance du secteur bancaire et la
discipline du marché. Ces règles comprennent une hausse des normes
minimales des fonds propres en vigueur et des normes plus strictes
concernant la concentration des prêts. Pour assainir davantage le système
bancaire, il importe d’appliquer rigoureusement les normes prudentielles au
petit nombre restant de banques qui ne les respectent pas.