Questions clés sur la Tunisie

Le 18 juillet 2019

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Comment le FMI évalue-t-il la situation économique actuelle de la Tunisie? Est-elle en voie d'amélioration?

La Tunisie a réalisé d'importants progrès économiques ces dernières années et connaît une reprise dans certains secteurs. L’activité touristique se relève depuis 2018, l'agriculture se porte bien, la production de phosphate a repris au début de 2019 et les dépenses sociales sont passées de 1,9 % du PIB en 2017 à 2,7 % en 2019. La couverture du programme national d'assistance aux familles vulnérables est passée de 250 000 à 285 000 familles en 2018.

Les autorités ont également progressé dans la mise en œuvre des réformes économiques. En particulier, le déficit budgétaire a été ramené de 6,0 % du PIB en 2017 à 4,6 % en 2018, principalement grâce à une augmentation des recettes fiscales dû en partie un meilleur recouvrement des arriérés fiscaux. Ceci tout en assurant la protection des plus pauvres. L'adoption d'un régime de taux de change davantage déterminé par le marché a contribué à freiner le déficit des transactions courantes en favorisant les exportations tunisiennes et à reconstituer les réserves internationales. L'inflation a également diminué même si elle reste relativement élevée, à 7,5 % en décembre 2018.

Cependant, la Tunisie a encore beaucoup d’efforts à faire, car son économie reste exposée aux chocs externes, notamment le ralentissement de la croissance en Europe, les fluctuations des cours du pétrole et les risques sécuritaires. La croissance devrait accélérer légèrement en 2019, bien que les investissements et les exportations resteraient faibles. De plus, Le chômage persiste à un niveau élevé de 15,5 %, surtout parmi les jeunes, les femmes et les Tunisiens vivant en dehors des centres urbains.

Il est particulièrement important que les autorités s'emploient à réduire l'inflation et à abaisser progressivement la dette publique et la dette extérieure, qui représentaient respectivement 77 % et 94 % du PIB à la fin de 2018.

La bonne nouvelle est que ces défis peuvent être relevés afin que le peuple tunisien ressente les bienfaits des réformes. Les autorités se sont par exemple engagées à opérer des réformes qui aideront le secteur privé à créer des emplois, et des mesures sociales efficaces qui protègeront les ménages à faibles revenus des effets négatifs des ajustements macroéconomiques en cours. Il est tout aussi important de contenir la croissance de la masse salariale de la fonction publique et de réduire les subventions énergétiques. C'est le seul moyen réaliste pour que les premiers résultats visibles au niveau macroéconomique commencent à se faire sentir dans toutes les couches de la société.

Parallèlement, le FMI travaille avec la communauté internationale pour qu'elle continue d'appuyer les efforts de la Tunisie par une aide financière et une assistance au renforcement des capacités.

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Comment réduire la dette publique sans nuire aux populations pauvres ?

L'expansion du secteur public, provenant des hausses répétées des salaires et de la croissance de la masse salariale qui en résulte, est l'une des principales raisons de l'augmentation du déficit budgétaire en Tunisie. Ce déficit budgétaire élevé et la dépréciation du dinar ont contribué à une accumulation rapide de la dette publique, qui atteint aujourd'hui 77 % du PIB. Ce niveau d'endettement représente un obstacle de taille pour la Tunisie.

Premièrement, le paiement des intérêts d'une dette aussi élevée représente aujourd'hui 10 % des dépenses totales de l'administration centrale. Cela veut dire que moins de fonds sont disponibles pour les infrastructures publiques, la santé, l'éducation et les transferts sociaux au profit des populations vulnérables. Deuxièmement, un niveau d'endettement aussi élevé diminue la confiance des investisseurs (ainsi que celle de la population) dans la stabilité macroéconomique et nuit à la création d'emplois. Troisièmement, le recours fréquent du gouvernement aux marchés internationaux de capitaux pour ses besoins de financement expose le pays aux hausses soudaines des taux d'intérêt et aux sautes d'humeur des investisseurs.

L’aspect le plus inquiétant de cette dette publique élevée est qu’elle représente une hypothèque sur les générations futures : la jeunesse tunisienne devra assumer la facture pour les dépenses actuelles. Cela aurait pu être acceptable si les fonds empruntés avaient été affectés à des investissements publics de qualité favorisant la croissance et la création d'emplois. Cela est plus difficile à justifier si, comme en Tunisie, les fonds empruntés sont principalement affectés aux dépenses courantes, notamment à la masse salariale de la fonction publique et aux subventions énergétiques. Cela est injuste pour la jeunesse tunisienne.

Pour ces raisons, le gouvernement s'est donné comme priorité de réduire le fardeau de sa dette, mais de le faire d'une manière juste, propice à la croissance et à l’équité sociale. Les principes de cette stratégie sont les suivants :

1. Augmenter les recettes, principalement en élargissant l'assiette de l’impôt, en luttant contre la fraude fiscale et en renforçant le recouvrement des impayés.

2. Limiter les subventions énergétiques qui profitent surtout aux plus aisés, tout en améliorant parallèlement la protection sociale.

3. Ralentir la croissance de la masse salariale de la fonction publique en imposant des limites strictes à l'embauche, en modérant les salaires et en introduisant des programmes de départ volontaire et de retraite anticipée.

4. Réformer les régimes de retraite pour assurer leur viabilité financière et réduire les transferts budgétaires vers les caisses de retraite.

