Le 3 février 2017, le Conseil d’administration du Fonds monétaire
international (FMI) a procédé à son premier examen formel de la banque
islamique, et a adopté une série de propositions concernant le rôle que le
FMI devrait jouer dans ce domaine. Ces propositions, et les arguments en
faveur de leur adoption, figurent dans le document des services du FMI
intitulé « Ensuring Financing Stability in Countries with Islamic Banking »
et le document d’accompagnement qui contient des études de cas.
La banque islamique continue de se développer rapidement, en taille et en
complexité, ce qui contribue à l’expansion des circuits financiers et à
l’inclusion financière dans bon nombre de pays, mais pose aussi des
problèmes aux autorités de contrôle et aux banques centrales. Si la banque
islamique représente une petite partie des actifs financiers mondiaux, elle
est présente dans plus de 60 pays et est devenue importante pour le système
dans 14 territoires. La banque islamique implique des opérations, des
structures de bilan et des risques qui diffèrent de ceux de la banque
conventionnelle. En conséquence, il est nécessaire de mettre en place un
environnement qui favorise la stabilité financière et le développement sain
de la banque islamique, y compris sur le plan du cadre juridique, du
dispositif prudentiel, du filet de sécurité financière, de la lutte contre
le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que de la
gestion des liquidités.
Au cours des 20 dernières années, le FMI a fourni aux pays membres, selon
leurs besoins, des conseils techniques sur des questions relatives à la
banque islamique et a coopéré avec les organismes normalisateurs en la
matière et les organisations internationales en vue d’établir des normes
supplémentaires pour la banque islamique dans des domaines qui ne sont pas
couverts par les normes internationales existantes. Ces dernières années,
le nombre et la complexité des questions relatives à la banque islamique
qui se posent lors des activités de surveillance bilatérale du FMI, ainsi
que la demande de conseils et de renforcement des capacités dans ce
domaine, ont augmenté, et une participation plus formelle de la part du FMI
est nécessaire.
Évaluation par le Conseil d’administration
Les administrateurs saluent l’occasion qui leur est offerte d’examiner les
propositions formulées par les services du FMI en vue de renforcer le rôle
du FMI dans le domaine de la banque islamique et ses implications pour la
stabilité financière. Les administrateurs conviennent que la banque
islamique présente une occasion pour de nombreux pays membres de renforcer
l’intermédiation financière et l’inclusion financière, ainsi que de
mobiliser des financements pour leur développement économique. Par
ailleurs, ils notent que le développement de la banque islamique et ses
complexités posent de nouveaux problèmes et représentent des risques
uniques pour les autorités de réglementation et de contrôle. Dans ce
contexte, les administrateurs appellent à redoubler d’efforts pour établir
un cadre d’action et un environnement qui favorisent la stabilité
financière et le développement sain de la banque islamique, en particulier
pour les pays où cette dernière a pris une importance systémique.
Les administrateurs souscrivent à la proposition des services du FMI
d’établir et de fournir des conseils sur les questions relatives à la
banque islamique dans le contexte de sa surveillance, de sa conception des
programmes et de ses activités de renforcement des capacités. Ils appellent
aussi les services du FMI à continuer de soutenir les travaux des
organismes normalisateurs en la matière et d’autres organisations
internationales afin de s’attaquer aux lacunes actuelles de la
réglementation internationale relative à la banque islamique. Les
administrateurs jugent fondé de prendre en considération une proposition
qui reconnaît de manière formelle les « Principes directeurs pour la
réglementation de la finance islamique (segment banque) », établis par le
Conseil des services financiers islamiques, comme norme dans le cadre de
l’initiative des normes et codes du FMI et de la Banque mondiale. Les
administrateurs attendent avec intérêt de recevoir une proposition formelle
qui serait soumise à l’approbation du Conseil dans le contexte d’un
document à paraître d’ici fin avril 2018.
Les administrateurs saluent les progrès qui ont été accomplis dans
l’établissement d’un dispositif juridique et d’un dispositif de
gouvernance, ainsi que de normes de réglementation et de contrôle pour la
banque islamique, en complément des normes internationales qui s’appliquent
au-delà des banques islamiques. Sur la base des progrès accomplis, les
administrateurs appellent à mettre en œuvre intégralement et à appliquer
systématiquement ces normes, et à renforcer les capacités de contrôle du
système bancaire islamique.
Les administrateurs soulignent qu’il importe de mettre en place des régimes
de résolution robustes qui sont propres aux banques islamiques, ainsi que
d’autres filets de sécurité financière pour les pays où opèrent des banques
islamiques. Notant la lenteur des progrès accomplis dans ces domaines, les
administrateurs soulignent qu’il importe de continuer de collaborer avec
les organismes internationaux compétents en ce qui concerne la conception
de régimes juridiques et d’arrangements institutionnels pour une résolution
efficace des banques islamiques, des systèmes de garantie des dépôts et de
lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme,
ainsi que l’adaptation du dispositif conventionnel du prêteur en dernier
ressort à la banque islamique.
Les administrateurs conviennent que la disponibilité d’actifs liquides de
qualité pour la banque islamique est importante pour une gestion efficace
des liquidités et la stabilité financière, ainsi que pour le développement
durable de la banque islamique. Dans ce contexte, ils appellent à redoubler
d’efforts pour développer les marchés des Sukuk. Les administrateurs notent
aussi qu’il importe de mettre en place des mécanismes et des instruments de
liquidité appropriés au niveau des banques centrales.
Les administrateurs conviennent que l’émergence, au cours des dernières
années, de produits financiers hybrides dans la banque islamique, qui
reproduisent les aspects correspondants de la banque conventionnelle, a
peut-être apporté des avantages, mais suscite aussi des craintes pour la
stabilité financière. Parmi ces craintes figurent l’apparition de nouveaux
risques complexes, l’applicabilité des régimes prudentiels existants, des
problèmes de gouvernance et de protection des consommateurs, ainsi qu’un
risque de réputation. Les administrateurs encouragent les services du FMI,
ainsi que les autres organismes internationaux et organes normalisateurs
compétents, à poursuivre leurs travaux pour mieux comprendre la nature de
ces activités et comment elles peuvent être réglementées de manière
efficace.