La refonte des économies du monde arabe
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- La refonte des économies du monde arabe
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- Authors: Jihad Azour, TALINE KORANCHELIAN
- Published: September 29, 2023
Contexte et enjeux régionaux
- La région comprend une vingtaine de pays et environ 600 millions d’habitants.
- Elle s’étend sur près de 6 500 km et quatre fuseaux horaires, depuis le Maroc jusqu’à la République islamique d’Iran.
- Contrastes marqués : certains des pays les plus riches du monde (le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite) et certains des plus pauvres (la Somalie, le Soudan, le Yémen).
- Ces 20 dernières années ont été marquées par des changements importants (soulèvements du Printemps arabe de 2010–11) et par une transformation insuffisamment tournée vers l’avenir : croissance morose, faible participation des femmes au marché du travail, taux de chômage élevé chez les jeunes.
- Pressions accrues dans plusieurs pays : dette, inflation élevée, démographie, inégalités.
- Enjeu démographique et d’emploi : plus de 100 millions de personnes devraient entrer sur le marché du travail au cours des 10 prochaines années.
Stabilité macroéconomique et finances publiques
- Priorité initiale : stabilité macroéconomique et financière comme fondation des réformes structurelles.
- Conséquences des mesures COVID-19 et des aides sociales : dépenses élevées souvent financées par l’emprunt, augmentation du coût du service de la dette et réduction de la marge de manœuvre budgétaire.
- Recommandations fiscales et budgétaires :
- Remboursement de la dette tout en mobilisant des recettes via la suppression des exonérations inefficaces et l’amélioration de l’équité fiscale.
- Limitation des dépenses liées aux subventions non ciblées.
- Maîtrise de la masse salariale du secteur public (exemple : en Tunisie, ce type de dépenses absorbe les quatre cinquièmes des recettes).
- Politique monétaire : banques centrales orientées vers la stabilité des prix, avec maintien de la stabilité financière au besoin; ajustements basés sur les données récentes et l’orientation des principales banques centrales.
- Note clé : la stabilité macroéconomique est la fondation, mais pas suffisante à elle seule pour une transformation inclusive.
Filets de protection sociale et ciblage
- Situation actuelle : la plupart des dépenses sociales sont consacrées à des subventions générales non ciblées, provoquant un biais vers les riches et un gaspillage important.
- Avantages du ciblage :
- Remplacement des subventions généralisées par un appui ciblé pour améliorer immédiatement la situation des plus vulnérables.
- Exemples de réformes : Maroc (suppression des subventions aux combustibles en 2016), Égypte (mécanisme automatique d’indexation des prix des combustibles en 2019), Mauritanie (réduction des subventions non ciblées et augmentation progressive des transferts monétaires pour les plus vulnérables).
- Capacité d’action rapide grâce aux paiements numériques :
- Maroc : paiements numériques pour faire bénéficier rapidement les travailleurs informels d’un programme de transfert monétaire durant la pandémie.
- Jordanie : amélioration du ciblage du système de transferts monétaires et élargissement considérable de la portée.
Développement du secteur privé et gouvernance
- Rôle central du secteur privé : création de plus de 90 % des emplois dans les pays en développement; moteur essentiel pour l’investissement, la productivité et la compétitivité.
- Rôle du secteur public : créer un environnement propice, développer les institutions, corriger les défaillances du marché et fournir des biens publics.
- Investissement dans l’éducation et renforcement des compétences pour intégrer la main-d’œuvre dans le secteur formel et améliorer l’accès à la protection sociale.
- Élimination des obstacles juridiques et des pratiques discriminatoires pour accroître la participation des femmes au marché du travail.
- Problème des entreprises publiques : présence démesurée dans de nombreux secteurs, créant inefficacités et distorsions; statut d’employeur de premier recours pesant sur la productivité.
- Gouvernance et lutte anticorruption : mesures nécessaires pour une croissance plus rapide et plus inclusive; transparence et responsabilité pour renforcer la cohésion sociale et la confiance.
