Une mission du Fonds Monétaire International (FMI), dirigée par Madame
Nicole Laframboise, a discuté avec les autorités haïtiennes à
Port-au-Prince et à Washington dans le cadre de la consultation au titre de
l’Article IV. À l’issue des réunions, Madame Laframboise a fait la
déclaration suivante :
« Nous remercions vivement les autorités haïtiennes ainsi que les
fonctionnaires et employés du secteur public et les représentants du
secteur privé et de la société civile avec qui nous avons discuté, pour
leurs efforts en vue de la tenue de cette consultation, malgré une
situation très difficile en Haïti.
Haïti est confrontée à une crise politique, économique, et sociale sans
précédent. Les blocages répétés du pays en novembre 2018, février, juin et
septembre 2019 ont affecté sévèrement l’activité économique. La croissance
pour l’année fiscale 2019 devrait être autour de -1,2 pour cent, tandis que
l’inflation est estimée à plus de 20 pour cent à fin septembre, alimentant
la pauvreté et l’insécurité et privant l’État des moyens d’investir et de
soutenir l’activité.
Depuis mars 2019, l’absence d’un gouvernement ratifié par le Parlement, a
entravé l’approbation par le FMI de l’accord conclu au niveau technique
pour un programme au titre de la Facilité Elargie de Crédit (FEC). Cela a
aussi entrainé la suspension des supports budgétaires extérieurs.
Nos projections à moyen terme ne prévoient pas de grandes réformes, qu’il
est irréaliste d’envisager à ce stade, et tablent sur une stabilisation de
la situation politique et du PIB au cours de l’année 2020
avec une très faible reprise de la croissance autour de 0,9 pour cent
en 2021
.
Dans ce contexte, il serait difficile d’envisager un taux d’inflation
très en-deçà de 20 pour cent par an pour les deux prochaines années.
De même, la croissance potentielle est estimée à 1,5 pour cent par an à
plus long terme.
La poursuite de la crise politique actuelle serait dévastatrice pour le
pays avec des conséquences de moyen terme plus sévères en raison des pertes
de capital physique et humain.
D’un autre côté, une sortie de crise dans le court terme pourrait conduire
à un rebond de l’activité économique. La nomination d’un gouvernement
déterminé à entreprendre des réformes et la reprise de l’appui de la
communauté internationale permettraient de desserrer la contrainte
budgétaire. Il s’en suivrait une augmentation des dépenses publiques,
notamment d’investissement, en même temps qu’une réduction du financement
de la banque centrale
facilitant ainsi une baisse de l’inflation et une hausse de la
croissance à court et moyen et long-terme.
La priorité immédiate doit être la stabilisation de la situation
économique. À défaut d’un budget soumis à l’examen du parlement, il est
important que le gouvernement prépare et publie, comme annoncé, un cadre
budgétaire pour 2020 dans les plus brefs délais. Ce cadre devrait inclure
des mesures pour contenir les dépenses non-prioritaires et améliorer la
collecte des recettes fiscales, particulièrement par le renforcement de
l’administration fiscale et la réduction des exemptions d’impôt.
Nous félicitons les autorités pour la signature et le respect du Pacte de
Gouvernance Économique et Financière entre la Banque de la République
d’Haïti et le Ministère de l’Economie et des Finances, qui a contribué à
stabiliser l’inflation et le taux de change jusqu’à la fin de septembre
2019. La reconduction de ce pacte est nécessaire pour limiter de nouveau le
financement monétaire du déficit budgétaire, source d’inflation.
Nous félicitons les autorités des efforts mis en œuvre pour finaliser la
rédaction d’une Politique Nationale de Protection et de Promotion Sociale
(PNPPS) et encourageons le Conseil des ministres à adopter formellement
cette politique et à lancer un nouveau programme pilote de transferts
monétaires aux personnes vulnérables. La PNPPS doit permettre de réduire la
fragmentation et la superposition des programmes existants, source
d’inefficacité. Les services du FMI recommandent que cette politique
conduise à la mise en place, sous l’égide du Ministère des Affaires
Sociales et du Travail (MAST), d’un nombre limité de programmes de
transferts monétaires à destination de groupes vulnérables de la
population.
La lutte contre la corruption est une autre priorité de court terme.
L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) doit voir ses moyens
juridiques et financiers renforcés pour assurer pleinement sa mission. Le
Comité de Pilotage prévu dans la Stratégie Nationale de Lutte contre la
Corruption de 2009 doit être mis en place avec l’intégration des
représentants indépendants de la société civile et doit participer à la
préparation de la nouvelle stratégie anti-corruption. Les obligations de
déclaration du patrimoine « des personnalités politiques, fonctionnaires et
agents publics », doivent être appliquées conformément aux lois régissant
la matière (Loi du 12 février 2008). Les mesures de lutte contre le
blanchiment d’argent peuvent renforcer les efforts de lutte contre la
corruption, notamment la vérification de la provenance de fonds par les
banques dans le cadre de leurs obligations de connaissance du client, en
particulier les personnes politiquement exposées.
Nous souhaitons que le retour à la stabilité politique permette un
consensus sur un ensemble de réformes plus approfondies en matière de
gestion des finances publiques, d’amélioration de la gouvernance
économique, d’organisation et de fonctionnement du secteur de l’énergie
ainsi que de la protection et de la promotion sociale.
Haïti dispose du potentiel pour une croissance plus forte et plus
inclusive. Le FMI continue à fournir des conseils stratégiques et une
assistance technique et se tient prêt à aider à la réalisation de ce
potentiel avec un soutien plus intensif, une fois les conditions politiques
réunies.