Washington :
Le 21 juillet 2021, le conseil d’administration du
Fonds monétaire international (FMI) a achevé les consultations de 2021 au
titre de l’article IV avec la Côte d’Ivoire
[1]
.
La Côte d’Ivoire a fait preuve d’une forte résilience face à la pandémie.
Même si la croissance économique devrait être inférieure de quelque 4½ %
par rapport aux prévisions pré-COVID-19, elle est toutefois estimée à 2 %
pour 2020, ce qui classe le pays parmi les pays préémergents d’Afrique
subsaharienne les plus performants. Ces résultats ainsi que la résilience
de l’économique ont été portés par la solidité des paramètres fondamentaux
d’avant la crise, la rapidité des mesures prises par les autorités face à
la pandémie, une relativement faible dépendance à l’égard des secteurs qui
en général ont été les plus gravement touchés ailleurs, ainsi que par le
soutien de la communauté internationale, notamment du FMI.
L’économie devrait renouer avec une trajectoire de forte croissance, sous réserve d’un recul de la pandémie. Le rebond de l’activité qui a débuté au second semestre de 2020 reste solide et la croissance est projetée à 6 %
pour 2021, grâce à une reprise des exportations et des investissements à
mesure que s’apaisent les vents contraires de la pandémie, et malgré les
pénuries d’électricité à court terme. L’inflation connaît une hausse
provisoire, également portée par les ruptures d’approvisionnement dues à la
pandémie et par les pénuries d’électricité. Les autorités maintiennent
leurs mesures de soutien économique et social et redoublent d’efforts pour
obtenir des vaccins et assurer leur distribution. La croissance continue du
stock de capital, ancrée dans l’ambitieux projet de plan national de
développement, la solide consommation intérieure et la poursuite du
programme de réformes en cours devraient maintenir la croissance autour de
6-6½ % au cours de la période 2021-26, et ce malgré un assainissement
progressif des finances publiques.
Le déficit budgétaire a atteint 5,6% du PIB en 2020, car les autorités ont
à juste titre augmenté les dépenses pour venir en aide aux entreprises et
aux ménages touchés par la pandémie. La dette publique, garanties
comprises, a augmenté à 49,8 % du PIB. Le déficit des transactions
courantes devrait s’être creusé pour atteindre 3,5 % du PIB en 2020, en
raison essentiellement du repli de la demande mondiale.
Des risques de détérioration persistent. La pandémie pourrait s’avérer plus
difficile à endiguer en raison de nouveaux variants ou d’un déploiement de
la vaccination très lent, qui affaibliraient la reprise mondiale. Une forte
hausse des primes de risque mondiales pourrait compliquer l’accès aux
marchés internationaux. Sur le plan intérieur, une éventuelle prolongation
des pénuries d’énergie et des retards dans les réformes pourraient saper la
confiance et freiner l’investissement privé, tandis que les indicateurs
d’endettement pourraient se fragiliser si l’augmentation des recettes ne se
concrétisait toujours pas. La situation sécuritaire à la frontière nord
pourrait se détériorer. Du côté positif, la mise en œuvre d’un solide
programme de réformes, à définir dans le cadre du prochain plan national de
développement, continuerait de stimuler la croissance et l’investissement.
É
valuation par le conseil d’administration
[2]
Les administrateurs souscrivent à l’orientation générale de l’évaluation
effectuée par les services du FMI. Ils saluent la forte résilience de
l’économie ivoirienne, due à la rapidité des mesures prises par les
autorités face à la pandémie de COVID-19, à une décennie de politiques
macroéconomiques avisées, ainsi qu’au soutien de la communauté
internationale, notamment du FMI. La croissance devrait se rétablir en 2021
et les perspectives à moyen terme sont favorables, sous réserve
d’incertitudes et de risques extérieurs. Les administrateurs insistent sur
l’importance de maintenir les mesures de soutien jusqu’à ce que la reprise
soit solidement installée, tout en préservant la viabilité de la dette et
en encourageant la transformation de l’économie.
Les administrateurs reconnaissent qu’il convient d’assouplir l’orientation
budgétaire en 2021 pour tenir compte des investissements supplémentaires et
des dépenses de sécurité. Ils recommandent aux autorités de revenir dès que
possible à l’objectif de déficit budgétaire de l’UEMOA. Ils soulignent
qu’il est urgent d’accroître considérablement les recettes intérieures pour
créer l’espace budgétaire indispensable aux dépenses productives et
sociales, en rationalisant les dépenses fiscales, en élargissant l’assiette
de l’impôt et en renforçant l’administration fiscale. Les administrateurs
encouragent à continuer les efforts pour renforcer la gestion des finances
publiques, favoriser la transformation numérique et améliorer la
transparence budgétaire. Des efforts complémentaires s’imposent aussi pour
améliorer les dispositifs de protection sociale en mettant en place des
politiques sociales volontaristes.
