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(photo : Sultan Mahmud Mukut/SOPA Image/Newscom)

Bulletin du FMI : Le bas niveau des prix du pétrole et les conflits pèsent sur les perspectives du Moyen-Orient

le 21 octobre 2015

  • La région va enregistrer une croissance modeste cette année, sur fond d’incertitude croissante
  • Les pays exportateurs de pétrole font face à un problème budgétaire et doivent se diversifier à moyen terme
  • Les pays importateurs de pétrole profitent de la baisse des prix du pétrole, mais doivent en tirer parti pour opérer les réformes nécessaires

La croissance reste languissante dans la région du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Afghanistan et du Pakistan dans son ensemble, en raison de la propagation et de l’intensification des conflits régionaux et de la baisse des prix du pétrole, note le FMI dans son dernier rapport sur la region.

Camp de réfugiés syriens de Zaatari en Jordanie, un pays où les conflits régionaux ont un impact économique considérable (photo : Jamal Nasrallah/EPA/Newscom)

Camp de réfugiés syriens de Zaatari en Jordanie, un pays où les conflits régionaux ont un impact économique considérable (photo : Jamal Nasrallah/EPA/Newscom)

PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES RÉGIONALES

Dans ses Perspectives économiques régionales pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, publié le 21 octobre, le FMI prévoit que la croissance régionale sera modeste cette année, à 2 ½ %. Elle pourrait rebondir à 4 % l’an prochain, cependant, si les conflits régionaux s’atténuent et si les sanctions envers l’Iran sont assouplies, selon le rapport (voir tableau).

Dans les circonstances actuelles de la région, il est d’autant plus urgent de diversifier les économies en dehors du pétrole, car les prix du pétrole vont probablement rester bas, souligne le rapport.

«Il sera particulièrement difficile d’assurer la viabilité des finances publiques à moyen terme car il faudra créer plus de 10 millions d’emplois pour les personnes qui devraient chercher un travail d’ici 2020 dans les pays exportateurs de pétrole de la région», a déclaré Masood Ahmed , Directeur du Département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, lors de la présentation du rapport à Dubaï.

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Intensification du conflit

Deux facteurs principaux déterminent les perspectives de la région, a noté M. Ahmed.

Premièrement, les conflits se propagent et s’intensifient : leur coût humain est monstrueux et leur impact sur l’activité économique est considérable. Le PIB de la Syrie a diminué de 45–60 % depuis le début du conflit, tandis que celui du Yémen a baissé de près de 30 % au cours de l’année écoulée.

Ces conflits produisent un grand nombre de personnes déplacées et de réfugiés, à une échelle sans précédent depuis le début des années 90. Dans les pays qui accueillent des réfugiés, a noté M. Ahmed, les tensions économiques, sociales et politiques ont augmenté nettement. Par ailleurs, les conflits ont d’autres répercussions internationales : le commerce et le tourisme souffrent, et la sécurité et la confiance des investisseurs se dégradent.

M. Ahmed a appelé la communauté internationale à «agir de manière concertée» pour aider les réfugiés et stabiliser les pays touchés, tout en fournissant des financements supplémentaires aux pays qui accueillent un grand nombre de réfugiés.

Perspectives incertaines pour les pays exportateurs de pétrole

Le deuxième facteur qui détermine les perspectives de la région est la chute des prix du pétrole : de nombreux experts estiment aujourd’hui que les prix du pétrole resteront bas dans un avenir proche.

«Pour les pays exportateurs de pétrole de la région, la baisse des prix entraîne une perte considérable de recettes d’exportation, à hauteur de 360 milliards de dollars — un montant énorme — pour l’année en cours uniquement», a déclaré M. Ahmed aux journalistes. Si de nombreux pays puisent dans leurs volants de réserves et commencent à consolider leur position budgétaire, les déficits budgétaires devraient quand même atteindre presque 13 % en moyenne dans les pays exportateurs de pétrole cette année (voir graphique 1).

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À moyen terme, pour assainir les positions budgétaires, il conviendra de rationaliser les dépenses, de réformer la politique des prix de l’énergie et de développer les sources de recettes en dehors du secteur pétrolier.

«Pour absorber les millions de nouveaux arrivants qui sont attendus sur le marché de l’emploi au cours des prochaines années, il est essentiel d’accélérer la diversification des économies en encourageant les sociétés privées à développer des activités qui ne dépendent pas des dépenses publiques, ni du pétrole», a souligné M. Ahmed.

Accélération de la croissance dans les pays importateurs de pétrole

En 2015–16, les pays importateurs de pétrole de la région devraient enregistrer une accélération de leur croissance, aux environs de 4 % en moyenne, selon le rapport (voir graphique 2). Ces pays profitent de la baisse des prix du pétrole, et les progrès accomplis dans la mise en œuvre des réformes, la progression des transitions politiques et l’accélération de la croissance dans la zone euro ont joué un rôle important aussi. Mais la situation n’est pas prometteuse partout, car certains pays importateurs de pétrole (tel que le Liban, la Jordanie et la Tunisie) sont gravement touchés par l’intensification des conflits régionaux, qui réduit à néant les avantages tirés de la baisse des prix du pétrole.

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Par ailleurs, a noté M. Ahmed, des risques pèsent sur les perspectives de ce groupe de pays. Un ralentissement de la croissance dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe pourrait entraîner une baisse des envois de fonds des travailleurs expatriés; les coûts de l’emprunt, et l’aversion pour le risque, vont probablement augmenter à mesure que les liquidités se réduisent sur les marchés mondiaux et régionaux, tandis que le ralentissement probable dans les pays émergents pourrait peser sur les exportations.

Selon le rapport, la croissance actuelle, même si elle s’accélère, n’est pas suffisante pour faire reculer sensiblement le chômage.

Les pays importateurs de pétrole pourraient prendre diverses mesures afin de profiter de la baisse des prix du pétrole pour renforcer leur économie. «Pour rehausser les perspectives économiques d’une manière durable et inclusive, il convient d’accroître l’investissement public et d’opérer des réformes structurelles visant à stimuler une croissance tirée par le secteur privé, en particulier dans les domaines de la gouvernance, du climat des affaires, du marché du travail et de l’accès au crédit», a déclaré M. Ahmed.

Enfin, en ce qui concerne la République islamique d’Iran, M. Ahmed a déclaré que, «du fait de l’assouplissement des sanctions internationales, les perspectives économiques du pays se sont améliorées considérablement et, grâce à une augmentation des échanges commerciaux et des investissements, les partenaires économiques du pays devraient en profiter aussi. La croissance iranienne pourrait atteindre 4 % à moyen terme, ou même plus si l’assouplissement des sanctions s’accompagne de réformes économiques internes qui permettraient d’assurer la stabilité macroéconomique et de mieux partager les bienfaits de la croissance.»