D’importantes réformes mises en œuvre ces dernières années ont soutenu
la croissance et l’emploi en Belgique. Cependant, le programme de
réformes n’est pas achevé et les risques s’intensifient. Dans ce
contexte, nous encourageons les autorités à profiter des conditions
économiques favorables pour poursuivre les réformes visant à accroître
la résilience de l’économie et à renforcer son potentiel de croissance.
Les priorités devraient être les suivantes :
-
atteindre l’équilibre budgétaire à moyen terme en rendant les
dépenses publiques plus efficaces ;
-
continuer de lutter contre la fragmentation du marché du travail et
soutenir l’intégration des groupes vulnérables en améliorant les
incitations au travail, en renforçant l’éducation et la formation,
en réduisant les obstacles à la mobilité et en liant mieux les
salaires à la productivité ;
-
stimuler la croissance de la productivité en soutenant l’esprit
d’entreprise, en augmentant les investissements dans les
infrastructures, en renforçant la concurrence dans les services et
en rationalisant les réglementations ;
-
suivre de près l’accumulation de risques conjoncturels dans le
secteur financier et se tenir prêt à resserrer davantage la
politique macroprudentielle.
Contexte
1.
Dix ans après le début de la crise financière mondiale, la Belgique a
réalisé des progrès économiques significatifs, portés par des réformes
ambitieuses.
L'économie a bénéficié de neuf années d'expansion consécutives. Le PIB réel
par habitant dépasse dorénavant les niveaux qui prévalaient avant la crise
et l'emploi atteint des sommets historiques. Le gouvernement a contribué à
ces résultats positifs en mettant en œuvre une grande partie de son
programme de réformes économiques, y compris une réforme clé des retraites,
une refonte du régime d'imposition des sociétés, une réduction des
prélèvements sur le travail dans le cadre du tax shift et d'autres
réformes du marché du travail visant à promouvoir la flexibilité et à
renforcer la compétitivité. Le secteur financier est également devenu plus
résistant grâce à des changements structurels et à l'amélioration du cadre
réglementaire et de surveillance.

2.
Toutefois, il demeure de la marge pour doper davantage la croissance
potentielle et renforcer la résilience de l'économie.
Si la Belgique a mieux résisté à la crise que la plupart des pays
comparables, sa croissance a récemment ralenti et devrait rester modeste, à
1½ pour cent, l'année prochaine et à moyen terme. En outre, l'économie est
exposée à des risques extérieurs grandissants, liés à la montée du
protectionnisme, à la hausse des prix de l'énergie, à l'incertitude
concernant le brexit et à des turbulences financières accrues en Europe.
Une source de risques domestiques tient à l’essoufflement possible du
rythme des réformes dans le contexte des prochaines élections. Le principal
défi de la Belgique est donc de continuer à jeter les bases d'une
croissance potentielle plus élevée tout en renforçant sa capacité à
résister à des chocs.
Reconstituer les marges budgétaires
3.
Le gouvernement doit faire davantage pour placer la dette publique sur
une trajectoire descendante soutenue.
Ces dernières années, les autorités ont pris un certain nombre de mesures
pour réduire l’impasse budgétaire et la dette publique. Néanmoins, le
déficit n'est pas revenu aux niveaux antérieurs à la crise, malgré près
d'une décennie d'expansion économique, et il devrait continuer de se
creuser, en partie sous l’effet de l'entrée en vigueur à moyen terme des
allégements de prélèvements déjà prévus dans la législation. À plus de 100
pour cent du PIB, la dette publique demeure l’une des plus élevées de la
zone euro, la cinquième en importance, laissant à la Belgique peu de marge
de manœuvre en cas de chocs futurs. Dans ce contexte, le gouvernement
devrait abaisser le déficit structurel d'environ ½ pour cent du PIB par an
jusqu'à ce que l'équilibre structurel soit atteint. Cela nécessitera des
mesures allant au-delà de ce qui est prévu dans le projet de budget de
2019. Une coordination renforcée à tous les niveaux de pouvoir sera
essentielle pour permettre à la Belgique d'atteindre ses objectifs
budgétaires.
4.
Afin de parvenir à une situation budgétaire plus soutenable, il
convient de rendre les dépenses plus efficaces.
