Introduction
Bonjour. Je tiens tout d’abord à remercier Monsieur le Ministre Alamine Mey
de son aimable présentation. Et je souhaite aussi exprimer ma gratitude
pour l’hospitalité avec laquelle j’ai été reçu au Cameroun.
Il s’agit de ma première visite dans votre pays. Elle arrive à un moment où
le Cameroun et l’ensemble de la région de la CEMAC font face à des
problèmes économiques considérables. La chute des prix du pétrole et la
situation difficile sur le plan de la sécurité ont de graves conséquences
pour votre pays.
Je sais que vous êtes pleinement conscients de la gravité des problèmes. La
réaction du Cameroun à la crise a été impressionnante. Les pays de la
région se sont rassemblés au sommet de Yaoundé en décembre dernier à
l’invitation du Président Biya. Cette réunion a débouché sur un effort
concerté pour faire face à la crise. Les pays de la CEMAC se sont engagés à
mettre en place des politiques solides au niveau national et régional, en
opérant des réformes essentielles.
En juin, ces efforts ont conduit à l’approbation de nouveaux programmes
appuyés par le FMI en faveur du Cameroun, du Gabon et du Tchad, et à une
augmentation des ressources mises à la disposition de la République
Centrafricaine dans le cadre du programme existant.
Je félicite votre gouvernement d’avoir mené la CEMAC vers une solution
ordonnée et coordonnée de la crise. Et je félicite la population
camerounaise de sa détermination à opérer les réformes nécessaires.
Mais il ne faut pas relâcher l’effort. Votre travail ne fait que commencer.
Le Cameroun et la CEMAC font face à un grand nombre de problèmes
persistants. Il faudra s’engager dans la durée à appliquer les mesures qui
ont permis de mettre fin à la baisse des réserves de change de la BEAC.
Cela signifie que le Cameroun et les autres pays membres de la CEMAC
doivent maintenir l’ajustement budgétaire et les réformes économiques qui
peuvent rétablir une croissance vigoureuse, soutenue et inclusive.
Je souhaiterais explorer ces questions avec vous aujourd’hui. Je vais
commencer par un aperçu des perspectives de l’économie mondiale et de
l’Afrique. Ensuite, je passerai en revue les événements qui ont conduit à
la situation actuelle. Enfin, j’évoquerai le travail qui reste à accomplir
au Cameroun, notamment les réformes qui demeurent nécessaires pour affermir
la reprise et débloquer pleinement l’énorme potentiel de croissance de
votre pays.
Perspectives mondiales et régionales
Commençons par les perspectives de l’économie mondiale. Le FMI a publié ses
dernières prévisions en juillet dernier. Cette mise à jour prévoit une
croissance de 3,5 % cette année et de 3,6 % en 2018, contre 3,2 % l’an
dernier. La reprise de l’économie mondiale reste en bonne voie.
Nous tablons sur une croissance plus rapide dans la zone euro, au Japon et
dans plusieurs pays émergents, la Chine en tête. Mais la projection pour
les États-Unis est un peu plus basse que la précédente, car il est probable
que la politique budgétaire américaine sera moins expansionniste que prévu
plus tôt dans l’année.
Nous notons aussi que les prix du pétrole ont baissé cette année. Cela
s’explique par la solidité des stocks aux États-Unis et une augmentation de
l’offre mondiale. Ces conditions ne sont pas idéales pour les pays
exportateurs de pétrole comme le Cameroun.
Les perspectives des prix du pétrole constituent un élément des
perspectives difficiles de l’Afrique subsaharienne. La croissance a rebondi
: après avoir atteint 1,3 % en 2016, elle devrait monter à 2,7 % cette
année et à 3,5 % en 2018. Mais la région ne suit pas le rythme de la
reprise mondiale.
Par ailleurs, les prévisions masquent la distinction persistante, en
Afrique, entre les pays tributaires de leurs exportations de ressources
naturelles et les autres pays dont l’économie se porte mieux.
