Washington, DC
: Le Conseil d’administration du Fonds monétaire
international conclut les consultations au titre de l’article IV
[1]
et la revue de la facilité élargie de crédit (FEC) pour la République
démocratique du Congo (RDC). L’achèvement de la deuxième revue a permis de
décaisser immédiatement un montant équivalent 152.3 million DTS (environ
203 millions de dollars)
pour répondre aux besoins de financement de la balance de paiement,
portant ainsi le décaissement total à ce jour à 456.9 millions DTS
(environ 653 millions de dollars).
L’environnement macroéconomique de la RDC s’est amélioré depuis la dernière
consultation menée en 2019 au titre de l’article IV. Les autorités ont
adopté des politiques macroéconomiques prudentes, l’une des plus visibles
consistant à mettre fin au financement de l’État par la banque centrale.
Malgré la pandémie de COVID-19, des progrès macroéconomiques considérables
ont été enregistrés en 2021 et la dynamique des réformes engagées dans le
cadre du programme appuyé par la FEC a été maintenue. L’économie a connu un
rebond plus rapide que prévu, avec une croissance de 6,2 % soutenue par la
croissance des secteurs non extractifs. La variation de l’Indice des Prix à
la Consommation (IPC) est tombée à 5,3 % en glissement annuel et s’est
accompagnée d’un taux de change stable, d’autant plus que la banque
centrale a cessé d’apporter ses financements à l’État. Les résultats
budgétaires ont été meilleurs que prévu, car l’augmentation des recettes
budgétaires et du financement extérieur a permis de dégager une marge de
manœuvre pour des dépenses supplémentaires, surtout en matière
d’investissement, malgré l’accumulation d’arriérés intérieurs. La position
extérieure s’est améliorée, et les réserves internationales brutes ont
augmenté pour atteindre 3 milliards de dollars fin 2021. Cependant, malgré
un excès de liquidités, le crédit au secteur privé reste faible (soit 7 %
du PIB) et le secteur bancaire vulnérable. La fragilité de l’économie
continue de paralyser la croissance inclusive, car 72,5 % de la population
vit dans la pauvreté et l’accès aux services publics de base reste
largement insuffisant.
Les progrès réalisés dans le cadre du programme restent satisfaisants. Les
critères de réalisation quantitatifs de fin décembre 2021 et tous les
objectifs indicatifs sauf un (sur les dépenses sociales en raison des
lacunes dans la coordination inter-ministérielle) ont été atteints. Quatre
des cinq repères structurels ont été respectés, en attendant la publication
d’un contrat minier. Les progrès des deux repères structurels fixés à fin
juin 2022 sont légèrement en retard, et les services du FMI proposent de
les reporter à fin septembre. Les efforts de mise en œuvre des réformes
structurelles s’intensifient.
En 2022, l’économie de la RDC subit les contrecoups de la guerre en
Ukraine, qui a fait augmenter le coût de la vie et les coûts budgétaires
liés à la subvention des carburants. Malgré la détérioration des
perspectives économiques mondiales, la situation reste favorable, grâce à
l’amélioration des prix des minerais. La croissance a été ramenée à 6,1 %
(contre 6,4 % précédemment) et l’inflation portée à 11 %, du fait des prix
à l’importation. Le déficit du solde budgétaire intérieur (objectif du
programme) pourrait se creuser de 0,4 point de pourcentage du PIB, pour
atteindre 1,4 %, car la hausse des recettes minières ne suffira pas pour
compenser entièrement l’augmentation des coûts budgétaires liés à la
subvention des carburants, ainsi que l’accroissement des investissements
financés sur ressources intérieures pour les projets d’infrastructures
sociales prioritaires. Les autorités ont augmenté les prix du carburant
intérieur, mais elles devront consentir des efforts supplémentaires pour
réduire les subventions non ciblées et les coûts budgétaires, tout en
soutenant les ménages vulnérables à travers des transferts sociaux ciblés.
De plus, les effets de contagion de la guerre en Ukraine pourraient
contribuer davantage à l’augmentation des prix des denrées alimentaires au
niveau international et au ralentissement de l’activité mondiale, ce qui
exacerberait la détérioration des soldes extérieurs et budgétaires, les
pressions inflationnistes et l’insécurité alimentaire. Les perspectives à
moyen terme offrent l’occasion de consolider la stabilité macroéconomique
et d’intensifier les réformes structurelles, même si des risques
considérables subsistent et une grave fragilité persiste.
À la fin des délibérations du conseil d’administration, M. Okamura,
Directeur général adjoint et président, a fait la déclaration ci-après.
« Les performances macroéconomiques en 2021 ont été marquées par une
croissance élevée, une inflation contenue et des positions budgétaire et
extérieure renforcées. La performance au titre de l'accord au titre de la
facilité élargie de crédit continue d'être satisfaisante. Les perspectives
de croissance restent favorables en 2022, mais les risques à la baisse ont
augmenté en raison de la détérioration de l'environnement extérieur.
