Port Vila, Vanuatu :
Contexte économique, perspectives et risques
Le Vanuatu a réouvert ses frontières en 2022, après un début d’année
difficile.
À la suite des premières transmissions de COVID-19 au niveau national fin
mars 2022 et à un confinement temporaire, les restrictions ont été
entièrement levées dans le pays mi-juin. Le Vanuatu a relancé les voyages
internationaux en juillet, et plusieurs compagnies aériennes et lignes de
croisières ont rétabli leurs liaisons avec le pays.
La croissance est de retour.
La reprise économique a été progressive à partir de 2022, avec une
croissance du PIB réel estimée à 1,9 % en glissement annuel. La croissance
devrait se renforcer en 2023 pour atteindre 3,4 % en glissement annuel,
grâce au retour du tourisme, une hausse des dépenses d’infrastructures
publiques (construction), ralenties au cours des confinements, et par la
reprise en cours chez les partenaires commerciaux. L’inflation devrait
s’accélérer et rester élevée, dépassant éventuellement la limite supérieure
de 4 % de l’objectif d’inflation de la Banque centrale ( Reserve Bank of Vanuatu, RBV), bien qu’une évaluation
précise soit compliquée par de potentielles difficultés de mesure. Un
déficit du compte des transactions courantes est prévu pour 2023 en raison
de la hausse des prix des importations (matières premières, notamment),
mais il se résorbera à moyen terme grâce au retour du tourisme et aux
niveaux élevés des envois de fonds des migrants.
Toutefois, le nouveau gouvernement fait face à nombre de défis.
La pandémie et la flambée des prix des matières premières ont réduit les
marges de manœuvre macroéconomiques et aggravé les facteurs de
vulnérabilité structurels. En 2022, l’Union européenne et la Suisse ont
suspendu les accords d’exemption de visa pour les détenteurs de passeports
du Vanuatu, invoquant des failles dans les procédures de diligence
raisonnable relatives aux candidats au programme de citoyenneté économique
(PCE), ce qui a déclenché une forte baisse des recettes fiscales. Air
Vanuatu est en proie à de graves difficultés opérationnelles et financières
et présente de grands risques pour l’économie compte tenu de son statut de
compagnie d’importance systémique. Des réformes résolues s’imposent pour
construire des infrastructures résilientes face au climat, renforcer les
finances publiques et le système bancaire et atteindre les objectifs de
développement à long terme.
De forts risques de détérioration pèsent sur les perspectives.
Les risques à court terme sont notamment les suivants : i) propagation de
variants de la COVID qui pourraient entraîner de nouveaux confinements ;
ii) affaiblissement du tourisme et diminution des envois de fonds sous
l’effet d’un éventuel ralentissement chez les principaux partenaires
commerciaux ; et iii) pertes de recettes fiscales plus prononcées au titre
du PCE, qui pourraient mettre en péril la viabilité à moyen terme des
finances publiques et de la dette et éroder rapidement les réserves de
sécurité. Les principaux risques structurels sont notamment les suivants :
i) nouvelles augmentations du nombre de prêts improductifs, qui pourraient
avoir une incidence sur la rentabilité et les fonds propres des banques, et
donc sur la disponibilité du crédit ; et ii) faiblesse de la gouvernance et
de l’intégrité financière, ainsi que problèmes liés à la lutte contre le
blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Les
catastrophes naturelles demeurent un risque considérable.
Politique budgétaire
Les services du FMI recommandent la prudence budgétaire à mesure que
l’économie se redresse.
Le déficit budgétaire est estimé à environ 3 % en 2022, en partie en raison
des retards des projets d’infrastructure financés par les donateurs qui
retardent les dépenses, mais il devrait se creuser en 2023, conformément
aux plans d’augmentation des dépenses d’investissement financées sur
ressources extérieures. La loi de finances 2023 est en cours de préparation
et devrait être approuvée par le Parlement en mars. Alors que l’orientation
budgétaire devrait être expansionniste, il importe de réduire les dépenses
non prioritaires pour protéger l’espace budgétaire limité et éviter
l’érosion des réserves, en particulier compte tenu de la baisse des
recettes au titre du PCE. Les services du FMI saluent la diminution
progressive des aides publiques liées à la pandémie et recommandent de
contenir la croissance des salaires de la fonction publique. Les lacunes de
l’administration fiscale devront également être corrigées, notamment en
matière de perception de la TVA.
Une stratégie budgétaire à moyen terme est indispensable pour assurer
un assainissement suffisant et garantir la cohérence avec les objectifs
budgétaires.
