Young job seeker is interviewed at a job fair in Barcelona. Spain's youth unemployment remains among the highest in the European Union. (Photo: Gustau Nacarino/Reuters/Newscom)

Centre commercial à Varsovie, en Pologne : les pays émergents ont réussi à ramener l'inflation à un niveau faible. (Photo : Caro/Bastian/Newscom)

Bulletin du FMI : Une reprise mondiale inégale, des courants de fond complexes

le 14 avril 2015

  • Prévision de croissance mondiale inchangée à 3,5 % en 2015 et à 3,8 % en 2016
  • Croissance divergente : plus vigoureuse dans les pays avancés, plus faible dans les pays émergents et les pays en développement
  • Baisse des risques macroéconomiques, hausse des risques financiers et géopolitiques

Les perspectives de la croissance mondiale sont inégales dans les pays principaux, selon le dernier rapport du FMI sur les Perspectives de l’économie mondiale (PEM). La croissance devrait s’affermir dans les pays avancés en 2015 par rapport à 2014, mais elle devrait s’affaiblir dans les pays émergents et les pays en développement.

Station d’essence à New Delhi, en Inde. Il ressort de données préliminaires que, pour les pays importateurs de pétrole, l’augmentation du revenu résultant de la baisse des prix du pétrole fait augmenter les dépenses (photo: Altaf Qadri/AP/Corbis)

Station d’essence à New Delhi, en Inde. Il ressort de données préliminaires que, pour les pays importateurs de pétrole, l’augmentation du revenu résultant de la baisse des prix du pétrole fait augmenter les dépenses (photo: Altaf Qadri/AP/Corbis)

PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE MONDIALE

Globalement, il est prévu que la croissance mondiale s’établira à 3,5 % en 2015 et à 3,8 % en 2016, soit plus ou moins le même niveau que l’an dernier. Mais ce chiffre global masque des évolutions diverses (voir tableau).

« Plusieurs forces complexes déterminent les perspectives de l’économie mondiale», déclare Olivier Blanchard, Conseiller économique du FMI et Directeur du Département des études de l’institution. «Les séquelles de la crise financière et de la crise dans la zone euro, à savoir des banques fragiles et un endettement élevé des secteurs publics, des entreprises et des ménages, continuent de peser sur les dépenses et la croissance dans certains pays. Et la faiblesse de la croissance ralentit le désendettement».

M. Blanchard note aussi que la combinaison du vieillissement de la population, de la baisse de l’investissement et de la croissance languissante de la productivité entraînera une baisse sensible de la croissance potentielle dans les pays avancés et les pays émergents. «Une détérioration des perspectives de croissance entraîne à son tour une diminution des dépenses et un ralentissement de la croissance aujourd’hui», note-t-il.

En plus de ces forces, deux facteurs principaux, qui ont des implications majeures pour la distribution des revenus, dominent la situation actuelle : la baisse du prix du pétrole et les variations des taux de change.

«Les fortes variations des prix relatifs, qu’il s’agisse des taux de change ou du prix du pétrole, créent des gagnants et des perdants», déclare M. Blanchard.

Les pays avancés se portent mieux

En 2015, la croissance mondiale sera portée par un rebond dans les pays avancés, où la croissance devrait passer de 1,8 % l’an dernier à 2,4 %, grâce à la baisse du prix du pétrole, selon les PEM.

Aux États-Unis, la croissance devrait dépasser 3 % en 2015–16. La demande intérieure devrait profiter de la baisse des prix du pétrole, d’un ajustement budgétaire plus modéré et du soutien persistant d’une politique monétaire accommodante, en dépit de la hausse progressive attendue des taux d’intérêt et du freinage exercé par l’appréciation récente du dollar sur les exportations nettes.

Après un deuxième et un troisième trimestres médiocres en 2014, la croissance dans la zone euro semble s’accélérer, grâce à la baisse des prix du pétrole, au faible niveau des taux d’intérêt et à l’affaiblissement de l’euro.

Au Japon, après une année 2014 décevante, la croissance devrait aussi se redresser, grâce à l’affaiblissement du yen et à la baisse des prix du pétrole.

Les pays émergents et les pays en développement connaîtront un ralentissement

Les prévisions de croissance pour la plupart des pays émergents et des pays en développement se dégradent légèrement. La croissance devrait ralentir de 4,6 % en 2014 à 4,3 % en 2015, à cause de divers facteurs.

• La baisse des prix du pétrole ralentira nettement la croissance des pays exportateurs de pétrole, en particulier ceux qui font déjà face à une situation de départ difficile, par exemple les tensions géopolitiques dans le cas de la Russie.

• Comme les autorités chinoises devraient se soucier de réduire la vulnérabilité liée à la récente croissance rapide du crédit et de l’investissement, il est probable que l’investissement continuera de ralentir, en particulier dans l’immobilier.

• Les perspectives de l’Amérique latine continueront de s’affaiblir en raison de la baisse des prix des produits de base. Les perspectives du Brésil souffrent d’une sécheresse, du durcissement de la politique macroéconomique et du manque de confiance du secteur privé.

