Les quartiers pauvres et les quartiers huppés se côtoient à
Sao Paulo, au Brésil : l’inégalité de revenu excessive
tire vers le bas la croissance économique (photo : Danny Lehman/Corbis)
INÉGALITÉ ET CROISSANCE
« Nul besoin d’être altruiste pour soutenir des politiques qui
rehausseront les revenus des pauvres et des classes moyennes. Tout le monde y gagne,
car ces politiques sont indispensables pour rendre possible une croissance économique
plus vigoureuse, plus solidaire et plus soutenable », a déclaré
Mme Lagarde.
« Autrement dit, pour parvenir à une croissance plus durable, il faut
assurer une croissance plus équitable ».
Des bienfaits qui viennent d’en bas et non d’en haut
Selon une nouvelle étude du FMI, une augmentation de 1 point de PIB
du revenu des pauvres et des classes moyennes se traduit par une progression de
la croissance pouvant aller jusqu’à 0,38 point de PIB sur cinq ans.
En revanche, une augmentation de 1 point de PIB du revenu des riches se traduit
par une baisse de 0,08 point de PIB.
« Nos études montrent que, contrairement aux idées reçues,
les bienfaits d’une hausse du revenu viennent d’en bas et non d’en
haut », a ajouté Mme Lagarde, en avançant une explication possible,
à savoir que les riches dépensent une proportion moindre de leurs
revenus, ce qui pourrait réduire la demande globale et saper la croissance
économique.
Une étude antérieure du FMI a montré que l’inégalité
excessive de revenu a pour effet de tirer vers le bas les taux de croissance économique
et de rendre la croissance moins durable.
Causes et conséquences de l’inégalité excessive
Mme Lagarde a relevé la divergence entre, d’une part, la diminution
régulière depuis des décennies de l’inégalité
entre pays — grâce à la progression rapide des revenus
moyens des pays émergents — et, d’autre part, l’accentuation
des inégalités à l’intérieur des pays.
Les deux principaux facteurs à l’origine de l’écart de
revenus croissants entre les travailleurs les plus et les moins qualifiés,
surtout dans les économies avancées, sont le progrès technologique
et la mondialisation financière, a noté Mme Lagarde. Mais il faut
aussi citer la place démesurée de la finance, la faible mobilité
sociale et l’inégalité d’accès à l’éducation,
aux soins de santé et aux services financiers, en particulier dans les pays
en développement.
Les ingrédients de la croissance
« À cause de ces désavantages — de cette inégalité
des chances — des millions de personnes n’ont pratiquement pas l’occasion
d’accroître leurs revenus et de constituer un patrimoine », a
observé Mme Lagarde. « Mais, a-t-elle ajouté, des solutions
existent, qui permettent de réaliser une croissance plus vigoureuse, plus
solidaire et plus soutenable dans tous les pays. »
• La stabilité macroéconomique — «
De bonnes politiques macroéconomiques… sont les meilleurs soutiens
des plus démunis » — de même qu’une bonne gouvernance,
car la corruption peut être un indicateur avancé d’une profonde
inégalité économique et sociale.
• L’adoption de politiques prudentes qui favorisent une
plus grande égalité tout en encourageant la concurrence, l’innovation
et l’investissement.
• L’ajustement de la politique budgétaire par la
lutte contre la fraude fiscale, la suppression des exonérations fiscales
injustes, l’allégement de la taxation du travail, le recours accru
aux transferts monétaires conditionnels et la libération de ressources
grâce à la réduction des subventions énergétiques.
• Des réformes intelligentes dans les domaines de l’éducation,
des soins de santé, du marché de travail, des infrastructures et de
l’inclusion financière, afin de rehausser la croissance économique
potentielle et de relever les revenus et le niveau de vie à moyen terme.
Cette année, les dirigeants auront une occasion unique pour la génération
actuelle de promouvoir le développement, une occasion de traduire les bonnes
intentions en actions audacieuses et durables : le sommet de septembre des Nations
Unies sur les objectifs de développement durable et un sommet en décembre
pour tenter de conclure un accord détaillé sur la réduction
des émissions de gaz à effet de serre.
Le rôle important du FMI
« Dans tous ces domaines, j’estime que le FMI a un rôle important
à jouer, a déclaré Mme Lagarde. Notre mission principale est
de promouvoir la stabilité économique et financière. C’est
pourquoi nous nous intéressons de près aux questions de développement,
en aidant nos 188 États membres à concevoir et à exécuter
des politiques économiques et en accordant des prêts aux pays qui sont
en difficulté afin qu’ils puissent se remettre sur pied.
« En Afrique subsaharienne, par exemple, beaucoup de pays ont appliqué
des politiques macroéconomiques appropriées au cours des dix dernières
années, et ils en récoltent aujourd’hui les fruits sous forme
d’une croissance plus vigoureuse et d’un niveau de vie plus élevé.
Le FMI a soutenu leurs efforts en recourant à de nouveaux instruments, par
exemple des prêts à taux zéro, ainsi qu’en augmentant
ses concours financiers et en renforçant les capacités institutionnelles
des pays.
« Nous intensifions aussi nos travaux sur les inégalités, la
parité hommes-femmes et le changement climatique… Nous examinons aussi
comment nous pourrions accroître l’accès des pays en développement
à nos prêts pour les aider à faire face aux chocs extérieurs.
Nous redoublons particulièrement d’efforts pour aider les pays les
plus pauvres et les plus fragiles. »