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(photo : Sultan Mahmud Mukut/SOPA Image/Newscom)

Bulletin du FMI : Moyen-Orient : pour une croissance forte et équitable

le 5 mai 2014

  • Le FMI participe à l’organisation d’une conférence sur
  • la croissance, l’emploi et l’équité dans le monde arabe
  • La stabilité macroéconomique, la gouvernance, l’emploi des jeunes
  • et le climat des affaires seront au cœur des débats
  • Le FMI apporte
  • soutien financier et assistance technique aux pays en transition

Il est de plus en plus important de faire progresser la transformation économique à l’heure où les pays arabes en transition — Égypte, Jordanie, Libye, Maroc, Tunisie et Yémen — continuent à tracer leur avenir politique, a déclaré M. Masood Ahmed, Directeur du Département Moyen-Orient du FMI lors d’un entretien accordé au Bulletin

CONFÉRENCE D’AMMAN

Les pays doivent briser le cercle vicieux de la stagnation économique et des conflits sociopolitiques, a déclaré M. Ahmed. Il est essentiel à cet effet de doper la croissance et l’emploi et de promouvoir l’équité, thèmes qui seront au cœur des débats lors de la conférence que le FMI coorganise les 11 et 12 mai à Amman (Jordanie) avec le gouvernement jordanien et le Fonds arabe pour le développement économique et social.

Bulletin du FMI : quel est le principal objectif de cette conférence et qui seront les participants?

M. Ahmed : trois années se sont écoulées depuis l’amorce de transitions économiques et politiques dans plusieurs pays de la région. Ces transitions ont débuté avec de grandes ambitions, mais jusqu’à présent, les avancées n’ont guère engendré la croissance vigoureuse et inclusive nécessaire pour réduire le chômage et rehausser le niveau de vie.

La conférence réunira environ 200 participants provenant des pays arabes en transition et de l’ensemble de la région pour réfléchir aux moyens de promouvoir une croissance largement partagée et la création d’emplois. Elle rassemblera des représentants des gouvernements, de la société civile, des milieux universitaires, de la communauté des bailleurs de fonds, du secteur privé et des médias. Nous y avons aussi convié des experts qui ont étudié ou vécu des transitions semblables dans d’autres parties du monde, pour tirer les enseignements de leurs travaux.

Bulletin du FMI : quels sont les grands thèmes de la conférence et pourquoi les avez-vous retenus?

M. Ahmed : les grands sujets de réflexion seront les politiques macroéconomiques, la transparence et la gouvernance, l’emploi des jeunes et le climat des affaires. Ce choix s’explique par la nécessité de mener des réformes structurelles dans plusieurs domaines pour produire une croissance inclusive et génératrice d’emplois dans l’intérêt de l’ensemble de la société. Nous savons, par exemple, que bien des pays de la région doivent œuvrer à une plus grande transparence et à un climat plus propice aux affaires. Cela transparaît par exemple dans le fait que, à cause des lourdeurs bureaucratiques, beaucoup de petites entreprises sont contraintes d’opérer dans le secteur informel, qui est plus développé que dans nombre d’autres régions. Nous savons aussi que la rigidité de la réglementation du marché du travail est l’un des facteurs qui freinent la création d’emplois dans le secteur formel. Dans le même temps, les pays doivent préserver leur stabilité macroéconomique — ce qui suppose des déficits budgétaires et extérieurs soutenables et une inflation faible — pour garder et renforcer la confiance des entreprises et des investisseurs.

Bulletin du FMI : d’après le titre de la conférence, l’«équité» sera un des thèmes de discussion. Pourriez-vous expliquer pourquoi l’accent est mis sur cette question?

M. Ahmed : la revendication d’un modèle économique plus juste était l’une des principales raisons qui a poussé les gens à descendre dans la rue il y a trois ans. L’équité de la politique économique se mesure en partie à la manière dont les fruits de la croissance peuvent profiter à l’ensemble de la société et pas seulement aux minorités privilégiées. Il y va aussi de l’égalité des chances de décrocher un emploi ou de trouver des débouchés, que vous soyez bien introduit ou non. C’est pourquoi la conférence traitera de la transparence, de la gouvernance et du climat des affaires, en plus des problématiques macroéconomiques plus traditionnelles, pour veiller à ce que les citoyens et les entreprises aient la possibilité de jouer leur rôle et de prospérer, qu’ils aient ou non des appuis au sein de l’establishment.

Bulletin du FMI : d’après une récente étude du FMI, les pays arabes en transition risquent de se trouver enfermés dans un cercle vicieux de stagnation économique et de conflits sociopolitiques persistants. Pourriez-vous en préciser les raisons et indiquer ce qu’il est possible de faire pour briser ce cercle?

M. Ahmed : nous savons que les soulèvements populaires dans ces pays ont été motivés notamment par le mécontentement et la colère devant l’absence de perspectives économiques et le chômage élevé. Malheureusement, ces trois dernières années, le nombre des chômeurs s’est accru de plus d’un million et demi de personnes, à cause de la faiblesse de la croissance et du manque de confiance du secteur privé, ce qui explique l’attentisme des investisseurs. De plus, la situation économique s’est détériorée à cause des bouleversements liés au processus de transition, des conflits régionaux, du manque de clarté des perspectives politiques, de l’érosion de la compétitivité et d’une conjoncture économique extérieure difficile.

Les pays doivent s’extirper de la spirale du chômage élevé et des maigres perspectives d’amélioration du niveau de vie, qui engendrent des troubles sociaux, voire une instabilité politique, lesquels provoquent à leur tour la méfiance du secteur privé, un volume insuffisant d’investissements et des possibilités limitées de réformes économiques, le tout aggravant le chômage et la dégradation des perspectives de croissance.

Bulletin du FMI : outre cette conférence, de quelle manière le FMI est-il actuellement présent auprès des pays arabes en transition?

M. Ahmed : le FMI intensifie son accompagnement depuis le début des transitions politiques en 2011. Nous apportons notre appui sous la forme d’assistance technique et de formation. Rien que l’an dernier, nous avons effectué environ 60 missions d’assistance technique et organisé plus de 36 formations au bénéfice des pays arabes en transition.

Nous leur apportons aussi un soutien financier. Le FMI appuie actuellement des programmes nationaux en Jordanie, au Maroc et en Tunisie et nous sommes avec le Yémen à un stade avancé de discussion en vue d’un programme qui prendrait le relais de celui qui avait été mis en place avec le FMI en 2012.

Enfin, nous appuyons la cause des pays arabes en transition en soulignant la nécessité de leur venir en aide au sein des instances internationales, y compris celles qui rassemblent les bailleurs de fonds de la région, et d’autres organisations internationales, ainsi que le G–8.