Le 19 juin 2017, le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé un
accord triennal élargi au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) en
faveur du Gabon pour un montant de 464,4 millions de DTS (soit environ 642
millions de dollars et 215 % de la quote-part du pays) à l’appui du
programme de relance à moyen terme défini par les autorités.
Le programme appuyé par le MEDC aidera le Gabon à assurer la stabilité
macroéconomique et à jeter les bases d’une croissance durable et équitable.
Il vise à atteindre la viabilité de la dette au niveau national et à
contribuer à rétablir et préserver la stabilité extérieure pour la
Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
La décision adoptée hier par le Conseil d’administration ouvre la voie au
décaissement immédiat de 71,43 millions de DTS, soit environ 98,8 millions
de dollars. Le montant restant sera étalé sur la durée du programme et son
décaissement sera subordonné à des revues semestrielles.
À l’issue des délibérations du Conseil d’administration sur le Gabon, M.
Mitsuhiro Furusawa, Directeur général adjoint et Président par intérim, a
fait la déclaration suivante :
«Le Gabon se heurte à de redoutables défis macroéconomiques en raison de la
chute marquée des cours du pétrole. La croissance a ralenti, les marges de
manœuvre budgétaire et extérieure se sont rétrécies et les niveaux
d’endettement public se sont accrus. Le programme économique des autorités
appuyé par le FMI se centre à juste titre sur la correction de ces grands
déséquilibres budgétaires et extérieurs, ainsi que sur les réformes
structurelles propres à accroître l’efficience et la transparence des
dépenses publiques, et les politiques visant à renforcer la stabilité du
secteur financier et la diversification économique.
«L’accord triennal au titre du mécanisme élargi de crédit aidera à ancrer
des politiques budgétaires prudentes et une situation de balance des
paiements viable. À court terme les risques baissiers sont certes
considérables, mais les autorités ont présenté un ensemble adéquat de
mesures pour gérer les risques. À moyen terme, les perspectives économiques
demeurent positives, pour autant que les politiques envisagées dans le
cadre du programme appuyé par le FMI soient rigoureusement mises en œuvre.
«L’assainissement budgétaire contribuera à assurer la viabilité de la dette
et à appuyer la stabilisation des réserves de change régionales. Les
autorités entendent maîtriser les dépenses courantes tout en protégeant les
programmes sociaux, et mener un travail de mobilisation des recettes non
pétrolières grâce à l’amélioration de l’administration de l’impôt et à la
rationalisation des exonérations fiscales. Une gestion financière prudente
contribuera à accroître l’efficience et la transparence des dépenses
publiques, notamment pour prévenir les problèmes récurrents de dépenses
extrabudgétaires et d’accumulation d’arriérés. Les efforts visant à
améliorer la gestion des recettes pétrolières devraient également jouer un
rôle important.
«La sauvegarde de la stabilité du secteur financier et la promotion de
l’inclusion financière feront en sorte que le secteur financier accompagne
les objectifs économiques. Une résolution rapide des trois banques
publiques en difficultés et le renforcement du dispositif de supervision
des banques commerciales permettront aussi d’appuyer l’intermédiation
financière et contribueront à une croissance économique tirée par le
secteur privé.
«Une amélioration plus poussée du climat des affaires — notamment en ce qui
a trait à la création d’entreprises, à l’obtention de permis de construire,
au transfert de propriété, au paiement des taxes et impôts et à l’exécution
des contrats — aiderait à diversifier l’économie. Il est en outre
nécessaire d’améliorer la production et la diffusion de statistiques
économiques.
«La réussite du programme du Gabon dépendra aussi de la mise en œuvre de
politiques et réformes d’accompagnement par les institutions régionales».
Annexe
Évolution récente de la situation économique
Depuis le milieu de 2014, le repli des cours du brut provoque une forte
chute des exportations de pétrole et des recettes budgétaires. Dans ce
contexte, le Gabon doit relever trois grands défis macroéconomiques : le
ralentissement de la croissance, l’augmentation des niveaux d’endettement
public et l’insuffisance des marges de manœuvre budgétaire et extérieure.