Résilience climatique et transition énergétique
- Urgence de la transition énergétique et du renforcement de la résilience au changement climatique, compte tenu des besoins hydriques et alimentaires élevés et des risques accrus de famine, conflits et déplacements.
- Impacts sectoriels : Tunisie (érosion des littoraux menaçant le tourisme et la pêche), Mauritanie (croissance pouvant baisser d’un point de pourcentage en raison de l’intensification de la sécheresse; élargissement de l’accès à l’électricité susceptible de réduire de moitié les pertes).
- Mesures déjà engagées : investissements dans les énergies renouvelables et infrastructures résilientes; augmentation du coût effectif des émissions via la suppression progressive des subventions.
- Exemples : Maroc (construction de la plus grande centrale solaire thermodynamique du monde), Égypte (première émission d’obligations vertes dans la région; accélération de l’intégration des énergies renouvelables au cours des 10 dernières années).
- Priorités recommandées :
- Prioriser les mesures avantageuses dans tous les scénarios plausibles de changement climatique.
- Renforcer les capacités d’adaptation et la préparation aux catastrophes, la gestion des ressources hydriques et les infrastructures adaptées au climat (particulièrement pour les pays à faible revenu, fragiles et en conflit).
- Simulation de la Banque mondiale pour le Maroc : l’investissement dans des infrastructures hydrauliques améliorerait la résilience face à la sécheresse, réduirait de près de 60 % les pertes de PIB et stopperait l’augmentation de la dette publique.
Numérique et transformation technologique
- Potentiel du numérique : selon la Banque mondiale, le PIB par habitant de la région pourrait augmenter de plus de 40 % à mesure que le passage au numérique accroît l’efficacité, l’inclusion et la résilience.
- Situation actuelle : adoption massive des téléphones intelligents mais commerce électronique encore à ses balbutiements; disparités d’adoption entre pays à faible revenu et pays à revenu élevé.
- Mesures publiques nécessaires : consolider l’infrastructure numérique, améliorer la maîtrise des outils numériques, renforcer les compétences de la main-d’œuvre, réduire les coûts d’adoption pour les petites et moyennes entreprises.
- Exemple : Tunisie, Startup Act de 2018 pour simplifier les démarches administratives et encourager l’entrepreneuriat et l’innovation numérique.
Approche de mise en œuvre des réformes
- Nature de la transformation : entreprise de longue haleine nécessitant plusieurs ingrédients clés :
- Appropriation totale des réformes par les pouvoirs publics pour vaincre les résistances.
- Communication transparente et dialogue bidirectionnel pour obtenir l’adhésion aux choix difficiles.
- Mise en œuvre par étapes : commencer par mesures apportant des gains importants et construire sur des résultats rapides pour créer un bilan.
- Flexibilité des plans initiaux pour s’adapter aux chocs extérieurs et aux conditions intérieures changeantes.
- Leçons : les réformes imposées de l’extérieur ne fonctionnent pas sans adhésion interne; exemples positifs d’appropriation nationale : Jordanie (programme appuyé par le FMI depuis 2019) et transformation réussie du Maroc au cours des 10 dernières années soutenue par des facilités de crédit du FMI.
Partenariats régionaux et multilatéraux
- Nécessité de relancer les partenariats régionaux face à la fragmentation mondiale ; renforcement des liens régionaux en matière de commerce et d’investissement pour compenser une possible diminution de l’intégration commerciale mondiale.
- Risques : réduction des flux de capitaux et des IDE qui limiterait le financement, la diffusion des technologies et les perspectives de croissance, en particulier pour les pays à faible revenu.
- Initiatives régionales : les membres du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar) ont pris des mesures pour appuyer les investissements régionaux; mais les échanges intrarégionaux restent faibles malgré de nombreux accords commerciaux.
- Recommandation multilatérale : institutions multilatérales mises à jour pour garantir la coopération en matière de biens publics mondiaux, une concurrence loyale et une protection appropriée des plus vulnérables; rôle d’ouverture du dialogue, recherche de consensus et encouragement d’une mise en œuvre prudente et cohérente.
La refonte des économies du monde arabe — Jihad Azour et Taline Koranchelian, Septembre 2023.
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