Avec plus de 50 pour cent du PIB, la Belgique affiche l'un des ratios de
dépenses les plus élevés d'Europe, bien que ses investissements publics
soient parmi les plus faibles. Le gouvernement devrait réduire les doubles
emplois dans l'administration publique, rationaliser la fonction publique,
réduire le niveau important des subventions et mieux axer les prestations
sociales sur les plus vulnérables. Cela allégera le déficit et créera
également une marge pour les investissements qui s’imposent dans les
infrastructures et pour la préparation de la transition énergétique. En
outre, comme le vieillissement de la population tirera vers le haut les
dépenses de retraite et de soins de santé, les autorités devraient
s'appuyer sur les réformes antérieures pour renforcer la viabilité du
système de retraite. Les réformes en matière de dépenses devraient être
complétées par des mesures visant à préserver les recettes, notamment en
diminuant davantage certaines déductions et exemptions. Pour autant que
leur neutralité du point de vue des recettes soit assurée, de nouvelles
réductions de la fiscalité sur le travail pourraient également être
envisagées, ce qui favoriserait l'emploi et la croissance.
Accroître la production potentielle
5.
Des réformes visant à diminuer la fragmentation du marché du travail
sont essentielles pour soutenir une croissance plus vigoureuse et plus
inclusive.
En dépit de gains importants au niveau de l’emploi, partiellement
attribuables à des réformes récentes, les groupes vulnérables – en
particulier les immigrants non-UE, les jeunes et les personnes faiblement
qualifiées – restent largement exclus du marché du travail. De plus, il
subsiste des disparités régionales sur les plans de la compétitivité et du
chômage et les inadéquations entre l’offre et la demande de main-d’œuvre
sont répandues. Le job deal (accord sur l’emploi) conclu durant
l’été comporte des mesures opportunes en vue de stimuler le taux d’activité
et il conviendrait de le mettre en œuvre sans délai, y compris la réforme
du régime des indemnités de chômage. Davantage d’efforts sont néanmoins
requis pour remédier aux écarts en matière d’éducation, pour renforcer la
qualité de la formation et l’apprentissage tout au long de la vie et pour
réduire les obstacles à la mobilité, spécialement pour les groupes
vulnérables. Une meilleure liaison des salaires à la productivité pourrait
contribuer à améliorer l’affectation des ressources et à soutenir la
compétitivité globale.

6.
Libérer le potentiel de croissance de l’économie nécessite également de
supprimer les goulets d'étranglement affectant la croissance des
entreprises.
La Belgique est confrontée à un manque de dynamisme des entreprises et à
une faible culture entrepreneuriale, comme en témoignent les modestes taux
d’entrée et de sortie des entreprises et la part assez limitée
d’entreprises à forte croissance. L’initiative des pouvoirs publics visant
à promouvoir le financement par actions et à développer un écosystème pour
les jeunes entreprises innovantes dotées d’un potentiel de croissance est
encourageante. Les autorités ne devraient toutefois pas en rester là. De
nouveaux efforts sont nécessaires en vue de rationaliser et d’harmoniser
les réglementations, d’augmenter les investissements dans les
infrastructures, y compris dans le secteur énergétique, d’accroître
l’efficacité des dépenses de R&D et de renforcer la concurrence dans
les services (en particulier dans les professions réglementées).
Garantir la stabilité du secteur financier
7.
Le secteur financier est devenu plus résilient depuis la crise, mais de
nouveaux défis se font jour.
Les banques ont réduit leurs bilans, ont renforcé leurs coussins de fonds
propres et de liquidité et ont adopté des modèles d’entreprise plus
conservateurs. Néanmoins, la concurrence plus vive dans un environnement de
taux d’intérêt bas a pesé sur les marges d’intérêt, a alimenté un net
accroissement du crédit et a conduit à un assouplissement des critères
d’octroi de crédits, ce qui a entraîné un gonflement de l’endettement des
entreprises et des ménages et a poussé les prix des logements à la hausse,
induisant des risques pour la qualité des actifs. Des risques externes liés
à la volatilité des marchés financiers mondiaux et à l’incertitude
entourant le brexit s’ajoutent aux défis.
8.
Dans ce contexte, les autorités doivent surveiller étroitement les
vulnérabilités et se tenir prêtes à entreprendre des actions proactives
si cela s’avère nécessaire.
Nous accueillons favorablement les nouvelles mesures macroprudentielles
visant le marché immobilier résidentiel et nous encourageons les autorités
à se tenir prêtes à activer le coussin de fonds propres contracyclique pour
augmenter la résilience si les risques cycliques devaient persister ou
s’intensifier. Les autorités pourraient aussi envisager de revoir le cadre
de décision macroprudentielle afin d’asseoir la capacité à déployer un
large éventail de politiques macroprudentielles en temps opportun. Dans le
même temps, les autorités de surveillance doivent continuer de renforcer le
contrôle des risques et de garantir la faisabilité et l’efficacité des
stratégies de résolution bancaire. Nous les encourageons également à
améliorer la préparation des secteurs financier et non financier dans le
cadre du brexit.
La mission remercie les autorités pour leur dialogue constructif et
leur aimable hospitalité.