Washington, DC: Une équipe du Fonds monétaire international (FMI), dirigée par M me Wenjie Chen, a mené des entretiens virtuels sur les
consultations de 2023 au titre de l’article IV avec le Mali du 6 au 17 mars
2023. La mission a eu des échanges constructifs avec divers homologues, y
compris le gouvernement et le secteur privé, sur les perspectives et les
risques économiques, les progrès en matière de réforme, les défis et
politiques économiques.
À l’issue de la visite, Mme Chen a publié la déclaration
ci-après :
« L’économie malienne a subi de multiples chocs depuis 2020. Elle a
cependant relativement bien résisté, avec une croissance économique
supérieure à 3 % en 2021 et à 3,7 % en 2022. Le pays est toujours confronté
à de graves problèmes de sécurité avec une incidence directe sur
l’insécurité alimentaire.
« Le déficit budgétaire de l’État, qui se situe juste en dessous de 5 % du
PIB en 2022, reflète une augmentation rapide des dépenses de sécurité, des
salaires de la fonction publique et de la facture des intérêts.
Conjointement, ces postes consomment près de 80 % des recettes budgétaires
et risquent d’évincer les dépenses favorables à la croissance, notamment
dans les domaines de la protection sociale et des investissements.
L’absence d’appui budgétaire extérieur, conjuguée au durcissement des
conditions de financement dû au resserrement de la politique monétaire
mondiale, a entraîné une augmentation du coût du financement. Les sources
de financement, quant à elles, s’amenuisent.
« Les perspectives à court terme restent positives, mais sujettes à des
risques baissiers considérables. La croissance du PIB réel devrait remonter
à plus de 5 % en 2023 et 2024 grâce à une robuste production agricole et
aurifère. Cette prévision repose sur la tenue d’élections en 2024, qui
devrait permettre de mobiliser à nouveau des appuis budgétaires extérieurs
et attirer les investissements étrangers. Toutefois, les risques sont
plutôt défavorables et comprennent une détérioration de la situation en
matière de sécurité, des retards potentiels dans les élections, la
volatilité des prix internationaux des matières premières, le resserrement
des conditions financières mondiales et les risques liés au climat.
« Parallèlement, les réserves budgétaires et extérieures ont diminué,
fragilisant le Mali face à une nouvelle détérioration des conditions de
financement. Il y a eu un durcissement des modalités de refinancement
bancaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et
de faibles taux de souscription pour les émissions de dette régionale du
gouvernement malien fin 2022 et au cours des premiers mois de 2023, par
exemple.
« Par conséquent, réduire le déficit budgétaire à court terme et se
rapprocher du plafond de 3 % fixé par l’Union Economique et Monétaire Ouest
Africaine (UEMOA) revêtent une plus grande urgence. Un objectif majeur est
d’améliorer la mobilisation des recettes intérieures. Les mesures
essentielles à court terme seront l’élimination de diverses exonérations
fiscales et l’expansion de la fiscalité numérique. Sur le plan des
dépenses, restreindre l’augmentation de la masse salariale du secteur
public sera la mesure la plus importante. Il conviendra également de
supprimer progressivement les subventions et les transferts non ciblés et
de redéfinir les priorités en matière de transferts sociaux afin de cibler
les ménages les plus vulnérables. L’efficacité des dépenses publiques devra
également être améliorée grâce à une gestion plus rigoureuse de la
trésorerie et à des contrôles plus stricts des engagements.
« Le renforcement de la gouvernance et l’intensification de la lutte contre
la corruption seront essentiels pour favoriser les perspectives de
croissance à moyen terme. Parmi les mesures indispensables figurent le
renforcement des rôles des organes judiciaires et de poursuite en matière
d’enquête sur des faits de corruption, et l’amélioration de la transparence
des marchés publics et de l’industrie minière.
« Les politiques de lutte contre le changement climatique seront également
importantes, de même que les réformes des secteurs de l’éducation et de la
santé, telles que la création d’opportunités de formation professionnelle,
la promotion de la participation des femmes au marché du travail et la
recherche d’une plus grande équité entre les hommes et les femmes.
« La mission tient à remercier les autorités et ses autres interlocuteurs
pour leur étroite collaboration et la qualité des échanges ».
L’équipe a rencontré le ministre des Finances, M. Alousséni Sanou, le
directeur par intérim de la BCEAO à Bamako, M. Barema Bocoum, des
directeurs et des membres du personnel des principaux ministères et
organismes publics, des partenaires au développement et le secteur privé.