L’ancrage budgétaire de la dette publique contractée et garantie par l’État
(CGE) en deçà de 60 % du PIB s’est avéré utile au Vanuatu, mais devrait
être dépassé d’ici à 2029 compte tenu de la baisse des recettes au titre du
PCE et des dépenses courantes élevées. Une stratégie budgétaire à moyen
terme devra comprendre un fort accroissement des recettes fiscales et une
rationalisation des dépenses pour réduire les déficits et assurer la
cohérence avec les objectifs budgétaires, notamment : i) achever les
réformes fiscales proposées en 2017 qui envisagent la mise en place
d’impôts sur le revenu des sociétés et sur le revenu des personnes
physiques ; ii) réduire progressivement la taille de la masse salariale ;
et iii) rationaliser les transferts aux entreprises publiques. Selon leur
analyse, les services du FMI suggèrent qu’une épargne supplémentaire de 2 %
du PIB, dans les plus brefs délais, mais au moins à partir de 2026,
pourrait aider à constituer des réserves pour améliorer la résilience et
maintenir la dette CGE en dessous de 60 % du PIB au cours des dix
prochaines années.
Il est indispensable d’approuver la stratégie de gestion de la dette à
moyen terme et de résoudre rapidement les difficultés financières d’Air
Vanuatu pour préserver la viabilité de la dette.
Les services du FMI estiment que le risque de surendettement reste modéré,
avec une marge de manœuvre limitée pour absorber les chocs. Toutefois,
compte tenu des prévisions d’une baisse progressive de l’appui des
donateurs et de la persistance des déficits budgétaires, le Vanuatu devra
compter de plus en plus sur les émissions intérieures pour répondre à ses
besoins de financement à long terme. Dans ce contexte, les services du FMI
accueillent favorablement les projets de développement des marchés
obligataires intérieurs dans le cadre de la prochaine stratégie de gestion
de la dette, tout en poursuivant les mesures visant à obtenir de nouvelles
sources de financement extérieur concessionnel. Les graves difficultés
financières d’Air Vanuatu doivent être résolues d’une manière pérenne, qui
réduise au minimum les passifs conditionnels et enraye les mouvements de
transferts budgétaires. Les services du FMI saluent la récente demande du
ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce de procéder à
une évaluation rapide de la compagnie aérienne.
Politique monétaire
La Banque de réserve du Vanuatu doit se tenir prête à durcir sa
politique monétaire si des signes d’effets de second tour de
l’inflation apparaissent.
L’orientation de la politique monétaire reste appropriée compte tenu de la
reprise en cours, de la lenteur de la croissance du crédit au secteur privé
et d’une inflation sous-jacente faible. Toutefois, la BRV devra resserrer
cette orientation en cas de hausses rapides de l’inflation sous-jacente. Ce
resserrement de la politique monétaire pourrait être réalisé en relevant le
coefficient de réserves obligatoires et en réduisant l’excès de liquidité
au moyen d’opérations d’open market. Le rattachement au panier de
monnaies a permis une certaine flexibilité et le taux de change devra
continuer de servir d’amortisseur dans un contexte où les prix mondiaux des
matières premières restent élevés.
Problèmes du secteur financier
Les autorités devront renforcer le dispositif de surveillance,
accroître le provisionnement des pertes sur prêts et remédier aux
niveaux élevés de prêts improductifs.
Le système bancaire reste rentable et liquide, mais le nombre élevé de
prêts improductifs, notamment parmi les prêts aux ménages, reste
préoccupant, en particulier pour la plus grande banque nationale. Il
convient de renforcer l’examen et la surveillance réglementaires pour
assurer un suivi et une diminution des facteurs de vulnérabilité. Les
moratoires sur les remboursements de prêts et l’assouplissement des
obligations prudentielles sur la qualité des actifs mis en place pour
amortir les effets de la pandémie sur le système financier ont expiré en
septembre 2022, bien qu’un certain nombre de créanciers aient prolongé ces
mesures d’allègement jusqu’à la fin de 2022 dans certains cas. En
conséquence, les prêts douteux pourraient continuer d’augmenter, en
particulier dans les secteurs où la reprise ne s’est pas encore installée.
Le niveau de provisionnement semble faible dans un certain nombre de
banques, qui doivent accumuler des réserves plus élevées pour anticiper la
baisse des capacités de remboursement des prêts. Bien que les niveaux de
fonds propres des banques soient appropriés, le relèvement des obligations
minimales de fonds propres réglementaires peut contribuer à renforcer les
réserves. Il est également indispensable de consolider les dispositifs de
surveillance et de résolution et de reprendre les inspections des banques
sur site. La mission se félicite de l’élaboration d’une nouvelle directive
prudentielle conforme à Bâle III qui pourrait renforcer les fonds propres
des banques, améliorer la classification des actifs et instaurer un
coefficient de service de la dette par rapport au revenu pour endiguer
l’endettement insoutenable des ménages.
L’amélioration de la finance numérique et le déploiement réussi du
système de paiement numérique pourraient stimuler l’inclusion
financière et améliorer l’efficacité du secteur financier.