Le repli de l’activité économique s’est poursuivi en 2016, avec un taux de
croissance de 2,1 %, contre 3,9 % en 2015. Malgré l’ajustement budgétaire
considérable opéré depuis 2014, la situation budgétaire globale s’est
fortement détériorée. En outre, le creusement du déficit budgétaire global
a entraîné une augmentation des besoins financiers qui s’est traduite par
un financement intérieur bancaire élevé et par une accumulation d’arriérés.
Le déficit des transactions courantes s’est creusé sensiblement en 2016,
dépassant 10 % du PIB, contre un excédent moyen d’environ 14 % du PIB sur
la période 2010-14. L’inflation moyenne a grimpé à 2 % en 2016, mais elle
reste alignée sur le critère de convergence de la CEMAC.
Les perspectives économiques à moyen terme demeurent favorables, pour
autant que des politiques prudentes soient mises en œuvre comme prévu. La
croissance peut renouer avec les niveaux antérieurs de 4-5 % grâce à la
stratégie de diversification menée par les autorités. D’importants
investissements dans l’agriculture et la logistique devraient développer un
avantage comparatif dans l’agroalimentaire et mettre en valeur les
activités d’aval liées à d’autres produits de base hors pétrole. La
stratégie de diversification du Gabon axée sur ces projets pourrait
contribuer à doper la compétitivité et la productivité et à rétablir la
stabilité extérieure dans la durée.
Synthèse du programme
Le programme triennal appuyé par le MEDC repose sur la stratégie tracée par
les Chefs d’État de la CEMAC au Sommet de décembre 2016 de Yaoundé.
Conscients des graves perturbations économiques et politiques qui
pourraient résulter d’un changement de régime de change, ils ont convenu
d’une stratégie basée sur le maintien de la parité fixe actuelle, tout en
opérant d’importants ajustements budgétaires dans chaque pays, avec
l’accompagnement d’un durcissement de la politique monétaire au niveau
régional. Dans ce contexte, le programme du Gabon appuyé par le MEDC
contribuera aux grands objectifs du programme national de relance
économique. Le programme appuyé par le MEDC repose sur trois grands piliers
: un assainissement budgétaire bien équilibré réduisant dans toute la
mesure du possible l’impact sur la croissance et protégeant les populations
vulnérables; des réformes structurelles pour accroître l’efficience et la
transparence des dépenses publiques; et des politiques destinées à
renforcer la stabilité du secteur financier et la diversification
économique.
Dans le cadre du programme appuyé par le FMI, les autorités sont
déterminées à protéger les dépenses en faveur des secteurs sociaux et à
redéployer une partie des ressources budgétaires vers ces secteurs. Le
principal objectif est de veiller à ce que les dépenses en faveur des
secteurs prioritaires — santé, éducation et protection sociale — continuent
de promouvoir la mise en valeur du capital humain et protègent les couches
de population les plus vulnérables face à l’impact de l’ajustement
budgétaire qui s’impose.
La politique budgétaire du programme vise à ramener le déficit global (base
caisse) à 4,6 % du PIB en 2017, contre 6,6 % en 2016, et le déficit
primaire hors pétrole à 8,9 % du PIB non pétrolier, contre 11 % en 2016. En
outre, le gouvernement a entrepris d’améliorer la mobilisation des recettes
non pétrolières, de renforcer le civisme fiscal et la lutte contre la
fraude fiscale, de moderniser les déclarations d’impôts et les procédures
de paiement, d’élargir l’assiette fiscale en réduisant les régimes spéciaux
et les exonérations, notamment en matière de TVA, et de créer un office des
recettes.
Une stratégie de remboursement intégral des arriérés sera également mise en
œuvre durant la période du programme appuyé par le MEDC et le gouvernement
accélérera les réformes de gestion des finances publiques, y compris pour
la mise en œuvre des directives de la CEMAC, l’amélioration de la
transparence budgétaire et de la gestion des investissements publics, et le
renforcement de la surveillance financière des entreprises publiques et des
organismes d’État.
Rappel
Le Gabon, qui a adhéré au FMI le 10 septembre 1963, dispose d’une
quote-part de 216 millions de DTS.
Pour plus d’informations sur le FMI et le Gabon :
http://www.imf.org/external/country/GAB/index.htm