Washington, le 22 juillet 2021.
Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a
approuvé le 14 juillet 2021 un ensemble de réformes des mécanismes de prêt
concessionnel de l’institution en vue de mieux soutenir les pays à faible
revenu pendant la pandémie et la période de reprise. Il a également
approuvé une stratégie de financement connexe afin de renforcer la
viabilité à long terme du fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté
et pour la croissance (fonds fiduciaire RPC). Ces réformes visent à assurer
que le FMI aura la capacité de répondre aux besoins des pays à faible
revenu avec une certaine souplesse à moyen terme, tout en continuant de
fournir des prêts concessionnels à taux d’intérêt nul.
Les prêts du FMI en faveur des pays à faible revenu ont connu un bond
spectaculaire en 2020 (huit fois plus que les niveaux moyens de prêt entre
2017 et 2019) et devraient se maintenir à un niveau élevé pendant plusieurs
années, les pays à faible revenu sollicitant une aide financière qui leur
permette de riposter à la pandémie et de s’en relever. L’aide financière
future devrait prendre majoritairement la forme d’accords de prêt
pluriannuels, alors qu’en 2020 l’aide provenait principalement des
mécanismes de financement d’urgence du FMI.
La pièce maîtresse des réformes ainsi approuvées consiste en une
augmentation de 45 % des limites normales d’accès au financement
concessionnel, conjuguée à l’élimination des strictes limites d’accès pour
les pays les plus pauvres, sous réserve que leurs programmes économiques
remplissent les critères pour un accès supérieur à la normale. Ce
relèvement des limites d’accès permettra de fournir davantage d’aide
concessionnelle aux pays à faible revenu qui présentent d’importants
besoins de financement de la balance des paiements et qui appliquent des
programmes économiques solides pour rétablir une croissance inclusive, tout
en maintenant l’endettement dans des proportions viables.
Afin de soutenir les financements concessionnels en faveur des pays à
faible revenu par l’intermédiaire du fonds fiduciaire RPC, des ressources
sous la forme de dons sont indispensables pour couvrir les coûts liés à
l’octroi de prêts sans intérêt. En 2019, une évaluation du fonds fiduciaire
RPC avait conclu que celui-ci disposait de ressources suffisantes pour
financer les bonifications d’intérêt sur les prêts concessionnels du FMI,
de façon autoentretenue sur le long terme. Cependant, l’ampleur des prêts
liés à la pandémie, qu’ils aient déjà été accordés ou doivent l’être au
cours des prochaines années, dépasse de très loin ce qui avait été prévu ou
observé et se traduit par une nette insuffisance des ressources
nécessaires.
La première des deux phases de la stratégie de financement pour renforcer
la situation financière du fonds fiduciaire RPC viserait à collecter 2,8
milliards de DTS sous la forme de ressources de bonification (pour
permettre l’octroi d’un taux d’intérêt nul) en conjuguant des ressources
internes du FMI et des contributions volontaires recueillies auprès de pays
membres du FMI à l’économie plus solide. Il conviendrait également de
mobiliser des ressources de prêt pour le fonds fiduciaire RPC d’un montant
de 12,6 milliards de DTS, ce que permettrait le « redéploiement » de DTS
existants et de nouveaux DTS. La deuxième phase, prévue pour 2024–25,
consisterait à trouver une solution durable pour le financement du modèle
de prêts concessionnels du FMI, en s’appuyant sur une évaluation actualisée
de la demande probable de financement du FMI en faveur des pays à faible
revenu.
Évaluation par le conseil d’administration
Les administrateurs soutiennent l’ensemble de réformes proposé pour le
mécanisme de financement concessionnel et la stratégie de financement en
deux phases qui l’accompagne pour assurer la viabilité des prêts
concessionnels.
Les administrateurs reconnaissent que les pays à faible revenu ont été très
durement touchés par la pandémie de COVID-19 et que ces pays éprouveront
des difficultés considérables à réaliser une croissance inclusive et
durable au cours des prochaines années. Ils prennent note de ce que le FMI
a réagi rapidement pour apporter un appui financier d’une ampleur inédite
aux pays à faible revenu ; l’institution devrait continuer de soutenir les
pays qui mettent en œuvre des programmes économiques solides visant à
assurer la reprise après la pandémie et à améliorer le niveau de vie.
Les administrateurs conviennent pour la plupart que les réformes proposées
permettraient au FMI d’être plus à même de répondre aux besoins des pays à
faible revenu. Ils soutiennent la proposition de relever les limites
d’accès normal aux ressources du fonds fiduciaire pour la réduction de la
pauvreté et pour la croissance (fonds fiduciaire RPC) et d’éliminer les
limites d’accès exceptionnel en ce qui concerne les pays les plus pauvres.