Contrairement aux pays avancés, beaucoup de pays émergents et de pays en développement importateurs de pétrole ne répercutent pas directement la baisse des prix du pétrole sur les consommateurs, ce qui devrait atténuer l’impulsion donnée à la croissance. Les gains tirés de la baisse des prix du pétrole devraient plutôt revenir aux pouvoirs publics (par exemple, sous la forme d’économies en raison de la baisse des subventions énergétiques) et pourraient donc être utilisés pour consolider les finances publiques.

Cependant, la croissance dans le groupe des pays à faible revenu est restée élevée. Elle ne devrait ralentir que légèrement à 5½ % en 2015, contre 6 % en 2014, avant de rebondir en 2016, en partie grâce à l’augmentation de la demande extérieure en provenance des pays avancés qui sont des partenaires commerciaux.

Une distribution plus équilibrée des aléas entourant les perspectives

La distribution des aléas entourant la croissance mondiale est aujourd’hui plus équilibrée qu’il y a six mois, mais elle reste orientée à la baisse. Les risques macroéconomiques ont légèrement diminué (par exemple, récession et déflation de la zone euro), mais les risques financiers et géopolitiques ont augmenté.

Du côté positif, la baisse des prix du pétrole pourrait stimuler la croissance mondiale davantage que prévu. Néanmoins, les risques de dégradation ci-après restent d’actualité :

• Une nouvelle forte appréciation du dollar pourrait provoquer des tensions financières ailleurs, en particulier dans les pays émergents.

• Les variations perturbatrices des prix des actifs restent un sujet de préoccupation sur fond du bas niveau des primes d’échéance et des primes de risque sur les marchés obligataires. À mesure qu’évolue l’environnement de cette configuration des prix des actifs (à savoir des politiques monétaires très accommodantes et des écarts de production considérable dans les pays avancés), des surprises et de vives réactions des marchés sont possibles.

• Les tensions géopolitiques, liées aux événements en cours en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique de l’Ouest, pourraient avoir des effets de contagion à l’échelle régionale et mondiale.

• La stagnation et la faible inflation dans les pays avancés pourraient freiner la reprise en dépit de la récente révision à la hausse des prévisions de croissance à court terme pour certains de ces pays.

Il reste prioritaire d’accélérer la croissance

Le rapport souligne qu’il est urgent d’agir de manière résolue pour accroître la production effective et potentielle.

Dans beaucoup de pays avancés, il reste essentiel de mener une politique monétaire accommodante pour soutenir l’activité économique et rehausser les anticipations inflationnistes. Il y a aussi d’excellentes raisons d’accroître l’investissement dans les infrastructures dans certains pays et d’opérer des réformes structurelles pour s’attaquer aux faiblesses mises à jour par la crise, générer de l’investissement et accroître la production potentielle. Les priorités varient, mais bon nombre de pays avancés profiteraient de réformes visant à renforcer la participation au marché du travail (Japon et zone euro) et le niveau global de l’emploi, étant donné le vieillissement des populations, ainsi que de mesures qui s’attaquent au surendettement privé.

Dans beaucoup de pays émergents et de pays en développement, les possibilités de soutenir la croissance à l’aide de la politique macroéconomique restent limitées. Cependant, dans les pays importateurs de pétrole, la baisse des prix du pétrole atténuera les tensions inflationnistes et la vulnérabilité extérieure, et, dans les pays qui recourent aux subventions énergétiques, la baisse des prix pourrait permettre de renforcer la position budgétaire. D’autre part, les pays exportateurs de pétrole doivent absorber un choc d’envergure sur les termes de l’échange et sont plus vulnérables sur le plan budgétaire et extérieur. Les pays disposant d’une marge de manœuvre budgétaire peuvent laisser leurs dépenses publiques s’ajuster progressivement à la baisse des recettes pétrolières. Pour les autres pays où le taux de change est souple, une dépréciation faciliterait l’ajustement.

Les pays émergents et les pays en développement ont aussi un important programme de réformes structurelles. Ils peuvent accroître leur productivité en assouplissant les restrictions au commerce et à l’investissement, en éliminant les goulets d’étranglement dans les infrastructures (Afrique du Sud, Inde) et en améliorant le climat des affaires (Indonésie, Russie). Dans d’autres pays (Afrique du Sud, Brésil et Inde), des réformes de l’éducation, ainsi que des marchés du travail et de produits, peuvent contribuer à accroître la participation au marché du travail et la productivité. Enfin, la baisse des prix du pétrole peut offrir une occasion de réduire les subventions énergétiques et de les remplacer par des programmes mieux ciblés, ainsi que de réformer la fiscalité dans le secteur de l’énergie (y compris dans les pays avancés).

«Le menu approprié varie d’un pays à l’autre», note M. Blanchard. «Étant donné les coûts politiques à court terme qui sont liés à bon nombre de ces réformes, il s’agira de bien choisir lesquelles mettre en œuvre.»