Washington DC: La reprise s’annonce difficile et les dirigeants disposent de moins de
ressources tandis qu’ils lèvent prudemment les restrictions et rouvrent leurs
économies. Il est urgent d’opérer des réformes porteuses de transformation pour
relancer une croissance résiliente, ce qui sera difficile sans aide extérieure,
note le Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier rapport sur les
Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne.
« L’Afrique subsaharienne est confrontée à une crise
sanitaire et économique sans précédent », a souligné Abebe Aemro Selassie,
directeur du département Afrique du FMI. « En quelques mois à peine, cette
crise a mis en péril des années de gains durement acquis par la région sur le
plan du développement et a bouleversé les vies et les moyens de subsistance de
millions de personnes. L’apparition de la pandémie a été différée en Afrique
subsaharienne et les taux de contamination ont été relativement bas par rapport
aux autres régions du monde. Cependant, la recrudescence de nouveaux cas dans
de nombreux pays avancés et la menace de vagues récurrentes de contaminations
dans toute la région donnent à penser que la pandémie restera probablement une
préoccupation très concrète dans les temps à venir.
« Toutefois, face aux coûts économiques et sociaux
élevés, les pays commencent aujourd’hui à rouvrir leur économie avec prudence
et cherchent des solutions pour relancer la croissance. Avec l’instauration de
confinements, l’activité dans la région a reculé brutalement au deuxième
trimestre de 2020. Néanmoins, sous l’effet d’un assouplissement des
mesures d’endiguement, d’une hausse des cours des produits de base et d’une
détente des conditions financières, des signes d’une reprise hésitante au
second semestre de l’année sont visibles.
« Dans l’ensemble, l’économie de la région subira une
contraction de 3,0 % en 2020 selon les projections, soit les pires
perspectives jamais établies. Les pays tributaires du tourisme ont subi les
plus fortes répercussions, tandis que les pays exportateurs de produits de base
ont été durement touchés aussi. La croissance dans les pays où l’économie est
plus diversifiée ralentira fortement mais restera dans bien des cas positive
en 2020.
« Pour 2021, une croissance régionale de 3,1 % est
prévue. Il s’agit d’une expansion plus faible que celle attendue dans une bonne
partie du reste du monde, ce qui s’explique en partie par la marge d’action
relativement restreinte de l’Afrique subsaharienne pour pérenniser une
politique budgétaire expansionniste. Les principaux moteurs de la croissance
en 2021 seront notamment une embellie des exportations et des cours des
produits de base, sur fond de reprise de l’économie mondiale, et un
redressement de la consommation et de l’investissement privés.
« Une incertitude plus grande qu’à l’accoutumée entoure les
perspectives actuelles, qui dépendent de la persistance du choc de la COVID‑19,
des aides financières extérieures disponibles et de la mise au point d’un
vaccin efficace, éprouvé et d’un prix abordable.
Dans ce contexte, M. Selassie a fait part d’un certain
nombre de priorités d’action.
« Dans les pays où la pandémie perdure, la priorité reste
de sauver des vies et de protéger les moyens de subsistance. Dans les pays où
la pandémie est mieux maîtrisée, les dirigeants cherchant à relancer leur
économie feront face à des choix difficiles car leurs ressources sont
restreintes. Les politiques budgétaires et monétaires devront trouver un
équilibre entre le besoin de dynamiser l’économie et les impératifs de
viabilité de la dette, de stabilité extérieure et de crédibilité à plus long
terme. La réglementation et le contrôle du secteur financier devront aider les
banques et les entreprises touchées par la crise, sans mettre en péril la
capacité du système financier à appuyer la croissance à plus long terme. Ces
efforts devront aussi être mis en regard de la nécessité de préserver la
stabilité sociale tout en préparant le terrain à une croissance durable et
inclusive à long terme.
« Relever un défi aussi complexe ne sera pas chose
aisée et nécessitera un appui extérieur constant. En effet, en l’absence d’une
aide massive, de nombreux pays peineront à simplement préserver la stabilité
macroéconomique tout en répondant aux besoins essentiels de leur population.
Dans ce contexte, le FMI a réagi rapidement et a décaissé environ 17 milliards
de dollars jusqu’à présent en 2020, soit environ 12 fois plus qu’à l’habitude
sur une année, pour couvrir une part élevée des besoins de la région et aider à
mobiliser une aide supplémentaire de la communauté internationale.
« Pour autant, l’Afrique subsaharienne fait face à des
déficits de financement considérables à terme. Si les apports financiers privés
restent inférieurs à leurs niveaux d’avant la crise, et même en tenant compte
des engagements existants de la part des institutions financières
internationales et des créanciers bilatéraux officiels, l’Afrique subsaharienne
pourrait accuser un déficit de l’ordre de 290 milliards de dollars sur la
période 2020-23. C’est important, sachant qu’un déficit de financement plus
élevé pourrait contraindre des pays à opter pour un rééquilibrage budgétaire
plus brutal, ce qui se traduirait par une reprise plus fragile.
« Les pays ont aussi leur rôle à jouer : la poursuite
des réformes de la gouvernance améliorera la confiance dans l’état de droit et
le climat des affaires, mais encouragera aussi l’aide extérieure.
« Malgré les effets persistants de la crise, le potentiel
de la région et l’ingéniosité de sa population demeurent intacts. Il sera
indispensable d’exploiter ce potentiel pour que la région renoue avec une
trajectoire de développement durable et inclusif. Dans ce contexte, il est plus
urgent que jamais d’opérer des réformes porteuses transformation afin de
promouvoir la résilience, d’accélérer la croissance à moyen terme et de créer
les millions d’emplois qui sont nécessaires pour absorber les nouveaux
arrivants sur le marché du travail. Les réformes prioritaires se situent dans
les domaines de l’augmentation des recettes, de la transformation numérique, de
l’intégration commerciale, de la concurrence, de la transparence et de la
gouvernance, ainsi que de l’atténuation du changement climatique. »