La croissance par habitant est à peine positive dans l’ensemble de
l’Afrique subsaharienne. Pour un tiers des pays de la région, elle reste
négative.
C’est le défi que vous avez à relever : comment réaliser une croissance
soutenue, et améliorer la vie de tous les Camerounais, après le grave
ralentissement économique dû à la chute des prix du pétrole.
Cet effondrement a réduit de moitié les recettes publiques dans l’ensemble
de la région de la CEMAC. Le déficit des transactions extérieures courantes
des pays de la CEMAC s’est creusé en 2016, pour atteindre 9,3 % du PIB,
contre 3,9 % en 2015. La dette publique est passée de 29 à 47 % du PIB.
Par ailleurs, les réserves de change de la BEAC ont diminué de 10 milliards
de dollars. Elles ne représentaient que deux mois d’importations environ à
la fin de 2016, soit beaucoup moins que le montant qui est généralement
nécessaire pour une union monétaire ayant une parité fixe.
Les attaques du groupe Boko Haram dans le bassin du Lac Tchad et l’afflux
de réfugiés en provenance des pays voisins ont rendu la situation
économique encore plus difficile pour le Cameroun. Ces circonstances
accentuent la pression sur les finances publiques.
L’économie camerounaise étant la plus diversifiée de la région de la CEMAC,
elle s’est montrée plus résiliente. Mais du fait des grands projets dans
les infrastructures et de l’augmentation des dépenses de sécurité, les
réserves budgétaires et extérieures diminuent rapidement. L’an dernier,
votre pays a fait face à un ralentissement de la croissance, à une
aggravation des déséquilibres budgétaires et extérieurs, ainsi qu’à une
augmentation rapide de la dette publique.
Réaction des pouvoirs publics
Le sommet de Yaoundé en décembre dernier a constitué un tournant. Les chefs
d’État des pays de la CEMAC se sont réunis ici avec notre Directrice
générale, Christine Lagarde. Ils se sont engagés à mettre en œuvre des
politiques et des réformes solides au niveau national et régional.
Au niveau national, les dirigeants se sont engagés à veiller à ce que les
finances publiques de chaque pays soient viables en dépit du bas niveau des
recettes pétrolières. Ils ont aussi avalisé des réformes structurelles qui
renforceront la gestion des finances publiques et amélioreront le climat
des affaires.
Au niveau régional, ils ont adopté des mesures qui mettront fin à
l’épuisement des réserves de la BEAC et préserveront le régime de change
fixe. Il s’agit notamment de resserrer la politique monétaire et la gestion
des liquidités, et de préserver la stabilité du secteur financier.
Comme vous le savez, cette parité fixe sert d’ancre à la politique
économique de la région depuis plusieurs décennies. Elle a été bien utile,
notamment en maintenant l’inflation à un bas niveau. Elle est fortement
enracinée dans le tissu social et économique. Je sais que bon nombre
d’entre vous se souviennent encore de la dévaluation de 1994, qui a
entraîné une perte de pouvoir d’achat pour tous les Camerounais. Le manque
de diversification économique a empêché de profiter d’une augmentation des
exportations. C’est aussi pourquoi il est essentiel de préserver le régime
de change.
Après le sommet de Yaoundé, les gouvernements ont réagi en continuant de
réduire les déficits budgétaires et courants. Les réserves de la BEAC se
sont stabilisées et ont commencé à augmenter de nouveau en juillet.
Lors du sommet, le FMI et d’autres partenaires au développement se sont
engagés aussi à aider la région. En plus de nouveaux programmes appuyés par
le FMI en faveur du Cameroun, du Gabon et du Tchad, et de l’aide
supplémentaire prévue pour la République Centrafricaine, des entretiens
avec la République du Congo et la Guinée équatoriale sont en cours.
Ces financements permettront de procéder à un ajustement plus progressif.
En outre, d’autres partenaires au développement augmentent leur assistance.