La création d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) de détail
pourrait faciliter la numérisation des services financiers à l’intention de
la population rurale et non bancarisée. Des dispositifs juridiques, de
surveillance et réglementaires appropriés, ainsi que l’infrastructure
technologique, devront être en place avant d’envisager une MNBC ou
d’autoriser le recours aux crypto-actifs dans le cadre d’une activité
commerciale dans le pays. La Commission des services financiers du Vanuatu
prendra des mesures réglementaires relatives aux actifs virtuels et
fournira ainsi les précisions nécessaires. Le lancement prévu en juin 2023
du système national de paiements pour des règlements en temps réel et plus
efficaces contribuera à renforcer l’infrastructure financière.
Questions d’ordre macrostructurel et de gouvernance
La diversification économique et le développement d’infrastructures de
qualité seront indispensables pour assurer une croissance soutenue et
inclusive et une résilience face aux chocs.
Les autorités devront continuer de favoriser le développement approfondi du
secteur agricole, renforcer leur capacité à mettre en œuvre des projets
d’infrastructure à grande échelle et améliorer l’environnement des
affaires, notamment en simplifiant les processus administratifs à
l’investissement direct étranger (IDE), tels que les frais élevés et les
longs délais de traitement.
Le renforcement de la résilience face au climat reste une priorité
absolue compte tenu de la vulnérabilité du Vanuatu aux catastrophes
naturelles.
Il sera fondamental de définir avec précision les priorités d’adaptation à
moyen terme du pays et d’élaborer une feuille de route du financement, à
partir de la contribution déterminée au niveau national révisée et
renforcée d’août 2022. Cette feuille de route devra être intégrée à la
stratégie budgétaire à moyen terme.
Il importera d’accélérer les mesures visant à remédier aux pénuries de
compétences et à améliorer les conditions du marché du travail.
À la suite de la réouverture des frontières, les principaux secteurs
économiques comme le tourisme sont confrontés à des pénuries de
main-d’œuvre en raison de la participation accrue des travailleurs du
Vanuatu aux programmes internationaux de travail saisonnier. La
réintégration de ces ressources en main-d’œuvre sur le marché intérieur
pourrait atténuer les pénuries et favoriser le transfert de compétences. En
outre, les autorités devront améliorer les opportunités sur le marché du
travail national en assurant le développement local des compétences au
moyen de l’apprentissage et de la formation professionnelle et en
sollicitant l’aide de partenaires publics bilatéraux. L’élargissement de la
formation dans les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie et
l’amélioration de la participation des femmes au marché du travail
pourraient également contribuer à répondre à la demande de main-d’œuvre.
Il est primordial d’améliorer la gouvernance et de réduire les facteurs
de vulnérabilité à la corruption.
-
Craintes liées au programme de citoyenneté économique (PCE) et à la
lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du
terrorisme (LBC/FT).
De graves lacunes dans le régime de LBC/FT du Vanuatu, en particulier
dans l’atténuation des risques liés au PCE pour l’intégrité financière,
sont quelques-uns des facteurs qui contribuent à la diminution des
relations de correspondants bancaires, même si ces dernières
nécessitent également des solutions au niveau régional. La prochaine
évaluation mutuelle du Vanuatu par le Groupe Asie-Pacifique sur le
blanchiment d’argent, dirigée par la cellule de renseignements
financiers du Vanuatu, est une excellente occasion de montrer les
progrès accomplis pour se rapprocher de la conformité avec les normes
du GAFI.
-
Gouvernance de la banque centrale.
La mise en œuvre des recommandations de l’évaluation des sauvegardes de
2016 est essentielle pour renforcer l’autonomie et la gouvernance de la
BRV.
-
Transparence fiscale.
Il convient de procéder à des amendements législatifs pour répondre aux
normes internationales en matière d’échange d’informations fiscales et
de prendre des mesures concrètes pour poursuivre la radiation de la
liste noire de l’UE.
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Gouvernance des entreprises publiques.
La mission se félicite du soutien du nouveau gouvernement à la loi sur
les entreprises publiques, qui devrait être adoptée par le Parlement
dans les mois à venir. Il convient de prendre des mesures
supplémentaires visant à améliorer la surveillance et la transparence
des entreprises publiques, notamment en imposant la publication en
temps voulu des états financiers, afin de réduire les facteurs de
vulnérabilité à la corruption et les risques budgétaires.
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Cybersécurité.
L’attaque par rançongiciel en 2022 a été déstabilisante et a mis en
évidence la nécessité de renforcer la cyber-résilience et les
infrastructures des technologies de l’information et de la
communication (TIC).
La mission tient à remercier les autorités pour leur dialogue franc et
constructif et leur chaleureuse hospitalité.