Quelques administrateurs expriment toutefois des réserves quant à
l’élimination totale du plafonnement de l’accès exceptionnel des pays à
faible revenu aux ressources du fonds fiduciaire RPC. Quelques
administrateurs suggèrent d’assortir les nouvelles limites d’accès d’une
clause de caducité dont la date coïnciderait avec celle de la prochaine
revue exhaustive des mécanismes de prêt concessionnel.
Les administrateurs conviennent dans l’ensemble que le relèvement des
limites d’accès donnerait au FMI une plus grande flexibilité pour accroître
l’aide financière à des conditions concessionnelles en faveur de pays
appliquant de solides programmes de réformes. Ils soulignent toutefois que
les niveaux d’accès prévus dans chacun des programmes appuyés par le FMI
doivent rester fondés sur une évaluation au cas par cas appliquant les
critères d’accès établis, dont les besoins de financement de la balance des
paiements, la solidité du programme économique et la capacité à rembourser
le FMI. Dans ce contexte, la plupart des administrateurs rappellent
l’importance de préserver le rôle reconnu que joue le FMI pour mobiliser
d’autres sources de financement, mais notent que l’institution doit
répondre aux besoins de ses pays membres conformément à son mandat, tout
particulièrement en période de crise. Ils soutiennent la proposition de
simplifier les normes d’accès, tout en soulignant que ces normes ne
constituent ni un plancher ni un plafond pour les niveaux d’accès prévus
dans chaque programme.
À l’heure où de nombreux pays à faible revenu présentent une vulnérabilité
considérable en matière de dette, les administrateurs conviennent que la
conception de programmes doit être attentive à l’évolution escomptée de la
charge de la dette et au risque de surendettement des pays. Puisque
l’augmentation du volume de prêt exposerait l’institution à un risque de
crédit accru, il conviendra d’effectuer des analyses plus poussées de la
capacité à rembourser le FMI. Les administrateurs soutiennent la
proposition de donner une plus grande place à la dynamique de la dette et à
la capacité de remboursement dans les analyses effectuées par les services
et dans les documents relatifs aux programmes, conformément aux
orientations examinées à l’annexe VI du document du conseil
d’administration. À cet égard, les administrateurs soulignent l’importance
de prendre en compte les circonstances propres à chaque pays et invitent le
FMI à soutenir le développement des capacités en matière de gestion de la
dette.
Les administrateurs soutiennent la proposition des services du FMI visant à
aligner étroitement les critères d’accès exceptionnel aux ressources du
fonds fiduciaire RPC sur les exigences des sauvegardes relatives au crédit
combiné élevé, tout en maintenant la disposition actuelle selon laquelle
seuls les pays à faible revenu plus pauvres peuvent prétendre à un accès
exceptionnel au titre du fonds fiduciaire RPC. Toutefois, un certain nombre
d’administrateurs expriment des réserves quant à l’élimination, dans le
dispositif d’accès exceptionnel au fonds fiduciaire RPC, de l’exigence
selon laquelle les programmes conclus avec des pays présentant un risque
élevé de surendettement (ou en situation de surendettement) doivent être
associés à une restructuration de la dette. Les administrateurs acceptent
de prolonger encore, jusqu’à la prochaine revue exhaustive des mécanismes
en faveur des pays à faible revenu, le relèvement temporaire des seuils
d’accès qui déclenchent des procédures de sauvegarde en matière d’accès
élevé aux ressources du fonds fiduciaire RPC.
Les administrateurs soutiennent les propositions de modifier le dispositif
qui permet de déterminer si les pays à faible revenu doivent combiner des
ressources concessionnelles (fonds fiduciaire RPC) et des ressources non
concessionnelles au titre du compte des ressources générales (CRG). Ils
saluent la modification qu’il est proposé d’apporter au seuil de revenu
afin de limiter pour chaque pays l’effet d’une évolution temporaire des
revenus sur son obligation de panacher ou non les ressources de
financement, et sont d’accord avec les propositions visant à simplifier le
rôle des facteurs de vulnérabilité de la dette dans la détermination de
cette obligation.
Un grand nombre d’administrateurs préconisent un examen plus poussé de la
possibilité de permettre à tous les pays admissibles au fonds fiduciaire
RPC de satisfaire leurs besoins de financement au moyen des mécanismes de
ce fonds, ainsi que l’instauration d’un système de double taux d’intérêt
pour le fonds fiduciaire RPC. Ils relèvent que cette voie pourrait être
avantageuse pour les pays à faible revenu qui sont actuellement tenus de
panacher les sources de financement, tout en réduisant légèrement les coûts
de bonification des prêts au titre du fonds fiduciaire RPC. Quelques
administrateurs ne voient pas l’intérêt d’appliquer cette proposition,
compte tenu de la pression qu’elle ferait peser sur la couverture des
réserves. Dans l’ensemble, les administrateurs conviennent que, vu que
cette approche entraînera l’augmentation des prêts au titre du fonds
fiduciaire RPC, elle ne sera viable que si des ressources sont mises à
disposition pour garantir des ressources de prêt suffisantes et un niveau
acceptable de couverture des réserves.
