Washington, DC:
Une mission du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par Édouard
Martin s'est rendue à N'Djamena du 16 au 30 mars 2022 pour mener des
discussions au titre de la première revue du programme appuyé par l'accord
FEC approuvé par le Conseil d'administration du FMI le 10 décembre 2021. Le
nouvel accord FEC d'une durée de 36 mois, d'un montant de 392,56 millions
de DTS (environ 570,75 millions de dollars ou 280 % de la quote-part),
aidera à répondre aux importants besoins budgétaires et de la balance des
paiements du Tchad, notamment en catalysant le soutien financier des
donateurs officiels.
À l’issue de cette mission, M. Martin a fait la déclaration suivante :
« Les autorités tchadiennes et les services du Fonds monétaire
international (FMI) ont entamé des discussions pour la première revue du
programme appuyé par la FEC approuvé le 10 décembre. Ces discussions se
poursuivront dans les prochains jours afin de parvenir à un accord qui
pourrait être soumis à approbation au Conseil d'administration du FMI.
« Les évolutions macroéconomiques en 2021 ont été moins favorables que
prévu. La production pétrolière s'est contractée, en raison des difficultés
de production rencontrées par une grande compagnie pétrolière, tandis que
l'activité non pétrolière a été contrainte par les effets cicatriciels de
la pandémie de COVID-19, ainsi que par des conditions météorologiques
défavorables dues au changement climatique. Dans l'ensemble, le PIB réel
s'est contracté de 0.3 %, sous l'effet d'une réduction de 3 % de la
production pétrolière. Alors que l'inflation annuelle moyenne était limitée
à -0,8 % en 2021, la mauvaise récolte 2021/22 a alimenté les pressions
inflationnistes, les prix des denrées alimentaires ayant augmenté de 6 % en
glissement annuel en janvier. Ces pressions devraient être aggravées par la
guerre en Ukraine.
« La performance dans le cadre du programme a été mitigée. Deux des trois
critères de réalisation quantitatifs à fin décembre 2021 ont été respectés,
le critère relatif au solde primaire hors pétrole n'ayant pas été atteint
en raison de dépassements de dépenses en équipements militaires et en masse
salariale, reflétant des tensions sécuritaires et sociales. Des progrès ont
été enregistrés dans la mise en œuvre des réformes structurelles, deux
repères structurels ayant été atteints, tandis que les réformes couvertes
par les trois autres devrait être finalisées dans les semaines à venir.
« Les perspectives pour 2022 restent globalement favorables mais soumises à
des risques importants. Après s'être contractée au cours des deux dernières
années, l'activité économique devrait croître de 2,3 % en 2022, tirée par
une reprise des productions pétrolière et non pétrolière. Poussée par les
prix alimentaires, l'inflation devrait atteindre environ 4 % en moyenne.
Les risques pesant sur les perspectives comprennent : une éventuelle
résurgence de la pandémie et de nouveaux retards dans la vaccination ; les
problèmes de sécurité; les risques de refinancement de la dette intérieure
; et les retards éventuels dans la mise en œuvre des réformes.
« Dans ce contexte, les discussions ont porté sur les mesures visant à
renforcer les finances publiques. Les efforts pour accroître la
mobilisation des recettes intérieures doivent s’intensifier. Si les
dépenses totales, y compris la masse salariale, doivent être contenues, les
dépenses sociales doivent être protégées. Compte tenu de la forte
volatilité des prix du pétrole, les recettes pétrolières supplémentaires
seront utilisées pour reconstituer les réserves de liquidités et réduire la
dépendance du gouvernement à l'égard des emprunts intérieurs auprès d’un
système bancaire contraint.
« L'équipe du FMI s’est également entretenue avec les autorités des
réformes structurelles supplémentaires à mettre en œuvre en 2022-23. Ces
réformes porteront notamment sur le renforcement de la gestion des finances
publiques et la mobilisation des recettes intérieures, l'amélioration de la
gouvernance et de la transparence, et l'amélioration de l'environnement des
affaires.
« Les discussions ont également porté sur l'insécurité alimentaire. Dans le
cadre du plan de réponse humanitaire 2022, les autorités ont préparé un
cadre pour apporter une assistance aux plus vulnérables jusqu'à la période
de soudure. Parallèlement à l'assistance déjà fournie par le Programme
alimentaire mondial et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation
et l'agriculture, l'utilisation de l'allocation de DTS contribuera à la
mise en œuvre de ce plan en permettant aux autorités de reconstituer un
stock de céréales suffisant.
« Les autorités poursuivent les discussions sur un traitement de la dette
avec leurs créanciers extérieurs dans le cadre du cadre commun du G20. Ces
discussions devront être finalisées préalablement la revue à venir du
programme.
« L'équipe du FMI tient à remercier les autorités tchadiennes et les autres
homologues pour leur hospitalité, leur excellente coopération et des
discussions franches et constructives.
La mission a été reçue par M. Haroun Kabadi, président du Conseil national
de transition. Elle a rencontré M. Tahir Hamid Nguilin, Ministre des
Finances et du Budget, M. Mahamat Hamid Koua, Ministre de l'Economie, de la
Planification du Développement et de la Coopération Internationale, M.
Haliki Choua, Ministre Secrétaire Général du Gouvernement, M. Mahamat Ahmat
Alhabo, Ministre de la Justice, M. Ali Djadda Kampard, Ministre du Commerce
et de l'Industrie, M. Idriss Ahmat Idriss, le Directeur National de la
BEAC, et d'autres hauts fonctionnaires, ainsi que des représentants du
secteur privé, de la société civile et des partenaires internationaux au
développement.