Washington.
Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a
achevé les consultations au titre de l’article IV
[1]
avec le Vanuatu.
La pandémie de COVID-19 et de graves catastrophes naturelles ont frappé
durement l’économie du Vanuatu en 2020. Grâce à l’action décisive des
pouvoirs publics, aucun cas de transmission intérieure de la COVID-19
n’est à déplorer au Vanuatu. En revanche, la fermeture de la frontière
a mis le secteur touristique à rude épreuve. Par ailleurs, les projets
d’infrastructure ont pris du retard. En outre, le cyclone tropical
Harold et une éruption volcanique sur l’île de Tanna ont causé
d’importants dégâts pendant le premier semestre de 2020. Malgré les
mesures prises par les autorités, la diminution des recettes
touristiques a entraîné une forte contraction de l’économie. Les bonnes
recettes des programmes de citoyenneté économique (PCE) et le soutien
des donateurs ont permis d’atténuer l’impact de la pandémie sur les
soldes budgétaire et extérieur.
Après la forte contraction de 2020, la croissance du PIB réel devrait
remonter à 1,2 % en 2021. La production agricole et les revenus issus
des envois de fonds des travailleurs saisonniers viendront soutenir un
retour à une croissance positive en 2021. La croissance sera également
soutenue par les activités de construction, malgré les retards qui
repousseront plusieurs grands projets d’infrastructure jusqu’en 2022.
Les secteurs liés au tourisme devraient se contracter davantage en 2021
à cause de la fermeture prolongée de la frontière, avant d’amorcer une
reprise progressive à partir de 2022.
Les risques pesant sur les perspectives sont considérables et orientés
à la baisse. Une aggravation de la pandémie nécessitant une fermeture
prolongée de la frontière aurait un impact négatif sur l’activité
économique. Les recettes tirées des PCE pourraient chuter brutalement à
cause des inquiétudes croissantes que suscitent les risques de
blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme qui leur sont
associés, étant donné la perte récente de la principale relation de
correspondant bancaire. Une nouvelle détérioration de la qualité des
actifs des banques pourrait nuire à la solidité du système financier du
Vanuatu. Le manque de transparence et l’absence d’un dispositif de
contrôle efficace des entreprises publiques pourraient nuire au climat
des affaires et à la bonne gestion des finances publiques. Les
questions relatives à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le
financement du terrorisme, et à la liste noire de l’UE concernant la
transparence fiscale, pourraient accélérer la réduction de leurs
risques par les entreprises étrangères et entraver les investissements
directs étrangers (IDE). Le risque baissier lié à la survenue de
nouvelles catastrophes naturelles est toujours présent.
Évaluation par le conseil d’administration
[2]
Les administrateurs félicitent les autorités pour leur action décisive,
qui a permis d’empêcher l’apparition d’un foyer infectieux dans le
pays, et saluent leur gestion économique prudente, qui a contribué à
maintenir la stabilité macrofinancière en dépit des difficultés posées
par la pandémie et par les catastrophes naturelles ayant frappé le
pays. Les administrateurs tiennent à rappeler que les autorités doivent
accorder la priorité à la stratégie vaccinale, avec l’aide des
partenaires pour le développement.
Les administrateurs conviennent que le soutien budgétaire doit être
maintenu à court terme et s’ancrer à une stratégie réaliste de
rééquilibrage des finances publiques à moyen terme. Ils rappellent que
ce soutien doit être correctement ciblé et s’accompagner
d’améliorations dans la gestion des dépenses et des investissements
publics. Les administrateurs soulignent qu’une stratégie budgétaire
fondée sur l’accroissement des recettes intérieures, y compris par la
mise en place d’un impôt sur le revenu et d’un impôt sur les sociétés,
permettrait à la fois aux autorités d’être moins tributaires des
recettes tirées des programmes de citoyenneté économique, et de
disposer de moyens supplémentaires pour assurer le développement du
pays, notamment en réalisant des investissements visant à accroître la
capacité d’adaptation des infrastructures au changement climatique. Les
administrateurs exhortent les autorités à améliorer la gestion des
risques budgétaires en réduisant au minimum les passifs conditionnels
associés aux entreprises publiques, et notamment à la compagnie
aérienne d’État.
Les administrateurs conviennent que l’orientation accommodante de la
politique monétaire doit être maintenue jusqu’à ce que l’activité
économique soit pleinement rétablie. Il convient de surveiller de près
d’éventuelles pressions inflationnistes. Les administrateurs rappellent
que les autorités doivent suivre attentivement les évolutions à l’œuvre
dans le secteur bancaire, et poursuivre la consolidation des
dispositifs de surveillance. Ils encouragent les autorités à mettre en
place des cadres de gestion et de résolution des crises et à améliorer
le recouvrement des actifs donnés en garantie, qui doit intervenir lors
de la liquidation de prêts improductifs. Les administrateurs font
remarquer que la numérisation pourrait améliorer l’accès aux services
financiers, mais qu’il subsiste des difficultés dans ce domaine.
Les administrateurs mettent en relief la nécessité d’améliorer la
gouvernance, de lutter contre la corruption et de rehausser le profil
de risque du Vanuatu, afin d’atténuer les risques attachés au respect
insuffisant des règles de vigilance dans le cadre des PCE et à la perte
des relations de correspondants bancaires. Les administrateurs
exhortent les autorités à continuer à renforcer les cadres juridiques
et la capacité institutionnelle en matière de lutte contre le
blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, de
transparence fiscale, et pour ce qui concerne l’autonomie et la
gouvernance de la banque centrale. Ils rappellent aussi qu’il est
nécessaire que les autorités mettent en place des dispositifs de
surveillance des entreprises publiques et rendent leur fonctionnement
plus transparent.
Les administrateurs conviennent que la diversification de l’économie et
le développement d’infrastructures de qualité sont indispensables à une
croissance économique durable et inclusive. Ils mettent également en
exergue la nécessité pour le Vanuatu d’améliorer sa capacité
d’adaptation aux catastrophes naturelles et au changement climatique,
et saluent la pleine entrée en vigueur de la loi sur la gestion des
risques liés aux catastrophes naturelles, ainsi que l’examen en cours
du plan national d’action et d’adaptation. Eu égard aux capacités
limitées dont dispose le Vanuatu, les administrateurs encouragent les
autorités à continuer de s’appuyer sur l’assistance technique dispensée
par le FMI et d’autres partenaires pour le développement.