Une stratégie de stabilité et de croissance
Ces progrès sont importants. Mais, comme je l’ai dit plus haut, il ne faut
pas relâcher l’effort.
Mesdames et Messieurs, la route que le Cameroun et les pays de la CEMAC ont
choisie lors du sommet de Yaoundé est la meilleure pour retrouver la
stabilité et la croissance. Cette stratégie repose sur deux idées
fondamentales : vos pays sont interdépendants et la crise ne s’en ira pas
d’elle-même.
Les prix du pétrole resteront probablement bas pendant un certain temps. Il
reste beaucoup plus de travail à accomplir.
Les réserves de la BEAC se sont stabilisées, mais elles demeurent faibles.
Les retards observés dans la conclusion d’un accord sur un programme appuyé
par le FMI avec la République du Congo et la Guinée équatoriale pourraient
entraîner une nouvelle baisse des réserves.
La santé économique du Cameroun est relativement meilleure que celle de ses
voisins, mais il n’en est pas moins essentiel de poursuivre les réformes.
Le modèle de croissance d’avant la crise n’est pas soutenable. Par exemple,
il reposait sur une accumulation rapide de la dette pour financer un
programme ambitieux d’investissement public. Mais les capacités d’exécution
sont limitées. Trop de projets ont été entrepris tous en même temps. En
conséquence, il existe un arriéré considérable d’engagements non décaissés,
à hauteur de 20 % du PIB.
Le programme appuyé par le FMI incorpore les objectifs de réforme du
gouvernement. L’ajustement budgétaire en 2017 repose sur la loi de
finances. Les compressions de dépenses mettent l’accent sur l’élimination
du gaspillage ou des dépenses redondantes. Aucune baisse des salaires n’est
prévue dans la fonction publique, et les dépenses augmentent en faveur de
la santé, de l’éducation et d’autres priorités sociales.
Le programme n’exige pas non plus de diminution brutale des dépenses
d’investissement. L’objectif est plutôt de donner la priorité à des projets
dans les transports et l’énergie qui peuvent accélérer la croissance. Ces
projets doivent être achevés sans plus de retard. Cependant, les projets
moins stratégiques devraient être retardés ou réexaminés.
Quelles autres mesures le Cameroun doit-il prendre aujourd’hui pour
éliminer les obstacles à la croissance ? Je propose de mettre l’accent sur
trois points.
Réformes budgétaires
Premièrement, il est nécessaire d’opérer des réformes budgétaires, un
domaine essentiel du programme appuyé par le FMI.
Il est crucial d’élargir l’assiette des recettes non pétrolières, parce que
les réserves pétrolières du Cameroun sont en train de s’épuiser
progressivement. Il s’agira de rationaliser les exemptions et de concentrer
les incitations fiscales sur les secteurs prioritaires. Par ailleurs, il
sera essentiel de continuer d’améliorer les administrations des impôts et
des douanes.
Il est fondamental de mieux contrôler et d’assurer la transparence de
l’exécution du budget afin de rendre les pratiques en matière de dépenses
plus efficaces. Il est important d’améliorer le processus d’attribution des
marchés publics pour réduire les goulets d’étranglement dans les projets
d’infrastructures.
Un autre ensemble de réformes budgétaires concerne les entreprises
publiques. Bon nombre de ces entreprises souffrent d’un endettement élevé
et affichent des arriérés. En outre, les subventions aux entreprises
publiques représentent environ 1 % du PIB. Une amélioration de
l’information financière et un renforcement de la surveillance de la
gestion de ces entreprises protégeront le budget de l’État contre les
passifs conditionnels qui y sont liés.
Le programme appuyé par le FMI contribuera aux réformes budgétaires. Par
exemple, en ce qui concerne la transparence du budget, le programme prévoit
la publication de rapports trimestriels d’exécution du budget. Il soutient
aussi des réformes qui amélioreront la préparation des budgets. Seuls des
projets arrivés à maturité seront inclus dans le budget afin de garantir
une mise en œuvre efficace.