« Le déficit budgétaire devrait se creuser en 2022, la hausse des
subventions et des dépenses d'infrastructures sociales n'étant que
partiellement compensée par des recettes plus élevées que prévu. La
poursuite de la mobilisation des recettes, la maîtrise des dépenses
courantes, notamment par le biais des subventions aux carburants et des
réformes de la fonction publique, et la bonne gestion des risques
budgétaires sont essentielles pour créer un espace pour les investissements
prioritaires. Le renforcement des institutions budgétaires et de la
gouvernance, notamment en améliorant la crédibilité budgétaire et la
gestion de la trésorerie, est essentiel pour améliorer la gestion des
finances publiques et éviter l'accumulation d'arriérés intérieurs.
L'amélioration de la gestion des investissements publics renforcera
l'efficacité et la transparence.
« Le renforcement des cadres de politique monétaire et de taux de change
favorisera la stabilité des prix et la viabilité extérieure. Des efforts
continus pour accumuler des réserves tout en renforçant le rôle du taux de
change en tant qu'amortisseur sont primordiaux pour renforcer la résilience
aux chocs externes. Les efforts visant à renforcer l'indépendance, la
gouvernance et les sauvegarde de la Banque centrale du Congo doivent se
poursuivre, ainsi que les réformes visant à renforcer les cadres de
réglementation, de surveillance et de résolution bancaires.
« Faire avancer les réformes structurelles et renforcer les cadres
politiques, y compris dans la gestion des richesses naturelles, sont
essentiels pour promouvoir une croissance inclusive plus forte et durable,
car la transition énergétique mondiale offre une opportunité de
développement. Des efforts continus pour améliorer la transparence du
secteur minier, les cadres de lutte contre la corruption et de LBC/FT, le
climat des affaires et la gouvernance soutiendraient le développement du
secteur privé, la diversification économique et la compétitivité."
Évaluation par le conseil d’administration
[2]
« Les administrateurs souscrivent à l’orientation générale de l’évaluation
effectuée par les services du FMI. Ils se félicitent de la vigueur accrue
de la croissance, du renforcement de la situation budgétaire et de la
position extérieure enregistré en 2021, ainsi que des performances
satisfaisantes dans le cadre de l’accord au titre de la FEC. Bien que les
perspectives de croissance demeurent favorables en 2022, les
administrateurs relèvent une augmentation des risques de dégradation dus à
la détérioration de l’environnement extérieur résultant de la guerre en
Ukraine, notamment la hausse des prix des carburants et des produits
alimentaires et la volatilité des prix des produits de base. Ils
encouragent les autorités à poursuivre leurs politiques macroéconomiques
prudentes et à demeurer résolus dans la mise en œuvre du programme.
« Les administrateurs relèvent un modeste creusement du déficit budgétaire
intérieur en 2022 car le surplus à court terme des recettes par rapport aux
prévisions permet d’augmenter les dépenses liées aux subventions sur les
carburants et aux investissements. Ils soulignent qu’il est important de
ménager un espace pour les investissements en infrastructures et en capital
humain grâce à des réformes de la politique fiscale et de l’administration
fiscale, à la maîtrise des dépenses courantes et à une bonne gestion des
risques budgétaires. Les administrateurs se félicitent de l’engagement pris
par les autorités de réformer les subventions sur les carburants et la
fonction publique. Ils soulignent qu’un renforcement des institutions et de
la gouvernance budgétaires, notamment l’amélioration de l’exécution du
budget et de la gestion de la trésorerie, est indispensable pour mieux
gérer les finances publiques et éviter l’accumulation d’arriérés
intérieurs. Résorber les faiblesses présentes dans la gestion de
l’investissement public peut aider à accroître la capacité d’absorption et
l’efficience. Les administrateurs soulignent également la nécessité de
mieux gérer la dette tout en recherchant des financements concessionnels et
des dons.
« Les administrateurs encouragent les autorités à conforter les cadres de
politique monétaire et de taux de change afin de soutenir la stabilité des
prix et la viabilité extérieure. Ils sont favorables à ce que les autorités
envisagent un resserrement de la politique monétaire au vu de l’inflation
croissante. Ils relèvent qu’il est essentiel, pour renforcer la résilience
extérieure, de poursuivre la constitution de réserves et de renforcer le
rôle du taux de change dans l’absorption des chocs. Ils soulignent la
nécessité de poursuivre les efforts visant à conforter l’indépendance, la
gouvernance et les sauvegardes de la banque centrale, ainsi que de mener
des réformes pour améliorer les cadres de réglementation, de surveillance
et de résolution bancaire afin de remédier aux vulnérabilités du secteur
bancaire.
« Il est indispensable de poursuivre les réformes structurelles et de
renforcer le cadre d’action publique, y compris la gestion des richesses
naturelles, pour promouvoir une croissance inclusive durable et plus
vigoureuse, car la transition énergétique mondiale constitue une
opportunité de développement pour le pays. Les administrateurs encouragent
à poursuivre les efforts visant à améliorer la transparence du secteur
minier, notamment par la publication rapide des contrats, par le
renforcement des dispositifs de lutte contre la corruption, le blanchiment
de capitaux et le financement du terrorisme, et par l’amélioration de la
gouvernance afin de soutenir le développement du secteur privé, la
diversification et la compétitivité de l’économie.