Les autorités sont conscientes que ces réformes pourraient mettre les familles à faibles revenus en difficulté. C’est pourquoi le gouvernement a entrepris récemment de soutenir le pouvoir d'achat de ces foyers vulnérables en augmentant et en ciblant mieux les transferts et en mettant en place de nouveaux programmes, tels que le mécanisme envisagé pour aider les familles a bas revenus a repayer leurs dettes vis-à-vis de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG).

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Pourquoi réduire la masse salariale quand le coût de la vie augmente ?

Les salaires des fonctionnaires sont de loin les dépenses publiques les plus élevées : ils représentent environ la moitié du budget total, soit 15 % du PIB, l'un des pourcentages les plus élevés au monde. Ce volume élevé résulte d'une augmentation rapide de la masse salariale de la fonction publique il y a quelques années (un accroissement de l'effectif d'environ 40 % pendant les quatre années après la révolution) suivie d'augmentations répétées des salaires. En conséquence, les employés du secteur public sont en moyenne deux fois mieux payés que leurs collègues du secteur privé.

La Tunisie doit contenir sa masse salariale si elle veut réorienter les dépenses publiques vers les investissements publics, et les dépenses sociales en faveur d'une croissance inclusive. Bien évidemment, cet effort jouera également un rôle déterminant dans la réduction du déficit, nécessaire pour alléger le fardeau de la dette pour les générations futures, atténuer les pressions sur les prix et sur le solde des transactions courantes.

Pour limiter le déficit budgétaire en 2019 (et, au-delà, à des niveaux compatibles avec les financements disponibles) en dépit de ces augmentations imprévues des salaires, le gouvernement a dû se résoudre à augmenter davantage que prévu les impôts et les prix de l'énergie, ce qui nuit à la société dans son ensemble ainsi qu'au secteur privé, alors que ce dernier est essentiel à la création d'emplois et à la réduction d'un chômage élevé.

Comment contenir la masse salariale de façon socialement acceptable, et déterminer quels sont les emplois publics à privilégier, est une décision qu’il revient aux autorités de prendre, idéalement sur la base d’une programmation budgétaire à moyen terme. L’expérience internationale en la matière montre que le recours à des limites strictes en matière d'embauche et à des programmes de départs volontaires peut se révéler efficient à long terme, mais qu'il faut du temps pour obtenir des résultats notables. Par conséquent, la modération salariale doit faire partie de la stratégie des autorités, surtout pour limiter l'augmentation de la masse salariale à court terme.

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Quelles sont les mesures recommandées par le FMI pour réduire l'inflation ?

Le niveau élevé des prix est devenu une préoccupation majeure pour tous les Tunisiens, qui n'ont pas connu une inflation aussi élevée depuis le début des années 1990. L'inflation s'est récemment stabilisée autour de 7,0 %, soit environ deux fois la moyenne historique.

En réponse à l'accélération de l'inflation, la Banque centrale de Tunisie a relevé son taux directeur d'un total de 275 points de base depuis mars 2018 pour le porter à 7,75 % actuellement, allant ainsi dans la bonne direction pour faire face, de manière anticipée, aux pressions sur les prix. Ces initiatives ont commencé à ralentir la croissance du crédit.

Le durcissement monétaire opéré en vue de réduire l'inflation contribuera à protéger le pouvoir d'achat, particulièrement celui des couches les plus vulnérables de la société tunisienne, qui sont non seulement les plus exposées aux effets néfastes de l'accélération des prix, mais ont aussi peu de moyens de se protéger. La baisse des prix diminue également l'incertitude des agents économiques, ce qui tend à stimuler l'investissement et l'emploi.

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Pourquoi le FMI conseille-t-il au gouvernement d'éliminer les subventions aux carburants et aux autres sources d'énergie ? Les Tunisiens reçoivent-ils une compensation pour cette perte ?

En Tunisie, les subventions énergétiques représentent 2,5 % du PIB, soit la moitié du déficit budgétaire de 2018 et plus que les dépenses affectées aux programmes sociaux. Les subventions aux carburants et à l'énergie avantagent principalement les couches les plus aisées de la société, qui conduisent en moyenne un plus grand nombre et de plus grosses voitures et consomment plus d'électricité, par exemple pour la climatisation. En effet, les 20 % des Tunisiens les plus aisés bénéficient de 28 % du total des subventions, alors que les 20 % moins nantis n’en reçoivent que 14 %. Les subventions énergétiques sont donc très inéquitables. En outre, comme elles incitent à une consommation excessive d'énergie, ces subventions encouragent la surconsommation et exercent un impact négatif sur le solde des transactions courantes de la Tunisie, étant donné que le pays doit importer la plus grande partie de son énergie. De fait, les importations d'énergie représentent 8 % du PIB ou 80 % du déficit des transactions courantes en 2018.

Des lors, il apparaît nécessaire de supprimer, progressivement, ces subventions, et les autorités ont commencé à agir dans ce sens, en relevant, à plusieurs reprises, les prix des carburants et les tarifs de l'électricité et du gaz naturel.

Le FMI soutient les efforts que déploient les autorités pour améliorer la protection sociale, et, plus particulièrement, afin de diminuer l'impact sur les populations les plus vulnérables. Plus précisément, les dépenses affectées aux programmes sociaux atteindront 2,7 % du PIB en 2019, contre 1,9 % en 2017 — une réaffectation qui fait également l'objet d'un suivi dans le cadre du programme appuyé par le FMI, au travers d’un niveau minimum de dépenses sociales. Une bonne partie de ces dépenses sert à aider les familles à faible revenu par le biais de transferts monétaires, mais aussi par de nouveaux programmes tels que la prise en charge des dettes impayées à la STEG et un meilleur accès au système public de santé.