Le 22 février 2017, le Conseil d’administration du Fonds monétaire
international (FMI) a achevé les consultations au titre de l’article IV
[1]
avec Djibouti.
Djibouti développe ses infrastructures de transports et de services
publics pour tirer parti de son emplacement stratégique de
plaque-tournante maritime et d’accueil de bases militaires. Petit État situé dans la corne
aride de l’Afrique, voisin de l’
Éthiopie enclavée, Djibouti dépend essentiellement de son port en eaux
profondes. La stratégie de développement des autorités, intitulée Vision Djibouti 2035, a pour but de transformer Djibouti en un
pays à revenu intermédiaire et en un pôle logistique et commercial pour
l’ensemble de l’Afrique de l’Est.
Pour atteindre leurs objectifs de développement, les autorités ont
lancé un vaste programme d’investissements financé par l’emprunt
extérieur, qui a fait passer la dette extérieure
publique de 50 à 85 % du PIB en deux ans. Cette dette est pour
l’essentiel constituée d’emprunts contractés par des entreprises
publiques et garantis par l’État. Djibouti reste exposé à un risque
élevé de surendettement, tous les indicateurs de viabilité de la dette
dépassant leurs seuils pendant une période prolongée.
La croissance, estimée avoir atteint 6,5 % en 2016, a été portée par
les importants projets du secteur public, en particulier la ligne
ferroviaire vers l’Éthiopie, la construction de plusieurs nouveaux
ports, et un aqueduc en provenance de l’Éthiopie. L’inflation a
augmenté pour se situer à 3 % en moyenne en 2016, sous l’effet
essentiellement de la hausse des prix des produits alimentaires et des
services.
Malgré une croissance remarquable, la pauvreté et le chômage demeurent
élevés et généralisés. Près de 41 % de la population vit dans la
pauvreté, 23 % dans l’extrême pauvreté, et le taux de chômage atteint
39 %. Jusqu’à présent, les grands projets d’investissement ont eu un
impact limité sur l’emploi, dans la mesure où ils font appel à une
main-d’œuvre hautement qualifiée, souvent étrangère.
Le budget de l’administration centrale — qui selon la définition des
autorités, n’inclut pas les deux grands projets d’investissement de
l’aqueduc et de la ligne ferroviaire entrepris par des entreprises
publiques — visait un léger déficit de 0,4 % du PIB en 2016. Si l’on
inclut les deux projets, le déficit budgétaire global est estimé à 16 %
du PIB, en baisse par rapport aux 22 % du PIB en 2015. Le déficit du
solde des transactions courantes est resté important, à 29 % du PIB, et
a été financé essentiellement par l’emprunt et l’investissement direct
étranger. La couverture de la caisse d’émission est suffisante, avec un
ratio réserves-monnaie de base estimé à 109 % en 2016, tandis que les
réserves officielles internationales ont atteint l’équivalent de 3,4
mois d’importations.
La performance du secteur bancaire est restée faible et l’inclusion
financière limitée malgré des mesures prises récemment. Le secteur
financier se caractérise par un taux élevé de prêts improductifs, une
forte concentration du crédit, et une faible rentabilité, et il demeure
vulnérable aux chocs défavorables.
Évaluation du Conseil d’administration [2]
Les administrateurs notent que l’ambitieuse augmentation des
investissements en infrastructures, principalement financée par
l’endettement, contribue à rendre les perspectives globalement
favorables pour Djibouti, mais qu’elle accentue les vulnérabilités sur
le plan budgétaire et sur celui de la dette. Les administrateurs
encouragent les autorités à avancer résolument dans la mise en œuvre
des réformes cruciales destinées à transformer les investissements en
une croissance forte, inclusive et génératrice d’emploi, et à replacer
la dette sur une trajectoire viable. Les grandes priorités concernent
le renforcement de la politique et de la gestion de la dette, la
réforme fiscale et les réformes structurelles destinées à améliorer
l’efficience et la gouvernance des entreprises publiques et à renforcer
le climat des affaires.
Les administrateurs soulignent combien il est important d’élaborer une
stratégie concertée afin d’établir la viabilité de la dette, compte
tenu du risque élevé de surendettement que présente Djibouti. Ils
encouragent les autorités à adopter une loi sur la dette publique et à
fixer un ancrage explicite en matière d’endettement, comme par exemple
le ratio dette/PIB, en définissant par ailleurs une trajectoire
d’endettement pour assurer sa viabilité. Les administrateurs soulignent
qu’il est nécessaire de modérer le rythme d’emprunt de l’État et
d’éviter les prêts à des conditions non concessionnelles, y compris en
ce qui concerne les entreprises publiques. Ils encouragent les
autorités à réduire au minimum leur participation financière directe à
des formules de PPP et à éviter les garanties explicites et les
engagements budgétaires conditionnels implicites. Les administrateurs
appellent de leurs vœux un renforcement de la capacité de gestion de la
dette, de la coordination des institutions habilitées à contracter des
emprunts, et de la capacité d’évaluation des risques budgétaires liés
aux PPP, ainsi que le respect en temps opportun des obligations de
service de la dette.