« Les prochaines consultations au titre de l’article IV avec la République
démocratique du Congo devraient se tenir dans un délai de 24 mois,
conformément à la décision du conseil d’administration relative au cycle de
consultations avec les pays membres ayant conclu un accord avec le FMI. »
[1]
En vertu de l’article IV des statuts du FMI, le FMI procède,
habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec
ses pays membres. Une mission des services du FMI se rend dans le
pays, recueille des données économiques et financières, et
s’entretient avec les responsables nationaux de l’évolution et des
politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de
la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations
du conseil d'administration.
[2]
Le conseil d’administration arrête ses décisions selon la procédure
dite du défaut d’opposition lorsqu’il convient qu’une proposition
peut être examinée sans réunion formelle.
|
Tableau 1 : Principaux indicateurs économiques et
financiers, 2021-2024
|
|
|
2021
|
|
2022
|
|
2023
|
|
2024
|
|
|
Est.
|
|
CR No. 22/3
|
Proj.
|
|
CR No. 22/3
|
Proj.
|
|
Proj.
|
|
|
(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication
contraire)
|
|
PIB et Prix
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
PIB réel
|
6,2
|
|
6,4
|
6,1
|
|
6,9
|
6,7
|
|
6,9
|
|
PIB (industries extractives)
|
10,1
|
|
10,4
|
10,6
|
|
9,9
|
10,1
|
|
9,0
|
|
PIB (hors industries extractives)
|
4,5
|
|
4,5
|
4,1
|
|
5,4
|
5,1
|
|
5,9
|
|
Déflateur du PIB
|
17,6
|
|
4,8
|
8,4
|
|
6,0
|
9,7
|
|
4,8
|
|
Prix à la consommation, moyenne sur la période
|
9,0
|
|
5,6
|
8,4
|
|
6,2
|
9,8
|
|
5,6
|
|
Prix à la consommation, fin de période
|
5,3
|
|
5,8
|
11,0
|
|
6,2
|
6,8
|
|
6,1
|
|
|
(Variation annuelle en pourcentage de la monnaie au sens
large au début de la période)
|
|
Monnaie et crédit
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Avoirs extérieurs nets
|
41,5
|
|
35,3
|
32,7
|
|
27,4
|
20,8
|
|
20,3
|
|
Avoirs intérieurs nets
|
-6,4
|
|
-5,6
|
4,6
|
|
-10,4
|
12,0
|
|
4,7
|
|
Crédit intérieur
|
1,9
|
|
9,1
|
9,8
|
|
8,0
|
6,9
|
|
5,4
|
|
Monnaie au sens large
|
35,1
|
|
29,7
|
37,3
|
|
17,0
|
32,8
|
|
25,0
|
|
|
(Pourcentage du PIB, sauf indication contraire)
|
|
Situation financière de l’administration centrale
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Recettes et dons
|
13,8
|
|
12,3
|
14,0
|
|
12,7
|
14,3
|
|
14,7
|
|
Dépenses
|
14,8
|
|
14,2
|
17,5
|
|
14,7
|
17,1
|
|
17,0
|
|
Solde budgétaire intérieur
|
-0,1
|
|
-0,9
|
-1,2
|
|
-0,4
|
-0,8
|
|
-0,1
|
|
Investissement et épargne
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Épargne nationale brute
|
13,8
|
|
14,2
|
13,5
|
|
14,2
|
15,7
|
|
16,2
|
|
Investissement
|
14,7
|
|
14,7
|
13,5
|
|
14,9
|
15,7
|
|
15,9
|
|
Non public
|
9,8
|
|
10,8
|
8,0
|
|
10,7
|
10,7
|
|
10,7
|
|
Balance des paiements
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Exportations de biens et de services
|
39,5
|
|
40,8
|
44,9
|
|
41,6
|
45,5
|
|
45,6
|
|
Importations de biens et de services
|
39,2
|
|
40,7
|
42,7
|
|
41,2
|
42,7
|
|
42,4
|
|
Solde des transactions courantes
|
-0,9
|
|
-0,5
|
0,0
|
|
-0,8
|
0,0
|
|
0,3
|
|
Réserves officielles brutes (en semaines d'importation)
|
6,3
|
|
7,8
|
8,3
|
|
8,5
|
9,5
|
|
10,3
|
|
Dette extérieure
|
17,6
|
|
17,1
|
18,3
|
|
17,6
|
18,9
|
|
18,9
|
|
Service de la dette en pourcentage des recettes publiques
|
7,2
|
|
10,6
|
8,4
|
|
8,6
|
7,6
|
|
7,5
|
|
Sources: Autorités congolaises; estimations et projections
des services du FMI
|