Les administrateurs prennent note de la résilience du secteur financier, à
laquelle ont contribué les mesures prises par la banque centrale régionale.
Ils soulignent qu’il est indispensable de maintenir la stabilité
financière, en particulier lors du retrait des mesures de soutien, ce qui
nécessite la poursuite d’une surveillance rigoureuse du secteur financier
et une rapide restructuration des banques publiques.
Les administrateurs saluent l’élaboration d’un nouveau plan national de
développement ambitieux, qui vise à favoriser une croissance inclusive, la
transformation structurelle de l’économie et le développement du secteur
privé. Ils soulignent qu’il est important de promouvoir la bonne
gouvernance et d’améliorer le climat des affaires, notamment en adoptant
rapidement la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Les autres
mesures prioritaires consistent notamment à favoriser l’inclusion
financière, à accroître l’efficacité des marchés du travail dans le but de
faciliter la formalisation de l’économie et à renforcer la résilience face
aux changements climatiques.
Les administrateurs conviennent que la capacité de la Côte d’Ivoire à
rembourser le FMI reste satisfaisante. Notant le risque modéré de
surendettement avec un espace limité pour absorber les chocs, ils
soulignent qu’il importe de reconstituer des marges de manœuvre
budgétaires, de poursuivre une stratégie d’endettement prudente et de faire
avancer les réformes visant à développer les marchés financiers régionaux.
Les prochaines consultations au titre de l’article IV avec la Côte d’Ivoire
devraient avoir lieu selon le cycle habituel de 12 mois.
|
Côte d’Ivoire : principaux indicateurs
économiques (2018-22)
|
|
Population (2020): 26,9 millions
|
Indice de Gini (2015) : 41,5
|
|
PIB par habitant (2020) : 2 278 dollars
|
Espérance de vie : 58 ans
|
|
Pourcentage de la population en-dessous du seuil de
pauvreté (2018) : 39,5%
|
Taux d’alphabétisme : 47,2%
|
|
|
2018
|
2019
|
2020
|
2021
|
2022
|
|
|
Proj.
|
|
Production
|
|
Croissance du PIB réel (en %)
|
6,9
|
6,2
|
2,0
|
6,0
|
6,5
|
|
Prix
|
|
Inflation (en %)
|
0,4
|
0,8
|
2,4
|
2,5
|
2,2
|
|
Finances de l’administration centrale
|
|
Recettes et dons (en % du PIB)
|
14,8
|
15,0
|
15,0
|
14,7
|
15,3
|
|
Dépenses (en % du PIB)
|
17,7
|
17,3
|
20,6
|
20,3
|
19,9
|
|
Solde budgétaire (en % du PIB)
|
-2,9
|
-2,3
|
-5,6
|
-5,6
|
-4,7
|
|
Dette publique 1/ (en % du PIB)
|
36,0
|
38,8
|
47,7
|
49,4
|
50,5
|
|
Monnaie et crédit
|
|
Monnaie au sens large (variation en %)
|
13,5
|
11,0
|
21,4
|
7,9
|
8,2
|
|
Balance des paiements
|
|
Compte des transactions courantes (en % du PIB)
|
-3,9
|
-2,3
|
-3,5
|
-4,3
|
-4,2
|
|
IDE (en % du PIB)
|
0,8
|
1,3
|
1,0
|
1,1
|
1,2
|
|
Réserves de l’UEMOA (en mois d’importations)
|
4,3
|
4,6
|
…
|
…
|
…
|
|
Dette extérieure 1/ (en % du PIB)
|
23,2
|
25,5
|
30,0
|
31,2
|
30,9
|
|
Taux de change
|
|
Taux de change effectif réel (variation en %)
|
2,2
|
-4,0
|
5,2
|
…
|
…
|
|
Sources : autorités ivoiriennes ; estimations des
services du FMI ; Banque mondiale.
|
|
1/
N’inclut pas les garanties au titre de la dette.
|
[1]
Conformément aux dispositions de l’article IV de ses Statuts, le
FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations
bilatérales avec ses pays membres. Une mission des services du FMI
se rend dans le pays, recueille des données économiques et
financières, et s’entretient avec les responsables nationaux de
l’évolution et des politiques économiques du pays. De retour au
siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de
cadre aux délibérations du conseil d’administration.
[2]
À l’issue des délibérations, la directrice générale, en qualité de
présidente du conseil d’administration, résume les vues des
administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.
On trouvera une explication des termes convenus utilisés
communément dans les résumés des délibérations du conseil
d’administration à l’adresse suivante :
https://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm
.