Les administrateurs approuvent la proposition de stratégie de financement
en deux phases pour le fonds fiduciaire RPC, qui prévoit une collecte de
fonds à moyen terme pour combler son déficit en ressources occasionné par
la pandémie ; cette proposition sera suivie d’un examen de l’adéquation à
long terme de l’enveloppe de prêt au titre du fonds fiduciaire, des besoins
de financement correspondants et des moyens de satisfaire ces besoins dans
le cadre de la prochaine revue exhaustive des mécanismes de prêt
concessionnel, qui se tiendra pendant l’exercice 2024–25.
Les administrateurs soutiennent les objectifs de collecte de fonds pour la
première phase de la stratégie, à savoir 12,6 milliards de DTS
supplémentaires en ressources de prêt pour le fonds fiduciaire RPC et 2,8
milliards de DTS en nouvelles ressources de bonification. Ils soutiennent
dans l’ensemble le relèvement à 68 milliards de DTS de la limite d’emprunt
cumulé au titre du fonds fiduciaire RPC, afin de permettre la mobilisation
de ces ressources de prêt. Les administrateurs conviennent que les
ressources de bonification doivent être dégagées i) en suspendant jusqu’à
la fin de l’exercice 2026 le remboursement des dépenses administratives du
fonds fiduciaire RPC au CRG,et ii) en mobilisant 2,3 milliards de DTS par
une large campagne de financement bilatéral veillant à une bonne
répartition des charges. Quelques administrateurs ont souligné qu’il sera
essentiel que le FMI consente lui-même des efforts, y compris en
envisageant de recourir davantage à ses ressources internes, avant de
solliciter des contributions bilatérales auprès des pays membres. Les
administrateurs se félicitent de la variété des options offertes aux
bailleurs de fonds pour apporter leur concours, avec une certaine souplesse
sur les plans des échéances et des mécanismes de contribution aux
ressources de bonification. À cet égard, ils soutiennent la création de
deux nouveaux comptes pour le fonds fiduciaire RPC — un compte de réserve
de bonification et un compte de dépôt et d’investissement — afin de
faciliter les contributions des pays membres à la bonification du fonds
fiduciaire RPC ; le compte de réserve de bonification servirait également
de compte de réserve supplémentaire, renforçant ainsi le taux de couverture
des réserves.
Les administrateurs relèvent que le mécanisme de taux d’intérêt du fonds
fiduciaire RPC, adopté en 2009 et modifié en 2019, a globalement fonctionné
comme prévu. Pour la suite, ils conviennent que les taux d’intérêt
applicables à tous les prêts octroyés dans le cadre des mécanismes du fonds
fiduciaire resteront nuls jusqu’à la prochaine revue de la hiérarchie des
taux d’intérêt, prévue d’ici fin juillet 2023.
Les administrateurs saluent la réactivité exceptionnelle des bailleurs de
fonds aux demandes de financement présentées par le FMI au cours des 18
derniers mois. Ils reconnaissent que les demandes d’appui actuelles sont
considérables, même si elles sont étalées sur plusieurs années, mais ils
soulignent que le fonds fiduciaire RPC a joué un rôle vital dans la riposte
à la pandémie et que, moyennant un soutien suffisant, il continuera
d’apporter un appui essentiel aux pays à faible revenu pendant la période
de reprise et par la suite. Un grand nombre d’administrateurs recommandent
d’explorer sans tarder toutes les options de financement, y compris la
mobilisation des ressources internes du FMI et une éventuelle vente d’or
avant la deuxième phase. Toutefois, un petit nombre d’administrateurs
n’appuient pas les propositions de vente ou de nantissement d’or, eu égard
à la complexité des processus et au temps requis pour les réaliser, ainsi
qu’aux incidences éventuelles pour la solidité du compte de patrimoine du
FMI.
Étant donné le degré d’incertitude considérable qui entoure tant la demande
potentielle en ressources concessionnelles que l’échelonnement et l’ampleur
des contributions des bailleurs de fonds, les administrateurs soulignent la
nécessité de suivre de près l’évolution de la situation financière du fonds
fiduciaire RPC et soutiennent la proposition des services visant à examiner
chaque année l’adéquation de ses ressources. Un petit nombre
d’administrateurs soulignent qu’il importera de mener fréquemment des
revues pour permettre au conseil d’administration d’assurer un contrôle
suffisant et de prendre le cas échéant des mesures correctrices, y compris
un éventuel ajustement des politiques de prêt. Un certain nombre
d’administrateurs demandent également que le conseil d’administration soit
informé de la progression de la collecte de fonds après l’assemblée
annuelle de cette année. Les administrateurs attendent avec intérêt la
première revue annuelle de la situation financière du fonds fiduciaire RPC,
qui sera menée avant les réunions de printemps de 2022.