Les administrateurs invitent les autorités à approfondir les réformes
fiscales pour mobiliser des recettes et réduire le large éventail
d’exonérations et de régimes spéciaux. Ils les engagent à entreprendre
une revue exhaustive des dépenses fiscales, des exonérations et des
régimes spéciaux en vue de les réduire. Cela permettrait d’élargir
l’assiette fiscale et d’accroître les recettes publiques tout en
dégageant une marge de manœuvre pour assurer le service de la dette et
financer les dépenses sociales prioritaires.
Les administrateurs engagent les autorités à accélérer la mise en œuvre
des réformes structurelles pour accompagner une croissance généralisée,
inclusive et impulsée par le secteur privé. Les réformes des
entreprises publiques devraient viser leur plus grande efficience, le
renforcement de leur gouvernance, l’amélioration de leur capacité à
gérer des projets d’investissement et l’ouverture des monopoles publics
à la concurrence. Les administrateurs appellent également de leurs vœux
des réformes pour améliorer le climat des affaires, renforcer la
concurrence, gérer la dimension distributive de la croissance et
accompagner le développement du secteur privé. Les administrateurs
encouragent également les investissements dans le capital humain et
l’éducation.
Les administrateurs encouragent les autorités à continuer de centrer
les politiques monétaire et financière sur la stabilité bancaire et
extérieure ainsi que sur l’inclusion financière. Ils invitent la Banque
centrale de Djibouti à renforcer la supervision bancaire basée sur les
risques, à réduire la concentration du crédit, à mieux mettre en
application les ratios prudentiels, à adopter un niveau minimum de
réserves et des mécanismes de résolution bancaire, et à renforcer le
dispositif de LBC/FT.
Les administrateurs constatent que le régime de caisse d’émission sert
les intérêts de Djibouti, notamment en insufflant un sentiment de
confiance et en donnant plus de prévisibilité aux transactions
internationales, et qu’il devrait être maintenu sans en modifier la
parité. Ils notent que le taux de change pourrait être quelque peu
surévalué en termes effectifs réels, mais que l’ampleur de cette
surévaluation est sujette à des incertitudes considérables. Ils
invitent les autorités à renforcer la compétitivité à la faveur de
réformes structurelles.
Djibouti: Principaux Indicateurs Économiques et Financiers,
2014–18
|
|
|
|
|
Est.
|
Proj.
|
|
|
2014
|
2015
|
2016
|
2017
|
2018
|
|
Comptes nationaux
|
(Variation annuelle en pourcentage)
|
|
PIB réel
|
6.0
|
6.5
|
6.5
|
7.0
|
7.0
|
|
Prix à la consommation (fin de période)
|
2.8
|
1.9
|
3.0
|
3.0
|
3.0
|
|
Administration centrale
|
(En pourcentage du PIB)
|
|
Recettes et dons
|
30.9
|
37.2
|
32.5
|
30.8
|
29.9
|
|
Dépenses
|
40.5
|
58.9
|
48.3
|
32.4
|
30.6
|
|
Solde global (base engagement)
|
-9.6
|
-21.7
|
-15.8
|
-1.5
|
-0.6
|
|
Variations des arriérés
|
-0.5
|
-0.6
|
-0.5
|
-0.5
|
-0.4
|
|
Solde global (base caisse)
|
-10.1
|
-22.2
|
-16.3
|
-2.0
|
-1.1
|
|
Pour mémoire:
solde global hors grands projets
|
-4.0
|
-0.9
|
-0.4
|
0.3
|
-1.1
|
|
Secteur monétaire
|
(Variation annuelle en pourcentage de la monnaie au sens
large)
|
|
Monnaie au sens large
|
6.5
|
19.0
|
8.0
|
8.7
|
8.3
|
|
Couverture de la caisse d'émission (en %)
|
110
|
107
|
109
|
109
|
109
|
|
Secteur extérieur
|
(En millions de dollars américains)
|
|
Solde du compte des transactions courantes
|
-399
|
-549
|
-542
|
-436
|
-444
|
|
(En % du PIB)
|
-25.1
|
-31.8
|
-28.6
|
-20.9
|
-19.3
|
|
Dette extérieure contractée et garantie par l'Etat
|
792
|
1,197
|
1,606
|
1,814
|
2,008
|
|
(En % du PIB)
|
49.9
|
69.3
|
84.8
|
86.9
|
87.3
|
|
Réserves officielles brutes
|
381
|
355
|
373
|
419
|
435
|
|
(en mois d'importation de biens et services de l'année
suivante)
|
3.4
|
3.1
|
3.4
|
3.7
|
3.6
|
|
Taux de change (FD/dollar, fin de période)
|
177.7
|
177.7
|
177.7
|
…
|
…
|
|
Taux de change effectif réel (moyenne annuelle, 2005 = 100)
|
96.4
|
102.7
|
103.8
|
…
|
…
|
|
(variation en %, dépréciation -)
|
0.5
|
6.6
|
1.1
|
…
|
…
|
|
Sources: Autorités de Djibouti; estimations et projections
des services du FMI.
|