Young job seeker is interviewed at a job fair in Barcelona. Spain's youth unemployment remains among the highest in the European Union. (Photo: Gustau Nacarino/Reuters/Newscom)

Centre commercial à Varsovie, en Pologne : les pays émergents ont réussi à ramener l'inflation à un niveau faible. (Photo : Caro/Bastian/Newscom)

Bulletin du FMI : Augmentation de la dette des entreprises dans les pays émergents sous l’effet de facteurs mondiaux

le 29 septembre 2015

  • Les emprunts des entreprises ont quadruplé ces dix dernières années
  • Le faible niveau des taux d’intérêt et la recherche par les investisseurs de rendements plus élevés jouent un rôle croissant
  • Les pays émergents doivent se préparer à une hausse des taux d’intérêt

Le niveau de la dette des entreprises dans les pays émergents a augmenté, en particulier dans le bâtiment et les travaux publics, ainsi que dans les secteurs du pétrole et du gaz, sous l’effet de la faiblesse des taux d’intérêt dans les pays avancés, ainsi que d’autres facteurs mondiaux, selon une nouvelle étude du Fonds monétaire international.

Projet de construction en Turquie. La dette des entreprises, en particulier dans le bâtiment, est en hausse (photo: Claudia Wiens/Corbis)

Projet de construction en Turquie. La dette des entreprises, en particulier dans le bâtiment, est en hausse (photo: Claudia Wiens/Corbis)

RAPPORT SUR LA STABILITÉ FINANCIÈRE

Le niveau de la dette des entreprises dans les pays émergents a augmenté, en particulier dans le bâtiment et les travaux publics, ainsi que dans les secteurs du pétrole et du gaz, sous l’effet de la faiblesse des taux d’intérêt dans les pays avancés, ainsi que d’autres facteurs mondiaux, selon une nouvelle étude du Fonds monétaire international.

Le faible niveau des taux d’intérêt dans les pays avancés (États-Unis, Europe et Japon) ont encouragé ces emprunts. L’augmentation du ratio dette/actifs des entreprises inclut souvent un accroissement de la part des engagements en monnaies étrangères.

Le recours à l’endettement peut être bénéfique, car il peut faciliter l’investissement et, partant, une accélération de la croissance —, mais il comporte aussi des risques.

Dans une étude figurant dans son dernier Rapport sur la stabilité financière dans le monde, le FMI note que des facteurs mondiaux tels que le faible niveau des taux d’intérêt, la recherche de rendements plus élevés par les investisseurs des pays avancés et le prix des produits de base semblent être devenus des déterminants relativement plus importants de la hausse de la dette des entreprises dans les pays émergents.

La dette des entreprises est en hausse dans les pays émergents

La dette des entreprises non financières dans les principaux pays émergents est montée en flèche, passant d’environ 4 billions de dollars en 2004 à bien plus de 18 billions de dollars en 2014 (voir graphique).

Selon le FMI, le ratio dette des entreprises/PIB dans les pays émergents a augmenté de 26 points sur la même période, mais avec des différences notables d’un pays à l’autre. Si l’endettement des entreprises a augmenté considérablement en Chine et en Turquie, il s’est aussi accru de manière appréciable dans nombre de pays d’Amérique latine, par exemple au Chili, au Brésil, au Pérou, au Mexique et en Colombie.

La composition de la dette dans les pays émergents a évolué aussi. En particulier, si les prêts bancaires forment toujours la plus grande part de la dette des entreprises, la part des obligations a presque doublé ces dix dernières années, atteignant 17 % en 2014.

La dépendance des entreprises à l’égard de conditions financières mondiales favorables les rend vulnérables

Il ressort de l’analyse du FMI que les rôles relatifs des facteurs propres aux entreprises et aux pays dans les emprunts et les émissions obligataires dans les pays émergents ont diminué ces dernières années. Les facteurs mondiaux semblent être devenus des déterminants plus importants après la crise. En dépit de bilans plus faibles, les entreprises des pays émergents sont parvenues à émettre des obligations à rendements plus bas et à échéances plus longues.

«Cela rend les pays émergents plus vulnérables à une hausse des taux d’intérêt, à une appréciation du dollar et à un accroissement de l’aversion mondiale pour le risque» a déclaré Gaston Gelos, Chef de la Division analyse de la stabilité financière dans le monde au FMI.

Les entreprises qui ont emprunté le plus sont appelées à voir les coûts du service de leur dette s’accroître le plus une fois que les taux d’intérêt commenceront à augmenter dans certains pays avancés. En outre, étant donné les dépréciations de la monnaie nationale liées à la hausse des taux directeurs dans les pays avancés, il sera de plus en plus difficile pour les entreprises des pays émergents d’assurer le service de leur dette libellée en monnaies étrangères si elles ne disposent pas d’une couverture adéquate. En même temps, la baisse des prix des produits de base réduit la couverture naturelle des entreprises de ce secteur.

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Mesures prudentielles et surveillance renforcée

Il semble que les pays émergents doivent se préparer à la hausse des taux d’intérêt qui se produira tôt ou tard dans les pays avancés. «En particulier, les dirigeants devraient surveiller les entreprises qui sont vulnérables et qui revêtent une importance systémique, ainsi que les banques et autres secteurs qui leur sont étroitement liés», a déclaré M. Gelos. «Cette surveillance renforcée exige d’améliorer la collecte des données sur la situation financière des entreprises, notamment leurs engagements en monnaies étrangères», a-t-il ajouté.

Pour lutter contre une nouvelle accumulation des risques, les pays peuvent utiliser des mesures macroprudentielles pour protéger l’ensemble du système financier, ainsi que limiter le recours excessif aux prêts bancaires et l’accroissement de l’endettement du secteur des entreprises qui en résulte. Parmi les outils figurent le relèvement du ratio de fonds propres pour les engagements en monnaies étrangères et le plafonnement de la part de ces engagements dans les bilans des banques. Les dirigeants peuvent aussi recourir à des mesures microprudentielles pour protéger des établissements déterminés. Par exemple, les autorités de réglementation peuvent soumettre les banques à des tests de résistance aux risques de change, notamment pour les positions sur dérivés. En cas de sorties de capitaux perturbatrices, toutefois, les dirigeants devront combiner des mesures monétaires, budgétaires et financières selon les circonstances du pays pour préserver la stabilité économique et financière.

Enfin, les pays émergents doivent se préparer à des difficultés et à des faillites sporadiques dans les entreprises sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt dans les pays avancés et réformer, si nécessaire, leur régime d’insolvabilité.

Le FMI publiera d’autres études du Rapport sur la stabilité financière dans le monde le 7 octobre.