Le FMI est déterminé aussi à fournir une assistance technique et une
formation approfondies dans ce domaine. Dans les semaines à venir, les
services du FMI offriront leur assistance dans le domaine de
l’administration des recettes, de la modernisation des impôts et des
douanes, de la gestion du budget et de la gestion des risques budgétaires.
Le secteur financier est le deuxième domaine où il est essentiel d’opérer
des réformes pour rétablir la croissance. Il y a des mesures que votre
gouvernement peut prendre pour consolider la stabilité, rendre le système
financier plus accessible et améliorer l’inclusion financière.
Votre secteur bancaire s’est montré jusqu’à présent résilient face à la
crise. Mais il existe des signes de tension. La liquidité diminue et les
prêts improductifs sont en hausse. Cinq banques de petite taille et non
importantes pour le système sont insolvables ; la plupart le sont depuis de
nombreuses années.
Les autorités ont commencé à chercher à remédier à la situation des banques
insolvables et à réduire les prêts improductifs. Le FMI accorde son aide
dans ce domaine en collaborant tant avec le Cameroun qu’avec la COBAC. Il
est prévu de prendre des mesures supplémentaires pour donner au secteur
privé un meilleur accès aux services financiers. Cela contribuera à
stimuler la croissance.
Améliorer le climat des affaires
Enfin, le troisième domaine de réforme concerne le climat des affaires. Un
grand nombre d’enquêtes, y compris celle de la Banque mondiale sur la
pratique des affaires, indiquent que la compétitivité du Cameroun reste
faible.
Il est évident que si les règles du jeu sont claires et simples, les
investisseurs seront présents quelles que soient les incitations fiscales.
Donc, plutôt que de créer des régimes ou incitations spéciaux, il serait
bien plus efficace de réduire les formalités administratives, de simplifier
le système fiscal et de permettre au secteur privé de participer aux
secteurs principaux de l’économie.
Rien n’est plus important pour améliorer le climat des affaires que de
combattre la corruption. Selon un document récent du FMI, on considère de
plus en plus à l’échelle mondiale que la corruption systémique peut
compromettre la capacité de l’État à rendre la croissance plus durable et
inclusive. La corruption est un cancer silencieux qui érode la
compétitivité et la crédibilité des entreprises, quel que soit le niveau de
développement d’un pays.
Le Cameroun et les pays de la CEMAC doivent s’attaquer vigoureusement à ce
problème pour sortir de cette crise et poursuivre leur croissance. Le FMI
et la Banque mondiale collaborent étroitement avec votre gouvernement pour
trouver des solutions pratiques. Il s’agit notamment d’encourager les pays
à adhérer à l’initiative sur la transparence des industries extractives,
comme l’a fait le Cameroun en 2007. Cela permet d’améliorer la
communication d’informations relatives aux recettes tirées du pétrole et
d’autres produits de base.
Conclusion
En conclusion, le FMI est parfaitement conscient de la gravité des
problèmes auxquels le Cameroun et la région de la CEMAC sont confrontés. La
chute des prix du pétrole vous a placés face à un dilemme profond. Il est
fort improbable que ces prix rebondiront pour atteindre les niveaux
observés avant 2014.
Il convient de mettre en œuvre des réformes qui faciliteront la
transformation continue de votre économie de manière à en faire profiter
tous les Camerounais.
Le FMI est fermement déterminé à aider le Cameroun à cet égard, notamment
grâce à l’aide financière prévue dans le programme qu’il appuie aujourd’hui
dans le pays. Nous continuerons aussi à offrir des conseils et à contribuer
à la mise en place d’une stratégie globale qui vise à renforcer la capacité
de vos autorités à faire face à la crise actuelle et aux difficultés
futures.
Je peux vous assurer que le FMI restera un partenaire fiable à l’appui de
vos efforts de réforme, et, personnellement, je me réjouis de participer à
ce processus. Je vous remercie de votre attention.